MES ANIMAUX S
jamais bien su. Ils revenaient au bout d'un jour ou deux, la gueule pleine de sang et de poils, ce qui prouvait tout au moins qu'ils avaient été rendre visite à des lapins et à des lièvres et qu'ils les avaient dévorés.
Jack était un terrible mâtin qui avait l'habitude d'aller visiter tous les chiens du voisinage; un jour il se rendit dans une propriété où se trouve une meute; il y eut un terrible combat. Jack tua et blessa deux ou trois chiens, mais fut enfin accablé par le nombre et littéralement mis en pièces; il ne resta de lui que sa queue que je possède aujourd'hui montée sur un bâton et qui nous rappelle la misérable fin de la pauvre bête.
J'ai eu un autre chien appelé Gyp, qui avait aussi un singulier caractère. Il n'aboyait jamais, mais mordait toujours à la moindre provocation. Il ne tolérait pas qu'un étranger soi tît du jardin avec un sac ; il allait droit à lui et l'empoignait par le fond de sa culotte jusqu'à ce qu'il eût déposé le sac.
Une fois que Gyp était venu me rendre visite à ma maison de Londres, les agents de police ayant cru, pendant la nuit, découvrir les traces d'un voleur, montèrent sur le mur de mon jardin, mais il leur tut impossible d'aller plus loin, car Gyp les eut certainement attaqués.
iravait grand soin que ni porcs, ni canards, ni oies, ni poulets n'approchassent jamais de sa pâtée.
Mon chien de chasse Sherry élait aussi aimable que Gyp était batailleur. Il permettait aux cochons de lui voler ses aliments; il était si bon pour toutes les créatures, que les chats, les poulets, les canards et les oies venaient partager avec lui sa nourriture et sa niche, et le domestique qui le soignait était obligé de veiller à ce qu'il lui restât quelque chose à manger.
Dans un jardin comme le mien il faut nécessairement des chats. Les chats élevés dans un jardin sont à moitié sauvages sous certains rapports, et cependant ils sont encore dociles. Leur fourrure est beaucoup plus belle que celle des chats qui habitent les appartements.
Quelquefois mes chats se mettent à tuer les poulets ; d'autres fois ils se mettent à tuer les truites, et dans ce cas il n'y a pas à hésiter, il faut
Smee. Mon Jardin, 34
Googh
les détruire ; un de mes chats, comme je crois Tavoir déjà dit, mangea tous mes poissons rouges. Quand on pêche, il faut faire grande attention, car on peut être à peu près certain que les chats sont cachés dans le voisinage et qu'ils se jetteront sur le poisson dès qu'il sera sur le sol. Un soir que je péchais et que j'avais attrapé une truite, un de mes chats, plus impudent que les autres, sortit d'une haie voisine et s'élança sur le poisson avant que je ne Teusse détaché de l'hameçon. Par un mouvement rapide et au risque de briser ma ligne, je fis décrire un cercle au poisson et je parvins à le saisir ; puis je donnai un bon coup de bâton au chat qui retourna, en criant, se cacher dans la haie.
Mes chats semblent avoir exterminé tous les rats aquatiques de mon jardin-, mais les rats bruns de terre font des invasions périodiques; ils viennent alors en telle quantité que les chats ne sont pas de force à leur résister. Dans une de ces batailles, un de mes chats eut les oreilles déchirées; il est rare d'ailleurs que mes chats survivent à un de ces combats. Je vis un jour un chat s'élancer sur une souris qui se cachait dans un fraisier. Le chat la porta dans un endroit découvert et lui rendit la liberté ; puis, quand elle eut fait trois ou quatre mètres, il se jeta de nouveau sur elle et se mit à la caresser avec sa patte et à la lécher comme si elle eut été un petit chat. La pauvre petite souris semblait implorer le chat qui fit semblant de l'abandonner ; elle essaya de se sauver encore une fois, mais le chat l'arrêta dans sa course et cette fois sembla l'avoir blessée, car elle ne remua plus; après l'avoir considérée pendant quelques minutes, il la saisit dans sa gueule et l'écrasa entre ses dents avec autant de facilité qu'un homme aurait fait d'un radis. Je me suis souvent demandé pourquoi on trouve tant de cruauté dans la nature. Si un homme' se conduisait envers un chat comme celui-ci se conduit envers la souris, il est certain qu'il serait sévèrement puni par n'importe quel juge.
En résumé, bien que les chats nous fassent quelques torts en attrapant le poisson et en tuant les oiseaux, ils nous rendent de bien plus grands services en tuant les lapins, les rats et les souris. Les souris détruisent les abeilles qui fécondent les fleurs ; elles détruisent aussi les graines et les ognons. Quand j'ai dessiné mon jardin, il y en avait des
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