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quantités considérables; aujourd'hui il y en a fort peu, car les chats les ont presque toutes détruites.
Dans un coin de mon jardin se trouve le tombeau d'un beau chat angora blanc, qui passa treize ans avec nous et qui était fort remarquable à tous égards. Tous les matins il venait assister à mon déjeuner, et, si je ne faisais pas attention à lui, il me prenait par la main. Il aimait beaucoup à attirer les chats étrangers dans la maison, puis à les chasser à terribles coups de griffes. Mais son histoire est trop longue pour que je la raconte ici. Il mourut de vieillesse, et une pierre portant le nom de Blanchet couvre ses restes.
Il y a quelques années, la neige resta sur le sol pendant fort longtemps à Londres, et le public fut tout étonné de marques en ligne droite qu'on voyait en certains endroits. Quelques imbéciles se figurèrent que ces marques étaient dues à l'intervention de Satan, et un de mes amis, homme de grand talent, ne put résister au désir de faire une farce. Il adressa à un journal une lettre fort détaillée, pleine de citations fabuleuses, pour démontrer que ces marques étaient faites par un animal arctique appelé l'unipède. lime mit dans le secret et nous nous amusions beaucoup quand nous rencontrions des gens qui avaient lu la lettre et qui croyaient à l'existence de l'unipède. Ces marques étaient faites par des chats qui, en marchant sur la neige, posent le pied de derrière dans le trou qu'a fait le pied de devant; j'ai remarqué que les chevaux ont la même habitude.
Il est fort rare que nous voyions des écureuils dans le jardin; cependant il en vient de temps en temps quelques-uns pour se régaler de faînes. L^'Écureuil {Scums pulgaris, fig. 1 1 10) s'apprivoise facilement quand il est jeune. G'est un charmant petit animal, un compagnon fort gai, mais il faut avoir grand soin de surveiller les rideaux, car il est très iiisjosé à les déchirer. Les écureuils causent quelques ravages dans les jarcftfîs^ mais ils constituent un véritable ornement dans un bois; il n'y a rien d'amusant comme de les voir courir de branche en branche. .
Je n'ai vu qu'une fois un Hérisson {Hrinaceus europœus^ fig. i n i), bien que cet animal se trouve dans tous les environs de Londres. Le
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hérisson est Carnivore et se nourrit d'insectes ; il est fort difficile de rélever en captivité.
Fig. nu. — Hérisson.
Fig. II 10. — Ecureuil.
11 y a dans mon jardin deux espèces de chauves-souris, qui nous amusent beaucoup dans la soirée par leur vol si curieux. Il est très difficile de dire pourquoi cqs intéressantes créatures ont été prises comme Temblême des régions infernales, d'autant qu'elles nous rendent beaucoup de services en tuant les cousins et d'autres insectes. La chauve-souris frugivore n'existe pas en Angleterre; cette chauve-souris se suspend par une patte, replie ses ailes autour d'elle et mange la tête en bas. Les chauves souris sont de curieuses créatures; il y en a beaucoup d'espèces en Angleterre. Je n'ai pas déterminé exactement quelles sont les deux espèces qui habitent mon jardin; toutefois, l'une est plus grande que l'autre, et je crois avoir reconnu la Chauve-souris commune {Scotophilus murinus) et la grande Chauve-souris [Scotophilus noctiluca ; mais je n'ai aucune certitude à ce sujet.
La Taupe [Talpa europea, fig. 1112) vient dans mon jardin beaucoup plus que je ne voudrais. C'est un animal inquiet, vivant principalement dans l'obscurité, mais que l'on ti'ouve quelquefois à la surface et que Ton peut alors facilement attraper. On ne peut le garder en captivité; j'ai essayé d'en apprivoiser quelques-unes, mais elles sont toujours mortes au bout de quelques i^ jours. A la place d yeux, la taupe a J^îg- "»2. -Taupe,
de simples tubercules noirs; elle est do.ic com;:lét^meni aveugle. La
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taupe rendrait de grands services, car elle dévore les vers et d'autres insectes nuisibles, si elle ne déracinait pas si souvent des plantes précieuses.
On a publié, il y a quelques années, un article en faveur de la taupe, dans lequel Tauteur recommande de protéger cet animal. Les naturalistes étaient assez disposés à accepter les conclusions de cet article, mais les jardiniers démontrèrent que la taupe est un animal nuisible dans les jardins et que, dans la pratique, il faut l'attraper et la détruire chaque fois qu'on le peut; rien n'est désagréable en effet comme de voir ses plus belles plantes déracinées par elles. Il y en a un grand nombre dans le parc de Beddington qu'un petit ruisseau sépare de mon jardin. Je les attrape ordinairement à la traversée de ce ruisseau dans une souricière en fer disposée à cet effet. J'en ai pris un grand nombre dans les premiers temps de mon occupation du jardin ; elles ont beaucoup diminué aujourd'hui.
On peut se servir de la fourrure de la taupe pour en faire des manteaux, mais il en faut une si grande quantité que cela devient fort dispendieux, et le manteau coûte environ 5oo francs.
Plutarque dit que les Égyptiens rendaient les honneurs divins à la taupe à cause de sa cécité, car ils considéraient les ténèbres comme plus anciennes que la lumière. Cet animal était consacré à Buh, Tune des divinités égyptiennes les plus anciennes.
Le Rat d'eau (^ m co/a âmphibid, fig. iii3) habite mon jardin. C'est une petite espèce de castor plutôt qu'un rat. Il creuse son trou sur le bord des rivières et contribue ainsi à miner les rives des rivières et des canaux. Il se nourrit de végétaux; on a dit qu'il a l'habitude de dévorer le poisson, mais c'est une erreur. Il se passe rarement un hiver sans qu'il ne me cause beaucoup de dommages en dévorant les racines d'un pommier ou de quelque autre arbre fruitier ; il les coupe à quelques pouces du tronc (fig. 1 1 13 a). On détruit le rat d'eau à coups de fusil; mais le chat vaut peut-être mieux, car les miens semblent avoir exterminé presque tous ceux qui se trouvaient dans mon jardin. Quand le rat d'eau entre dans l'eau, l'air adhère à ses poils; aussi dirait-on une boule d'argent qui circule à quelques pouces au-
dessous de la surface ; sous ce rapport il ressemble à la musaraigne.
Fig. 1 1 14. — Rat brub.
Fig. iii3 a. — Racine roDgée par le rat d'eau.
Nous avons aussi le rat brun {Mus decumanus^ fig. 1 1 14), animal vorace et féroce, qui a été introduit en Angleterre et qui a exterminé notre rat national {Mus rat tus).
Le rat brun s'est établi dans mon jardin ; il détruit mes Jeunes poulets, blesse mes chats et mange mes graines et mes légumes. Un de mes jardiniers est venu me dire un jour qu'un de ces rats avait choisi, pour y faire son nid, une de mes plus belles fougères. En automne, de véritables armées de cette espèce de rat viennent quelquefois visiter mon jardin. On peut les empoisonner avec de la pâte au phosphore, mais si les chats ou même les cochons viennent à manger un de ces rats empoisonnée, ils s'empoisonnent eux-mêmes. Cette pâte se prépare en mêlant de la farine d'orge avec de l'eau chaude et en agitant dans le mélange des bâtons de phosphore qui se fondent et se disséminent dans toute la pâte. Le rat mine avec beaucoup de facilité, aussi est-il difficile de l'empêcher d'aller où bon lui semble. Il a de véritables magasins où il entasse des noix, des noisettes, des grains et d'autres aliments.
Je n'ai jamais vu le rat noir dans mon jardin, bien que j'en aie pris plusieurs dans ma maison de Londres; je les ai envoyés au jardin zoologique. Les rats s'apprivoisent facilement; j'ai vu pendant des revues des soldats français en porter un sur leur épaule ; j'en ai eu un qui se plaçait sur l'épaule d'un de mes domestiques quand nous traversions Londres.
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