Voir Ma Jeunesse, page
neuse que les astres laissent au ciel dans leur course. Nous en sommes éclairés et réchauffés encore, longtemps après qu'ils se sont enfoncés dans les profondeurs infinies de l'espace pour s'y perdre à jamais. 11 en est de même, disions-nous, de nos grands hommes. Leurs œuvres puissantes approvisionnent l'humanité, — souvent pour des siècles, — de lumière, de chaleur et de vie. Les peuples auxquels appartiennent ces hommes-dieux. se retrouvent dans leur grand livre populaire. Il comprend à la fois leur âme et leur dialecte. Shakespeare pourtant, qui écrivit pour la cour, fut obligé de s'en faire entendre.
M. Yillemain me semble injuste pour Rabelais. Il faut pardonner quelque chose au cynisme de la forme, lorsqu'il est racheté par une si grande richesse morale. Rabelais est un conte historiquedrolatique, où la réalité se mêle au songe. Dans son livre, il y a un progrès relatif à celui de la vie de l'auteur, et à celui de la France pendant sa vie.
Jeunesse, espérances, jouissances : Louis XIL époque de Jean des Entommeures.
Raffinement, intrigue, plus de maturité : François Y\ Panurge.
Sous Henri II, le poème tombe à la satire, la satire protestante. Rabelais est lui-même, successivement, Jean des Eutommeures et Panurge.
Depuis Henri 111 où Paimrge veut se marier
et devenir sage, il n'y a pins le même emportement de gaiolé. Ce ne sont pins, dans le livre IV, qne géants insigiiifianls comme Attila, Cliarle-( magne, Agameinnon. An total, c'est ime réclamation ponr l'équité, ponr la natnre. Au point de vue de l'édncation, Rabelais prépare Montaigne, qui prépare Fénelon, Rons^^g|||||[|||||pie sont là des entretiens qui fortifient.
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Dimanche 18. — Maintenant qne je n'ai plus celui à qui je donnais mes après-midi du jeudi et du dimanche, je vais essayer de revenir à des lectures qui me fassent compagnie et diminuent la tristesse de mes promenades solitaires. Je verrai, je chercherai. Ce qui me ferait encore un indicible plaisir, ce serait dans quelques semaines, lorsque les fenilles auront poussé, de chercher un coin de bois bien touffu et là, seul, bien à l'écart, dans l'ombre, d'écrire un roman où je mettrais ce qui m'oppresse : douleurs, regrets, les rêves aussi, tout enfin. Celui qui dans la peine n'a d'autre confident que son papier, ne laisse pas que de lui parler, y trouvant encore quelque douceur.
Vendredi 25. — Rien que le travail. — J'ai cherché dans Thucydide les morceaux que je dois traduire avec Poret. Il est venu hier, et nous avons réformé ensemble le commencement de
ma thèse sur Plutarqlle^ Mis en goût de traduction, j'ai essayé, après son départ, de rendre en vers latins le premier chant du Paradis perdu et de traduire le commencement de Tode : « J'ai vu mes tristes — »
Puis, je suis revenu vertueusement à la peste de Thucydide et à Dugald Stewart qui me passionne-. Jamais je ne remuai tant d'idées.
Lorsque le temps est beau, que le soleil brille, je me sens tiré au dehors. J'ai beau vouloir m'obstiner à faire avant tout la part du devoir, la tentation est pins forte; je prends un livre et je pars. Mais si le temps est gris, je trouve délicieux de rester toute la journée enfermé dans mon cabinet, ruminant mes projets de livres ou me délectant dans une de ces lectui'es favorites que je réserve pour les jours de congé. C'est mon luxe et ma fête après le travail. Continuons à écarter les livres qui nous remueraient trop profondément. A quoi bon s'enfiévrer le sang, se griser la tète, se gonfler le cœur d'émotion, pour retomber ensuite tout à plat et ne sentir que, plus péniblement, la tristesse et le vide d'une destinée solitaire? — Celui qui a eu son heure de bonheur en ce monde, peut ne prendre un roman que par curiosité et comme une