‹ Mon grand fauteuilChapitre 39 sur 43 · CHARLES PERRAULT. 3 I · texte numérisé non relu

CHARLES PERRAULT. 3 I

lieu en pleine Académie : le président défend les anciens, Fabbé les attaque, '^bevalier

est toujours là pour seconder J'abt i n'est

autre que Perrault lui-mêmr an président, il est peint de couleu 6 si ivorables, qu'on peut reconnaître Boileau dans ce personnage. Ces dialogues sont semés d'observations sensées et de critiques savantes ; mais l'auteur met quelquefois trop de passion dans ses jugemens , malgré l'exquise politesse de ses expressions. Charles Perrault ne fut pas effrayé des cris d'indignation que poussait la littérature classique; il poursuivit sa tâche, et fît paraître successivement trois autres volumes de son Parallèle, qui concernent l'éloquence, la poésie, l'astronomie, la géographie, la navigation, la guerre, etc. Cette publication ne fut terminée qu'en 1696.

Pendant ce temps-là, Boileau avait répondu au Parallèle dans ses Réflexions critiques sur Loîigin imprimées en 1695. Cette réponse fut tardive, et peut-être n'eût -elle jamais vu le jour , si le prince de Conti , prenant fait et cause pour les anciens, n'avait écrit sur le fauteuil de Boileau à l'Académie : Tu dors ,

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Brutiis! Ces Réflexions étaient remplies d'acrimonie et de grossières injures qui faisaient mieux ressortir l'urbanité de Perrault. Boileau ne se borna pas à maltraiter Charles Perrault : il alla jusqu'à insulter la mémoire de Claude Perrault, mort en 1688 a l'âge de 76 ans, en prétendant que la façade du Louvre n'était pas l'ouvrage du médecin-architecte. La neuvième Réflexion surpassa encore les précédentes en inconvenance : on y voit que le livre composé par Scaliger contre Homère n'a pas fait honneur a son auteur , n Dieu ayant permis que ce savant homme soit devenu alors un M. Perrault et soit tombé dans des ignorances si grossières, qu'elles lui ont attiré la risée de tous les hommes de lettres et de son propre fils même. » Cette étrange Réflexion finit par un mot du prince de Conti sur le Parallèle : u C'est un livre 011 tout ce que vous avez jamais oui louer au monde est blâmé, et tout ce que vous avez jamais entendu blâmer est loué. »

11 y eut encore pendant plusieurs années quantité de lettres et réponses à ce sujet, Boileau toujours acerbe et injuste, Perrault tou-

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jours sage et poli. Ce dernier ne sortit de sa modération habituelle que dans la préface de son Apologie des femmes , qu'il opposa , en i6g4, à la satire contre les femmes de Boileau. U apologie f qui renferme des traits admiirables, n'eut pas moins de partisans que la satire. Enfin une réconciliation entre les deux adversaires fut ménagée par l'intervention d'Arnauld, qui mourut sans être témoin de son ouvrage, et au mois d'août 1694, Boileau annonça au public cet événement par une épigramme :

Tout le trouble poétique A Paris s'en va cesser :

Perrault l'anti-pindarique Et Despréaux l'homérique Consentent de s'embrasser.

Comme cette réconciliation fut scellée par l'échange réciproque de leurs ouvrages, Boileau dit malignement : « Nous agissons comme les héros d'Homère, qui terminaient leurs combats en se comblant de présens. »

Charles Perrault se consola des blessures que son amour-propre littéraire avait reçues

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dans ce combat long et acharné, où l'on n'usait pas toujours d'armes courtoises, en composant divers petits ouvrages qui furent lus avec avidité par les juges de la querelle des anciens et des modernes. Outre le Cabinet des Beaux- Arts y in-fol. , dont les gravures par Edelinck n'avaient pas besoin des explications en vers et en prose de Perrault , il publia tour à tour le Génie, épître à Fontenelle; une idylle à La Quintinie; la Chasse , épître en vers ; Peau d'Ane , Griselidis et les Souhaits ridicules , contes en vers ; Adam ou la Création de riiomme , sa chute et sa réparation , poème chrétien , etc. Les contes en vers servirent de texte à la malice de Boileau, qui inventa ce titre bouffon : « Le conte de Peau d'Ane et l'histoire de la femme au nez de boudin ^ mis en vers par M. Perrault, de l'Académie française, ))

Ce fut sans doute à cause de cette réprobation de Boileau contre les contes de fées , que Perrault n'osa pas imprimer sous son nom le recueil qu'il attribua en 1 697 à son fils , Perrault d'Armancour. Un passage écrit par mademoiselle de Lhéritier, en tête de son conte

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de Marmosariy peut donner a penser que le fils de Perrault avait réellement rédigé les Contes de la mère VOye,^ et que son père s'était borné à les corriger pour les rendre dignes de l'impression. Mademoiselle de Lhéritier, dédiant son conte a mademoiselle Perrault , rapporte les éloges universels accordés à Griselidisy et ajoute : « On fit encore cent réflexions dans lesquelles on s'empressa de rendre justice à ce savant homme , dont il est si glorieux d'être la fille ; on parla de la belle éducation qu'il donne à ses enfans; on dit qu'ils marquent tous beaucoup d'esprit; et enfin, on tomba sur les contes naïfs qu'un de ses jeunes élèves a mis depuis peu sur le papier avec tant d'agrémens. » Cependant tout le monde fit honneur de ces contes à l'académicien, malgré la précaution qu'il avait eue de les faire précéder d'une préface à Mademoiselle , oii il dit : « On ne trouvera pas étrange qu'un enfant ait pris plaisir à composer les contes de ce recueil , mais on s'étonnera qu'il ait eu la hardiesse de vous les présenter. » Elisabeth-Charlotte de Bavière, mère de Mademoiselle, aimait les contes de fées et en ra-

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eontait souvent ; ceux de Perrault furent sans doute goûtés par la petite cour de Madame, qui avait un tact exquis en matière de goût et de littérature. Elle apprécia la grâce simple et spirituelle de ces récits empruntés presque tous à d'anciennes traditions bretonnes , avec un reflet des contes orientaux que traduisaient aloi>s Galland et Petis de La Croix.

Le dernier ouvrage de Perrault fut la collection des portraits et des Éloges des hommes illustres du dix-septième siècle , 2 vol. in-fol. , 1 696-1 701. C'était un bel exemple d'impartialité que Perrault donnait à ses anciens ennemis : il jugea Boileau, Racine, et ceux qui avaient été les plus injustes envers lui, avec une équité inaccessible à toute espèce d'envie et de ressentiment. On peut seulement lui reprocher de s'être excusé , dans un discours préliminaire, d'avoir mêlé à des princes et à des cardinaux les écrivains et les artistes illustres. Les jésuites virent de mauvais œil figurer dans cette galerie leurs antagonistes Arnauld et Pascal, et obtinrent du censeur la suppression de ces deux grands hommes; mais comme on appliquait à cette mesure la

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phrase de Tacite : (( Prœfulf^ehanL Cassius aUjue Bratus y eo ipso quod effigies eorurn non videbantuv y » pour dire que Pascal et Arnauld brillaient par leur absence dans ce livre, les portraits et les notices furent remis à leur place.

Perrault, dont la maison était le rendezvous des savans et des f>;ens de lettres , aimé et estimé de quiconque le connaissait , exclusivement occupé de poésie et de critique , indifférent aux honneurs et satisfait de sa fortune, mourut tranquillement, en philosophe chrétien, dans les bras de ses enfans et de ses amis, le i6 mai lyoS.

Madame Dacier , qui était plus que personne intéressée dans la querelle des anciens , a fait de Perrault un éloge que tous ses contemporains ont ratifié : « C'était un homme d'esprit et d'une conversation agréable , et qui a fait quelques jolis petits ouvrages qui ont plu avec raison. 11 avait d'ailleurs toutes les qualités qui forment l'honnête homme et Fliomme de bien : il était plein de piété , de probité , de vertu, poli, modeste , officieux, fidèle h tous les devoirs qu'exigent les liaisons naturelles

et acquises; et dans un poste considérable auprès d'un des plus grands ministres que la France ait eus, et qui l'honorait de sa confiance, il ne s'est jamais servi de sa faveur pour sa fortune particulière , et il Fa toujours employée pour ses amis. »

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