CHAPITRE VIII
« Maia copia quando iEgrum solicitât stomachum; cum rapula plenus Atquc acidas mavult inultas. » Horace, Satire II.
L'homme ne peut rester en bonne santé qu'à condition de manger des légumes frais. Le scorbut faisait anciennement, pendant les longs voyages en mer, beaucoup plus de victimes que les batailles, parce q\ie Ton ne pouvait donner aux hommes ni légumes frais, ni jus de citron. Les ravages causés par cette maladie ne peuvent se comparer actuellement qu'aux sinistres dus à des armateurs sans conscience qui font prendre la mer à des vaisseaux hors de service, afin de toucher la prime d'assurance qui les couvre.
On devrait s'arranger de façon à manger tous les jours une salade quelconque; mais, pour ce faire, il faut beaucoup d'attention et de soins, car les ardeurs du soleil en été, ou les vents glacés en hiver, détruisent bien souvent en un instant les plantes que le jardinier a élevées avec tant de peine .
De toutes les plantes à salade, le Cresson de fontaine {Nasturtium (officinale) est de beaucoup la plus importante. On peut s'en procurer
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toute l'année et en manger à chaque repas, car son goût est fort agréable et il se digère facilement; il y a bien peu de personnes qui ne Paiment pas. Toutefois, le cresson demande des soins spéciaux pour sa culture. Il prélère un fond de gravier avec un filet d'eau courante, on peut le planter à toute époque de Tannée ; le meilleur moyen est de prendre une poignée de plantes et de les retenir sous Teau à Taide d'une grosse pierre; les racines poussent très vite et se répandent tout autour. Gnq ou six pouces d'eau suffisent; le cresson aime la lumière et ne peut supporter l'ombre des arbres.
Il faut avoir grand soin de débarrasser le cresson des mauvaises herbes, le meilleur moyen est de le balayer de temps en temps avec un balai de bouleau. Quand il monte et qu'il fleurit, il faut le couper. Cette plante se réduit à ses proportions les plus infimes pendant les jours froids et sombres de novembre et de décembre.
La gelée nuit au cresson; toutefois, avec un peu de soin, on peut en récolter pendant toute l'année. Quand il gèle fort, mon jardinier augmente la couche d'eau qui le recouvre et arrive ainsi à le préserver complètement.
li y a deux variétés principales de cresson de fontaine : le cresson vert et lé cresson brun (fig. 1 24) ; les marchands préfèrent ce dernier.
Fig. 124. Fig. 125. Fig, 126,
Les deux variétés de Cresson. Salades — Graine de Moutarde et de Navette.
mais j'aime mieux le premier qui est plus délicat. Une sélection continuée avec soin permet de se procurer exclusivement du cresson brun ; si on ne détruit pas la variété verte, elle remplace bientôt la variété brune. On doit bien nettoyer le cresson avant de le manger; si des
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eaux d'égouts, en quelque proportion que ce soit, tombent dans l'eau qui le baigne, il n'en faut jamais manger. On peut cultiver le cresson dans des endroits humides sans eau courante, mais on obtient alors de pauvres résultats.
On peut se procurer toute Tannée des pousses de Moutarde {Sinapis dba, fig. 125) en semant la graine sur un morceau de flanelle mouillée ou sur de la terre très humide. On n'emploie que les premières feuilles qui forment un excellent condiment pour la salade. Sur le marché, la graine de Navette {Brassica Napus^ variété oleifera, fig. 126) s'emploie au lieu et place de la graine de moutarde, à cause de son meilleur marché *, mais dans les jardins particuliers, il ne faut jamais l'employer.
Le cresson d^Australie fait une excellente salade ; il faut le couper quand la plante porte 5 ou 6 feuilles bien formées (fig. 127). Ce cresson est particulièrement bon au commencement du printemps,
Fig. 127. — Cresson d'Australie, Fig, 128. — Cresson frisé.
quand on le cultive en serre. C'est là une plante peu connue que je ne saurais trop reconunander.
Le cresson frisé [Lepidium sativum^ fig. 128) s'emploie aussi pour la salade ; il est très bon au commencement du printemps, quand on le cultive en serre; j'en ai toujours chez moi une assez grande quantité. Quand on ne peut pas cultiver le cresson de fontaine, on peut le remplacer par du cresson américain {Barbarea prœcox)\ mais c'est toujours une salade de qualité inférieure.
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La Laitue {Laciuca sativa) est une salade importante. Il y en a deux variétés principales : la romaine et la laitue pommée ; il y a, en outre, de nombreuses variétés intermédiaires. Comme laitue hâtive, on doit préférer la laitue pommée et la romaine. On sème à la fin d'août et on transporte les jeunes plants dans un lieu abrité où ils peuvent, pendant rhiver, profiter de tous les rayons du soleil; ils sont bons à manger à la fin d'avril ou au commencement de mai. Toutefois, ces variétés sont loin d'être aussi bonnes que la romaine de Paris (fig. 129), qui se récolte un peu plus tard et qui, selon moi, est la meilleure de toutes les laitues. On sème cette variété en novembre sous châssis ; quand elle a germé, il faut avoir soin d'enlever les vitres pendant tous les beaux
Fig. 129. — Romaine de Paris. F g. i3o.— Laitue pommée de Naples.
1/8 de la grosseur.
jours. On en transplante une partie à la fin de février, de façon à remplacer les plants détruits par la gelée. Il est si important d'avoir de bonnes graines, que nous conservons toujours la nôtre. La mienne provient d'un maraîcher qui me l'a donnée il y a quelques années, et je ne l'ai jamais remplacée. Je m'arrange de façon à avoir des laitues jusqu'à Noël.
Quelques personnes préfèrent, en été, certaines variétés de la laitue pommée; la figure i3o représente une de ces variétés, la laitue pommée de Naples. Il y a une autre variété appelée la laitue de Dixon, laitue énorme que je cultive quelquefois et dont les feuilles sont excellentes.
Horace loue beaucoup la laitue qu'il considère comme très digestible :
« Nam lactuca innatat acri Post vinum stomacho. n — Horace, Satire iv, liv. 2,
Il faut planter les laitues dans un terrain très chargé d'engrais et bien arrosé en été. Si les vers attaquent la racine, ce qui arrive souvent au mois d'août, la plante se fane et meurt.
Toutes les laitues contiennent un principe opiacé; il faut donc bien les blanchir, car c'est un moyen de se débarrasser de Topium. Les jardiniers qui manipulent des laitues toute la journée sont très sujets à des assoupissements.
Comme succédanée à la laitue, et principalement pour les salades de la fin de l'automne et du commencement du printemps, on ne saurait trop recommander la chicorée {Cichorium Endivid). Il y a de nombreuses variétés de chicorée ; mais je ne fais guère cultiver que la variété frisée, verte, à feuilles étroites (C. E. crispa)^ et la grosse variété de Hollande [Cichorium Endivia latifolia) dont j'ai fait dessiner celle à feuilles étroites (fig. i3i). On sème en juillet et on transplante le jeune plant dans de la terre bien terreautée. A l'automne, on la place sous châssis et on la blanchit avant de la manger, car cette plante non blanchie est très amère.
Fig.iSi. — Chicorée frisée.
Fig. i32. — Chicorée.
On sème de mars à juin, selon que l'on veut obtenir de grandes ou de petites racines, la chicorée sauvage {Cichorium intybus^ fig. i32). On relève les racines en hiver et on les enfouit dans la cave ou dans un endroit sombre. Il est indispensable que les feuilles soient bien blan-
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chies, car elles sont si arriéres quMl serait autrement impossible de les manger. Les racines produisent un nombre de feuilles véritablement étonnant. C'est avec la chicorée sauvage que les maraîchers français préparent cette salade si connue à Paris sous le nom de Barbe-de- Capucin ; on en trouve aussi au marché de Covent-Garden, à Londres, mais pas autant que l'excellence de cette salade devrait le faire supposer. Chacun, d'ailleurs, devrait, pendant Thiver, conserver chez soi une certaine quantité de racines de chicorée ; placées dans un cellier obscur dans un pot de sable, elles poussent des feuilles qui se mangent en salade. Horace parle en ces termes de la chicorée :
• Me pascunt olivœ Me cichorea, levesque malvae. » — Ode 3i, liv. i.
Il faut bien avouer, quoi qu'il m'en coûte, que les Anglais n'apprécient pas les excellentes qualités du Kdiâxs[Raphanus sativus). En France, en quelque endroit que vous alliez, que ce soit en été ou en hiver, vous êtes sûr de trouver sur toutes les tables des restaurants un ravier contenant de jeunes radis frais et excellents. En Angleterre, on ne voit guère de radis qu'au printemps ; ils sont si grossiers et si coriaces que ceux-là seuls qui ont de bonnes dents et un vigoureux estomac peuvent se permettre d'y toucher. Pour obtenir des radis au commencement du printemps, on les sème dans les mêmes châssis que les pommes de terre hâtives ; on en récolte ensuite d'un peu moins hâtifs dans la serre aux arbres fruitiers ; enfin, on en sème en pleine terre et, en espaçant ces semis de semaine en semaine, on arrive à avoir des radis frais jusqu'en automne, à condition toutefois qu'on arrose les couches avec soin. Il y a beaucoup de variétés de radis, les uns longs (fig. i33 B), [les autres ronds (fig. i34), d'autres en forme
Rouge. Hâlit.
Fig. i33. — Radis longs, 1/4 diam.
Blanc. Rouge.
Fig. 1 34.— Radis ronds 1/4 diam.
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d'olive (fig. i33 A); mais, selon moi, la meilleure de toutes les variétés est le petit radis rose que Ton connaît en Angleterre sous le nom de radis français. Il est bon, dans les jardins particuliers, de commencer la culture par les variétés hâtives, puis de continuer pendant l'été par le radis en forme d'olive et le radis français ; mais il est bon aussi de semer quelques radis ronds qui sont excellents pendant le printemps. Il existe, en outre, une variété tardive appelée le radis noir espagnol ; il est bon à manger en automne. M. Robinson a dernièrement importé un radis de Californie qui atteint la grosseur de la betterave. On a semé des graines de ce radis au mois d'août dernier, et en décembre on a présenté les radis à la Société d'horticulture ; ces radis sont très bons et ont une saveur délicieuse.
Dans quelques Jardins, surtout quand le propriétaire a habité la France, on cultive la Pimprenelle ( Poterium sanguis orba, fig. 1 35 ). Cest une plante qui croît à l'état sauvage en Angleterre ; on emploie les feuilles comme salade ; elles ont un léger goût de concombre. Je cultive cette plante, mais je ne me rappelle pas en avoir jamais mangé.
Le Samole {Veronica Beccabungà) pousse dans nos ruisseaux; ceux qui n'ont rien de mieux sous la main en mangent quelquefois. A Paris, on consomme de grandes quantités de mâches ( Valerianella olitoria)^ fig. j36). C'est là, selon moi, une plante détestable; il faut, je
Fig. 1 36.— Mâche.
Rg. i35. — Piraprenelle. Fig. 137. — Oxalis.
crois, l'exterminer comme une mauvaise herbe. Il y a cependant certaines personnes qui ne peuvent pas manger une salade qui ne contienne quelques-unes de ces feuilles.
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Une de mes plus jolies plantes^ VOxalts Acetosella (fig. 137), ou trèfle, fait, dit-on, une excellente salade. Les fleurs de cette plante sont si belles, qu'elle constitue un des ornements les plus beaux du jardin pendant le printemps. Dans quelques forêts, dans la forêt d'Arncliffe par exemple, elle forme un véritable tapis qui recouvre le sol ; mais chez moi c'est une plante délicate, dont on prend une feuille ou deux, de temps en temps à cause du goût acidulé exquis qu'elle possède.
En France, les feuilles du Pissenlit ( Taraxacum dens leonis) sont employées en salade; mais elles le sont fort peu en Angleterre. On en trouvait au marché de Covent-Garden, pendant le siège de Paris, pour les émigrants français. Le d" Hogg en a envoyé à la Société d'horticulture des feuilles choisies avec soin depuis cinq ans. On a exposé, en 1871, des spécimens de ces plantes ayant des feuilles fort larges et une saveur très agréable. Le d' Hogg et moi nous nous «ommes prononcés très vivement en faveur de cet essai d'amélioration d'une plante indigène ; mais le comité directeur de la Société a pensé qu^il était indigne de lui de s'occuper d'une plante aussi peu importante. Néanmoins, ce sont là des essais que Ton devrait suivre avec soin, car ils nous offrent le moyen de changer une plante sauvage en un excellent légume. On emploie quelquefois les feuilles sans être blanchies; mais on n'a pas encore adopté ce système en Angleterre.
En France, on ajoute à la salade les fleurs du Nasturtium ou Capucine ( Tropœolum^ fig. i38). Ces fleurs sont très jolies et donnent à la salade un aspect et un parfum
, , , Fig. i38.- Capucine.
très agréable.
Le Céleri {Apiwn graveolenSy fig. iSq) est une plante importante en ce qu'elle dure depuis la Saint-Michel jusqu'en mai. On peut le récolter plus tôt; mais il vaut mieux attendre au commencement d^octobre. Les semis se font au commencement de février, sur couches et sous châssis. Dès que le plant est assez haut, on le repique dans un terrain fumé avec soin ; il faut le bien arroser et le protéger contre le froid.
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Vers la Saint- Jean, on le transplante dans des fossés contenant beaucoup de terreau et une bonne litière. A mesure que le céleri grandit, on le butte pour le faire blanchir selon les be« soins de la consommation. En hiver, il faut le recouvrir de paille pour protéger les feuilles contre le froid. Il faut toujours cultiver une grande quantité de céleri, car c'est un légume délicieux; cuit, il donne au bouillon une saveur excellente et il est précieux comme salade pendant l'hiver.
Il y a beaucoup de variétés de céleri, chacune d'elles diffère de goût. Je cultive surtout une variété, le sans pareil d'Ivery^ et cependant j'y ajoute chaque année deux ou trois
, ./ / j / Fig. i3q. — CcMeri, 1/16 de gran-
autres espèces. Il y a une autre variété de ce- deur naturelle,
leri à racine bulbeuse, le céleri-rave (fig. 140), qu'on mange beaucoup à Vienne et dans d'autres parties du continent, mais il est peu connu en Angleterre. La graine se sème comme celle du céleri, puis le plant se repique dans des terrains bien fumés. On fait cuire les bulbes, on les coupe en tranches et on les sert en salade. Les bulbes que j'ai vues sur les marchés du continent sont beaucoup plus n^ *''^ grosses que celles que j'ai obtenues dans mon
aieri 1/16 de diamètre. jardin *, toutefois, j'engage mes leaeurs à en cultiver quelques pieds. En Ecosse, le céleri-rave ne produit pas de bulbe, mais seulement des racines fibreuses.
Il arrive quelquefois que la culture du céleri est très difficile à cause des ravages d'insectes qui se développent entre les deux pellicules de la plante et la font périr. Le seul remède est de détruire la partie malade.
Le Concombre (Cwcwm/^ sativa fig. 141) constitue une excellente salade que nous pouvons nous procurer toute Tannée. Même en hiver.
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nous obtenons des concombres quand le soleil brille un peu ; mais quand il ne brille pas pendant plusieurs semaines, nos plantes souffrent
Fig. 141. —Concombre 1/8 de grandeur naturelle.
beaucoup. On plante en août pour récolter en hiver. Il est assez difficile de se procurer des graines de bonne espèce, aussi je préfère multiplier la plante au moyen de boutures. Un rejeton ayant environ 6 pouces de long, coupé à Tendroit d'un nœud, et planté dans uii bon terreau, prend presque immédiatement racine et produit rapidement des fleurs et des fruits.
Au commencement de mai, on peut placer les plants sous des châssis non chauffés, mais à condition de les faire reposer sur une couche épaisse de fumier; ces plants donnent alors des fruits pendant tout Tété. A la fin de mai, on peut cultiver certaines espèces en plein air, mais je n'ai jamais pu les élever djans mon jardin. J'ai particulièrement observe ce mode de culture à Sandy, dans le Bedfordshire, d'où Ton envoie au marché des centaines de tonnes de concombres. Le sol est bien fumé et les couches de concombres sont entourées de bordures d'oignons, qui protègent un peu le concombre contre le vent, mais sans donner d'ombre. Dans les bonnes années, le produit de ces couches est presque fabuleux. Les variétés que nous préférons pour la culture en serre, sont le Sion House et le Telegraph; en été, nous cultivons quelquefois le Pearson Long Gun^ cependant nous cultivons aussi d'autres variétés.
Les fleurs mâles (B) et les fleurs femelles (A) des concombres, des potirons et des courges à la moelle ou moelle végétale sont séparées (fig. 142). Il est indispensable de féconder les melons, il est utile de féconder les courges à la moelle, mais il vaut mieux ne pas féconder les concombres jusqu'à ce qu'on ait besoin de graines pour les semis. Un bon concombre ne doit pas avoir de graines à Tintérieur, car il devient alors coriace et est à peine bon à manger; aussi les jardiniers choisissent-ils les variétés qui ne produisent que peu de graines, de là la difficulté de se procurer ces graines.
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On cultive, pour en faire des conserves, une petite espèce de concombre appelée cornichon •, mais c'est là une culture difficile et qui réussit rarement. Ces conserves sont délicieuses.
Fig. 142. — Concombre.
A. Fleur femelle; B. Fleur mile.
Fig. 143. — Betterave 1/ 16 de diamètre.
La Betterave {Beta vUlgaris^ fig. 143) constitue une autre salade d'hiver excellente. Peu importent les froids de Thiver, car on la rentre avant que la gelée ne puisse la détruire. On la cuit au four ou on la fait bouillir jusqu'à ce qu'elle devienne tendre, on la coupe alors en tranches et on la sert avec du vinaigre et des échalotes. J'en cultive de grandes quantités pour ma consommation entre oaobre et juin; c'est une des plantes les plus économiques et les plus utiles pour les grandes familles. On la sème en mai, en rangées espacées d'un pied. Quand les jeunes plants ont environ 4 pouces de haut, 6n les éclaircit et on n'a plus à s'en occuper que pour sarcler et biner entre les racines de façon à détruire les mauvaises herbes; on les récolte en novembre et on les met à l'abri de la gelée. Il y a de nombreuses variétés de betteraves; la betterave à sucre est très grosse et très blanche, mais elle a un goût peu agréable.
Quand les betteraves atteignent une grosse taille, elles ont un goût terreux , aussi préfère-t-on les betteraves à petites racines. Le5j betteraves de toute sorte réduites en farine et mélangées à la farine de froment font un pain assez bon, dont on pourrait se servir avantageusement dans les temps de disette.
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PLANTES LEGUMINEUSES.
Ce sont les légumes qui, plus que tout le reste, font sentir le pm d'un jardin-, on ne peut pas, en effet, les trouver ailleurs aussi frais et aussi beaux. Le Pois {Pisum sativum) est, sans contredit, un des légumes les plus agréables ; avec des soins et pour peu que l'année soit favorable au point de vue de la température, on peut en récolter de la fin de mai jusqu'au commencement de novembre. J'ai bien souvent essayé la culture de pois hâtifs, mais le sol de mon jardin est trop humide. Toutefois, je réussis toujours à en avoir de fort beaux, et quelquefois aussi à une époque assez reculée de la saison .
On sème les premières couches en novembre. Les graines germent et les jeunes plants passent facilement Thiver, car ils ne redoutent pas le froid. On récolte en mai, mais j'ai vu bien souvent cette récolte détruite par la neige, en avril, si les pois sont en fleurs à ce moment. Les espèces de pois semées en novembre portent différents noms, mais c'est toujours à peu près la même variété; seulement, chaque marchand de graines prétend avoir une espèce qui mûrit une dizaine de jours avant toutes
Fig. 144.
Pois hâtif de Dixon, 1/4 diamètre.
Fig. 145. —Pois. —Le Champion de l'Angleterre, I /4 diamètre.
les autres. Quoi qu'il en soit, on ne voit jamais de pois sur le marché
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PLANTES LEGUMINEUSES 95
de Londres avant le 22 mai au plus tôt. Quant à moi, je fais ordinairement semer, pendant la seconde semaine de novembre, le pois hâtif de Dixon (fig. 144). Pour les semis de février, je choisis le Daniel (ïRourke^ qui me semble avoir plus de saveur et être plus tendre que les autres variétés. Toutes ces espèces de pois ont peu de saveur. La graine bien mûre est ronde et a la surface lisse.
En février, on commence à semer un pois réellement délicieux, le Champion de V Angleterre (fig. 145). On doit continuer les semis en laissant entre chacun deux ou trois semaines d'intervalle. Cette plante, dans mon terrain, atteint environ cinq pieds de hauteur.
Au commencement de mars, on sème le meilleur de tous les pois [la Perfection de Veitch, fig. 146). La tige atteint environ trois ou
Fig. 146. Fig. 147.
P«s — La Perfection de Veitch, 1/4 diamètre. Pois. — Le Nec plus ultra, 1/4 diamètre.
quatre pieds de hauteur; les cosses sont bien remplies de pois très gros mais fort tendres, et leur saveur est préférable à celle de toutes les autres variétés. Cette espèce se récolte pendant les mois de juillet '
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et d'août; il est bon de faire deux ou trois semis à des intervalles d'environ trois semaines. En avril, on sème un autre excellent pois qui s'appelle le Necplus ultra (fig. 147). Il atteint une hauteur de six pieds et produit considérablement; mais la saveur de ce dernier n'approche pas de celle de l'espèce dont nous venons de parler. En espaçant ainsi les semis, on obtient des pois Jusqu'en novembre, à moins toutefois que les oiseaux ne prennent le devant sur nous, ou que les insectes n'attaquent la plante.
Les graines du Champion de V Angleterre^ de la Perfection de Veitch et du Nec plus ultra sont ridées quand elles sont mûres. On considère ordinairement que les variétés blanches du pois ridé ont une saveur plus délicate que les variétés vertes ridées.
Il est bon d'essayer chaque année deux ou trois autres espèces choisies dans les catalogues des marchands de graines, sur leur recommandation ; mais il ne faut pas toutefois omettre de planter les espèces que nous venons d'indiquer. Je dois ajouter que l'essai de ces nouveautés cause beaucoup plus de soucis que de profits.
Mon jardinier sème les pois en fosses, comme le céleri; c'est là certainement un grand avantage pour les produits tardifs ; mais je n'y vois pas d'avantage pour les récoltes hâtives. J'ai essayé de semer des pois en pot et de les repiquer au printemps ; mais je n'ai jamais réussi, car les plantes élevées dans ces conditions sont très délicates et périssent à la moindre gelée. Les pois hâtifs qui n'atteignent pas une grande hauteur, peuvent être semés plus épais que les autres. Outre les variétés qui précèdent, il y en a une autre fort curieuse : le pois sans parchemin, ou mange-tout. C'est là, selon moi, une espèce curieuse, mais peu digne d'attention.
Pendant l'hiver, je cultive des pois pour me procurer le sommet des pousses. Pour ce faire, on les sème dans un pot et on les cultive en serre chaude. On emploie ces branches pour donner du goût et de la couleur au potage. Les pois constituent un aliment très nutritif quand on les digère facilement. Leurs cendres contiennent une grande proportion de phosphates ; il faut donc les semer dans un terrain assez riche, mais en même temps assez poreux pour que les racines puissent
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pénétrer à une grande profondeur. Quand on possède un grand jardin, il vaut mieux ne semer qu'une seule rangée de pois, car alors ils produisent beaucoup plus ; autrement, si Ton plante en rangées consécutives, il doit y avoir entre elles un espace égal à la hauteur de la tige, c'est-à-dire que si les pois atteignent une hauteur de quatre pieds, il faut que les rangées soient placées à un intervalle de quatre pieds. Il faut ramer les pois qui atteignent une grande hauteur dès qu'ils ont quatre pouces de haut, pour que la plante ne soit pas endommagée avant de senrouler sur le support. Toutes les parties du pois sont utiles ; ce que rhomme ne mange pas constitue une excellente alimentation pour les chevaux et les autres animaux domestiques. Si Ton apporte des pois auprès d'une écurie, les chevaux s'agitent et ne se calment que quand on leur en a donné.
Quiconque a voyagé sur le continent doit avoir remarqué la différence entre la saveur de nos pois et de ceux qu'on y cultive. On fait cqpendant de grandes quantités de conserves pour l'hiver. Ne serait-il pas à désirer qu'on tît de même dans les parties de l'Angleterre où la terre et la main-d'œuvre sont à assez bon marché et où nos pois cultivés sont supérieurs aux variétés du continent .
Les oiseaux font la guerre aux pois ; une troupe de pierrots, un dimanche matin, alors que le jardin est abandonné, en détruit tout une planche. Mais le grand ennemi du pois est la bruche, que nous décrirons plus tard.
La Fève [Faba vulgaris^ fig. 148) est un légume fort estimé par quelques personnes ; mais, selon moi, elle est fort inférieure au pois, auquel elle ressemble, du reste, par la quantité de phosphates que contiennent ses cendres. En Italie, la fève paraît beaucoup plus estimée qu'en Angleterre, bien qu'on n'omette jamais, au mois de juin, de servir à Londres un plat de lard aux fèves. Horace chantait la fève, il y a près de 2,000 ans :
•* 0 quando feba Pythagorae cogna ta, simulque Uncta satis pingui ponentur oluscula lardo? » — Satire vi.
On sème les fèves à environ 3 pouces de distance dans des troua
Smec. Mon Jardin. 7
• ayant environ 3 pouces de profondeur. Il faut semer les fèves hâtives au mois de décembre, pour récolter en juin ; des semis successifs en janvier, février et mars, permettent de récolter jusqu'en automne. Nous
sQtnons Iq Ma^^agan hâtif (fig, 148) en décembre et la fève longue cosse, ainsi que la fève julienne verte, au printemps. Nous cultivons quelquefois d'autres variétés, mais ce sont là les principales.
Selon moi, il faut que la fève pousse très vite et qu'on la récolte, pour qu'elle soit bonne, alors qu'elle n'est guère plus grosse qu'un gros pois ; si on attend plus longtemps , elle devient coriace et peu de personnes peuvent la digérer. Les fèves sont exposées aux attaques de plusieurs insectes. Hérodote constate que : « On ne sème les fèves dans aucune partie de l'Egypte, les habitants ne veulent les manger ni crues, ni cuites ; les prêtres même se détournent avec horreur quand ils aperçoivent ce légume, car ils le considèrent comme impur. »
Le Haricot [Phaseolus vulgaris) est une graine potagère importante dont il est indispensable de prolonger la culture aussi longtemps que possible. Il y a de nombreuses variétés de haricots, les unes blanches, les autres colorées, quelques-unes grimpantes, d'autre naines. La différence de la graine est en elle-même peu importante et ne comporte pas tout le soin qu'on aurait à prendre pour la choisir. On peut donc se restreindre à deux ou trois espèces.
Le haricot Newington et le flageolet nain noir sont de bonnes variétés colorées ; ce dernier surtout produit de belles cosses régulières et c'est l'espèce que Ton cultive principalement pour le marché de Londres (fîg. 149). Nous semons ordinairement nos premiers plants dans la dernière semaine d'avril pour récolter dans le courant de juillet. Nous faisons, bien entendu, deux ou trois semis successifs, le dernier se fait dans le courant de juillet et ordinairement sous châssis. On laisse les châssis ouverts jusque dans le courant de septembre, mais alors il faut
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