‹ Mon grand fauteuilChapitre 12 sur 43 · LES CARTES A JOUER. I · texte numérisé non relu

LES CARTES A JOUER. I

à l'aide de tous les arts. Ces cartes , peintes et dorées , représentent le pape y \ empereur y Y ermite, le foUf\e pendUyVéciijer, le triomphateur, les amoureux, la lune et les astrologues , le soleil et la Parque, Injustice, la. fortune , la tempérance, la force , puis la mort , puis le jugement des âmes, puis la maison de Dieu! N'est-ce pas là cette danse des morts qui met en branle les vivans de toute condition , et qui dirige une ronde immense ou sont emportés tour à tour grands et petits , heureux et malheuMeux? Le nom de tarots dérive de la province lombarde, Tâi^o, où ce jeu fut d'abord inventé -, à moins qu'on ne préfère le tirer d'une allusion à la tare que la Mort fait éprouver au monde (phthora, corruption), ou bien de la fabrication même de ces cartes, enluminées sur un fond d'or piqué k compartimens ( téréin , trouer ).

On a cru qu'il s'agissait de ce même jeu de tarots dans un compte de Charles Poupart, argentier du roi pour l'année i5g2 : u A Jacquemm Gringonneur, peintre , pour trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs, de plusieurs devises , pour porter devers ledit sei-

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gneur (Charles VI), pour son ébattement, lvi sols parisis. » Mais les costumes me paraissent plus conformes aux modes du temps de Charles VII qu'à celles de la cour d'Isabeau de Bavière, qui avait donné le hennin ou bonnet en cœur pour coiffure aux dames.

C'est donc au règne de Charles VII qu'il faut rapporter l'invention des cartes françaises, et du jeu de piquet , imité peut-être du jeu allemand le lansquenet» Les cartes cessèrent alors d'être une redite joyeuse de cette danse macabre , qui revenait sans cesse attrister les regards et jeter une pensée de deuil parmi tous les plaisirs, cette danse burlesque et terrible , dessinée sur les marges des missels , ciselée sur les manches des poignards , peinte dans les églises , dans les palais , dans les ci-», metières , rimée chez les poètes et mise en musique par les ménétriers. Toutefois, la Mort ne disparut pas entièrement du jeu de cartes, qui redevint ce qu'il était d'abord, le jeu de la guerre.

Charles VI, par une ordonnance de iSgi, avait prohibé , sous peine de dix sous d'amende , tous les jeux qui empêchaient ses su-

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jets de se livrer à l'exercice des armes pour la défense du royaume : Tabularum , paleti , quillîarum, boularum , billariimque ludos et similes quibus subdlti nostri ad usum arniorum pro defensione nostri regni nullatenùs exercentur vel habllantur. Ce fut pour éluder cette ordonnance, que, pendant les. longues guerres du règne suivant, quelqu'un, le brave Lahire , dit-on, ou plutôt un servant d'armes, qui s'est personnifié dans l'image du valet de trèfle sans se nommer, réforma ce jeu des tarots de manière à le mettre au rang des exercices militaires : le ti'èfle figurant la garde d'une épée; le carreau f le fer carré d'une grosse flèche; le pique , la lance d'une pertuisanne; le cœur, la pointe d'un trait d'arbalète , étaient les armes et les compagnies armées -, les as, nom d'une monnaie ancienne , signifiaient l'argent pour la paie des troupes ; les quatre rois représentaient les quatre grandes monarchies , juive , grecque, romaine et française, car Charles Vil, comme successeur de Charlemagne , pouvait prétendre à l'empire d'Occident : David, Alexandre et César portaient aussi le manteau d'hermine et le sceptre fleurdelisé ; les

quatre clames remplaçaient les quatre vertus des tarots, Judith au lieu de la force, P allas au lieu de la justice , Eachel au lieu de la fortune, et Argine au lieu de la tempérance: cette Arginey anagramme de résina, doit être Marie d'Anjou, femme de Charles YII, recommandable par sa piété et sa douceur. Les quatre valets , ou varlets , personnifiaient la noblesse de France, depuis son époque héroïque jusqu'à la chevalerie : Hector de Troie, père de ce fabuleux Francus qui passait pour le premier roi franc ; Ogier le Danois , l'un des pairs de Charlemagne ,* Lahire , le plus brave capitaine de Charles VII, et le valet de trèfle, qui s'est cru digne de paraître en si vaillante compagnie par sa qualité d'inventeur ou de réformateur du jeu de cartes : je ne nommerai pourtant pas ce gentilhomme Nicolaï Pépin, en dépit d'une étymologie bizarre forgée par l'abbé Rives, qui prétend que les cartes italiennes furent appelées naipes en Espagne, parce qu'elles portaient le chiffre du cartier (N^' P^).

Il y a lieu de croire que ce jeu tout français fut d'abord imité par les Allemands, qui se l'approprièrent avec de légères modifications :

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