LA PRUNE
c Je danserai et je mangerai des prunes à vos noces. »
Shakespeare, Les Joyeuses Commères de Windsor,
La Prune (Prunus domestica) est un excellent fruit. Je cultive environ soixante-dix espèces de pruniers, mais on en connaît d'innombrables variétés, les unes nommées, les autres qui ne le sont pas encore. On obtient de nouvelles variétés en semant les noyaux des meilleures espèces; on propage alors ces variétés au moyen de la greffe sur un prunier sauvage. Quand le prunier n'a pas été greffé, on peut aussi le propager au moyen de cépées.
Fig. 3o4.— Favorite Fig. 3o5.— Prune Fig. 3o6.
bâtivc de Rirers (i). de Lawrence. Reine Claude. Goutte d'or.
Les pruniers ne réussissent pas très bien dans mon Jardin; aussi ai- je été forcé de soulever bien des arbres pour les replanter dans un sol préparé exprès. Quoi qu'il en soit, nous récoltons toujours assez de fruits pour Tusage de la maison. La première prune à dessert qui mûrisse est la Favorite hâtive de Rivers (fig. 3o4), toujours bonne à manger vers la troisième semaine de juillet, quand on la cultive sur un arbrisseau. Bientôt après vient la Mirabelle hâtive, excellente petite prune. La Reine Claude violette est un très beau fruit, ainsi que la prune de Kirke ; toutes deux mûrissent en septembre.
La prune d'Orléans, celle de Jefferson, celle de Lawrence (fig. 3o5) sont toutes d'excellentes prunes qui mûrissent vers la fin d'août. La prune Goliath, qu'on estime peu d'ordinaire, vaut mieux que sa répu-
(0 Toutes les figures représantant les prunes sont dessinées à Téchelle de 1/2 diam.
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i6o MON JARDIN
talion quand elle est bien mûre et bien développée. La Reine Claude fig. 3o6) est sans contredit la reine des prunes; malheureusement ce prunier produit fort peu en Angleterre. Toutefois, quand il rapporte, le fruit est magnifique ; aussi, devrait-il y avoir dans chaque jardin quelques pruniers de cette espèce; il est certain qu'on ne récolte des fruits qu'une fois par hasard, mais cela suffit pour compenser et au-delà toutes les peines qu'on s'est données. La Goutte d'or de Coe { fig. 307) est une prune magnifique; elle a, en outre, cette excellente qualité de se garder longtemps après la cueille, surtout si l'on a soin de l'envelopper de papier et de la suspendre dans le fruitier. L'Impératrice d'Ickworth est une prune délicieuse quand elle est bien mûre et bien ridée; elle est alors recouverte d'un duvet pourpre ayant des teintes charmantes ; elle se garde longtemps dans un fruitier bien sec. La Pourprée Belge (fig, Sog) est, dit-on, une excellente prune
Fig. 3o8. Fig. 309. Fig. 3io. Fig. 3ii.
Impératrice. Pourprée Belge. Prince Englebert. Belle de Louvain.
hâtive ; bien que je possède un arbre de cette espèce, je ne la connais pas assez pour en parler de façon positive.
Les prunes s'emploient surtout pour la cuisine, et elles ont ce grand avantage de persister depuis juillet jusqu'en novembre. La prune de Rivers mûrit en juillet. On cultive dans le comté de Kent une prune hâtive qui mûrit à peu près à la même époque, mais je n'ai jamais pu savoir le nom de ce fruit. Le Prince Englebert (fig. 3io) est un fruit gros, à la chair ferme et sucrée, qui rapporte beaucoup et qui mûrit dans le courant d'août. La Belle de Louvain (fig. 3i i) mûrit un peu plus tard; c'est une prune pourpre foncée, grosse et très rustique.
LES PRUNES i6i
Le Magnum Bonum jaune (fig. 3 12) est une belle grosse prune qu on emploie beaucoup pour faire des confitures, qu'il faut conserver avec soin, car elles fermentent facilement.
LaGisborne (fig. 3 1 3) est une prune jaune qu^on récolte en quantité
Fig. 3i2. Fig. 3i4. Fig. 3i5.
5U|Diim Bonum Jaune. Gisborae. Diamant noir. Prince de GalJes.
prodi^euse tous les ans, quel que soit Pétat du temps. C'est une excellente prune à cuire et on devrait en cultiver dans tous les jardins. Le Diamant noir (fig. 3 14) est une grosse belle prune qui mûrit pendant la première semaine de septembre.
Le Prince de Galles (fig. 3i5) se récolte en grande quantité; il est rare que celte prune manque , même après que la récolte précédente a été tellement abondante que Parbre en a souffert. On regarde ordinairement la Washington (fig. Î16) comme une excellente prune à cuire; quant à moi, je pense que sa qualité est assez bonne pour qu'elle puisse figurer sur la table au moment du des- | sert. Il existe aussi une variété, trouvée dans le Yorkshire, qui mérite d^être plus connue ; j'ai été un de ceux qui ont voulu acclimater cette prune dans le sud de p. ^^^ l'Angleterre, mais je dois avouer que je n'ai guère Washington, réussi. Je serais assez disposé à croire qu'elle ne mûrit que dans le Yoitshire.
Je cultive la prune de Damas commune, mais elle ne réussit pas très bien. D'autre part, M. G. Roach Smith, l'éminent antiquaire, a, dit-on,
Smee. Mon Jardin, 1 1
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découvert une variété de la prune de Damas, à laquelle on a donné le nom de prune de Rochester (fig. 3 17 a); cette variété est remarquable par son abondance. C'est M. Smith lui-même qui a appelé mon attention sur
la valeur de cette prune; il est fort cu-
i rieux de voir les arbres qui la produisent
ployer sous le poids des fruits alors que
les autres pruniers n'en ont
pas un seul. La prune de Ro-
Fig. 317 a. — Prune de Rochester. chcster est la meilleure que
Ton connaisse ponr cuire. Je cultive aussi la Bullace {Prunus iùwnâ. '
insitîtia, fig. Siy^), excellente pour faire des confitures; cette prune
mûrit après toutes les autres.
Je cultive aussi plusieurs espèces de pruniers en pot dans la serre à fruits, et ils produisent beaucoup. Toutefois, la saveur du fruit est beaucoup moins bonne, à tel point que, selon moi, il est inutile de cultiver aucun prunier en serre, sauf peut-être la Goutte d'or. Peut-être la grande quantité rapportée par les arbres est-elle la cause principale du peu de parfum des prunes étrangères, quand on les compare à celles qui mûrissent en Angleterre, La Reine Claude, cultivée en pot, est très sucrée, mais elle n'a plus le parfum excellent que l'on trouve dans le fruit cultivé en plein air.
Je cultive une partie de mes pruniers en plein vent et les autres en espalier; les premiers sans contredit réussissent le mieux. On arrête en juin le développement des branches des pruniers en espalier et on les taille en hiver. Les pruniers taillés ont une grande tendance à pousser de longues branches qui fatiguent l'arbre et le rendent improductif. II arrive, pendant quelques années, que le côté inférieur des feuilles de nos pruniers est recouvert de grosses aphides vertes, à tel point qu'on ne pourrait piquer une épingle entre ces insectes . Je ne crois pas que la taille convienne au prunier, car j'ai toujours remarqué que ceux qu'on laisse croître en liberté réussissent mieux que ceux que l'on taille si peu que ce soit. Rivers recommande de soulever les pruniers tous les deux ans ; mais c'est là une opération bien trop difficile quand elle doit porter sur plus de cent gros arbres.
Googh
L'ABRICOT i63