LA NÈFLE
« Vous serez pourri avant d'être à moitié mur ; n'est-ce pas là, d'ailleurr, la principale qualité de la nèfle. — Shakespeare (Henry V).
Le néflier est un arbre magnifique ; au printemps, il se couvre de grandes et belles fleurs. Leurs larges feuilles, leur croissance ondulée en
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LA NEFLE 145
font toujours des arbres curieux, et la couleur de leurs feuilles en automne offi-e un attrait de plus. Je cultive trois variétés de néfliers dans mon jardin : le néflier hollandais, le Nottingham et le RoyaL Le Nottingham est mon arbre favori, car il produit les fruits les plus parfumés (fig. 272). On greffe ordinairement le néflier sur Paubépine. Dans mon jardin, cet p. arbre ne porte pas de fruits dans les terrains humides, bien Nèfle. qu'on puisse le cultiver tout près de Peau. Il faut récolter le fruit quand il se sépare facilement de la branche et le conserver dans un endroit sec pour empêcher la pourriture. Thompson dit qu'il faut tremper la queue du fruit dans de Peau salée pour empêcher la pourriture ; je n'ai jamais essayé ce système à Wallington. Je conserve ordinairement mes fruits dans un fruitier où Pemploi de Pacide sulfureux empêche la moississure.
t Insère Daphni piros : carpent tua poma nepotes. >
Virgile, Bue,
La poire est un fruit de luxe. Bien qu'elle ne soit pas aussi utile que la pomme, cependant comme dessert elle dure si longtemps, elle est si estimée, que, placée sur la table, on la préfère toujours à la pomme et à beaucoup d'autres fruits. Ma collection comprend environ deux cent trente variétés. La poire [Pyrus communis) pousse à l'état sauvage en Angleterre; je vois tous les jours des poiriers sauvages dans les haies des environs. Il y a de nombreuses variétés de poires, mais, comme pour la ponmie, ces variétés restent dans une certaine limite, et jamais on n'a pu obtenir ce qu'on pourrait appeler une nouvelle espèce. On obtient de nouvelles variétés en semant les pépins des meilleures espèces ; on choisit ensuite ceux des produits qui semblent indiquer une qualité désirable au point de vue de l'époque de la maturité, de la chair et de la saveur. M. Hivers a essayé d'obtenir de nouvelles poires en croisant des variétés douées de qualités particulières. Le temps seul montrera si le succès doit couronner ses efforts.
Smee. Mon Jardin, 10
Dans la plupart des cas, il est fort difficile de s'assurer si un croisement réel persiste, et si le pollen d'un arbre féconde réellement Tovu le d'une autre variété.
Quand on a obtenu une nouvelle variété, on peut la multiplier par greffe, par bouture ou par marcotte ; la greffe est le système le plus généralement employé.
Il est beaucoup plus difficile de se procurer une nouvelle et excellente espèce pour la poire que pour la ponmie ou la plupart des autres fruits, car il faut bien des conditions pour qu'une poire soit réellement bonne. Il faut d'abord qu'elle possède un parfum distinct ; sa chair, en mûrissant, doit devenir tendre et juteuse, et il ne faut pas cependant qu'elle pourrisse trop promptement. Parmi les meilleures, il en est même qui, dans de certaines saisons et placées dans de mauvaises conditions, ne mûrissent pas, pourrissent immédiatement ou n'ont aucune espèce de parfum.
Avant de planter un poirier en plein vent, il faut s'assurer de la valeur de la variété. En effet, le poirier atteint les dimensions d'un arbre forestier et ne produit pas de fruits jusqu'à ce qu'il ait atteint une certaine grandeur. Si l'on choisit une mauvaise espèce, l'espace qu'on lui a consacré se trouve perdu pour plusieurs années, ce qui est chose sérieuse.
Les pomologistes divisent les poires en trois classes: les poires bonnes à faire de la boisson, les poires à compotes et les poires à couteau. Comme je ne cultive pas les poires à faire de la boisson, je ne m'en occuperai que pour dire qu'elles ne conviennent pas à un jardin et qu'il faut les réserver pour les champs et les haies. Quant aux poires à cuire — bien qu'on puisse employer toutes les poires de cette façon avec plus ou moins de succès, — la poire de Catillac Fig. 273. - catiiiac. i (fig, 273) est, sclou moi, la meilleure. Je dois ajouter cependant, que, pour la manger dans toute sa perfection, il
(i) Toutes les poires sont dessinées à Péchelle de i/3 diam.
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faut l'employer comme compote ; cuite, elle revêt une couleur rouge magnifique. Une autre poire énorme, la Bellissime d'hiver {6g, 274), s'emploie de la même façon. Les marchands de fruits, à Paris
et à Londres, l'exposent souvent dans leurs vitrines pour attirer les amateurs, et il n'est pas rare qu'ils vendent 40 fr.
une seule de ces poires.
Quand cette'poire est en
Fig. 275. Fig. 276. ^ . , „
Doyenné d'ét<i. atron de» Cannes parfait Ctat, elle eSt SI
belle qu'elle peut servir d'ornement dans un dîner, et comme elle n'est pas mangeable crue, une seule peut servir à orner la table pendant tout l'hiver.
Les poires à couteau commencent au milieu de BeiiiSmc'^d hiver. juiHct ct durent jusqu'au mois de mai suivant. Il faut bien avouer, cependant, qu'il est souvent difficile de se procurer de bonnes poires après le mois de janvier.
Bien que je cultive tant d'espèces de poires dans un but de curiosité et d'études plutôt que pour ma consommation, bien que je les aie toutes choisies sur leur réputation, il y a certaines espèces cependant sur lesquelles il vaut mieux compter.
Je recommande la liste suivante composée de poires qui mûrissent depuis juillet jusqu^en février. La première de ces poires est le Dojrennù d'été (fig. 275); c'est une petite poire au parfum agréable qui mûrit en juillet, alors que ce fruit est une nouveauté et qu'on l'apprécie d'autant plus. Le Citron des Carmes (fig. 276) mûrit bientôt après; c'est une poire excellente, mais qui, malheureusement, ne dure que quelques jours. Bientôt après mûrit la Jargonndle^ poire au parfum particulier que la chimie a imité dans l'huile de Jargonnelle ; ce parfum n'est pas extrait de la poire. Les fruitiers parfument ordinairement avec cette huile les poires tombées avant leur maturité. Quelques pomologistes soutiennent que cette poire est mentionnée par Pline et a été introduite en Angleterre par les Romains. Les meilleures sont cultivées
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à Rotherhithe et à Deptford ; j'en ai mangé quelques-unes en Suisse, au col du Saint-Gothard, mais elles sont bien loin d'être aussi bonnes.
Fig. 277. — JargonDclIe. Fig. 278. » Beurré Giffard. Fig. 279. — Bon ChrétieD.
Cette poire ne se conserve que quelques jours. Après elle vient une variété moderne, le Beurré Giffard (fig. 278). Cette poire est excellente selon les années, mais elle est si peu cultivée que je ne Pai jamais vue que dans mon jardin.
Après le Beurré Giffard^ vient, en septembre , cette poire si connue, tant cultivée, le Bon Chrétien (fig. 279). C'est une belle grosse poire qu'il faut garder quelques jours après l'avoir cueillie pour qu'elle soit réellement bonne. Ce poirier rapporte beaucoup.
Entre le Bon Chrétien et la Bonne Louise bQ^XeiCQVAlexandra (fig. 280) qui est loin de valoir les deux autres.
La Bonne Louise (fig. 281) est la
meilleure des poires. On ne saurait ng. 280. - Alexandre Bonne Louise * de Jersey.
trop louer la beauté de sa forriie et de
sa couleur, son parfum délicat, sa chair blanche et juteuse. Cette poire peut se conserver assez longtemps. C'est, à tous égards, un fruit excellent.
A peu près à la même époque mûrit la poire de Thompson (fig. 282).
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C'est un fruit excellent et qu'on devrait cultiver dans tous les jardins.
Vient ensuite la Marie^Louise (fig. 283), le splendide présent que Van Mons a fait au monde. Cette poire est le meilleur des milliers de plants que ce célèbre pomologiste a cultivés. Tous les jardiniers s'arrangent de façon à conserver leur Fig. 282. -Thompson. Fig. 283. MaHe-Louise aussi longtemps que Marie-Louise. poggibiç. Malheureusement, les fleurs de cet arbre résistent mal aux gelées du printemps, et il est fort rare qu'ils portent des fruits.
Novembre arrive et amène aVec lui le Beurré de Capiaumont (fig, 284), poire rustique qui rapporte constamment, mais qui ne se vend guère que dans les rues.
A peu près à la même époque, mûrit \^ Beurré Clairgeau (fig. 285).
Fig. i85. Fig. 286. Fi«. 287.
BeorréQairgcau. Doyenné de Comice Crassane.
Bien que poire d'un goût peu délicat, elle est fort jolie sur Tarbre qui en porte toujours une grande quantité. Ce poirier ressemble un peu à un peuplier d'Italie. Il est bon certainement d'en posséder un, mais cela suffit.
Ia Doyenné de Comice {ûg. 286) mûrit ensuite. C'est une poire délicieuse de tout premier ordre, et aussi longtemps qu'elle dure, on ne peut se résoudre à en manger une autre ; aussi doit-on en cultiver beaucoup. Je n'ai connu cette poire que tout récemment, mais j'ai bien
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vite apprécié ses grandes qualités et je me suis hâté de me procurer d'autres plants.
Le Général Todleben est une nouvelle poire encore peu connue. L'arbre ne rapporte pas beaucoup, mais le fruit est excellent.
La Crassane (fig. 287) est remarquable par sa longue queue et sa forme globulaire. C'est une poire juteuse, délicieuse, qu'il vaut mieux cultiver en espalier.
Le Beurré superjin (fig. 288) est une poire excellente. Le Beurré Diel (fig. 28g) est une grosse poire» mais de qualité fort inégale ; quand elle est réellement bonne, c'est une des meilleures qu'il y ait. Ensuite vient l'admirable Chaumontel (fig. 290). Dans les îles de la Manche, cette poire atteint sa plus grande perfection ; les bons spécimens se vendent 5 liv. st. pj^ 288. — Beurré ( 1 25 fr. ) le cent. Dans mon jardin, elles ne deviennent «"perfin.
jamais très grosses ; mais, dans un jardin voisin du mien, il y a un vieil arbre en espalier qui produit des Chaumontels aussi belles et auss parfumées que celles de Jersey.
La Duchesse d'Angouîême (fig. 291 ) est une grosse poire très cultivée
Fig. 290. - Chaumontel. io^éM^tà^lu
Joséphine de Malines.
Fig. 289.— Bcuré Diel. Fig. 291.
Duchesse d'AngouISme.
en France d'où on l'importe en Angleterre. Ici elle rapporte un peu, mais le fruit n'a pas de saveur.
A mesure qu'on avance dans la saison, à la fin de novembre et au
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commencement de décembre par exemple, l'ordre dans lequel les poires mûrissent devient plus incertain ; nous n'en avons pas moins des fruits encore excellents. Parmi ces poires tardives, une des meilleures est sans contredit la Joséphine de Malines (fig. 292). Cette poire est plus parfumée que la pêche qu'elle surpasse encore par ses qualités rafraîchissantes. Malgré toutes ces qualités, elle est quelquefois très inférieure *, en 1869, par exemple, elle était détestable.
Le Goulu Morceau (fig. 293) mûrit à peu près à à la même époque. Le fruit est meilleur quand on le récolte sur un arbre en plein vent que sur un arbre en espalier. J'ai eu occasion de goûter de ces poires au mois de février, et elles surpassaient certainement toutes celles que j'ai goûtées, soit en Angie- Tig. 293.— Goulu Morceau, terre, soit en France.
Vers la mi-décembre, mûrit une poire qui paraît si laide que beaucoup de domestiques hésitent à la placer sur la table de leurs maîtres. Cest la Nélis d'hiver (fig. 294) ; or, ce fruit est, sans contredit, un des meilleurs qu'il y ait, et on devrait toujours le cultiver.
La Ne Plus Meuris est une excellente poire ; mais les gelées du printemps détruisent constamment les fleurs ; aussi j'en récolte peu, bien que j'en aie plusieurs plants. La Victoria de Huyshe (fig. 296), provenant de la Ndif'^r^CT ^^^^^^^ Marie-Louise, semble devoir prendre victodl^de' Hiyshe. un rang élevé parmi les poires ; mais, jusqu'à présent, elle n'a rien rapporté dans mon jardin. Le Beurré Rance (fig. 296), autre bonne poire, se conserve bien jusqu'au printemps. Le Passe-Colmar a une saveur toute particulière, et le Beurré de Pâques (fig. 297) est utile au printemps. Cette variété, malheureusement, est souvent attaquée par les champignons ; la peau se fendille et il devient impossible de la manger. Rivers recommande beaucoup une autre poire , la Passe Crassane ; mais, jusqu'à présent, je ne sais qu'en
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dire, car mes arbres n'ont rien rapporté. Je dois donc lui laisser l'entière responsabilité de ses éloges.
Il m'a été impossible de m'en procurer un spécimen pour le faire figurer dans cet ouvrage.
Je crois, et je parle par expérience, que les variétés que je viens d'indiquer forment une collection suffi- „. ^ santé à tous les besoins d'une fa-
rlg. 290.
Rcurré rancc. Fig. 297. mille, Car on a ainsi un dessert as-
Beurré de Pâques. , ^ .
sure pendant huit mois de Tannée.
On peut cultiver, d'ailleurs, quantité d'autres excellentes poires. Au nombre de ces poires, je puis citer la Longue verte, qui mûrit en août; le Beurré Goubault, qui rapporte beaucoup et dont le fruit est excellent; le Beurré rose et le Pois de paradis, deux bonnes poires, mais la première ne se conserve pas; le Beurré d'Amanlis, souvent recommandé, une poire fort belle mais qui n'a aucune saveur; la Bergamote d'automne, qu'il ne faut pas mépriser en novembre ; le Durandeau, charmante poire dont on ne récolte jamais assez. Le vicaire de Winkfield rapporte souvent beaucoup et quelquefois est mangeable, c'est tout ce qu'on peut dire en sa faveur.
On a introduit dernièrement en Angleterre une nouvelle poire appelée Bczi Mai. Cette poire vient de France, elle est fort belle et se conserve bien; mais chez moi, elle reste dure jusqu'à l'été suivant. Je crois que ce doit être une bonne poire à compotes. '
La poire Napoléon a une saveur toute particulière et excellente. Le Beurré van Mons et la Dorothée royale nouvelle sont de bonnes poires. L^ America est mauvaise ; le Pslouveau Poiteau n'est ni bonne ni mauvaise; mais la Nouvelle Fulvie est si exquise, qu'on devrait immédiatement étudier avec soin toutes ses qualités. Au nombre des poires les plus nouvelles que j'ai dernièrement ajoutées à ma collection, est le Brockworth Park. Les opinions diffèrent quant à sa qualité; je ne saurais donner la mienne, ne l'ayant jamais goûtée. Par contre, j'ai goûté la Joséphine d'automne, qui me paraît promettre pour l'avenir, et le Premier de
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Powel, qui a quelque mérite. On vient d'introduire aussi une nouvelle
poire fort belle appelée la Bénédictine (fig. 298),
mais notre grand pomologiste, le docteur Hogg,
m'apprend que cette poire n'est qu'une variété du
Beurré brun. Mes arbres n'ayant rien rapporté, il
m'est impossible de donner un avis. Toutes les
autres espèces de poires sont plus ou moins capricieuses sous le rapport du goût, de la chair et de
répoque où elles mûrissent. Après Noël, on trouve
peu de poires, mais cela dépend beaucoup de la
façon dont on les a conservées pendant l'automne. ^^^' ^^- "• Bénédictine.
Au printemps de 1870, je me trouvais en Italie et j'y ai mangé des
poires jusqu'au commencement de mai. Ces poires étaient des Epines
d'hiver. Elles sont juteuses et mangeables en l'absence de tout autre
fruit, mais on les aurait certainement laissées de côté pour toutes celles
que je viens de recommander.
Toutes les poires, à certaines saisons, tendent
g à devenir pierreuses; c'est-à-dire qu'il se produit
dans leur chair des parties ligneuses fort dures,
h lesquelles, selon Quekett, sont une agrégation
^ de cellules composées d'une matière appelée
, sclérogène (iSg. 299), matière qui forme le noyau
de la prune et la coquille de la noix de coco.
Fig. 299. C'est un objet intéressant à étudier au micro-
Pi erre d'une poire, amplifiée, çrnnt^
Presque tous mes poiriers sont greffés sur cognassier. Je greffe sur poirier, greffé lui-même sur cognassier, quelques variétés telles que la Bergamote]et la Marie-Louise ; quelques autres variétés, telles que la Jargonellect le Ne-plus-Meuris, sont greffées sur poiriers parce qu'elles ne réussissent pas bien sur cognassier. J'ai vu greffer des poiriers sur l'épme commune, mais je n'en ai pas dans mon jardin. Je taille tous mes poiriers en pyramide (fig. 3oo) et je ne laisse aucun d'eux atteindre plus de neuf pieds de hauteur.
En règle générale, il faut, en juin, pincer les bourgeons, surtout les
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bourgeons voisins du terminal qui ont une grande tendance à pousser beaucoup plus vite que ceux de la base, afin d'activer le développement des bourgeons inférieurs, car avant tout il faut garnir la base. Il faut avoir grand soin, en taillant Tarbre, de s'assurer que les branches supérieures ne projettent pas d'ombre sur les branches inférieures, parce que, dans ce cas, ces dernières ne rapporteraient aucun fruit. Les branches inférieures doivent presque toucher le sol. Un de mes jardiniers, il y a quelques années, a eu la brillante idée de couper la plupart des branches inférieures de mes ^^' ^^-^^^'^^^^^ p^^"** *^poiriers, sous prétexte qu'elles sont inutiles. Est-il nécessaire d'ajouter que je l'ai chassé ?
En hiver, il faut prendre soin de couper les branches exubérantes des arbres, mais en ayant soin de ne pas couper les rejetons qui doivent porter les fruits; on les reconnaît facilement en ce que les bourgeons à fruits sont beaucoup plus gros que les autres, comme on le verra facilement par la fig. 3oi . En hiver, quand tous les arbres sont coupés à la même hauteur et qu'ils affectent la même forme, le verger est très joU.
Partout où j'ai été sur le continent, j'ai pu remarquer que la pyramide greffée sur cognassier est la forme que l'on donne de préférence à tous les poiriers destinés à produire des poires à couteau ; les Branchef dc^^piiner. variétés cultivées en France et en Italie sont celles que je cultive ordinairement à Wallington. J'ai cultivé un arbre en cordon, c'est-àdire une seule branche qui court à quelques pouces au-dessus du sol; mais je regarde cette culture plutôt comme singulière que comme pratique.
Disposées le long d'une allée, les pyramides ayant environ 2 pieds de diamètre, sont fort jolies. J'ai disposé ainsi mon avenue de poiriers, et elle présente cenainement un charmant spectacle, lorsque les arbres
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sont fraîchement taillés en hiver, lorsqu'au printemps ils sont couverts de fleurs, et, qu'en automne ils ploient sous le poids des fruits. C'est, d'ailleurs, la disposition adoptée dans toute TEurope pour les poiriers. 11 est désirable de cultiver en espalier les poires les plus hâtives, ainsi que quelques-unes des plus tardives.
Il faut au poirier une bonne terre meuble. S'il pousse trop vite, il est bon de soulever Tarbre en hiver, et de diminuer le nombre des racines fibreuses. Le docteur Hooker a appelé mon attention sur le péril qu'il y a à laisser en terre, là où croissent les arbres, des racines mortes qui se couvrent bientôt de champignons, car ces derniers sont aptes à envahir les racines vivantes et à gêner considérablement la croissance des arbres. Ceux qui recommandent de soulever fréquemment les arbres et de les replanter à la même place, ont certainement oublié ces recommandations.
Au bout d'un an ou deux, il est utile de fumer le pied de l'arbre. On peut le faire en répandant de l'engrais sur le sol, ou en l'enterrant peu profondément. J'ai essayé d'entourer le pied de nos poiriers de déchets de laine; il se forme immédiatement de petites racines qui périssent ladlement dès que la laine disparaît ; il vaut donc mieux repousser absolument cet engrais et ne se servir que de fumier d'écurie.
Dans le pauvre terrain de Wallington, j'ai essayé avec succès les débris de brique, le sulfate de chaux , le carbonate de chaux et le sable mélangés étant très favorables à la croissance du poirier.
Au mois d'avril, alors qu'ils sont couverts de leurs admirables fleurs, les poiriers en pyramide offrent un aspect magnifique ; mais il ne faut pas se laisser tromper par les apparences, car l'expérience nous a prouvé que plus un poirier porte de fleurs, moins il produit de fruits. Le fait est, que cette grande quantité de fleurs épuise l'arbre à tel point que, quand elles sont en excès, il ne rapporte rien; quand, au contraire, il y a peu de fleurs, chacune d'elles produit un fruit. Une production trop abondante épuise aussi Parbre et empêche le fruit de bien mûrir.
Il en résulte donc que la récolte des poires en plein air dépend d'une proportion exacte de feuilles, de fleurs et de fruits. Trop de croissance et trop de feuilles empêchent les fruits de se produire ; il en est de
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même s'il y a trop de fleurs, et trop de fruits récoltés une année empêchent le développement du fruit Tannée suivante.
Les jardiniers greflfent le poirier sur le cognassier, afin de prévenir le développement trop rapide de la matière ligneuse. Naturellement, le poirier est un véritable arbre forestier; cultivé en pyramide, c'est un simple arbrisseau. Pour recueillir tout l'avantage du trojic de cognassier, et pour empêcher un développement trop considérable de l'arbre, il faut avoir soin d'empêcher la greffe de se trouver au-dessous du sol, car, autrement, des racines se forment immédiatement, et le poirier cesse d'être un simple arbrisseau pour devenir un véritable arbre forestier.
Pendant quelques années, je ne savais comment placer la, greffe, la maintenir au-dessus du sol, ou la placer au-dessous. Mais l'expérience m'a bientôt enseigné que toutes mes belles pyramides seraient bientôt détruites si je n'avais pas soin d'empêcher les racines de poirier de se former, ou si je ne les coupais pas rapidement dès qu'elles se forment.
A Wallington, j'ai fort peu de grands poiriers; je ne ferai de remarque sur aucun d'eux, car je les tolère plutôt que je ne les cultive-, cependant, partout où on peut disposer d'un emplacement suffisant, on devrait cultiver comme arbres : la Bonne Louise, la Jargonnelle, la Marie-Louise, le Beurré de Capiaumont, le Beurré superfin, le Goulu Morceau, le Doyenné de Comice, la Nélis d'hiver et le Catillac.
Pour s'assurer une bonne récolte, on a recommandé de protéger l'arbre au printemps, mais je doute fort de l'efficacité de ce système. J'ai pensé une fois à recouvrir mes pyramides de crinolines. Dans ce but , je me rendis chez un grand manufaaurier , mais je n'ai pu m'en tendre avec lui sur un prix raisonnable. Tout à coup le vendeur me dit: Je vous demande pardon, Monsieur, mais je serais heureux de savoir pourquoi vous voulez acheter tant de crinolines? — Pour couvrir mes arbres fruitiers, lui répondis-je. Rien d'amusant comme l'étonnement du fabricant ; il me déclara qu'il ne m'en vendrait à aucun prix pour cet objet, car ce serait jeter un ridicule considérable sur la crinoline et en empêcher la vente.
J'ai planté en pot beaucoup de poiriers greffés sur cognassier. J'ai
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cultivé de. cette façon, dans la serre-verger, le Citron des Carmes, le Doyenné d'été, la Joséphine de Malines et le Chaumontel, avec d'excellents résultats. Les poires qu'on laisse mûrir dans la serre sont ordinairement très inférieures à celles qui mûrissent en plein air ; je ne saurais trop recommander de ne laisser les arbres en serre que jusqu'à ce que le fruit soit formé. En transportant les arbres en plein air vers le i" juin, on s'assure une excellente récolte tout en conservant la qualité du fruit.
L'arrosage des poiriers en pot demande beaucoup de soins ; il est bon de les arroser avec de l'engrais liquide au moment où la fleur tombe, où la poire commence à grossir et quand elle est sur le point de mûrir. Aces moments critiques, il est avantageux de les arroser deux fois par semaine.
Si le poirier en pyramide est dans de bonnes conditions, le jeune fruit peut supporter des gelées modérées au printemps. La grande sécheresse et les grandes chaleurs de 1 870 ont été très nuisibles aux poiriers ; dq)uis ce temps, beaucoup ont cessé de porter des fruits. Pour me résumer, et je ne saurais trop insister sur ce point, le véritable moyen d'avoir une bonne récolte est de cultiver les arbres de façon qu'ils aient juste ce qu'il leur faut de feuilles, de fleurs et de fruits ; on y arrive en coupant avec soin certaines racines et par l'emploi judicieux des engrais. L'expérience m'a enseigné aussi qu'il est bon de donner à tous mes arbres du phosphate de chaux ; pour ce faire, je répands autour du tronc un peu d'os pilé que je recouvre avec du fumier.
M. Thompson m'a conseillé de cultiver en espalier des poiriers greffés sur cognassier ; je n'ai jamais essayé, et je le regrette, car l'avis d'un homme ayant une si grande autorité mérite toute considération.
Il faut cueillir les poires quand elles se détachent facilement de l'arbre. Il faut alors les placer dans le fruitier en ayant soin qu'elles ne se touchent pas, et s'assurer du moment où elles sont mûres. Dès qu'une poire est mûre, on ne peut plus la transporter, car le moindre choc la feit pourrir. Un excellent système est aussi de sortir la poire du fruitier et de la porter dans la maison où on la garde quelques jours pour la manger dès qu'elle est mûre. Il faut employer, dans le fruitier, les
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précautions que j'ai déjà recommandées pour les pommes, c'està-dire y brûler fréquemment du soufre.
La poire n'est parfaite que pendant fort peu de temps; dès que l'instant où elle est mûre est passé, elle commence à pourrir ; avant cet instant, elle est dure et sans parfum. En un mot, la poire n'est bonne que quand elle est juteuse.