‹ Mon journal, 1820-1823Chapitre 13 sur 72 · M"** Hortense. Voir Ma Jeunesse, page · texte numérisé non relu

M"** Hortense. Voir Ma Jeunesse, page

naître et que je vivrais encore dans ta pensée par une sorte de présence réelle.

Adieu.

J. MiCHELET.

p. s. Lundi de Pentecôte. — Je suis allé ce matin chez M. Villemain, où j'ai trouvé un homme de ses amis, élégant, spirituel, assez fat. C'était un jeune avocat, fort libéral. Je l'ai écouté longtemps en silence, me félicitant de n'être pas ce brillant parleur. Je serais peu propre à ce métierlà. J'aimerais assez la célébrité du nom, mais l'obscurité de la personne. Au lieu d'amoindrir son esprit dans la discussion de misérables intérêts privés, mieux vaut vivre dans un petit coin, faire quelques bonnes actions et un bon livre qui soit encore une action meilleure.

M. F... sort d'ici. La vive impression qu'a faite sur lui la vue de la guillotine m'a suggéré plusieurs réflexions sur la peine de mort, qu'il faudrait abolir. La première raison qui le commande, c'est que l'accusé, niant le plus souvent jusqu'à la fin, il faut, pour le condamner, s'appuyer sur des preuves plus ou moins vraisemblables, mais qui

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n'ont rien de certain. S'il y a errenr, elle reste irréparable. La seconde raison, c'est que la vue des exécutions augmente chez le peuple les instincts féroces, an lieu de les réprimer. Elle produit sur ceux qui en sont témoins, une sorte de vertige, un entraînement à commettre des crimes tout semblables. On a une foule d'exemi)les de cette contagion morale. Peut-on aussi tuer un homme hors le cas de légitime défense? Ce droit est faiblement établi même au point de vue légal. Dieu seul a droit de défaire son ouvrage. En outre, la mort frappant le coupable, presque aussitôt après son crime, il n'a pas eu le temps de faire entrer la lumière dans sa conscience et de se repentir. Il s'en va donc méchant dans l'autre vie. Une dernière considération s'impose. Presque tons les meurtriers ont une faible tête et sont maniaques. Il devrait y avoir toujours un ou deux médecins parmi les juges afm d'établir l'état mental de l'accusé.

C'est surtout dans les délits politiques, jugés avec tant de passion, que la peine de mort doit être abolie*.

1. On voit, par le mois et l'année, 1820, que Michelet, à vingt et un ans, guidé par le sens moral et celui de la justice, commença le premier, en ce siècle, le plaidoyer que d'autres devaient reprendre plus tard avec tant d'éclat.

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