M. Douillet y était prol'esseur de philosophie
velle d'enfant en train de vivre et de penser. Ce n'est pas de leur part que vient l'entrave, elle est tout entière, dans le mauvais vouloir administratif. 11 suffit que votre visage déplaise, pour que vous soyez impitoyablement tenu à distance. Depuis un an, on me demande des vers grecs et latins, des traductions, « quelques pages d'improvisations », sans que cela me serve à rien pour mon avancement. J'ai fini par avoir des doutes. Ne guette-t-on pas une phrase, un mot, pour me faire tout au moins un procès de tendance? Je le croirais d'autant plus volontiers, que mes quatre années de professorat chez M. Briand ont donné la mesure de ma capacité. L'essentiel est de marcher droit et d'attendre, sans défaillance, des jours meilleurs.
Que nous le voulions ou non, l'homme à chaque âge est poussé en avant par l'évolution des idées; l'éternité les conduit.
Juin 21. — Ce matin, Lefebvre entre tout ému dans mon cabinet et, pour son bonjour, me jette ces mots : « Elles se rient de nous!... En revanche on s'arrange pour rire d'elles dès qu'on le peut. C'est un diabolique plaisir qui rend profon-
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dément triste! Que faire? Elles l'ont voulu. « Je voyais bien qu'il était exaspéré. Mais de quoi? Sans doute de quelque moquerie cruelle. Le rire d'une femme peut faire de si vives blessures 1 Elles ont aussi des mots terribles, qui percent l'acier 11 a repris : « Tous me parlez toujours de
l'amour comme d'une chose supérieure, et de la femme comme d'une poésie ; mais l'amour, c'est une guerre. iMais la femme, c'est le dragon sifflant!... Elles ont le tact de se faire détester! — Pas toutes, essayai-je doucement. — Si, si, toutes! toutes 1 Aussi nulle pitié! c'est comme à la chasse. Elles enseignent à rire du destin! Nul ne se souvient que, selon votre mot, c'est pour elles la vie ou la mort. » Je voulus l'arrêter làdessus ; il n'y avait pas moyen, c'était un torrent débordé. « Rappelez -vous donc votre sœur, rappelez-vous Célestine, lui dis-je, alors, en appuyant fortement ma main sur son épaule. Vous traitiez cela de bagatelle, et vous ne pouviez croire que les railleries d'une femme, ou plutôt sa risée, pût glacer le cœur pour toujours. J'ai pardonné pourtant. Faites de même. L'amour haineux est un mauvais hôte. Sans que vous me disiez votre histoire, je la devine. Il fallait mieux choisir, voilà tout. y> M'interrompant sur ce conseil, il a repris avec un bouillonnement de colère, car il est très sanguin : « Vous en parlez à votre aise I Si elles ne
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sont pas rieuses, elles sont hautaines. De celles-ci, j'ai eu la terreur d'abord. Elles découragent. Et puis, bonnes tout à coup, faciles... Mais avec qui? Avec ceux qui brusquent les choses et les outragent. Dites non, peut-être? » — « Mon expérience, cher ami, n'est pas à la hauteur de la vôtre; j'entrevois pourtant la part de vérité de vos griefs. A tout prendre, je crois que je préférerais encore les rieuses aux femmes hautaines. Notez que si les premières sont de plus en plus rieuses, ce n'est pas toujours pour attirer, tenter, comme vous le croyez, et se moquer ensuite. C'est aussi pour éluder, et se défendre, sans faire trop de peine. Ou bien encore, si elles ont été prises une fois, c'est une revanche... A qui la faute? Ne riezvous pas vous-même quand la mésaventure arrive à l'ini de vos camarades?... » L'heure de la classe nous a séparés.
Juillet 12. — Poret vient de donner raison à ma façon de penser sur la royauté des bureaux. Yoici la lettre qu'il m'écrit au sujet d'un article qu'il m'a chargé de présenter à M. Yillemain.
« ... Cher ami, quel que soit le jugement du maître, il ne l'attribuera pas à un roué littéraire. S'il méjuge incapable d'écrire dans les journaux et spécialement dans le Journal des Débats (ce qui est très possible), il trouvera peut-être quel-
que occasion de m'employer. Je t'avoue que je n'en serai pas fâché et je te conseille aussi de songer à loi. Dans des administrations qui n'ont pourtant pas, comme l'Université, l'honneur d'avoir un prêtre pour chef, on ne peut plus obtenir de places, qu'un billet de confession à la main, ou du moins, cela est très difficile, même avec les plus hautes protections. Si je te garantis ce fait, juge du reste, ïl ne faut compter que sur nous-mêmes et pas se jeter dans le filet des dévots. »
A toi, I\)RET.
Juillet 18. — En songeant à l'aventure que Lefebvre m'a contée, j'ai résolu de lui écrire une lettre sur les avantages de la monogamie. En voici à peu près le canevas : La monogamie impose de conquérir tout à fait. C'est un état de dépendance, dangereux à plusieurs, utile au plus grand nombre, car il nous force de résoudre le problème très difficile de la culture à deux. — Beaucoup, de plus en plus, se réfugient lâchement dans la vieille vie polygamique. C'est reculer de deux mille ans ; c'est éluder l'épreuve capitale de notre Occident.
Qu'y gagnent-ils? L'épuisement, la fatigue d'esprit, la nullité précoce; mais surtout la perte d'un progrès de culture intime, d'importance infinie ; car, l'éducation de la femme qui fait souvent celle de l'homme, — passe de la mère à l'enfant, et de
l'enfant au pays. La décadence d'un peuple est toujours précédée de la dissolution du foyer.
Avons-nous, d'ailleurs, tant que cela besoin d'avoir plusieurs femmes à la fois, et d'aller de l'une à l'autre pour varier nos plaisirs? L'oisif seul peut songer à ce libertinage. L'homme qui dépense tout le jour ses forces à des œuvres viriles, ne pense guère à courir, le soir, après les femmes. Il a suffisamment de la sienne. Yoilà mon thème. Le piquant, serait de prouver que nous sommes en train de devenir des Orientaux, c'est-à-dire, des propres à rien. Cette idée n'est pas si paradoxale qu'elle en a l'air. Il n'est que trop réel qu'une certaine couche de la société, dans notre Occident, par suite de ces habitudes énervantes, s'enfonce dans la somnolence et la sénilité. Des eunuques, pour tout dire, sans la mutilation.
Depuis que M^'" Rousseau est devenue, en quelque sorte, l'unique directrice de la maison, ses qualités sérieuses se sont affirmées. Tant il est vrai, que la femme appartient au foyer dont elle est la suprême harmonie. En voyant combien, mon père et moi, nous serions incapables de régler nos affaires d'intérieur, je sens plus profondément cette vérité, que le rôle de la femme dans la ta-
mille est, eu bien des sens, celui d'une mère, d'une providence. Pour ne parler que du côté matériel, prenons, par exemple, Talimentation. Eh bien, Thomme seul, se nourrira trois cent soixante fois par an à peu près de la même manière. Pourquoi? Parce qu'il est gauche à entrer dans le détail. A moins d'être né homme-femme, c'est-ù-dire un peu vieillot, il ne voit bien que l'ensemble des choses et s'en remet pour le menu à sa ménagère. Oui, c'est à l'homme de gagner et à la femme de gouverner les affaires intimes de la communauté; à elle, de nourrir le travailleur de manière à relever ses forces, à les augmenter. Les femmes, quand elles veulent s'en donner la peine, s'entendent à merveille à administrer le régime, à le varier pour le meilleur entretien de la santé du corps et de l'àme. Elles seules, savent encore donner à la table un air de fête. Avec quoi? Oh! bien peu de chose. Ce n'est souvent qu'un mets mieux présenté, une fleur sur la salade, un fruit richement coloré. Il n'en faut pas davantage pour réjouir les yeux et vous mettre en appétit.
J'admire encore, combien l'humeur de Pauline est devenue plus égale, depuis que son activité se dépense en choses utiles. La femme qui laisse tout le soin du ménage à ses domestiques et reste dans sa propre maison comme un hors-d'œuvre, perd bientôt l'équilibre. Elle est prise d'ennui, elle
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bâille ou se fôche injustement à tort et à travers, comme il arrive chez ce pauvre T... qui n'a pas même son cabinet à lui, pour s'y réfugier et se faire un peu de silence. Rien de plus triste. Une femme désœuvrée ou mal occupée, ce qui revient à peu près au même, est un véritable fléau pour le travailleur. Je ne saurais seul ordonner ma maison, la parer, mais je sens très bien que l'ordre, rharmonie dans l'ameublement est, comme dans la toilette, une des puissances de la femme pour enserrer l'homme, assurer sa fidélité.
Combien on doit se déraciner plus aisément d'un amour qui n'a pas ses harmonies !
Juillet '24. — Ma vie coule, toujours la même. Du matin au soir j'enseigne, je lis, j'étudie, je creuse, je fais des extraits comme provisions d'avenir. Quand on est pauvre, on n'a que peu de livres à soi. Les plus nécessaires sont précisément ceux qui vous manquent.
Chacun désire gagner de l'argent, et chacun, à sa manière, rêve à l'emploi qu'il en ferait. Moi, si j'en avais, je m'achèterais d'abord une grande belle table où j'étalerais mes papiers afin de tout saisir d'un coup d'œil, ce qui est une grande économie de temps. Sur une petite table tout s'entasse, et, le papier dont on a besoin, est presque toujours celui qu'on trouve le dernier.
Ensuite, je m'achèterais des livres, non seulement comme des outils pour le travail, mais encore pour me faire une société. Je les aurais autour de moi, comme autant d'amis qui répondraient à mes pensées, à mes questions. Nous ne serions pas toujours d'accord; il y aurait discussion, contradiction même, mais jamais avec aigreur, comme il arrive trop souvent dans les disputes entre hommes. On met son amour-propre à avoir le dernier mot et l'intérêt de la cause est sacrifié à celui de la vanité.
Juillet 25. — Fiyi des classes. — Je me sens bien heureux d'être quitte de la vie abstraite que j'ai menée cette année, et de pouvoir causer avec moimême. C'est un sommeil, une mort qu'une existence où on n'a jamais le temps de jeter en arrière un regard sur soi.
En m'examinant après ce long intervalle, je ne me sens pas amélioré. C'est toujours cette même langueur d'âme, cette conduite flottante. Je parle toujours de vertu avec enthousiasme, avec attendrissement ; je lis Marc-Aurèle et je suis faible et vicieux.
Tâchons donc d'avoir une assiette plus fixe, de prendre quelques fermes résolutions et de les suivre : 1° retranchons des paroles tout ce qui est personnel. Parler' des passions, c'est les nourrir. Ne donnons rien non plus, dans nos discours, à la
jactance, à rostentalioii: 2" pour ce qui est des sens, ne leur accordons que ce que la nécessité exige, et, hâtons s'il est possible, le moment où nous pourrons suivre entièrement le vœu de la nature.
Au cimetière, le jour de la Sainl-Paul. — « Mon pauvre ami, si mes visites ont été plus rares que Tan dernier, c'est que j'ai travaillé davantage, voilà tout. Personne ne prendra jamais la place que tu as occupée vivant dans mon cœur. J'attendais les vacances pour venir vivre près de toi et redevenir meilleur. Le commerce des hommes m'attriste quand il ne me choque pas. Je ne suis toujours rien, parce que j'ai voulu rester moi. En ce temps, il paraît que cela n'est pas permis et chacun vous conseille d'être de votre époque. Je ne le puis et je souffre, non pas de n'avoir aucun titre officiel, mais d'être sans moyens d'employer mon activité autrement qu'à faire la classe à des marmots. De là, mon acharnement au travail, mes lectures la plume à la main et tout l'attirail qui me retenait captif à mon bureau. J'ai vécu de philosophie avec les morts, mais surtout avec toi, cher enfant ! . . . Tu le sais bien, en quelque lieu que tu sois. »
51 aoiy. — Jolie conversation avec Pauline :
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Elle. — Il me semble que le plus jj^rand bonheur sur la terre, ce serait d'aimer toujours, non pas doucement, à son aise, mais comme tous les hommes aiment en commençant.
Moi. — D'accord ; mais pour cela, il ne faudrait qu'une chose, être parfait comme Dieu.... Ce ne sei ait pas assez ; il faudrait encore aimer un objet parfait. •
Elle. — Mais quel que soit l'objet, ne le voit-on pas parfait quand on aime?
Moi. — Oui, d'abord: mais à mesure, on fait des découvertes ; et puis, quand cette perfection serait réelle, l'être imparfait qui la contemplerait, se lasserait peut-être à la longue.
Elle. — Oh ! je ne suis donc pas comme les autres! je me sens capable d'une passion qui ne se refroidirait jamais. Lorsque j'étais encore toute enfant, je laissais souvent jouer les autres, pour me mettre dans un petit coin et penser à quelqu'un, je ne savais qui, que j'aimerais toujours et d'un amour sans bornes. J'allais quelquefois jusqu'à pleurer. Et ce n'était pas précisément, un homme que je songeais à aimer ainsi. Non, je m'attendrissais sur tout ce qui m'entourait, les plantes, les animaux, le ciel, la terre, tout enfin!... »
6 octobre. — La rentrée des classes s'est faite.
Je reste suppléant. Je vois, au contraire, avec plaisir, que Poret monte dans l'estime et la faveur du directeur de Sainte-Barbe. Sa lettre qui me l'annonce, est pleine de verve' :
« Grandes nouvelles! cher ami. Je commence par la plus claire et la plus sûre. 1° C'est que je vais avoir demain ou après, une chambre ft moi au collège pour passer l'intervalle des classes. Je pense que tu la connais : c'est ce joli petit cabinet auprès de mon ancienne gramT chambre de mémoire morfondue. Il me semble t'y avoir mené une fois pour te chauifer pendant l'absence de Guérin (professeur de troisième) qui l'occupait.
« Ainsi, je travaillerai avec assiduité et sans dérangement involontaire: ainsi, je te recevrai au coin de non feu et tu ne me feras plus de visites ambulan.tf. en plein champ, quand il gèle à huit degrés.
« ^T Ceci est plus grave, mais aussi plus obscur : le directeur (M. McoUe) m'a donné à entendre tantôt, d'une manière très enveloppée, que son frère (le recteur) songeait à aider l'enseignement de l'histoire par des répétitions faites aux meilleurs élèves. Je lui ai arraché le dernier mot
•1. Nous donnons cette lettre pour la compréhension de la phrase qui en accompagne la lecture; elle a aussi le mérite de hien peindre la situation. M""' J. M.
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souligné qu'il n'avait pas prononcé d'abord. Il m'a dit ensuite, mais avec aussi peu de précision qu'à son ordinaire, qu'il nous réunirait pour on parler. II m'a paru que, dans cet arrangement, il ne songeait plus à loi, quoique ton nom n'ait pas été prononcé. Je soupçonne du Rozoir d'être celui sur qui se portent leurs vues. Si tu n'as pas changé d'idée, je ne désespère pas de le ramener à notre but. Poret. »
Je lui réponds: «Oui, mais à la condition de n"entrer que par la grande portée »
2 novembre. — Jour des morls. — ■ Porté des fleurs sur la tombe de mon ami. Il y avait dans ce bouquet où dominaient les couleurs funèbres, une élégie tout entière.
En rentrant, je jette sur le papier le titre d'un beau livre: Dialogues des morts. Ce lieu m'est devenu si familier qu'il me semble être déjà des leurs. Les étrangers pourraient me prendre pour leur guide. Je sais la demeure de tous les morts illustres. Depuis que je viens ici, pour ainsi dire journellement, à combien d'inhumations n'ai-je pas assisté I Combien de sépultures me sont deve-
i . M. Miclielet ne voulait entrer à Sainte-Barbe qu'à la condition d'avoir une chaire. Elle fut créée, en effet, exprés pour lui. M-' J. M.
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nues chères î Je puis dire, que j'ai fait amitié avec la mort. En retour, elle m'a livré les mystères delà tombe. Il a suffi de l'interroger d'un cœur compatissant. Je pourrais donc, réellement, faire ce livre, non comme témoin et narrateur, mais, nouveau Lazare, en ressuscité du tombeau. Je suis tant de fois mort par la douleur !
Donc, comme mon pauvre Poinsot, on m'aurait enterré en février, et je serais dans la période intermédiaire où l'àme, ayant de la peine à quitter ce monde, erre autour de sa sépulture. Point de pierre sur ma tombe, rien que la terre, ce qui faciliterait les communications avec les morts de
mon voismage.
La première fois que je serais tiré de mon sommeil, mon premier soin serait de chercher à reconnaître mon nouveau o-îte, non sans effroi. Obligé d*y rester pendant le jour, chaque soir, à l'heure où le cimetière est redevenu désert, où les vivants s'endorment, moi. je m'échapperais de mon funèbre domicile, pour revenir sur la terre respirer un peu plus à l'aise et regarder autour de moi. Celte première fois, je n'entendrais que des bruits légers, aucune parole. L'aube viendrait me surprendre, je me recoucherais comme tout bon mort doit faire, — mais non sans mélancolie, — dans ma noire et gênante prison.
Les nuits suivantes, pluie ou brouillard : rien
que la solitude, un grand silence. Mais une nuit, doucement étoilée, où je suis assis tristement sur la balustrade de mon tombeau, une voix me parle, mais si basse, si douce, rien qu'un souffle qu'une ombre seule peut ouïr: « Ami. tu n'es pas seul! » Ce serait là le point de départ. Bientôt viendraient le printemps et le réveil dans l'amour, de ceux que la mort a séparés en pleine jeunesse, en pleine vie. Rien de plus poétique que la description de ce moment idéal où le cimetière est englouti sous les fleurs. On les verrait, ces âmes éprises, monter deux à deux et fuir dans l'espace, non pas comme nous les peint Dante, emportées dans la tourmente, mais heureuses. Ici, point d'enfer, rien que le paradis. IN'est-il pas dans le cœur de ceux qui aiment?...
Après les ardentes amours de l'été, viendraient les mélancolies de l'automne, la chute des feuilles et les pensées de séparation. Tout cela, ennobli par les grandes assemblées des morts dans l'attente du jugement.
Que de choses à dire ici sur les pressentiments de la vie future. Mon cœur autant que mon esprit y fournirait. Je sens Dieu une mère, pour toutes ces âmes qui vont à lui, comme les petits enfants, en tendant les bras.... Ce livre plein d'émotion ferait aimer la mort \
i. Ver< la fin de sa vie. M Michelet reprit cette idée féconde
8 novembre. — De quelque coté que je me tourne, déception et tristesse. Je me réfugie tout entier dans l'antiquité.
Saint Virgile! divin Homère! recevez votre enfant.
Yiroile, né au milieu des alarmes de la ouerre civile, fut attristé dès sa jeunesse par les malheurs de la patrie, de sa famille. 11 retrouva cependant la paix et le repos. Mais cette àme douce ne pouvait se faire un bonheur isolé ; elle se reprochait d'être exceptée des malheurs du monde. Tel est le sentiment qui a inspiré la première églogue. Les cinq premiers vers sont une exposition. Il semble que le poète s'y parle à lui-même. Tous les sentiments humains animent successivement cette églogue : l'amour de la patrie, la reconnaissance, la pitié, l'amour.
Il s'agissait d'émouvoir l'auteur des proscriptions. C'est pour cela que les bergers sont naïfs et simples, plus que dans une autre églogue, crédules même : Stultus ego, non iinquam gravis œre. Liidere qucV velleni — Carmina. nulla canam.
Traits charmants, qui peignent tout le poète. On a pitié de ce pauvre berger persécuté par les
d'un livre sur la Vieitlcsse et la Mort. 11 en a donné la coniiio<ition dans une table analytique. Après avoir écrit son beau livi-e : iSos Fils (18G9). il voulut, avant de mourir, affirmer la vie et l'immortalité.
hommes, qui croit que les dieux s'occupent de lui. L'attendrissement pour les animaux qui ne nous t'ont pas de mal et qui partagent nos travaux revient aussi plusieurs fois... La scène est en automne : les fruits, la fumée, de délicieux contrastes : la fumée qui monte et l'ombre qui descend du haut des monts... 11 y a de la philosophie dans cette tin.
La mienne en est singulièrement relevée. Elle me conseille, à l'exemple du grand saint que j'honore, de ne plus me retrancher dans un isolement égoïste, mais de prendre une àme généreuse et de Toccuper des maux de l'humanité. Que sont les miens, mes chagrins individuels, si je les compare? Des piqûres irritantes peut-être, mais enfin de simples piqûres. Résignons-nous: acceptons d'un cœur viril la deslinée qui nous est faite; disons-nous chaque matin, pour nous fortifier, que le devoir seul importe, et que tout le reste n'est rien.