TOME II
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saieiit de toute servitude féodale , et surtout des tailles exorbitantes qu'on levait sans cesse pour les besoins de la guerre ; tailles presque arbitraires, qui n'exemptaient pas des autres redevances seigneuriales et royales.
Le passage et le séjour des troupes dans une province étaient les plus grands fléaux et les plus redoutés des habitans : aussi ces pauvres gens n'avaient-ils pas balancé à sacrifier leurs biens et leurs vies pour se délivrer de la rapacité et de la tyrannie des soudards
Les hommes de guerre surpassaient d'ordinaire les ennemis en exactions sur le peuple qu'ils avaient mission de défendre : ils ne se contentaient pas d'exiger, sur leur route, des tributs pécuniaires et des vivres, à titre de garnisons; ils enlevaient les bestiaux, les chevaux, les femmes, tuaient ou maltraitaient quiconque osait résister , saccageaient les moissons et les vignes, pillaient ou brûlaient, et faisaient couler des larmes lorsqu'ils ne répandaient pas de sang.
Charles VII, ayant apaisé et dompté la sédition après une campagne de six mois, profita des leçons de l'expérience en obéissant au vœu
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u^ianimc de son royaume : il réforma les abus de l'orfijanisalion militaire et prit dans ses mains le commandement suprême de toutes les compagnies de gens de guerre, jusqu'alors indépendantes de la royauté et formées d'aventuriers de tous pays , tels que les rihauds de Philippe-Auguste et les routiers du roi Jean. Charles VII , qui cherchait à soulager les misères de ses sujets, imagina la création d'une arméenationale, et institua les francs-archers, par ordonnance de l'an i44^-
Ces francs-archers, que, par habitude et peutêtre par ironie, on appelait encore Jrancs'taupins, réunissaient environ dix mille fantassins d'élite, toujours prêts à marcher, sinon toujours employés à un service actif. Au reste, l'ordonnance d'institution offre peu matière à des commentaires, tant elle est précise dans les ternies ainsi quedans les dispositions. Cest le premier monument auquel on peut rapporter l'origine de notre garde nationale mobile et sédentaire.
« Ordonnons par ces présentes , pour le plus (( aisé et au moins de charge pour nos sujets , « qu'en chacune paroisse de notre royaume
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« aura un archer qui sera et se tiendra con-' (r tinuellement en habillement suffisant et « armé de salade (casque sans visière), dague, (( épée, arc, trousse et jaque (pourpoint rem- « bourré) ou huque de brigandine (cuirasse en « fer battu), et seront appelés les francs-ar- « chers f lesquels serontélus, en chaque élection, « les plus duits et aisés pour le fait et exercice u de l'arc qui se pourront trouver en chacune u paroisse , sans autre égard ni faveur à la ri- « chesse et aux requêtes que l'on pourrait sur ce « faire , et seront tenus d'eux entretenir en l'ha- [< billement susdit , et de tirer de l'arc , et aller K en leur habillement toutes les fêtes et jours a non ouvrables , afin qu'ils soient plus habiles « et usités audit fait et exercice, pour nous « servir toutes les fois qu'ils seront par nous (( mandés , et leur ferons payer quatre francs «pour homme, pour chacun mois, pour le « temps qu'ils nous serviront. Ordonnons qu'ils, « et chacun d'eux , soient francs et quittes , et (( iceux exemptons de toutes tailles et autres (( charges quelconques qui seront mises sus de (( par nous en notre royaume, tant du fait et en- « tretenement de nos gens d'armes, de guet et
« garde de porte, que de toutes autres subvenez tiens quelconques , excepté du fait des aides (( ordonnées par la guerre, et de la gabelle de (( sel; voulons qu'il leur soit baillé par nos Élus « lettres d'affranchissement, lesquelles voulons « valoir comme si elles étaient obtenues de « nous; ordonnons qu'ils feront le serment, par- « devant lesdits Elus , de bien et loyaument « nous servir en leur habillement envers tous « et contre tous , et eux exerciter en ce que dit « est , même en nos guerres et affaires , toutes « fois qu'ils seront par nous mandés, et ne a serviront aucun au fait de guerre ni audit « habillement sans notre ordonnance; voulons « que lesdits francs-archers soient, par nosdits « Elus, enregistrés par noms et surnoms, et les <f paroisses oii ils seront demeurans, et que de « ce sera fait registre en la cour desdits Elus.
« Donné aux Montils-lès-Tours, le dix-hui- « tiëme jour d'avril, Fan de grâce i44^> ^^ de u notre règne le vingt-sixième. »
Les francs-archers, qui étaient de l'infanterie sous Charles VII, lorsque Jean Bureau et Ivon de Carnazet les commandèrent en chef , eurent des chevaux sous Louis XI. Ce prince améliora
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cette institution utile et doubla les ressources qu'il en pouvait tirer; mais , sur la fin de son règne , en 1 480 , jl/lt cesser et abattre tous les francs- archers du royaume de France , et en Leur place j voulut être et demeurer pour servir en ses guerres les Suisses etpiquiers. On ignore le motif de ce licenciement général, et on ne sait s'il faut l'attribuer à la lâcheté des soldats attachés au sol par les liens de la famille et de la propriété : toujours est- il que le poète François Villon , dans le Monologue du francarcher , semble avoir peint un type de fanfaron peureux et crédule.
Depuis cette époque, le nom de taupin n'a été employé que par les bouviers d'Anjou pour désigner un bœuf noir, et par les paysans de Normandie pour dire un chien noir, sans doute en réminiscence des anciens taupins , qui , travaillant à la terre , la tête nue et le visage découvert, avaient le teint hâlé au soleil, ou bien qui, tout noirs de poudre, étaient les compagnons des bombardes et des engins d'artillerie '.
' Voyez mon roman historique '■ Les Francs-Taupins , histoire du temps de Charles Vil, 1440. 3 vol. in-8