CHAPITRE IX
La rhubarbe qui , dans certaines circonstances, tient lieu de fruits, nous amène naturellement à parler de notre verger.
Bien qu'en Angleterre nous ne puissions pas cultiver sur une grande échelle les oranges et les citrons de l'Europe méridionale, la pomme délicieuse de Madère, les dattes de Syrie, la vanille des Indes occidentales, la lychia de la Chine ou la banane des tropiques, il n'y a peut-être pas de pays au monde où Ton trouve des fruits plus beaux et plus parfaits que ceux que parvient à se procurer l'horticulteur anglais au moyen de ses serres et de ses appareils de chauffage.
De tous nos fruits, la pomme est peut-être le plus utile ; les oiseaux et les animaux l'aiment autant que l'homme. Mon bouvreuil aime son morceau de pomme, mon cheval me fait une quantité de petits signes de remerciement quand je lui donne une pomme, mes vaches en sont très fnandes. Les cochons, les poulets, les oies se précipitent sous le pommier pour s'emparer des fruits qui ont pu tomber; quelquefois même les poulets volent dans les arbres pour en attraper quelques-uns. 11 y a de nombreuses variétés de pommes ; à peine y en a-t-il une qui n ait pas une qualité quelconque J'en cultive dans mon jardin plus de trois cents variétés, nombre bien supérieur à ce dont on a besoin
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dans la pratique, mais qui est utile pour se livrer à quelques expériences. Toutes sont des variétés d'une seule espèce, le Pyrus malus. Au milieu de toutes ces variétés — on en a catalogué au moins quinze cents et il en reste sans doute bien davantage qui n'ont pas encore reçu de nom — aucune espèce nouvelle ne s'est développée. Dans quelques cas, on a développé la grosseur, comme chez la pomme lord Derby et la pomme Gloria mundi; dans d'autres, on a provoqué des variations de la couleur de la peau, comme la peau de la pomme lord Derby, qui est verte, et celle de la pomme Sans pareille, qui est écarlate. Puis il y a aussi une différence dans la densité du jus, dont le plus lourd atteint une densité de 1091. Or, il est digne de remarque que, bien qu'on ait fait des milliers de semences de toutes ces variétés, elles se sont toujours cependant tenues dans une certaine limite de variation et aucune d'elles n'est arrivée au rang d'une nouvelle espèce.
On choisit, pour servir à table, les pommes qui ont une chair délicate et une saveur agréable; on peut citer comme exemple la pomme Têche irlandaise et la pomme Ribston ; d^autres ne se servent que cuites, sous forme de tartes et de pouddings.
Il y a une troisième classe de pommes que l'on emploie à la fabrication du cidre; on les choisît à cause de la grande densité du jus : plus le jus est dense, meilleur est le cidre. Il est à remarquer, d'ailleurs, que quelques-unes des pommes les plus mauvaises, mélangées à quelquesunes des meilleures pommes à couteau, font le meilleur cidre ; c'est à la pratique de décider la proportion à employer.
En France, on pèle et on sèche certaines espèces de pommes qu'on exporte en Angleterre sous le nom de pommes tapées ; trempées dans l'eau, puis cuites, ces pommes font un mets délicieux au commencement du printemps, alors que les fruits sont rares , et bien plus sain que la rhubarbe que l'on emploie tant dans notre pays.
En Suisse, on cultive une grande quantité de pommes. Les Suisses sont si économes qu'ils coupent en tranches les parties saines des pommes tombées et les suspendent à un fil pour les faire sécher ; on peut ainsi les conserver pendant tout l'hiver. C'est là une coutume que nos paysans feraient bien d'adopter.
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LA POxMME i3i
On peut se procurer de nouvelles variétés de pommes en semant les pépins des meilleures espèces. Il faut les semer dans des tranchées et avoir grand soin de les défendre contre les dépradations des souris. Il est fort rare que les arbres provenant de ces graines produisent des pommes absolument mauvaises ; mais il est fort rare aussi que ces variétés nouvelles soient supérieures à celles qui les ont précédées. Il faut bien avouer que la plupart de nos meilleures variétés de pommes ont une origine accidentelle et que l'expérience y a été pour bien peu; j'ai fait moi-même une grande quantité de semis; quelques-uns promettent beaucoup, mais, jusqu'à présent, je n'ai obtenu aucune variété supérieure.
Quand on possède un arbre donnant d'excellentes pommes, il est bon de le multiplier par marcottes et on obtient alors un nouvel arbre donnant des fruits identiques.
On peut aussi multiplier une variété par la greffe .
On greffe les pommiers sur des sauvageons ou sur des plants de paradis. L'expérience suivante, que j'ai faite il y a quelques années sur des arbres produisant des pommes hâtives, démontre l'immense supériorité des sujets de paradis au point de vue de la production de la pomme hâtive. J'ai greffé un pommier hâtif sur un sauvageon^ un autre sur un plant de paradis; les deux sujets étaient rapprochés. La greffe placée sur le plant à^ paradis m'a donné depuis une bonne récolte annuelle*, l'autre, greffée sur sauvageon^ bien que ce dernier soit beaucoup plus gros, m'a à peine fourni une douzaine de pommes. Il y a, dans la première partie de leur existence, une différence considérable entre les pommiers greffés sur paradis et ceax greffés sur sauvageon, bien que ces derniers doivent être toujours choisis pour une plantation permanente. Je taille toujours en vase les pommiers que je greffe sur les plants de paradis, car je trouve que cette forme se rapproche, plus que la pjTamide, de la forme naturelle du pommier. Mes pommiers en vase sont quelquefois littéralement couverts de fruits admirables; chaque pomme, en effet, se trouve entourée d'air et de lumière, aussi prend-elle une couleur admirable et une saveur délicieuse . Toutefois, il ne faut pas permettre à un arbre de poner trop de fruits, car il
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s'épuise et il lui faut un an ou deux pour se remettre. Dans la pratique, il faut éviter de mélanger les arbres greffés sur paradis et les arbres greffés sur sauvageon^ car ces derniers produisent des fruits beaucoup plus tôt que les premiers. Aussi, est-il difficile, sinon impossible, d'avoir une plantation d'arbres mélangés qui affeaent à peu près la même taille. Il y a quelques variétés qui poussent peut-être trop vite quand elles sont greffées sur paradis; cependant je n'hésite pas à recommander ces derniers pour les jardins. L'époque la plus convenable pour planter les pommiers, est d'octobre en mars. Quand on peut soulever l'arbre avec la motte et replanter immédiatement, on peut le faire sans crainte à la mi-octobre ; mais, s'il faut transporter les plants à quelque distance, il vaut mieux attendre la fin de novembre. Enfin, si on a coupé la racine en octobre, on peut transplanter entre cette époque et mars.
La taille des pommiers est fort simple. Il suffit de couper les dards; cependant une personne qui a de grands vergers m'a dit que le fruit est bien meilleur quand on coupe les brindilles de façon à laisser l'air et la lumière arriver plus facilement aux branches. Les pommiers greffés SUT paradis et disposés en vase demandent peu de taille; il faut se contenter de supprimer les branches inférieures quand, devenues trop fortes et trop nombreuses, elles empêchent l'air de circuler autour de la tige.
Dans quelques saisons seulement, mes pommiers sont exposés au dessèchement des feuilles. Cette maladie semble presque toujours produite par un vent du sud-ouest, surtout quand le vent est fort et froid, ce qui arrive souvent au commencement de l'été, quand les feuilles sont jeunes et tendres. Le meilleur remède est de soulever l'arbre et de l'entourer de fumier.
Je cultive le pommier sous trois formes différentes. Je laisse aux uns leur forme naturelle (fig. 219), c'est-à-dire un tronc ayant environ six pieds de haut sur lequel je greffe la variété que je veux obtenir, laquelle greffe forme les branches. Gomme on cultive ces arbres dans les cours, il faut les laisser grandir assez pour qu'un cheval ou une vache ne puisse atteindre le fruit. Dans mon jardin, je cultive ordinairement le
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LA POMME i33
pommier SOUS forme de vase (fig. 220); il y a enfin une troisième mé-
Fig. 220, — Pommier en vase.
Fig. 219. — Pommier naturel.
ihode fort avantageuse, l'espalier (fig. 221), qui occupe peu de place. Quand Tair et la lumière peuvent arriver librement sur chaque branche, on obtient d'excellents fruits en espalier. En résumé, je préfère de beaucoup disposer en vases les pommiers greffés sur paradis^ car on peut alors placer un grand nombre d'arbres dans un petit terrain. En France, on taille souvent le pommier en cordon-, il s'étend alors sur
Fig. 223. — Cordon.
Hg. 221. — lispalier.
un fil de fer placé à peu de distance du sol (fig. 222 ) . J'ai essayé ce système et je le considère comme une monstruosité indigne de l'horticulture scientifique.
Je cultive en pot quelques-uns de mes pommiers, tels que le ^^wlown^ V Espion septentrional et le Melon ^ originaires d'Anierique. Il faut nécessairement cultiver en pot la Mala-Cala, pomme italienne. Une pomme française, la Reinette ananas^ cultivée ^"pot, est très belle. La forme, la taille, la couleur transparente de ce f^tiit sont si admirables, qu'il ressemble plus à une prune qu'à une
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pomme . Un de ces petits pommiers couvert de fruits est une véritable curiosité dans la serre aux fruits.
Les autres pommiers cultivés en pot sont V Impératrice Eugénie (fig. 223), pomme qui semble belle et excellente, bien que je ne Taie pas assez cultivée pour pouvoir la recommander -, les pommes Court-Pendu, Duvesne^ Perle d'Angleterre, Reinette petite grise et Reinette de Madère. Fig. 223. Ordinairement, Je fais forcer la Marguerite hâtive et
Impératrice Eugénie <. . ^ - \y - ' * i /- j • v , c . . /
bien souvent je 1 ai exposée a la fin de mai a la Société d'horticulture ou à la Société de Botanique comme la première pomme de la saison. Les visiteurs s'amusent et partent tout étonnés. Les rédaaeurs de journaux d'horticulture, de leur côté, s'écrient, et ils ont raison : « Cui bono ! » Je me contente de leur répondre que c'est une simple vanité de ma part -, mais beaucoup de vanités qui passent pour des plaisirs sont encore bien plus stupides que celle-là. 11 n'est pas difficile d'obtenir « les premières pommes de la saison », et je livre bien volontiers le secret, si secret il y a. On plante en pot, dans de bonne terre bien préparée, un plant de Marguerite blanche. Après une année de pot, on place l'arbre dans une serre vers la midécembre; il fleurit en février et les fruits mûrissent en mai. Pour que le succès soit certain, il faut arroser l'arbre avec de l'engrais liquide au moment où la fleur s'ouvre, quand les fruits se forment et qu'ils sont sur le point de mûrir. Tout ceci paraît fort simple ; cependant, je ne saurais affirmer que je produirai chaque année les premières pommes de lu saison, car, pour réussir, il faut une attention et des soins qui ne se démentent pas un seul instant.
Il faut cueillir les fruits en automne quand ils se détachent facilement de l'arbre; en règle générale, pour empêcher les pommes de se rider pendant l'hiver, mieux vaut les laisser sur l'arbre aussi longtemps qu'il n'y a pas à craindre de les voir tomber. J'ai observé que les pommes qui se détachent facilement et tombent prématurément sont des fruits
(t) Toutes les figures représentant les pommes sont dessinées à Péchelle de i/3 diam.
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LA POMME i35
lits qui n'ont pas de pépins ; je ne parle pas, bien entendu, de ceux qui sont enlevés par un coup de vent. Dès que les pommes sont cueillies, il faut les porter dans un endroit sombre, très frais, et s'arranger de façon qu'elles soient au milieu d'un courant d'air. Il faut ensuite placer les pommes dans le fruitier, et les ranger sur des planches, en ayant soin qu'elles ne se touchent pas. Si on les pose sur de la paille, cette dernière communique au fruit une saveur désagréable ; si elles gèlent, elles ne valent plus grand'chose. Il faut détruire avec soin les champignons qui produiraient des moisissures dans le fruitier ; pour ce faire, on y brûle un peu de soufre avant de ranger les pommes, et quelques espèces se conservent alors jusqu'à l'année suivante. La moisissure donne aux pommes le goût le plus désagréable ; on ne saurait donc trop combattre les champignons. Je recommande d'adopter pour cela un système qui m'a fort bien réussi et que j'emploie toujours, c'est de brûler chaque semaine dans le fruitier gros comme un pois de fleur de soufre.
J'ai déjà dit que ma collection de pommiers comprend près de trois cents variétés. Je reconnais que c'est beaucoup trop et que l'on doit se préoccuper seulement d'avoir des pommes à dessert et des pommes à cuire pour chaque jour de Tannée.
Dans tout jardin digne de porter ce nom, il devrait donc y avoir au moins trente espèces de pommes à dessert, de façon à s'assurer une succession constante et une variété continue de fruits. Les pommes précoces ne se conservent que quelques jours; un seul plant est donc suffisant; mais il faut toujours avoir plusieurs gros pommiers de pommes d'hiver, car elles se conservent pendant des mois.
La première pomme à dessert qui mûrisse en juillet est la Marguerite blanche (fig. 224). C'est une petite pomme, mais qui fait toujours grand plaisir en ce qu'elle est la première. Bientôt après, mûrit la Marguerite rouge, ainsi nommée parce que le côté de la peau exposé au soleil porte des bandes rouges -, cette pomme est délicieuse, mais elle ne dure malheureusement que quelques jours. La Fraise précoce vient à son tour (fig. 225); c'est aussi une petite pomme . Vers le milieu d'août niuritla Pêche irlandaise (fig. 226), pomme excellente, aux couleurs
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magnifiques et à la forme élégante. Elle cède bientôt la place à une
Fig. 224.
Fig. 225.
Fig. 226.
Marguerite.
Fraise précoce.
Pèche irlandaise.
Fig. 227.
. Reine jaune hâtive
pomme de France la Reine Jaune hâtive (fig. 227), que j'ai cultivée en pot avec beaucoup de succès; mais, cultivée en pleine terre, je me suis aperçu qu^elle ressemble beaucoup à la Gravenstein, fig. 23 1, si même elle n'est pas identique à cette dernière ; la culture en pot avait quelque peu modifié les caractères. A peu près à la même époque, mûrit aussi TAstracan et la Quarrendon du comté de Devon (fig. 228). Ce dernier pommier produit beaucoup de fruits que leur couleur rouge brillant du côté exposé au soleil fait rechercher sur le marché. A la même époque mûrit aussi la Benoni (fig. 23o); c'est un fruit
Fig. 228. —Quarrendon Fig. 229.— Pépin Fig. 23o. Fig. 23i,
du comté de Devon. de Kcrry. Benoni. Gravenstein*
malheureusement trop peu connu, car son aspect est magnifique et son parfum délicieux.
Au mois de septembre, on peut cueillir le Pépin de Kerry (fig. 229}, pomme à la peau semi-transparente, à la chair jaunâtre et au parfum délicat. Vient ensuite la Gravenstein (fig. 2*3 1), autre pomme délicieuse. Enfin, vers la fin du mois, le Pépin Ribston, le Pearmain doré d'hiver, TAnanas Pitmaston, font leur apparence sur nos tables. Le Pépin
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Ribstoiî(fig. 232) est Tune des meilleures pommes qu'il y ait; si' on la cueille bien mûre, on peut la conserver jusqu^au mois de juin suivant; cette pomme a un parfum tout particulier que la chimie a trouvé le moyen de reproduire dans le laboratoire. Il devrait y avoir dans chaque jardin deux ou trois gros pommiers appartenant à cette variété, car c'est .malheureusement un arbre capricieux au point de vue du
Fig. 232. Fig. 233. — Pcarmain Fig. 233^. — Ananas Fig. 234.
FépioRibston doré d'hiver, Pitmaston. Calville d'Angleterre.
rapport. Ces pommiers aiment un terrain fort riche ; j'ai essayé de les greffer sur un plant de la même espèce, mais sans avantage. La Pearmain dorée d'hiver (fig. 233) rapporte beaucoup plus, mais c'est un fruit de qualité inférieure. Quoi qu'il en soit, il faut en avoir un plant ou deux. L'Ananas Pitmaston (fig. 233 ^) est une pomme peu connue, mais qui mériterait de l'être davantage, car elle est délicieuse. Elle produit considérablement dans mon jardin, mais l'année suivante elle ne rapporte rien. Je ne saurais trop recommander de cultiver cette variété.
De la mi-oaobre à la mi-novembre, on ne doit manger que le Pépin Ribston. Décembre nous amène la Calville d'Angleterre (fig. 234), une des meilleures pommes qu'il y ait. Elle a une chair jaunâtre et son parfum est délicieux •, mais on peut malheureusement si peu compter sur son produit que, bien que je possède au moins une demi-douzaine d'arbres de cette espèce, je ne suis jamais certain de récolter une seule pomme. Cet arbre a un mode de croissance tout particulier ; il pousse de longues branches fragiles et les fruits se trouvent souvent à leur extrémité. Il faut le laisser croître en liberté, car il ne supporte pas la taille. Viennent ensuite la Pomme-melon (fig. 235), fruit délicat importé d'Amérique; le Pépin orange de Cox (fig. 236), pomme
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d'excellente qualité, et le petit Pépin d'or (fig. 237), célèbre depuis si
Fig. 235. Fig. 236.— Pépin Fig. 237. Fig. 238. —Court.
Pomme melon. orange de Cox, Pépin d'or. de Wick.
longtemps. Les horticulteurs en parlent comme d'un fruit du passé ; tout ce que je puis dire, c'est que, dans mon jardin, il rapporte beaucoup sur des petits arbres greffés sur paradis. A la fin de décembre, viennent s'ajouter à notre liste le Pépin Court de Wick (fig. 238), la Goutte d'or de Coe (fig. 239), le Court-pendu plat (fig. 240),
Fig. 239.— Goutte Fig. 240. Fig. 241. — Pearmain Fig. 242.
d'ordeCoc. Court-pendu plat. de Mannington. Northern Spy.
toutes pommes fort précieuses en ce sens qu'elles se conservent facilement jusqu'au printemps.
Vers la même époque se récolte le Pearmain deMannigton (fig. 241), excellente pomme; le Northern Spy (fig. 242), qui possède la chair délicate des autres pommes américaines. Cette pomme atteint sa plus grande beauté et sa plus grande perfection dans la serre aux fruits.
La pomme verte de Rhode Island (fig. 243) ne m'a pas donné de
Fig. 243.— Pomme verte Fig. 244. Fig. 245— Goutte Fig. 246. —Non-
de Rhode Island. Reinette de Canada. d'or de Harvey. pareille précoce.
bons résultats. Cultivée en Amérique, cette pomme a une saveur déli-
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deuse que Ton ne peut obtenir en Angleterre. Ce fruit est fort remarquable, à cause de sa peau pointillée de noir.
Janvier amène la Reinette de Canada (fig. 244). Ce pommier fournit ordinairement un grand nombre de belles grosses pommes fort délicates. La Goutte d'or de Harvey (fig. 246), une petite pomme, mûrit vers la même époque. Les diverses espèces de Non-pareille sont alors bonnes à manger. Ainsi, par exemple, la Non-pareille précoce (fig. 246)-, la Non-pareille ancienne (fig. 247), bonne pomme, d'une grosseur au-dessous de la moyenne; et la Non-pareille de Braddick (fig. 248). La Non-pareille écarlate est aussi une pomme excellente, qu'il faut toujours cultiver.
Fig. 247— Reinette Fig 248.— Nonpareillc Fig. 249.— Pépin d'or Fig. 25o.
nooporeille ancienne. de Braddick. de Screvcton. Pcarmain d'Adam.
Le Pépin d'or de Screvcton (fig. 249) est une excellente petite pomme, qui se mange au printemps. Le Pearmain d'Adam (fig. 25o), que 1 on ne saurait trop cultiver, et la Reinette rousse de Boston (fig. 25 1), délicieuse pomme tardive.
Je cultive aussi la Reinette ananas (fig. 252), sa beauté et sa transparence en font un véritable ornement pour la table. Mais pour ob-
Fig. j5i.— Reinette Fig. 252. Fig. 253. — Duc F'g. 254. — Pcpiu
rousse de Bo&ton . Reinette ananas. de Devonshirc. de Sturmcr.
tenir ce fruit à son état le plus parfait, il faut le cultiver dans la serre à arbres fruitiers.
En février et mars mûrit le Duc de Devonshire (fig. 253), nouvelle
pomme, peu cultivée jusqu'à présent, mais qui est une des meilleures pommes tardives que l'on connaisse.
En avril et en mai, les bonnes pommes sont rares, cependant le Pépin de Sturmer (fig. 264) est encore en parfait état; il se conserve même jusqu'en juin. Enfin, la pomme d'Ord (fig. 255), cette pomme admirable et beaucoup trop oubliée, nous sert de dessert jusqu'à ce que paraissent les PomîSêd^Ord. fraises. M. Thompson et M. Barron recommandent beaucoup cette pomme, et cependant il est difficile de se procurer le plant chez les pépiniéristes. J'en ai souvent acheté des plants et presque toujours on m'a envoyé des pommiers d'une autre espèce, fraude que l'on ne saurait trop blâmer. Il est cependant fort désirable de cultiver cette variété, bien que le fruit n'ait aucune beauté, ni sous le rapport de la forme, ni sous celui de la couleur.
Il est une autre variété que l'on peut cultiver pour son aspect singulier, c'est le Pépin d'or en grappes (fig. 255 a). Ce fruit forme de véritables grappes sur la branche ; souvent aussi deux pommes se tiennent comme on le voit dans la gravure.
Fig. 255a. — Pomme ^ i« i i • • •
d'or en grappes. Ce sout la les seuls pommiers que je puisse recom-
mander dans toute ma collection, mais je dois ajouter qu'on devrait les posséder tous.
Quant aux espèces qu'il faut cultiver plus particulièrement, ce sont : le Quarrendon du comté de Devon, le Pépin Ribston, l'Ananas Pitmaston, le Pépin orange de Cox, la Non-pareille de Braddick, la Non-pareille ancienne, la Reinette du Canada et la pomme d'Ord.
Sauf le Quarrendon, on peut conserver toutes ces pommes jusqu'en mai ou juin, mais cela dépend des soins dont on les entoure. Dans la liste que je viens de donner, j'ai énuméré les pommiers selon l'ordre dans lequel mûrissent les fruits.
Les autres pommes à couteau que je cultive dans mon jardin sont : l'Astracan, belle et excellente pomme mûrissant en août; l'Ashmead kernel, belle pomme de Gloucester, mûrissant en novembre-, le Bess pool; le Pépin de Cockle, belle pomme, la préférée de quelques per-
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sonnes; le Pépin d'or d'été; le Julien précoce mûrissant en août, mais quHl est inutile de cultiver si on a les espèces que j'ai déjà recommandées; le Pépin Forfar; mûrissant en mars; le Pépin d'or de Hughes, de Franklin, de Pitmaston, de Small, toutes pommes se gardant longtemps; le Pépin de Keddleston, très recommandé ; la Reinette musquée, excellente pomme; et une quantité d'autres qui ont plus ou moins de mérite. Les pommiers de provenance russe n'ont encore rien produit dans mon jardin. Quant aux pommes américaines, elles n*ont pas en Angleterre, comme je l'ai déjà fait remarquer, la saveur qu'elles possèdent dans leur pays natal.
J'ai compris, par expérience, qu'il est inutile de cultiver un grand nombre de variétés de pommes à cuire, bien que, comme ces fruits servent pendant tant de mois, il faille s'organiser de façon à en récolter une grande quantité.
Les espèces suivantes suffiront probablement :
Codlin de Keswick. Hawthornden nouveau. Stirling Castle.
Lord Suffield. Lord Derby. Gooseberry Pippin,
Alexandre. Warner's King. Wellington.
Pépin Cellini. Blenheim Orange. Sauvageon français.
Hawthornden. Gloria Mundi. Sauvageon de Sibérie.
Le Codlin Keswick (fig. 256), bouilli ou cuit au four, a un goût délicat et tout particulier; c'est une de nos pommes à cuire les plus précoces. Après, vient le Lord Suffield (fig. 267) qui atteint une grosseur considérable et qui est excellente cuite au four; ce pommier est très productif
Fig. 256. — Codlin Keswick. Fig. 257, — Lord Suffield. Fig. 256.— Empereur Alexandre.
et le fruit se conserve jusqu'en novembre. L'Empereur Alexandre (fig. 258), belle pomme, mais qui ne réussit pas bien dans mon jardin, lui
succède. Le Pépin Cellini (fig. 269) est acide et sert à faire d excellente compote. Une des particularités de cet arbre est que, outre sa grande production, ses fruits sont excellents à cuire quand ils sont à moitié mûrs, ce qui permet de ne pas perdre une seule pomme-, couvert
Fig. 259. Fig. 260. (Fig. 361.
P«ipij Cellini. Hawthornden. Nouveau Hawthornden.
de ses fruits, cet arbre est admirable. Le Hawthornden (fig. 260) est
aussi très productif, mais la pomme se conserve peu. On peut faire la
même remarque pour le nouveau Hawthornden
(fig. 261}. Le Lord Derby (fig. 262) est une
pomme qui atteint une grande perfection dans
mon jardin. Elle a été trouvée par M. Reddish,
et elle est ordinairement primée à cause de sa
grosseur. Elle diffère de la plupart des autres
Fig. 262. - Lord Derby, pommes par sa forme et par sa couleur vert
foncé. Le Warner King (fig. 263) est une autre belle pomme dont
Fig. 263. — Warner King. Fig. 265.— Stirling Castic.
Fig, 264. — Gloria Mundi,
la forme diffère beaucoup de toutes celles que j'ai décrites. Le Gloria Mundi (fig. 264) atteint des dimensions énormes, elle mesure quelquefois quatorze pouces de circonférence. On dit que le Stirling
Googh
Castle (fig. 265) est une excellente pomme, mais Je la cultive depuis
Rg. 266.— Pèche d'hiver. f jg. 267. — Blenheim orange. Fig. 268.— Gooscbcrry.
trop peu de temps, pour avoir pu la juger. La Pêche d'hiver (fig. 266) est précieuse en ce qu'on peut la conserver fort longtemps. Il n'y a pas de meilleure pomme pour Thiver que le Blenheim orange (fig. 267); elle est si bonne, que beaucoup de personnes la regardent comme une pomme à couteau. Je recommande, pour le faire cuire au printemps, le Pépin Gooseberry (fig. 268); son acidité le rend précieux. Mais, peut-être, de toutes les pom- ^'«- ^^^' " Wellington, mes tardives, la meilleure est le Wellington (fig. 269) qui se garde Jusqu'à l'été.
Le Winter Greening se conserve jusqu'à la seconde année ; la pomme sauvage française (fig. 270), que je cultive aussi, peut se conserver pendant deux ans .
C'est un admirable spectacle que de voir, au mois de mai, tous mes pommiers en fleurs; mais peut-être le Fig. 270 - Pomme spectacle est-il plus admirable encore en automne, nuTtgc française, quand ils ploicnt sous le poids des fruits. Le pommier sauvage de Sibérie {Pyrus prunifolta^ fig. 271 ) est admirable de tous points à deux époques de l'année : au printemps, quand il est couvert de fleurs; à la fin de l'été, quand il est couvert de fruits. Il constitue un si grand ornement pour le jardin, que j'en ai au moins une douzaine. Dans les bonnes saisons, il produit tant de fruits, que je les distribue à mes amis en ayant soin de leur faire remarquer qu'il ne faut pas ^ ^ mépriser ce fruit, si petit qu'il soit, et que c'est une
sauvage de Sibérie, conservc excellente pour l'hiver. Le pommier sauvage
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écarlate est encore plus beau peut-être, mais les fruits n'en sont pas aussi bons. Le pommier sauvage américain n'est pas aussi beau, mais ses fruits sont excellents pour faire des confitures. Je conseille de placer ces deux arbres au milieu des arbres forestiers.
Je ne cultive pas les pommes à cidre, mais je puis cependant donner quelques détails sur la fabrication de cette boisson . On suppose que les pommes qui donnent le Jus le plus dense font le meilleur cidre. J'emprunte à Thompson la table suivante, indiquant les qualités de pommes au jus le plus dense :
Pomme de Sibérie . . . 1,091 Pomme douce de Sibérie . i ,09 1 Pépin d'or de Harvey . . i ,o85
Fox Whelp 1 ,076
Pépin de Downton . . . i ,080 Pépin d'or 1^078
Dans le comté de Gloucester, on ne fabrique pas le cidre avec une seule espèce de pommes; quand la saison est venue, on ne cueille pas les fruits, mais on les abat à coups de gaule. On empile les pommes dans une cour pour les laisser mûrir, puis on choisit les plus saines pour faire la meilleure qualité de cidre, on les moud et on les place dans le pressoir. On fait couler le jus dans une cuve d'une contenance d'environ 4,5oo litres, où on le laisse fermenter. Après la fermentation, on le filtre, on le met en tonneau, et enfin on le met en bouteille en mars et avril. On n'ajoute de sucre que dans les qualités inférieures. Dans le Devonshire, on se sert du soufre pour arrêter la fermentation, quand on juge qu'elle a assez duré. Il est probable que si, comme on le fait pour le vin, on employait judicieusement le soufre pour arrêter la fermentation, on améliorerait beaucoup la qualité du cidre. Il faut conserver debout, dans un endroit frais, les bouteilles pleines de cidre.