LE LAPIN
Nous n'avons heureusement pas beaucoup à soufTrir des incursions des Lapins (Lepus cuniculus)^ bien que, de temps en temps, il en vienne quelques-uns du Parc de Beddington. Partout où ils sont nombreux, les lapins causent des dommages incalculables. Je connais une propriété en Ecosse, où les lapins tués chaque année rapportent entre 1 5 et 20,000 francs. Au printemps et en été, ils dévorent les jeunes branches et les fleurs, tout-à-fait au commencement du printemps ils détruisent un grand nombre de jeunes arbres en mangeant Técorce dont ils paraissent très friands à cette époque. Quand la sève commence à circuler, les jeunes pousses des arbres forment une excellente nourriture pour les animaux pourvus de dents disposées de fjçon à pouvoir les mastiquer; on m'a dit que, dans les forêts de l'Amérique, un grand nombre d'animaux des forêts accourent pour dévorer les jeunes pousses quand ils entendent un bûcheron abattre un arbre. Une fois, mes vaches ont enlevé toute l'écorce de plusieurs jeunes noyers; il est donc nécessaire de protéger les jeunes arbres contre les bestiaux. On peut apprivoiser le lapin de garenne, et c'est alors un compagnon fort amusant.
Il n'y a pas de Loir {Mfoxus avellanarius) dans mon jardin, bien que j'en aie vu beaucoup dans les environs de Tunbridge. Cet animal construit un nid curieux qui ressemble un peu à celui d'un oiseau ; quand les feuilles tombent, on découvre souvent ces nids et on peut s'en emparer ainsi que du loir. Les loirs sont communs dans tout le comté de Kent, et on m'a dit qu'on en trouve beaucoup à quelques milles de mon jardin. Les nids que j'ai trouvés avec le loir à l'intérieur paraissent complètement fermés; j'en conclus que cet animal bouche l'ouverture de son nid quand il y entre, de sorte qu'il ressemble à une boule d'herbe et de feuilles.
Je ne crois pas que la Loutre habite actuellement la vallée de la Wandle; cependant on en a tué deux grosses, il y a quelques années, dans le parc de Carshalton ; l'une d'elles a été empaillée et se trouve actuellement dans le château de Beddington.
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Quelque beau que soit un jardin, il n'est jamais complet s'il n'est fréquenté par beaucoup d'oiseaux. J'éprouve chaque année, quand arrive le rossignol, un moment d'inquiétude jusqu'à ce que je sache combien il y en a dans mon jardin . Mon fils, qui s'occupe particulièrement des oiseaux, en a observé 104 espèces différentes dans le jardin ; Brewer, dans sa flore de Surrey, indique les noms de 1 1 5 espèces. Sur les espèces qu'on a observées dans mon jardin, les unes sont rares, les autres ne font que passer. Beaucoup viennent du sud pour passer l'été, quelques-unes viennent du nord pour passer l'hiver, d'autres demeurent toute l'année avec nous.
Le lac est le rendez-vous de beaucoup d'oiseaux aquatiques. Un certain hiver, au moment le plus froid, nous avons reçu la visite d'un Cygne sauvage {Cygnus férus ^ fig. 1 1 23). Il vint se poser sur le lac et s'installa tranquillement sur la même pièce d'eau que les autres cygnes,
Fig. 1123. — Cygne sauvage.
bien qu'il se tint toujours à une certaine distance. Quand vint le moment de couver, les cygnes communs ne voulurent plus tolérer sa présence et le chassèrent ignominieusement du lac.
J'ai fait établir sur l'île une niche où les cygnes à bec rouge {Çygnus olor, fig. 1 124) font leur nid et élèvent leurs petits. Ils en ont tantôt
cinq, tantôt sept par portée. Les parents surveillent leurs jeunes avec une sollicitude inquiète; à la moindre alarme, les petits grimpent sur le dos de la femelle qui les emporte avec elle.
Dans ces occasions, le mâle reste auprès de la femelle, disposé à livrer combat à tous les agresseurs, et malheur au chien qui viendrait à sa portée; lui, cependant, ne porte jamais les jeunes sur son dos. Un rat vint un jour s'établir dans un trou près du nid des cygnes ; le cygne mâle le découvrit et plongea son bec dans le trou ;
Fig. 1124. — Cygne à bec rouge.
Fig. 1 1 24 fl. — Tête de Cygne.
chaque fois il ramenait un jeune rat qu'il écrasait. Mon cygne mâle (fig. 1 124 a) a une marque rose vif de chaque côté de la tête, elle est produite par des plumes colorées qui poussent après la mue et qui persistent jusqu'au mois de juillet suivant.
Les jeunes cygnes atteignent une assez grosse taille vers la fin de septembre ; nous les attrapons ordinairement à cette époque pour les engraisser. Dans ce but, je fais disposer pour eux uq enclos dans le ruisseau au cresson et je les fais nourrir avec du biscuit de blé, ce qui est assez dispendieux; à Norwich on prend 25 francs pour engraisser un cygne diaprés ce système. Ils atteignent alors un poids considérable. Avant de manger le cygne, il faut le garder mort deux ou trois semaines pour que la viande devienne tendre ; on le fait ordinairement rôtir. Le cygne a à peu près le même goût que le canard sauvage et, comme ce dernier, il faut l'accommoder avec du citron et du poivre de Cayenne.
Si on laisse les jeunes avec leurs parents, ceux-ci les chassent un peu avant Noël, et si on n'a pas eu le soin de leur couper les ailes, ils s'élèvent en Tair de la manière la plus gracieuse et vont visiter quelqu'autre endroit. Ces vols de cygnes offrent un spectacle magnifique . Cest le professeur Owen qui m'a conseillé d'avoir des cygnes pour détruire TAnacharis, herbe aquatique américaine qui envahissait tous les cours d'eau de mon jardin; le conseil est excellent, car un couple de cygnes avec leurs jeunes détruisent une quantité prodigieuse de cette herbe dans le courant d'une seule année. On ne donne à manger au cygne qu'au printemps, mais j'ai trouvé qu'il fallait leur donner du biscuit trempé depuis la mi-janvier jusqu'au mois de mai, car j'ai perdu une fois une femelle pendant la période d'incubation, probablement parce qu'elle n'avait pas assez à manger. M. Frank Buckland dit que les cygnes se rendent coupables de la destruction des œufs de poisson . Je crois pouvoir affirmer qu'ils sont innocents, tout au moins en ce qui concerne les œufs de la truite.
J'entretiens quelques canards blancs sur le lac; ils l'égaient par leur vivacité. Le bruit qu'ils font est étonnant et ils sont fort utiles pour attirer les canards sauvages, les siffleurs et les sarcelles qui passent audessus du jardin. Leur bec est pourvu de nerfs très puissants, de telle façon que, lorsqu'ils plongent la tête sous l'eau, ils peuvent aller chercher dans le sable tous les œufs de poisson qui s'y trouvent. Par conséquent, si l'on veut avoir beaucoup de truites , il faut empêcher les
Fig. 1126. — Sarcelle.
Fig. 1123. —Canard sauvage.
canards de visiter les endroits où elles pondent. Cest le cri de la femelle
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qui semble attirer les oiseaux sauvages. Le cri du mâle est moins distinct, il ressemble plus à un coup de sifflet, surtout pendant la saison de reproduction. Le jardinier dressa les petits canards, élevés l'année dernière, à plonger pour aller chercher leur nourriture . Rien d'amusant comme de leur jeter de Torge dans le lac et de les voir plonger et manger sous l'eau. Je n'ai jamais vu les parents plonger;
je ne sais donc pas si cette ■ - V habitude est naturelle ou si V \ elle a été acquise par l'édu- ^ \ cation.
/ \^ Pendant Phiver nous avons ^j^^-^ le Canard sauvage {Anas boschas, fig. 11 25), la Sar- ^ celle {Querquedula crecca, ' ^^^.~:^— -"""^ fig. 1 126), le Canard siffleur
Fig. II 27. — Canard sifQeur. , . » /- %
{Anas penelope^ fig. 1127) et le Canard huppé {Fuligula cristata, fig. 1 128). En janvier 1871, mon jardinier tua, près du moulin, un Harle fe-
l , si \
Fig. II 28. — Canard huppé. Fig. 1129. — Harle ou Canard de Smee.
melle {Mergus albellus^ fig. 1 129). Sur la côte de Norfolk, on appelle cet oiseau le canard de Smee, mais je ne saurais dire comment il se fait qu'il porte mon nom.. Il est un fait remarquable à propos de ce dernier oiseau, c'est que tous ceux qui ont été tués en Angleterre sont des femelles ou des jeunes ; il est donc probable que les mâles adultes
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visitent rarement notre pays. Le harie mâle est un magnifique oiseau. Bien que son plumage en hiver soit simplement blanc et noir, il n'en est pas moins remarquable et présente un but excellent au fusil du chasseur. Ces oiseaux sont, dit-on, très timides et excellents plongeurs ; ils supportent moins bien le froid que les autres membres de la famille des canards. On sait fort peu de chose sur Pépoque à laquelle ils couvent et sur le lieu où ils élèvent leurs petits.
Nous n'avons que quelques petits Grèbes [Podiceps minor^ fig. ii3o); auprès de Croydon on en trouve, au contraire, de grandes quantités. Cet oiseau plonge pour chercher sa nourriture; il est très
Fig. ii3o. — Petit Grèbe
( i/6 de grandeur
naturelle).
Fig. ii3i. — Grèbe d'Esclavonie ( i/6 de grandeur naturelle).,
timide, de sorte que je n'ai guère pu Tétudier. Le grèbe vient plus fréquemment chez nous en hiver qu'en été ; quelquefois il se reproduit dans mon jardin. J'ai trouvé une fois sur le lac un spécimen du grèbe d'Esclavonie [Podiceps Cornutus^ fig. i i3i).
Le Râle d'eau [Rallus aquaticus, fig. ii32) fréquente mon lac en hiver depuis quelques années. J'ai trouvé en été, dans mes prés, le Râle de genêt [Crex pratensis^ fig. 1 133).
La Poule d'eau [Gallinula chloropus, fig. 1 1 34) existe en grand nombre sur le lac et constitue un véritable ornement. Cet oiseau se re-
produit très bien dans mon jardin; il construit quelquefois son nid dans
Fig. io32. — Râle deau Fig. ii33.~Râlede genêt
( 1/4 de grandeur naturelle). (1/4. de grandeur naturelle).
les joncs, juste au-dessus du niveau de Peau et quelquefois dans les buissons qui entourent le lac ; le nid que j'ai fait représenter (fig. 1 135)
f-ig. 1134. — Poule d'eau. Fig. ii35. — Nid de Poule d'eau.
se trouvait dans un groseiller. Il est fort intéressant de voir la poule d'eau entourée de ses petits, les conduire dès qu'ils sont éclos sur le lac et leur montrer où ils peuvent trouver des aliments. Les Cygnes et surtout le Cygne mâle les pourchassent et tuent les petits chaque fois qu'ils les attrapent. J'ai vu une fois une poule d'eau défendre héroïquement ses petits ; elle se jeta sans hésitation sur le cygne en ayant soin de se tenir hors de portée de son bec. Elle parvint par cette manœuvre à détourner l'attention du cygne et, pendant ce temps, les petits très effrayés
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purent se retirer en lieu sûr, à l'exception d'un seul que le cygne parvint à saisir et qu'il écrasa dans son bec. Si la nourriture est rare, les poules d'eau mangent les laitues et les choux; mais., en règle générale, elles se nourrissent exclusivement de plantes aquatiques. Ces oiseaux sont si rarement molestés qu'ils deviennent très hardis et se promènent pendant la journée dans les allées qui entourent le lac. Toutefois, ils ne se débarrassent jamais complètement de leur timidité. Quand, par hasard, mon fils en tue deux ou trois, les autres vont se percher au sommet des plus hauts arbres ou vont se cacher dans les haies, et on ne les revoit pas de quelques jours. On dit que la poule d'eau s'enfonce quelquefois dans l'eau en ne laissant sortir que son bec pour respirer; de cette façon elle passe inaperçue.
Le Foulque macroule [Fulica aira^ fig. ii36) fréquente notre lac depuis deux ou trois ans; on en a tué deux comme spécimens;
Fig. ii3'>. — Foulque iracroulc ( i/b de grandeur naturelle).
Fig. 1137. — Htiron.
autrement il est désirable de les garder, car ils appellent par leurs cris beaucoup d'autres oiseaux.
J'ai vu quelquefois passer des oies sauvages au-dessus du jardin, mais elles ne se sont jamais abattues.
Le Héron {Ardea cinerea^ fig. 1 iSy) fréquente mon lac. Bien que cet oiseau ait le vol si élégant et qu'il soit si intéressant à observer, je
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n'accueille jamais ses visites avec plaisir, d'autant qu'il aime mieux les faire pendant la nuit. Le héron est un terrible ennemi des truites ; il se place dans les endroits où l'eau est peu profonde, et si une truite s'approche de lui, il la transperce immédiatement d'un seul coup de son bec puissant; il détruit ainsi pour son plaisir beaucoup de beaux poissons, outre ceux qu'il dévore. Aussi, si l'on veut avoir des hérons, il faut renoncer aux poissons, et si Ton veut des poissons, il faut chasser avec soin les hérons. Sur le cours supérieur de la Wandle, il y a toujours des chasseurs qui passent la nuit pour chasser le héron*, souvent aussi on les prend au piège.
Les hérons construisent leur nid au sommet des plus hauts arbres. Les nids les plus proches de mon jardin se trouvent dans le parc de Cobham, auprès de Gravesend; il y en a un autre à Claremont sur la rivière Mole. Il y en avait anciennement à Wanstead, et j'en ai vu un à Chigwell dans le comté d'Essex; enfin, j'ai entendu parler de nids de hérons dans le parc de Windsor. Ces oiseaux visitent le parc de Beddington et mon jardin; ils viennent probablement de Claremont.
Pendant quinze ou seize jours de suite, au mois de février 1871, et toujours dans la soirée, nous avons vu dans lé jardin un oiseau que nous avons supposé être une Grue {Grus cinerea) ; mais nous n'en sommes pas absolument sûrs.
La Bécasse {Scolopax rusticola^ fîg. 11 38) fréquente mon jardin,
Fig. 1 1 38. — Bécasse. Fig. iiSg. - Bécassine.
( 1/6 de grandeur naturelle). (i/6 de grandeur naturelle).
ainsi que deux espèces de bécassines : la Bécassine commune {Scolopax
Smee. Mon Jardin, 35
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gallinago^ fig. 1 1 Sg) que Ton trouve abondamment chaque hiver sur les terrains où Ton déverse les eaux vannes de Croydon, et la petite bécassine [Scolopax gcdlinula^ fig. 1 140) que Ton trouve en plus petite quantité, mais que Ton rencontre cependant chaque hiver. Quand il gèle
Fig. 1140.— Petite bécassine. Fig. 1141. — Chevalier guijçuctte.
et quand il neige, on trouve ordinairement des bécassines dans nos plantations de fougères et de rosiers.
Quelques Chevaliers guiguette {Totanus hypoleucus, fig. 1141) viennent chaque année dans mon jardin. On y voit quelquefois aussi le Chevalier cul-blanc {Totanus ochropus). T ai vu quelquefois aussi passer pendant leur migration d'automne le courlieu et le pluvier. On voit très rarement des mouettes, et elles sont toujours à une grande hauteur; cependant mon jardinier a vu une mouette se poser dans un de mes étangs.
Le Vanneau huppé {Vanellus cristatus^ fig. 1142) fréquente mon
Fig. 1142. — Vanneau huppé. Fig-^inS. — Perdrix.
jardin; mon jardinier m'afifirme qu'il a vu en hiver dans le Parc de Bed-
dington le Pluvier doré {Charadrius pluvialis). La Perdrix grise {Pe^^dix cinerea^ fig. 1 143) et le faisan nous visitent de temps en temps; j'ai vu une caille dans une de mes prairies. Les perdrix existent en quantité assez considérable sur les collines environnantes, et anciennement on élevait les faisans dans le parc qui se trouve près de mon jardin.
La Tourterelle {Columba Turtur^ fig.
1 144) paraît en nombre assez considérable au mois d'août; le Colombin [Columba
X • ^^^ ^* 'j r' ^ • Fig. II 44. —Tourterelle (i/6« de
œnas)^ oiseau très timide, fréquente aussi ® grandeur naturelle, le voisinage.
Le Pigeon ramier [Columba Palumbus^ fig. 11 46) habite mon jardin toute Tannée et se reproduit dans les grands arbres du parc de Beddington. Ils viennent se baigner presque tous les jours dans mes ruisseaux. Le pigeon ramier est un oiseau intéressant. Au jardin des Tuileries, à Paris, on les voyait quelquefois perchés par douzaines sur les branches des arbres.
Chaque fois que j'allais à Paris, je ne manquais pas de rendre visite aux pigeons ramiers et de leur porter les miettes de ma table.
Il était fort curieux de voir, au milieu d'une grande ville, un des oiseaux les plus sauvages qu'il y ait, descendre, à l'appel de l'homme, du sommet des plus hauts arbres, pour Fig. 1145.- Pigeon ramier (1/6. de P^^^^re du pain dans sa main ou
gr^ideur naturelle). ^^^^ ^^^^ ^^3 j^^^.^^ ^^^ g,3^ ^^j
a visité Paris en décembre 1 87 1 , me dit que tout est aujourd'hui changé et qu'il n'a pas vu un seul pigeon ramier dans les Tuileries, bien qu'il les ait cherchés avec soin. On ne saura probablement jamais si ce oiseau timide a été chassé de Paris par le bombardement allemand s'il a été effrayé par les terribles incendies qui ont embrasé la ville
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pendant les derniers jours de la Commune ou s'il a servi à Talimentation pendant le premier siège.
Je voudrais pouvoir faire dans mon jardin ce qu'on a fait aux Tuileries et apprivoiser les pigeons ramiers, ce qui serait] facile avec de la patience et de la douceur, mais il y a malheureusement dans notre distria trop d'ennemis des oiseaux, pour qu'ils perdent leur timidité.
Pendant l'automne de 1 869, des bandes de pigeons ramiers comprenant de 100 à 5oo individus passèrent pendant plusieurs jours audessus de mon jardin, le plus ordinairement dans la matinée; ils se dirigeaient vers le sud sud-ouest. Le 3 janvier 1870, une bande, contenant probablement 6 ou 7000 pigeons venant du nord-ouest, passa en se dirigeant vers le sud-ouest. Ces oiseaux paraissaient fatigués et beaucoup se posèrent sur les grands ormes ; après s'être reposés quelque temps, ils reprirent leur vol. On n'en a pas revu pendant quelques semaines dans le voisinage et ils ne reparurent qu'au mois de mai comme à l'ordinaire.
Le Biset [Columba Livia) construit son nid dans les trous des rochers; je ne sais pas s'il se reproduit dans le voisinage de mon jardin. Le Biset est la souche du pigeon voyageur qui rend tant de services. M. Tegetmeier raconte que, pendant le siège de Paris, on fit sortir en ballon de cette ville environ 3oo pigeons appartenant à un éleveur belge, puis qu'on les fit partir de la province pour porter les nouvelles dans la ville assiégée . On composait en caractères ordinaires les messages à envoyer et on les photographiait sur une couche de collodion; il était impossible de rien déchiffrer à Toeil nu, mais on n'avait qu'à placer cette couche de collodion sous un microscope pour lire distinctement la dépêche. Ces messagers aériens déjouèrent tous les efforts des Allemanc^s; ceux-ci employèrent des faucons pour tuer les pigeons, mais sans succès. Avant l'invention du télégraphe électrique, on se servait beaucoup des pigeons comme messagers, et je me rappelle, quand j'étais gamin, avoir vu près de chez moi un grand établissement où on élevait des pigeons dans ce but. J'ai moi-même élevé des pigeons qui revenaient chaque fois que je les expédiais à quelque distance. Quelques personnes croient que les pigeons possèdent un instinct qui
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leur permet de retrouver le chemin de leur pigeonnier, même si on les transporte à des distances très considérables, mais il n^en est rien. Il faut, au contraire, les élever avec soin et leur apprendre, par de nombreux voyages, à retrouver leur chemin ; on s'y prend ordinairement de la manière suivante. On choisit un oiseau ayant le cerveau aussi développé que possible et qui semble posséder une certaine intelligence naturelle; il faut, en outre, que ses ailes soient pourvus de plumes larges et bien droites quand elles sont étendues. On porte cet oiseau le premier jour à une courte distance; le second jour, on double la distance et on va ainsi, de degré en degré, jusqu'à ce qu'on atteigne une distance de 5oo milles. Un bon pigeon fait 100 milles en une heure et 45 milles à Theure pendant huit heures consécutives, il fait donc de très grands voyages en très peu de temps. Quand il a une longue course à fournir, le pigeon s'élève à une telle hauteur qu'il est à peine visible à Toeil nu; il se trouve par conséquent à Pabri des coups de fusil. Bien que les pigeons soient les emblèmes de la paix, le rôle qu'ils ont joué dans la dernière guerre semble prouver qu'ils peuvent devenir d'utiles alliés en temps de guerre. On emploie le pigeon comme messager depuis plus de 2000 ans.
Je n'ai jamais vu l'Engoulevent {Capritnulgtis Europœus) dans mon jardin, bien que je l'aie observé quelquefois à peu de distance; cet oiseau a un vol tout particulier. Le Maninet m\iTd\\\zs(Cfpselîtsapus,?[^,\ 146)
Fig. 1146. — Martinet.
abonde dans notre district. Son cri est fort agréable ; mais c'est à Florence qu'il faut aller pour bien observer cet oiseau, car, dans cette ville, les Martinets passent constamment devant vos croisées et leurs cris incessants font sur l'oreille une impression qui ne s'eflFace jamais.
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On peut voir THirondelle de rivage [Hirundo-Riparia^ fig. 1 147)
Figt 1147. » Hirondelle de rivage. Fig. 1148. ^ Hirondelle de fenêtre.
effleurer la surface du lac de son vol rapide, mais elle ne se reproduit pas dans le jardin. L'hirondelle de fenêtre {Hirundo urbica^ fig. 1 148) vient aussi constamment nous visiter ; cette espèce est la plus nombreuse de tout le groupe des Hirundinées.
L'Hirondelle de cheminée [Hirundo rustica^ûg. 1 149) est toujours la bienvenue chez nous. Ces oiseaux construisent leur nid principalement
Fig. 1149. — Hirondelle de cheminée. Fig. ii5o. — Nid d'Hirondelle*
dans la toiture de notre grand kiosque. Chaque année les hirondelles viennent occuper deux vieux nids (fig. 1 1 5o) ; s'ils sont en assez bon état, elles s^en servent sans les réparer ; la situation de ces nids est telle, que je ne puis croire que des oiseaux autres que ceux qui les ont construits ou ceux qui y ont été élevés puissent les trouver. Nous recevons souvent du monde dans ce kiosque, ce qui effraie un peu les pauvres oiseaux; mais enfin les parents parviennent à nourrir leurs jeunes, bien qu'ils montrent un peu de timidité et restent souvent assez longtemps sur la toiture extérieure avant de se décider à entrer. Mais le puissant instinct qui pousse
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les oiseaux à nourrir leurs jeunes finit par remporter, et ils sMlanœnt dans la salle pour en ressortir un instant après, à la recherche d'autres aliments. Les jeunes dorment pendant ce temps, ils ne se réveillent que pour manger.
Les hirondelles abandonnent quelquefois leurs œufs pendant des heures, à tel point qu'ils deviennent tout froids ; mais ils n'en sont pas moins bons.
Quand le moment de la migration arrive, les hirondelles paraissent quitter toutes les parties de l'Europe en même temps. Je me rappelle m'être rendu en toute hâte une année sur les bords de la Méditerranée au mois d'octobre,alors que les hirondelles avaient déjà quitté l'Angleterre, et je m'aperçus qu'elles avaient aussi quitté la France. D'où viennentelles et où vont-elles ? C'est ce que personne ne saurait dire de façon positive. Il est probable, cependant, qu'elles passent l'hiver en Afrique; Hérodote nous dit qu'elles ne quittent jamais l'Egypte.
Le Martin Pêcheur {Alcedo Ispida, fig. ii5i) est un oiseau au magnifique plumage; son vol est très rapide et il est très timide. Il se
reproduit dans mon jardin dans des trous sur le bord de la rivière; il s'établit ordinairement dans les galeries creusées par le courant. On peut facilement découvrir la situation de son nid par les arêtes de poisson qu'il laisse à l'orifice. Le martin pêcheur a un cri très aigu. Bien qu'il détruise beaucoup de petits poissons, je
Fig. II 5i —Martin Pêcheur. ^ 1* ^ • / \ «
tolère toujours sa présence à cause de son beau plumage. Souvent, je l'ai vu se percher sur le bord des boîtes où l'élève des petits poissons, et il se livre entre eux, au printemps, de terribles combats pour s'emparer de cette place.
Le Coucou chanteur {Cuculus canorus^ fig. 1 152), le « messager du printemps > visite mon jardin tous les ans; il affectionne tout particulièrement les grands arbres qui se trouvent au nord-est. Il y a quelques années, un nombre considérable de ces oiseaux a paru à Upper Clapton sur la rivière Lea, et, bien qu'on en ait tué plus d'une douzaine, on pou-
55o MON JARDIN
vait voir tous les jours un coucou nourri par un très petit oiseau dans le nid duquel il était éclos. Au printemps de 1 87 1 , on attrapa un jeune cou-
(1/6 de grandeur naturelle.)
Fig. ii53. — Sittelle.
cou dans mon jardin et on le plaça dans la maison du Pauvre Homme. Une fauvette se chargeait de le nourrir et venait lui apporter régulièrement des aliments; un jour, le coucou parvint à s'échapper par un carreau brisé, et on ne le revit plus. Il était fort intéressant de voir un si petit oiseau se charger de trouver des aliments pour un oiseau aussi gros que le coucou et lui témoigner une telle amitié.
LaSittelle {Sittaeuropœa^fig. 1 153) est un oiseau très timide et très actif; on le voit très rarement dans mon jardin, mais on Ta tué dans le parc de Beddington. Cet oiseau grimpe le long des arbres, non-seulement de bas en haut comme le Grimpereau, mais redescend du haut en bas, la tête la première, comme on le voit dans la figure 1 1 53. Un ami de mon fils, M. W. H. Power, a remarqué que cet oiseau transporte les glands du chêne, mais il n'a jamais pu découvrir ce qu'il en fait.
Le Roitelet (Troglodytes vulgaris^ fig. 11 54) habite constamment notre jardin; il nous est cher à cause de son chant si remarquable et de ses charmantes habitudes. Il aime à faire son nid dans nos kiosques, et, quand nous nous y trouvons, rien n'est amusant comme de voir cette petite créature venir nourrir ses jeunes ; il emploie les plus grands artifices pour entrer et sortir sans qu^on l'aperçoive, et il a toujours soin de se cacher derrière une poutre. J'ai observé que cet oiseau emporte
toujours à une certaine distance les excréments de ses jeune^, mais je ne saurais pas dire si c'est par mesure sanitaire ou pour empêcher
Fig. 1154, — Roitelet. Fig. 11 55. — Nid du Roitelet.
qu'on ne découvre le nid. Il y a toujours un grand nombre de nids de roitelets (fig. ii55) dans mon jardin; les uns se trouvent dans les kiosques, les autres dans les arbres; un, enfin, s'était établi Tannée dernière dans un vieux tronc d'arbre et dans une situation telle qu'il était impossible de passer sans y toucher. Cependant, il ne fut pas découvert par nos chats et mes jeunes enfants ne le remarquèrent que lorsque je le leur eus montré. Qu'on juge de la joie des enfants, lorsque les jeunes roitelets, éclos depuis un jour ou deux, prirent leurs doigts pour leur mère et ouvrirent leur bec comme si on allait leur donner de la nourriture.
Le Grimpereau familier {Certhia familiarisa fig. 1 156) grimpe sur
F:g. ii56. — GriiTipcrcau. Fig. iiSy. — Torcol.
nos arbres à la recherche des insectes ; je l'ai rarement observé et ne sais presque rien sur son histoire naturelle.
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L'année dernière, le jardinier trouva un jeune Torcol {Yunx torquilla^ fig. 1 157). Il le plaça dans la maison du Pauvre Homme où il découvrit un nid de fourmis. Il dévora en quelques jours tout ce qu'on appelle les œufs, et mourut après.
Je n'ai vu qu'une fois dans mon jardin le joli Pic vert (Picus viriii^);mais le Pic tacheté {Picus minor^ fig. 11 58) se rencontre plus fréquemment. Une des particularités du pic vert est sa longue langue
si!"''
Fig. II 58. — Pic tacheté.
Fig. II 5p. — Gcaî (1/6 de gran(Kur naturelle).
dont il se sert pour happer les insectes. Je me rappelle avoir vu, il y a quelques années, dans les rues de Paris, deux oiseaux apprivoisés placés dans deux cages situées Tune au-dessus de l'autre ; la cage d'en bas était habitée par un pic qui essayait constamment de saisir avec sa langue les aliments que l'on avait placés dans la cage d'en haut. Cette langue me rappelle celle du caméléon, bien que le pic happe lentement sa nourriture alors que le caméléon la saisit avec la rapidité de l'éclair.
On voit de temps en temps un Geai {Corpus glandarius^ fig. 1 1 69) dans mon jardin ; mais ces oiseaux habitent plus ordinairement les grands bois où ils détruisent beaucoup d'œufs d'oiseaux.
Je vois quelquefois aussi des Pies {Pica caudata^ fig. 1160), mais elles sont rares dans tout le district. Les pies apprivoisées sont de char-
mants oiseaux. J'en avais une qui avait Thabitude de venir déjeûner
tous les matins avec moi; elle ne manquait pas de s'emparer toujours du beurre; j'en ai eu une autre, alors que je demeurais à la Banque d'Angleterre ; son grand amusement était d'entrer dans les bureaux, de cacher Fig. 1160. -Pie. les plumes et de renverser
l'encrier; elle ne résistait pas non plus au désir de tirer la queue du chien quand il était endormi, mais elle avait grand soin de se sauver avant qu'il pût l'attraper.
Les Choucas {Corpus monedula^ fig. 1161) abondent dans mon jardin; ils choisissent ordinairement l'heure où les jardiniers prennent leur dîner pour venir en troupe innombrable, et ils dévorent en quelques minutes toute une planche de pois.
La Corneille [Corvus corone^ fig. 1162) habite mon jardin.
Deux ou trois fois j'ai vu aussi quelques corneilles mantelées Fig. 1 161. - houcas.
{Corpus cornix) qui étaient autrefois consacrées à Apollon. Ces oiseaux abondent dans le comté de Kent, mais ne s'y reproduisent pas.
Il y a beaucoup de Corbeaux {Corpus frugilegus^ fig. 11 36) tout autour de nous. Ils avaient fait leurs nids sur up des plus grands arbres du parc de Beddington, qui a été récemment abattu. Je me rappelle un soir m'être fort amusé d'un incident qui vint troubler la tranquillité des corbeaux. Un ballon passait au-dessus de leurs nids et ils se mirent à crier avec une vigueur que je n'avais jamais remarquée auparavant. En dépit de leurs protestations, le ballon continua d'approcher et vint presque toucher leurs nids; les corbeaux jugèrent alors prudent de se
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retirer; ils partirent en deux grandes colonnes, Tune se dirigeant vers le sud et l'autre vers le nord, et, après avoir décrit des cercles im-
Fîg. 1162. — Télé de Corneille (1/3 de grandeur naturelle).
Fig. ii63.— Corbeau (1/6 de grandeur naturelle;.
menses, ils revinrent à leurs nids quand le ballon eut disparu. Si nous avions pu comprendre leur langage, nous aurions entendu, sans doute, de nombreuses hypothèses sur ce que pouvait être ce monstre nouveau.
Les Sansonnets (Siurnus vulgaris^ fig. 1 164) font leur nid dans les troncs des vieux arbres. Ils se rassemblent en automne dans les marais
Fig. 1164. — Sansonnet. Fig. ii65. — Bouvreuil.
qui bordent la Tamise, et c'est ce là qu'ils partent pour faire leur migratiori.
Le Bouvreuil {Pyrrhida vulgaris, fig. 1 165) habite mon jardin. Cet oiseau attaque les bourgeons; je ne croyais pas, jusque tout récemment.
quil causât de grands dommages, mais pendant le printemps de iSyS
il a détruit la plus grande partie des bourgeons de mes groseillers à maquereau (fig. II 65 a). Le bouvreuil est un charmant oiseau ; j'en ai un auquel un Allemand a appris à chanter et je n'ai qu'à lui faire un signe pour qu'il entame tout son répertoire.
Le Linot {Ft^ingilla Linota) vient nous visiter en automne. La Linotte [Frxjîgilla cannabina^ fig. 1166) visite quelquefois. le jardin. La Linotte est réellement l'oiseau des pauvres. Elle paraît s'exciter beaucoup quand elle se met à chanter; je me rappellerai toujours le
Fifi. , 165 a. - Rameau de groseilier pl^isir que j'ai éprouvé à entendre chanter CTJutpaM^^ une linotte qu'avait un de mes voisins,
alors qu'une indisposition me força de garder le lit pendant quelques
jours.
J'ai remarqué dans mon jardin un ou deux chardonnerets seulement
Fig. 1166. — LÏQottc Fig. 1167. — Chardonneret.
[Fringilla Carduelis^ fig. 11 67); cet oiseau est devenu beaucoup plus rare dans le sud de l'Angleterre qu'il ne l'était anciennement, et je me rappelle l'avoir vu par troupes sur les dunes dans les environs de Brighton.
Il est fort intéressant de voir cet oiseau se servir de sa patte comme
d^une main ; il saisit, en eflFet, ses aliments avec sa patte pour les porter à son bec.
Le Grosbec {Fringilla coccothraustes^ fig. 1 1 68) visite mon jardin et se reproduit de temps en temps dans les environs. Un de ces oiseaux adultes, qui se tua en se précipitant contre une de mes serres, paraissait en train de couver à en juger par l'état de son plumage. Le Verdier {Fringilla Chloris^ fig. 1169) se trouve chez nous en assez grande abondance. Nous voyons aussi de temps en temps le Pinson d'ardennes (Fringilla tnontifringilla) . Le Bruant à tête noire [Emberiia schœniculus) et le Tarin [Carduelis spinus).
Fig. ii6g. — Grosbec. Fig. 1169. — Verdier.
L'inévitable Moineau (Fringilla domestica, fig. 1 1 70) vient quelquefois par bandes, puis nous quitte de nouveau. Ces oiseaux font peu de dégâts dans le jardin •, mais ils savent parfaitement à quel moment on donne du grain aux oiseaux de basse-cour et ils viennent
Fig. II 70. — Moineau. Fig. 1171. — Pinson.
toujours en prendre leur part. Le Friquet (Fringilla montana) et le Pinson (Fringilla cœlebs^ fig. 1171) habitent aussi mon jardin.
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Le pinson arrive en grand nombre au milieu de l'hiver. Les Thuringiens considèrent cet oiseau comme le meilleur chanteur; je suis loin de partager cette opinion. Nous avons aussi parfois le Bruant vulgaire {Emberiia citrinella).
Il y a dans notre district beaucoup d'alouettes champêtres {Alauda arvinsis^ûg. 11 72), mais cet oiseau vient rarement dans notre jardin nous réjouir par ses chansons. Il a l'habitude de chanter en volant. De grandes quantités de ces oiseaux passent après que les premières neiges sont tombées et se dirigent du côté du sud. Il en est passé surtout des quantités considérables pendant l'hiver de 1 870-1 871 .
L'Alouette des arbres {Alauda arborea) se fait entendre quelquefois
Fig. II 72. — Alouette champêtre. Fig, 1173. — Lavandière.
dans mon jardin, mais je dois avouer ne l'avoir jamais vue ; on la trouve surtout à Richmond et à Weybiidge. Quelques personnes aiment beaucoup son chant mélodieux, bien qu'il ne soit pas très varié, et c'est un des oiseaux que l'on rencontre le plus souvent dans les appartements de Londres,
Le Pipit des prés (Anthus pratensis) vit dans nos champs. Trois espèces au moins de Lavandières fréquentent mon jardin. La Lavandière bigarrée {Motacilla Yarrelli^ fig. iiyS) est l'espèce la plus commune. On a observé aussi la Lavandière grise [Motacilla Boarula) et la Lavandière de Ray [Motacilla Rayi)^ mais je n'ai jamais vu ces deux dernières. La lavandière bigarrée construit quelquefois son nid et élève ses jeunes dans mon jardin; rien d'intéressant comme de voir les mouvements gracieux de cet oiseau et la rapidité
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avec laquelle il se précipite sur les mouches et les insectes qui lui servent de nourriture.
Cinq espèces de mésanges ornent le jardin de leur présence. Elles rendent quelquefois de grands services en détruisant les insectes, mais d'autres fois elles font beaucoup de mal en attaquant les fruits. Ce sont de charmants oiseaux, particulièrement la Mésange bleue {Parus cœruleus^ fig. 1174), qui est une délicieuse petite créature. Elles viennent deux fois par an en troupe dans mon jardin ; une fois au commencement du printemps, et alors elles attaquent les fleurs du poirier et principalement du doyenné d'été; elles reviennent en automne, alors que les poires sont presque mûres, et presque toujours elles se précipitent sur le fruit dans lequel elles font un petit trou ; elles l'exposent ainsi aux ravages des guêpes ou d'autres insectes ou à l'introduction de spores de champignons qui le font pourrir prématurément. Une bande de mésanges détruit c'nsi en deux ou trois heures toute une
Fig. 1174. — Mésange bleue Fig. 1175. — Grosse Mésange.
1/4 de grandeur naturelle).
récolte de fruits. Elles rendent en hiver des services incalculables en détruisant les œufs des insectes, et, un peu plus tard dans la saison, les insectes eux-mêmes. Si on les regarde à un point de vue absolument pratique, il m'importe peu que mes plantes soient détruites par une chenille ou par une mésange; aussi, quand ces dernières viennent en destructeurs, mes jardiniers les effraient en tirant sur elles et en en tuant quelques-unes ; et, comme toutes les créatures sont terrifiées à la vue du cadavre d'individus appartenant à leur propre espèce, elles décam-
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pent ordinairement bien vite pour aller habiter d'autres endroits où on ne les traite pas aussi cruellement.
Nous avons aussi la grosse Mésange {Parus major ^ fig. 1175); la Mésange noire {Parus ater^ fig. 11 76); la Mésange palustre {Parus palustris)^ et la Mésange à longue queue (Parw^ caudatus, tig. 1177). Pendant le rude hiver de 1870-1871, alors que tant de petits oiseaux périrent de froid et de faim, les mésanges se laissaient facilement attraper dans un piège où Ton avait mis lin petit morceau
Fig. 1 176. — Mésange noire. Fig. 1 177.— Mésange à longue queue. Fig. 1 1 78.— Roitelet huppé.
de lard. Mon jardinier en plaça quelques-unes dans la serre à fougères où elles semblaient se plaire beaucoup ; elles eurent bientôt fait de débarrasser toutes les plantes des pucerons et de tous les autres insectes qu'elles purent trouver, et quand je me faisais servir à goûter dans cette serre, elles se montraient très disposées à venir partager mon frugal repas . Mais, dès que la température s'abaissa, elles saisirent la première occasion de montrer toute leur ingratitude pour les bontés qu'on avait eues pour elles et s'échappèrent par la première ouverture qu'elles purent trouver. La mésange à longue queue construit un nid remarquable que les gamins recherchent beaucoup.
Le Roitelet huppé {Regulus cristatus^ fig. 1 178) visite mon jardin, mais je ne me rappelle pas y avoir jamais vu son nid qu'il construit ordinairement dans les pins. C'est le plus petit de tous les oiseaux; en automne, les roitelets se réunissent en grand nombre dans les bois qui entourent Londres, à Weybridge et aussi dans le Hertfordshire. On peut alors en voir des centaines volant d'arbre en arbre, poursuivant les insectes et dévorant tous les œufs d'insectes qu'ils peuvent trouver.
Smee. Mon Jardin. 36
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56o MON JARDIN
Mon jardin est riche en Fauvettes. J'ai entendu la Fauvette des prés [Sylvia locustella). La Fauvette phragmite [Sylvia Phragmites^ fig, 1 179) fait constamment son nid dans mon jardin. On peut reconnaître cet oiseau à la chanson qu'il répète incessamment, au point qu'on en
Fig. 1179. — Fauvette. Fig. 11 80. — Fauvette des roseaux.
arrive à croire qu'il ne s'arrêtera jamais. C'est un charmant oiseau pendant l'été. La Fauvette des roseaux [Sylvia arundinacea^ fig. i i8o) construit aussi son nid dans mon jardin. Cet oiseau a l'habitude de changer fréquemment la forme de son nid ; au lieu de la forme normale (fig, 1 181), il lui donne souvent celle que représente la fig. 1 182.
Fig. 1183.
Nid de la Fauvette des roseaux.
Fig. 1181. — Nid de la Fauvette des roseaux.
M. W. H. Power a remarqué que le nid affecte cette dernière forme quand l'oiseau le construit dans un lilas. Il pense que la fauvette donne à son nid la forme profonde quand il le construit dans les roseaux
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pour éviter que les œufs ne soient jetés au dehors quand le vent fait plier les branches.
La Fauvette à tête noire [Curruca atricapilla^ fig. 1 183) a un chant délicieux. Outre ces différentes espèces, nous avons encore la Fauvette des jardins [Sylvia horiensis)\ la Fauvette grise [Curruca cinerea);
Fig. ii83. — Fauvette à tête noire, Fig. 1184, — Fauvette vélocc.
la petite Fauvette babillarde (Currucu sylviella) ; la Fauvette fitis {Sylvia trochilus)^ et la Fauvette véloce [Sylvia rufa^ fig. 1 184). De tous les oiseaux chanteurs qui fréquentent mon jardin, le plus
remarquable est, sans contredit, le Rossignol [Philomela lusciyiia^ fig.
Il 85).
Mes voisins me disent qu'on n'avait jamais vu le rossignol dans le champ où j'ai, depuis, planté mon jardin. Il est donc probable qu'il a été attiré par les nombreux arbrisseaux que
Fig. II85. - Rossignol. j^ ^^j^j^^ ^^ ^^^^^^ ^^^^
Les rossignols arrivent chaque année dans le courant d'avril. Ils ne sont pas si communs dans la vallée de la Wandle qu'ils le sont dans la vallée du Darenth et dans beaucoup de parties du comté d'Essex. On en trouve moins à Florence >qu'en Angleterre, mais ils habitent tous les buissons qui entourent le lac de Belinzona, et, à Rome, il n'est guère de maison où il n'y en a pas un en cage.
Un couple de Traquets [Saxicola rubicola^ fig. 1186) s'est établi
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pendant près d'un mois, dans le courant de l'automne de 1 870, dans les joncs qui entourent le réservoir du moulin ; cet oiseau habite cependant les prés de préférence aux arbrisseaux. On peut le reconnaître à son cri qui ressemble au bruit que feraient deux pierres frappées Tune contre
Fig. 1186. — Traquot. Fig. 1187. — Motteux,
Tautre. Bien que je n'aie jamais vu dans mon jardin le Tarier [Saxicola rubetra)^ ni le Motteux œnanthe (Saxicola œnanthe^ fig. 1 187), on les trouve dans le voisinage et principalement à Mitcham.
Le Mouchet [Accent or modularis) voltige de buisson en buisson; mais ses manières tranquilles, son plumage peu remarquable, et la plupart du temps très sombre, font qu'il échappe à l'observation.
Après le rossignol, il n'y a pas d'oiseau plus charmant que le Rouge-gorge {Erythaca rubecula^ fig. 1188). Jaime beaucoup son cri perçant, mais bien peu de personnes partagent mon enthousiasme, car bien peu
^ ^ ? r pig ,j88 Rougcgorgc.
admettent qu'elles aiment le chant de cet
oiseau ; cependant tout le monde est d'accord pour admirer sa forme et ses manières. Les rouges-gorges se reproduisent dans mon jardin et sont aussi familiers qu'ils le sont presque partout. Un rouge-gorge m'accompagne toujours quand je suis à l'ouvrage; il se précipite sur les vers que je retourne, puis il va se percher sur la branche la plus voisine, tout en me chantant de temps en temps une partie de son répertoire.
J'avais un petit rouge-gorge qui avait l'habitude de venir se percher
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sur la table pendant mon déjeuner et qui prenait les miettes de pain jusque dans ma main. En hiver, nous attrapons ces oiseaux pour les placer dans la serre à fougères où ils détruisent tous les insectes.
Il n'y a jamais dans un jardin trop d'oiseaux à bec mou, aussi je protège avec soin leur nid et leurs œufs contre tous leurs ennemis.
La Grive Draine [Turdus viscivorus^ fig. 1 189) habite tous les envi-
Fig. 1189. — Grive Draine. ' Fig. 1190 — Litornc.
rons et principalement le parc. La Litorne [Turdus pilaris, fig. i lyo) nous visite en automne. La Grive rouge [Turdus iliaca^ fig. 1 191) est devenue depuis quelques années beaucoup plus nombreuse dans les
Fig. 1 191. - Grive rouge Fig. 1192. - Grive proprement dite
( 1/4 de grandeur naturelle). ( i/4 de grandeur naturelle).
environs de Londres, et, pendant certains hivers, visite mon jardin en quantité considérable.
En somme, les deux oiseaux qui font leur nid dans mon jardin, qui
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y existent par conséquent en grand nombre et qui sont les meilleurs chanteurs, sont la grive proprement dite (Turdus musicus^ fig. 1 192)
et le Merle {Turdus merula, fig. 1 1 gS). La grive chante depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'août ;elie commence le matin de bonne heure et ne cesse que tard dans la soirée.
Fig. 1 193.— Merle [1/4 de grandeur naturelle). Fig. 1 194. —Gobe-mouche gris.
Elle fait constamment son nid dans mon jardin et choisit toujours le Cedrus deodara ou quelqu'autre arbre toujours vert, elle revêt toujours son nid d'une couche de boue et diffère ainsi du merle qui, par dessus cette couche de boue, place de Therbe sèche.
Le merle a le chant plus doux et plus mélodieux que la grive, mais celui de cette dernière est plus puissant et plus constant. Leurs deux chants réunis forment une harmonie délicieuse, mais il est rare qu'ils chantent ensemble . L'Angleterre serait dépouillée de la moitié de ses charmes si elle était privée du chant de la grive et du merle.
Le Gobe-mouche gris {Muscicapa ^isola^ fig. 1194) fait son nid dans les saules; de tous les oiseaux migrateurs, c'est le<iernier qui parte et aussi le dernier qui arrive ; on ne le voit guère, en effet, avant la seconde semaine de mai. Il poursuit les mouches sur Teau, puis va se percher sur une branche, recommence sa poursuite et vient se percher de nouveau et ainsi de suite toute la journée.
Les seuls oiseaux de proie que j'aie remarqués sont le Faucon crécerelle [Tinnunculus falco^ fig. 1 195) ; le Faucon {Falco nisus) et le Hibou blanc {Strix Jlammœa^ fig. 1196). Un couple de ces derniers oiseaux fit son nid eh 1872 dans un arbre du parc de Shepley; on trouva dans le nid dix-huit têtes de petits canetons»
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La chasse constante que leur font les garde-chasse a singulière-
Fig. 1195. — Faucon crécerelle, Fig. 1196. — Hibou blanc.
ment diminué la famille des oiseaux de proie en Angleterre. Il est probable, cependant, que ces oiseaux rendaient des services en détruisant les oiseaux blessés ou malades et en empêchant le développement trop rapide de quelques espèces -, je doute fort que le caprice de l'homme puisse troubler avec impunité l'harmonie générale de la nature.
On a tué dans les bois, sur les collines environnantes, le Busard {Circus cyaneus)^ le Hobereau [Falco subbuteo) et TÉmerillon {Falco œsalon).
On a malheureusement tué en 1872 un splendide Cacatois sauvage, dans le parc de Beddington; il venait probablement de Weybridge où on a essayé d'acclimater la tribu des Perroquets.
Mon fils a dressé la table suivante qui indique Pépoque à laquelle les oiseaux dont j'ai parlé arrivent dans mon jardin; le jour exact varie chaque année :
La Fauvette à tête noire. . 3o mars.
La Fauvette véloce ... 5 avril
L'Hirondelle 6 »
L'Hirondelle de rivage . . 8 »
Le Torcol . 9 »
\j& Rossignol 12 •
La Fauvette. ... i5 »
L'Hirondelle de fenêtres. . 16 avril.
Le Coucou 18 »
La Bécassine 22 »
Le Chevalier guiguette . . 22 »
Le Martinet 10 mai.
Le Gobe-Mouche .... 18 t
Le Râle 25 •
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Bien que le gazouillement des oiseaux nous cause tant de plaisir, je n'ai trouvé, parmi les musiciens, que bien peu d'hommes qui puissent noter leur chant. Mon frère M. F. Smee, qui a si souvent visité mon jardin et qui s'est occupé de cette question^ me dit que beaucoup de leurs phrases sont dans le ton mineur.
Il est difficile, dans les grands jardins, de rassembler ses amis ou d'appeler le jardinier. Après de nombreux essais, j'ai adopté un cri de jardin qui ressemble essentiellement au cri du coucou ; poussé vigoureusement, il s'entend à près d'un mille. J'ai essayé ce cri au milieu des glaciers des Alpes et il est préférable à celui des guides de ce pays. Toutefois, une dame australienne m'a affirmé, en visitant mon jardin, que le cri dont on se sert en Australie pour s'appeler dans les bois est encore préférable au mien ; j'ai l'intention de faire de nouvelles expériences à ce sujet.
Un jardin sans oiseaux ressemblerait à une maison sans habitants. A tous les instants, dans toutes les conditions de notre système nerveux, le gazouillement des oiseaux nous cause un grand plaisir.
Portrait de Gyp.
Vue sur la Wandle.