CHAPITRE V
MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE
< Tum terri rigor, atque argutae lamina serrée ; Nam primi cuneis scindebant fissile lignum : Tum varias venere artes ; labor omnia vicit Improbus et duris urgens in rébus egestas. » — Virgile. — Giorgiques,
Un bon jardinier obtient plus de résultats avec de mauvais outils qu'un ignorant pourvu des meilleurs instruments. Il est indispensable cependant que Ton trouve dans le jardin les prodiges de mécanique qui sont actuellement à notre disposition. La division du travail est telle aujourd'hui que nous n'avons plus à nous donner la peine d'inventer des outils ; nous n'avons plus qu'à les choisir. Les fabricants de Sheffield ne metlem-ils pas leur esprit à la torture pour inventer et pour construire tous les instruments qui peuvent avoir la moindre utilité pour le jardinier?
J'ai consulté fréquemment MM. Spears et Jackson ^e Sheffield sur cette question des outils. Ces messieurs recommandent l'emploi de l'acier pour la construction des outils, de préférence aux composés de fer et d'acier dont on se sert communément aujourd'hui. Ils soutiennent, à juste titre, que des pailles se produisent souvent à l'endroit de la soudure du fer et de Tacier, et que, dans tous les cas, il faut forcéïnent enlever à ce dernier une partie de son carbone pour effectuer cette soudure. J'achète chez eux presque tous mes outils et je prends toujours de l'acier sans mélapge.
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La bêche (fig. 43) est l'outil le plus important dans un jardin. Elle doit être en fort acier et assez solidement fixée au manche pour ne pas casser. Quelques personnes emploient les bêches composées de fer et d'acier, afin que le fer s'usant plus vite, la bêche tranche toujours facilement. Ce système a le mérite de copier la nature; les dents des rats, en effet, sont composées de deux sortes d'os ayant un degré de dureté différent-, une partie s'usant plus rapidement que l'autre, les dents de ces rongeurs restent toujours acérées.
Fig. 45 .
Fig. 43. Fig. 44.
Fig. 47. Fig. 48.
Dans presque toute l'Europe méridionale, et c'est là un fait fort curieux, on se sert d'une bêche à long manche qui ne ressemble en rien à notre modèle. Les Méridionaux ne se servent que de leurs mains pour manœuvrer cette bêche et abattent beaucoup d'ouvrage; je ne crois pas que l'on connaisse ce modèle dans le Nord.
On emploie, pour placer les tuyaux de drainage, une modification fort commode de la bêche (fig. 44). La figure 45 représente un outil dont on se sert pour parer les bordures; quand il s'agit de couper les grosses racines, on a recours à la béquille (fig. 46). La pelle (fig. 47) est le complément indispensable de la bêche; elle sert surtout à enlever les terres désagrégées au moyen de la pioche.
La fourche en acier à quatre dents (fig. 48) est fort utile pour fouiller la terre ; on doit aussi avoir sous la main des fourches plus petites (fig. 49) pour remuer la terre des plates-bandes; on ne devrait même jamais se servir d'un autre instrument pour cette opération.
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MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE
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Fig. 49.
Fig. 5o.
Quand il s'agit de retourner un sol caillouteux, on emploie la pioche (fig. 5o), instrument dont Tune des extrémités est pointue, dont l'autre est plate et tranchante, afin de pouvoir couper les racines. Dans les terrains où abondent les grosses racines, il vaut mieux se servir d'une autre forme de pioche dont les deux extrémités aplaties se terminent par un tranchant. Il est indispensable aussi d'avoir à sa disposition une barre de fer pointue pour creuser des trous quand on veut enfoncer des pieux dans le sol.
La binette (fig. 5 1) sert à détruire les mauvaises herbes et à remuer la surface, de façon que l'air et la rosée puissent pénétrer jusqu'aux racines des plantes. Laissez la binette pendue à son clou et la récolte sera détestable; usez-la jusqu'au manche et vous obtiendrez d'admirables résultats. On se sert aussi d'un instrument appelé la binette hollandaise (fig. 52), mais seulement en plein été, quand il suffit de couper les mauvaises herbes et de les laisser sécher au soleil pour les détruire. Armé de cet instrument, un ouvrier peut, en quelques heures, passer en revue tout un jardin, mais, à part certains cas, je préfère de beaucoup la houe commune.
Fig. 5i
Fig. 53.
Fig. 53.
Le râteau (fig. 53) ne sert guère et ne devrait même servir qu'aux
Smee. Mon Jardin. 4
travaux d'ornement, car, presque toujours, il vaut infiniment mieux laisser le sol un peu inégal, l'air pénétrant plus facilement jusqu'aux racines.
Une brouette est indispensable dans tout jardin où des modifications se font constamment; la forme ordinaire (fig. 54) est de beaucoup la plus commode. Pour transporter les légumes ou les firuits, il vaut mieux se servir d'une sorte de civière portée par deux hommes (fig. 55);
Fig. 54.
Fig. 55.
rien n'égale la joie des enfants quand elle arrive chargée de fraises ou des autres fruits de la saison.
Quand il s'agit de transporter dd grands pots, on les entoure d'une chaîne qui va se fixer à un bâton que deux hommes portent sur leurs épaules. Pour le transport des engrais, je me sers d'un bateau, le lac occupant une grande partie de mon jardin.
Dans mon jardin, où les arbres forestiers côtoient les arbrisseaux et les plantes délicates, il me faut nécessairement une grande variété d'instruments tranchants. La cognée (fig. 56) est de beaucoup Tinstru-
Fig. 56.
Fig. 59.
Fig. 57. Fig, 58.
ment le plus utile quand il s'agit d'abattre un arbre; quelques coups
MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE
bien appliqués suffisent pour couper un arbre qui a plus de cent ans. Quelques personnes préfèrent la scie. Je ne discuterai pas sur ce point, car ce sont là des instruments dont je me sers le moins souvent possible. Pour couper les grosses branches, la scie est, sans contredit, Tinstrument le meilleur ; pour élaguer les petites branches , on se sert principalement de la serpe (fig. 5j); pour les rejetons, un couteau (fig. 58) suffit. Les différentes formes de cisailles sont peu commodes en ce qu'on fendille presque toujours le bois quand on est peu habitué à s'en servir; la forme représentée (fig. 59) est cependant indispensable pour tailler les haies. Pour les bordures de gazon, on se sert de cisailles ayant une forme particulière (fig. 60). Je me sers pour greffer d'un couteau ayant une forme spéciale, la lame sert à faire Tincision, le manche en ivoire à soulever Técorce (fig. 61). La figure 62 représente un couteau à couper les asperges, et la figure 63, des ciseaux affilés
Fig. 60.
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Fig. 6a.
Fig. 63.
pour enlever quelques grains aux grappes trop surchargées. Nous nous sentons d'une meule à repasser pour aiguiser tous ces instruments.
Fig. 64.
Quelquefois on coupe l'herbe avec une faulx, mais je préfère de beaucoup la faucheuse. Celle dont je me sers (fig. 64) a été contruite par
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Green; je l^emploie depuis plusieurs années sans qu'elle se soit jamais dérangée. La pelouse de gazon est presque une institution anglaise, et ces excellentes machines nous permettent aujourd'hui de faire honneur à notre réputation sous ce rapport.
La truelle (fig. 65) est fort commode pour enlever les petites plantes parce qu'en même temps on enlève la terre qui entoure les racines.
Fig. 66.
Fig. 65. Fig. 67.
J'emploie aussi une forte truelle en acier (fig. 66)^ fort utile pour déterrer les fougères et les plantes sauvages; cet instrument ne devrait jamais quitter un amateur de jardin. Enfin, en voyage, je porte toujours sur moi un fort instrument en acier, affectant la forme d'une croix (fig. 67); à l'aide de cet instrument, on enlève facilement les plantes qui poussent dans les interstices des murs ou des rochers.
Pour repiquer on se sert d'un plantoir (fig. 68) ; c'est un instrument fort utile, en ce sens que le jardinier peut entasser facilement la terre autour des racines des plantes. Pour les arbres et les arbrisseaux, on se sert d'un instrument analogue, mais beaucoup plus gros.
L'arrosage devient chose fort importante dans tout jardin où ^. ^g
Fig. 69.
f-iy. 70.
il y a beaucoup de serres; le travail est considérable s'il faut aller cher-
MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE 53
cher Teau à une certaine distance. L'eau abonde dans mon jardin ; il suffit donc de s'occuper des appareils hydrauliques destinés à la répandre, c'est-à-dire à l'arrosage proprement dit. L'appareil le plus communément employé est l'arrosoir ordinaire ( fig. 69) ayant différentes grandeurs; pais un autre modèle inventé tout dernièrement (fig. 70) qui permet d'arroser les plantes délicates. Quand on veut projeter l'eau avec force contre une plante pour laver complètement les feuilles, on emploie les seringues, celles de Reed surtout qui sont excellentes. Nous employons en outre un modèle fort commode (fig. 71); c'est une
Fig. 71.
invention américaine; deux tubes glissent l'un dans l'autre, ce qui permet au jardinier de projeter l'eau avec autant de force qu il peut le désirer. On peut fixer à ce dernier modèle un tube de caoutchouc qui plonge dans un seau d'eau II faut beaucoup d'eau pour les serres et, par conséquent, des appareils plus puissants. Je me sers constamment dans mon jardin d'une pompe de Warner (fig. 72). L'eau est projetée avec tant
fig. 72. iig. 73»
de force au moyen de cette pompe, que les parasites ne peuvent résister au jet; en outre, le travail devient beaucoup moins considérable. Il est vrai qu'il faut deux hommes pour manœuvrer cette pompe et un troisième pour diriger le jet; mais il suffit de quelques minutes pour arroser toute une serre.
Un rouleau pesant (fig. yS) est un des instruments les plus utiles du jardin. Les gelées et les sécheresses font un tort considérable aux allées. Dans ces deux cas on doit se servir du rouleau. Cet instrument est utile aussi pour aplatir les gazons pendant le printemps, quand les vers, en sortant de terre, le soulèvent de toutes parts.
Il va sans dire qu'on doit avoir à sa disposition des règles de 5 et de 10 pieds pour mesu^rer les distances.
Une boussoleest souvent utile, bien que les jardiniers s'entendent parfaitement presque toujours à déterminer les points cardinaux par la position du soleil à midi . On se sert du cordeau pour assurer la régularité des alignements. Quelquefois il faut employer le niveau à esprit de vin pour déterminer la pente.
Outre ces outils indispensables, je donne à mon jardinier un marteau de forge, un marteau ordinaire, des limes, un maillet, des ciseaux, des vrilles, des tournevis, des pinces, des cisailles, un vilebrequin et un rabot. Je mets en outre entre ses mains un diamant, un couteau de vitrier et les brosses nécessaires pour donner une couche de peinture. Il peut ainsi se charger de toutes les petites réparations sans avoir à perdre un temps souvent précieux à courir après les ouvriers.
A quoi bon avoir une collection d'arbres, si l'on n'a pas le soin d'attacher à chacun une étiquette soigneusement faite et de longue durée. Le meilleur système, sans contredit, est de fixer le nom sur l'arbre; on a essayé dans ce but quantité d'inscriptions sur métal, mais ces inscriptions ont cet immense défaut de durer fort peu de temps. J'ai essayé d'étiquettes faites par la galvanoplastie, mais il est presque impossible d'obtenir une régularité suffisante ; d'autres ont essayé la stéréotypie et sans beaucoup plus de succès. Je crois avoir, enfin, découvert le système que l'on suivra dans l'avenir. Je fais composer en caractères ordinaires ce que je veux mettre sur l'étiquette, mais au lieu d'une
Fig. 74. ^'«- 75.
impression sur papier, je fais imprimer sur une feuille de plomb.
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MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE 55
Je fais alors découper les caraaères, ce qui me donne une plaque sur laquelle le nom de Tarbre se trouve découpé à jour (fig. 74). On suspend cette plaque à Tarbre. On peut employer un autre système, c'est de placer un numéro sur Tarbre et de faire un catalogue. La figure 76 représente un système de notation fort simple imaginé par M. Thompson. Je n'ai jamais employé ce système, bien que je Paie vu adopter tout autour de moi. Quand je me sers de chiffres, et c'est à mon corps défendant, j'emploie un morceau de plomb circulaire avec le chiffre découpé à jour. La figure 76 représente une de ces étiquettes : pig. 76.
J'emploie souvent dans mon jardin des étiquettes en porcelaine pour les fougères et pour les plantes alpines. Le grand inconvénient de ces étiquettes est de se fendre sous l'influence de la gelée, et c'est là chose à laquelle le fabricant devrait faire grande attention. Des morceaux de bois recouvert de céruse, sur lesquels on peut écrire au crayon, suffisent parfaitement pour les plantes annuelles. Cependant, tous ces systèmes sont plus ou moins incommodes, et quand il s'agit d'arbres fruitiers, le meilleur moyen de conserver leur nom est de dresser un plan du jardin et de grouper ces arbres par famille. On sait toujours ainsi quelle est la place occupée par un arbre quel qu'il soit, c'est le plan que j'emploie toujours.
Une dernière remarque, et j'en ai fini avec les instruments de jardinage : il faut toujours avoir soin d'inscrire au fer rouge le nom du propriétaire sur le manche de chaque outil, de façon que les ouvriers occupés temporairement ne puissent les emporter.
La température joue le rôle principal dans la culture de toutes les plantes; il faut donc employer des thermomètres pour estimer les degrés de froid ou de chaud. Il y en a toujours plusieurs dans chacune de mes serres. Des thermomètres valant un franc environ, suffisent -parfaitement, pourvu que l'on en ait de très exacts comme terme de comparaison. Mais, à côté de cela, il faut faire des observations sérieuses, et, dans ce but, il est nécessaire de placer à un pouce ou deux au-dessus du gazon, un thermomètre à minima (fig. 77) pour déterminer la température la plus basse de la végétation pendant la nuit. Il est tout
Fig. 77.
aussi important de savoir quelle est la température maxima du soleil ;
pour ce faire, l'instrument le plus commode est un thermomètre à boule noire inséré dans un tube de verre dans lequel on a fait le vide (fig. 77). Ces deux thermomètres nous indiquent les températures extrêmes du jour et de la nuit. Il y en a d'autres qui nous donnent la plus haute et la plus basse température de Pair. On place ces derniers sous un auvent (fig. 78) pour les protéger contre le soleil et la pluie .
Mes instruments scientifiques ont été construits par MM. Thomthwaite, de Newgate Street.
Les visiteurs sont priés de ne pas toucher à ces instruments; mais, comme je connais bien le désir irrésistible qu'ont les Anglais de toucher à tout, j'ai fait placer sur le même support 2 ou 3 thermomètres ordinaires, qui se trouvent bien en évidence, de façon qu'on les touche de préférence aux autres. Il y a quelques années, j'ai imaginé un thermomètre relié à un courant électrique ; cet appareil permet au jardinier de savoir, sans sortir de chez lui, la température exacte de ses serres.
La sécheresse de l'air est estimée par la différence qu'il y a entre un thermomètre à boule humide et un autre à boule sèche -, plus la différence indiquée est grande, plus l'atmosphère est sèche. Le meilleur instrument de ce genre est Thygromètre de Mason ; on le voit au centre de la figure 78.
Il m'a toujours paru désirable de déterminer l'évaporation qui se produit dans un temps donné, car c'est un point ayant une grande importance pour la végétation. Dans ce but, j'emploie un tube gradué qui m'indique quelle a été la quantité d'eau évaporée pendant une semaine (fig. 79). Je suis persuadé rig, 79. que cet instrument est au moins aussi utile que le thermomètre. J'em-
Fig 78.
MES INSTRUMENTS DE JARDINAGE
ploie aussi un pluviomètre pour déterminer la quantité de pluie qui tombe dans mon jardin.
Il va sans dire que j'ai un baromètre. Cet instrument est peu utile à rhorticulteur, parce qu'on ne sait pas encore quelle est l'influence des variations de la pression atmosphérique sur les plantes. Quand la pression varie tout à coup, le jardinier doit craindre un orage et prendre toutes ses précautions avant que l'ouragan n'arrive, ou il s'expose à ce que le vent enlève le toit de ses serres ; ce qui m'est d'ailleurs déjà arrivé.
Le jardinier doit avoir toujours un verre grossissant pour examiner lesfeuilles de ses plantes, car il peut ainsi découvrir les champignons et les insectes qui pourraient les détruire.
Quand le jardinier possède tous les instruments que je viens de décrire, il doit pouvoir cultiver son jardin avec succès et profit.
« La force suffît pour manœuvrer la lourde bêche , pour diriger le soc de la I charrue, pour transporter de lourds fardeaux ; mais ce qui fait l'attrait du jar- € din, c*est la grâce et l'élégance et ce sont là les preuves d'un esprit cultivé. •
Cowper's. The Gardert.
Vieux pigeonnier dans je parc de Beddington
Vue sur la Wandie.