Michelet venait d'épouser Mlle Rousseau
2. Ce Cul. au commencement d'avril de cette même année que, Miclielct vit M. Cousin pour la première fois. Il lui fut présenté par son condisciple et ami M. Poret, qui travaillait aux traductions que faisait le philosophe.
plusieurs poètes italiens et ne rien dire des poètes anglais, allemands, etc. Pourquoi d'ailleurs un seul titre? 11 vaut mieux que chaque chapitre ait le sien. A ne prendre qu'un titre général, j'aimerais assez celui-ci : Les Nuits altiques.
Consultons le Spectateur, les Dialogues de Platon. Presque partout, il faudrait traduire en abrégeant. Il y aurait désordre apparent, mais en dessous, un fil caché ou délié comme celui des Metaînorphoses. Notons encore quelques sujets : Comparaison cVEschyle et Shakespeare. — Homère poète dramatique (dans les guerres tragiques et comiques). — Mœurs des Grecs trouvées dans leur langue. — Epiménide moderne voyageant en Grèce (imité de Fergusson). — Les Soirées d'Aspasie (extraits de Platon et de Xcnophon). — De la langue grecque dans Plutarque. (Ses ouvrages sont-ils un centon?) — Homère errant de ville en ville (tout ce qu'on sait des rapsodes; manuscrit grec d'IIerculanum avec traduction). — Du genre romanlique chez les Grecs. — Dialogue des înorts entre Erasme. J.-C. Scaliger et M. Gail.
— Entre Fénelon et Barthélémy (contre le voyage d'Anacharsis). — Extraits des cérémonies de Constantin Porphyrogénète. — Anne Commène,
— Des analogies de Marc-Aurèle et Epictète avec VEvangile. — Souper de Julien et de Labiénus.
— LEvêque philosophe Synésius à un ami. —
Jupiter consultatns (de Julien). — Homère et Virgile. — Poésies sacrées (de Gn'îgoire de Nazianze), etc., etc.
11 faudrait, dans la pi'élace, auuoncer rouvrage comme d'un ami enthousiaste dont on ne partage pas les opinions.
Juin. — Laissant reposer mes philosophes, je m'attaque à Vico et j'en commence la traduction. Je l'avais entrevu Tannée môme où j'ai pris pour la première fois Dugald-Stewart (18^21). C'est lui, qui a éveillé mon attention sur le grand Ilalien. Je lis d'un trait les cinq livres dei Principi d'una Scienza niiova, etc. 11 me donne une haute tentation, celle d'écrire im livre sur la Philosophie de Vhistoir^e.
M. NicoUe désirerait, lui, que je fisse l'histoire du collège Ste-^)arhe^ Je verrai, j'essayerai. En attendant, faisons une besogne plus modeste, le Tableau chronologique de V Histoire moderne qu'on me demande pour les classes.
Mon Tableau, commencé en décembre de l'an
\. En novembre 1822, Michelet avait passé de Cliarlemagne à Ste-Barbe.
passé, a été terminé le 5 mars et mis en vente le 7 avril.
Mai. -•- Rien n'est plus fécond que la méditation constante d'une même pensée. Celle que j'ai ruminée l'an dernier en a fait surgir une autre qui m'a séduit : Études philosophiques des poètes. Surtout Virgile, Homère, et les tragiques grecs. En 1820, où j'ai vécu tout entier dans la Grèce, mes lectures m'avaient déjà ouvert un monde. Ainsi, la mort de Socrate m'apprenait que le ressort de la tragédie n'est pas la pitié, la terreur, comme le veut Aristote; mais la lutte du fini contre Finfini, le iini se sentant des droits
que l'infini méconnaît en l'écrasant L'intérêt
de la mort du pliilosoplie athénien vient, non de ce qu'il est innocent, mais de ce que cette mort offre la lutte de deux puissances morales, le subjectif (l'individu) et l'objectif (l'État). Le subjectif n'étant pas encore venu à la connaissance de soi, n'était alors qu'un principe de dissolution que l'objectif (l'État) devait frapper.
Et, dans un autre ordre d'idées, en lisant le Prométhée d'Eschyle, je trouvais là le Satan de Milton ou plutôt, l'histoire de l'homme puni pour avoir mangé le fruit de la science du bien et du mal. Prométhée est à la fois l'homme et le dieu, l'ancien et le nouvel Adam. La Grèce, comme
rÉtriirie, commo la Scandinavie, n'a pu expliquer le problème. Elles se sont révoltées et ont dit : Les dieux mourront. Et alors, un meilleur monde viendra.
Le christianisme Ini, a dit : « Dieu est mort et il vit; ce meillenr monde que vous demandez, il a commencé. »
Prométliée a donné le feu et l'espérance. Il a sauvé les mortels malgré Jupiter. Jl menace le dieu. Kant dit : « L'homme fut sauvé par sa chute, puisqu'il fut condamné au travail, au développement. Ainsi, Prométhée et Satan s'identifieraient. Si l'on faisait les mémoires de Satan, il faudrait le montrer d'abord furieux, se croyant égal à Dieu en droit et racontant l'histoire à sa manière... puis, palissant, diminuant chaque jour, se sentant plus innocent qu'il ne croit et, s'absorbant en Dieu, dont il n'est qu'une forme?.... Après les poètes de l'antiquité, viendraient Dante, Milton, Shakespeare, etc.
En Juin, je commence l'allemand.
Septembre, 20. — (Seul à Nogent). Il y a dans mon discours ', pages 5 et 6, une idée qu'il serait utile, en plusieurs sens, de développer. C'est l'al-
1. Ce discours venait d'être prononcé à la distribution des prix du collège Sainte-Barbe en août (1825). Nous le donnerons comme Introduction au t. III : l'École normale.
liance de la Littérature et de VHistoire. Il y a là un germe bon à cultiver. On pourrait en faire d'abord l'objet d'un second discours, puis, tout doucement, on acheminerait l'Université vers cette idée d'unir l'enseignement de l'histoire littéraire à celui de l'histoire politique. Ce serait l'occasion de plusieurs travaux utiles. Peut-être même, serait-il bien d'en faire l'objet d'un cours particulier pour la rhétorique. On y résumerait toute l'histoire, en faisant l'histoire littéraire de l'esprit humain. La littérature y serait surtout considérée comme expression des mœurs. Ce serait comme un point de réunion au moyen duquel, on ferait sentir aux élèves que, tout ce qu'ils ont appris jusque-là, est une môme science.
21 septembre. — Plan d'un autre livre classique ayant pour titre : Philosophie de Thucydide. Cet ouvrage se composerait des morceaux les plus capables de faire connaître l'esprit de l'antiquité. On recueillerait ensuite, dans les parties qui seraient négligées, les principaux traits caractéristiques ; on les fondrait dans un ensemble de réflexions démontrant par combien de points ils approchent des idées critiques et politiques des modernes.
Thucydide, écrivain éminement pratique, est plus utile que Tacite.
Un second volume donnerait la Philosophie
d'Eschyle. Car ce serait une soi'te de dissertation où l'on ferait du dogme de la fatalité une histoire prolongée jusqu'au christianisme et jusqu'à nos jours; ouvrage tout composé de citations fondues (mais indiquées avec soin dans les notes). On y parlerait successivement de la croyance de chaque époque, on développerait quelquefois des idées de LuciuS; maissérieusemenl, comme d'une croyance vraie. Ce serait le livre d'un rêveur du moyen âge qui considérerait comme réel tout ce qu'a jamais cru la majorité du monde civilisé. A la lin de l'ouvrage, on l'amènerait à convenir qu'il y a bien quelque chose à dire contre son système. Ce serait, sous un rapport, une biographie des dieux, mourant faute d' encens y selon l'idée de Parny. Mais la plaisanterie serait trop longue. Mieux vaudrait, pour beaucoup de raisons, s'en tenir à l'Olympe païen. Cehi servirait pour la suite comme formule.
30 septembre. — Je crois que pendant ces vacances j'ai embrassé l'univers entier. Mon journal ne donne que la centième partie de tout ce qu'il m'a roulé de projets dans la tète. Tout m'a semblé possible. Comme récréation, j'aimerais à faire une édition française delà correspondance des papes. Ce serait une grande publication dans le genre des Chroniques Guizot. A la réflexion,
514 JOLIINAL
j'ai senti qu'il y faudrait, ce que je ne suis pas, un savant homme dans l'histoire du moyen âge, et passablement théologien, pour ordonner ces matériaux, choisir les lettres, les éclaircir par des notes ; lier le tout par des sommaires en tète de chaque division, et, faire précéder la correspondance par une ample préface qui serait l'histoire de la cour de Rome. Toutes ces pensées me sont venues en lisant Sismondi qui cite l'immense recueil des lettres dTnnocent III (16 vohunes, dont chacun contient plus de cent lettres à Stepliano Bahtzio, 1682). 11 faudrait encore voir dans Raynald (Annales ecclesiastici). Il y a là des lettres importantes.
6 octobre. — Avec la lumière décroissante mon esprit se replie sur lui-même. J'abandonne l'idée d'une compilation et je médite de faire un livre qui réponde aux besoins de l'âme moderne. Celuici par exemple : Etude religieuse des sciences naturelles, dans leurs notions les plus populaires. Voilà encore un beau sujet pour des cours qui seraient des espèces de fêtes religieuses. On viendra à cette forme d'enseignement à la fois simple et très variée, la seule qui serait proportionnée aux diverses intelligences. On y viendra, dis-je, à mesure que les formes religieuses ellesmêmes se seront épurées. Les méthodes se perfec-
DE MES IDKES. 515
lionnant chaque jour davantage, deviendront vraiment élémentaires. Le développement de cette idée effacerait ce qu'elle peut offrir au premier regard de paradoxal.
7 novembre. — Je commence les Synchronismes. La préface, et, une partie de la première section, ont été faites pendant les vacances.
Dans ce mois j'ai esquissé une autre discours : De VArt du style dans ses rapports avec la. morale. 11 ne faudrait pas en faire, comme j'y avais songé d'abord, une satire contre les déclamations. La méthode affirmative est plus belle et ])lns digne. On ne peut dire : VRomine vertueux est Thomme éloquent, mais il n'y a point d'éloquence sans bonne foi au moins momentanée. (Voir le Gorgias de Platon.)
Dans cette année féconde, mille projets m'ont roulé dans la tête. Sans parler de Yico dont je reprends la traduction un moment interrompue, le besoin de produire me consume. D'abord, je reviens à mon idée de l'an dernier, une histoire littéraire de France dans ses rapports avec lliistoire politique. En février, ce qui me préoccupe,
c'est l'unité de l'histoire du genre humain. Si Dieu est infini (infînimentprévoyant, sage, etc.); l'histoire du monde est un système. On partirait de l'Orient exclusivement, et d'abord de la Grèce, flux et reflux des nations. Lumière partie de l'Asie et devant retourner en Asie. D'abord Alexandre l'y reporte. Aristote le conquérant des sciences. Tantôt la civilisation va chercher les barbares (comme dans l'expédition d'Alexandre) ; — tantôt les barbares vont chercher la civilisation, comme dans la cou quête de la Grèce par les Romains et de l'empiie romain par les peuples du Nord.
12 février. — En poursuivant mon second projet, j'ai cheminé jusqu'au seizième siècle. Une histoire de la Réforme et de la I/^we me tenterait. A la fin du seizième siècle, il y a un mouvement de l'esprit républicain dans les deux partis en France. J'ai lu môme une note assez obscure où M. Mazure prétend, avec Bellarmin, que la souveraineté du pape -à l'égard des rois, implique la souveraineté du peuple. 11 cite pour exemple, la Ligue.
Le seul moyen de faire connaître l'esprit d'un d'un siècle c'est d'en donner l'histoire très détaillée. Mais il faudrait un titre moins alarmant que celui qui conviendrait pourtant assez : De r Esprit républicain en France au seizième siècle.
DE Mi:S IDKES. 517
On raniioncerail, par un brillant essai, en un ou deux Yoliiines. Puis, on fortifierait et on étendrait ces vues, par V Histoire littéraire de Finance dont une partie serait l'essai même refondu. Enfin, on terminerait par une Histoire de lliumanité dans laquelle l'Histoire littéraire de France ne formerait plus qu'un chapitre.
Pendant qu'on s'occuperait de la France, les travaux en cours d'exécution sur l'Orient l'auraient assez débrouillée, pour qu'on pût faire cette Histoire de l'humanité.
En y ajoutant une introduction, l'étude sur le seizième siècle deviendrait une histoire moderne conduite jusqu'au traité de Westphalie. Histoire très bonne pour les classes.
En fait d'histoire de France, l'âge le plus capable d'exciter la curiosité des témoins de notre grande Révolution politique, est, sans contredit, celui de nos Révolutions religieuses. On montrerait déjà les puritains d'Angleterre dans les calvinistes de France. Genève tiendrait une grande place dans ce livre. Ce serait une histoire intérieure, quant aux guerres, — extérieure, quant aux négociations. Le principal intérêt d'une histoire politique et littéraire de la Ligue, naîtrait de fréquents rapprochements à faire avec l'histoire de la Révolution d'Angleterre et de la Révolution française en 89.
5t8 JOURNAL
Chose remarquable. rAiiglelerre fera ses deux révolutions dans un seul et même siècle. La France y mettra deux siècles.
En Angleterre : Révolution religieuse (1658). Révolution politique (1688).
En France : Révolution religieuse (1589).
Révolution politique (1 789).
Il est curieux de noter que la môme date marque, à deux siècles de distance, les deux Révolutions françaises : (1589-1789).
Dans une histoire de la Ligue, il faut en rechercher les causes en Espagne qui nous est cependant en partie fermée ^ et constater aussi que tous les écrivains modernes, même catholiques, se sont montrés protestants, à cause de la barbarie dont les catholiques se sont souillés. L'impartialité serait de constater dans les catholiques, le principe conservateur, et dans les protestants, le principe novateur ; — Tunitc et l'esprit de l'Orient ; la division et l'esprit de l'Occident. L'autorité» l'examen; — la communauté, l'individualité; — le régulier, l'accidentel, — qui lui-même est régulier. Les deux esprits sont réunis dans le christianisme. Consummatum est. Le catholicisme est le principe oriental et méridional ; le i)rotestantisme, le principe occidental etseptenlrioiial.
1. Cela s'est vérifié ù la lettre, par le dépouillement des archives de Simancas.
hE MKS IDKES. 319
Le eoniplémenl de rouvrage serait : 1" Une ou plusieurs earles gé<>gi'aplii(jues et statistiques; ^1" une table synchroni({ue de l'histoire politique, littéraire, religieuse, scientifique, de la juris})rudence, de Fart. etc.
La géographie et la statistique d'une époque, peuvent seules la bien faire connaître. Elles sont négligées par tous les historiens.
Pour me résumer, une histoire du seizième siècle pourrait se diviser en quatre parties : 1" Tableau général de la France à cette époque; "l"" Histoire politique et littéraire de la Ligne; 5° Histoire du seiziènic siècle en Europe: 4" Histoire littéraire de France. La partie pittoresque de ces histoires pourrait être fort curieuse : V Portraits des grands acteurs : "1" Peintures contemporaines de l'époque, s'il en existe. Celles-ci donneraient les principales scènes d'ensemble, réunions, processions, massacres, etc. Le paysage ne devrait pas être non plus négligé. Chacun sait que la nature des lieux peut intluer fortement sur les pensées: 3" Les médailles: 4*" Les devises et emblèmes des grands seigneurs: o*" Les oriflammes, les bannières; 6° Les monuments de l'architecture du temps; 7" La physionomie de Paris à cette époque: 8° Une carte de France bien précise. On voit que rien ne serait laissé à l'incertain, au vague ou à la fantaisie, ce qui est le grand défaut
des ouvrages illustrés qui ont passe sous mes yeux. S'il existe des recueils de sermons, de chansons, de canti({ues du temps, il serait bon de les rapprocher des discours et chansons de la Révolution. Les Mémoires sur l'histoire de France dont j'ai consulté l'ancienne collection, semblent, en ce qui concerne la Ligue ^ renfermer beaucoup plus de détails militaires que de détails civils et politiques. J'en excepte ceux de Thou, Chiverny, Palma, Cayet. Je n'ai trouvé ni Lanoue, ni le Journal de YEstoile. Les Dames galantes de Brantôme ne suivent pas l'histoire chronologique.
15 mars. — La géograpliie m'a toujours tenté.
L'histoire ne peut s'en passer. Je voudrais faire une géographie à la fois physique et politique pour un âge plus avancé quecelui auquel s'adresse celle de M. Letronne. Ce serait en partie, un Manuel historique^ par ordre géographique.
On y ferait le matérialisme de l'histoire, en avertissant que cette vue est très incomplète. On insisterait sur les circonstances physiologiques, physiques, botaniques, zoologiqucs, minéralogiques, qui peuvent expliquer l'histoire. L'intérêt de l'une et de l'autre de ces sciences se trouverait ainsi doublé.
13 avril. — Monuments historiques du chris-
tianisme, traduits et publics. — Rien que cela. — Environ cent volumes. Voilà ce qui me vient en tête avec le printemps. Cet immense recueil demanderait la division par ordre de matières : Évangiles, Conciles, Histoires, Lettres, Bulles, etc. Quant aux ouvrages dogmatiques ou politiques, on ne donnerait qu'une note de ce qu'ils contiennent d'historique.
Les églises. d'Orient y auraient aussi leur histoire.
Plusieurs notices donneraient le synchronisme politique du monde à chaque époque. L'introduction en plusieurs volumes formerait une histoire du christianisme. Ah! si j'avais sous la main une poignée d'hommes de bonne volonté!...
18 avinl. — Du christianisme, me voilà passé à VÉglise romaine. J'aimerais à en faire l'histoire au moyen âge, à marquer son influence politique. Que fera celui qui ne peut plus s'attacher à la forme actuelle et n'en trouve pas une meilleure? Ils ont beau parer leurs temples et leurs autels. Dieu n'y est plus....
Le meilleur moyen d'arriver à une forme nouvelle, c'est de bien faire connaître l'ancienne.
J'avais l'àme malade en écrivant ceci'.
1. Et, en interligne: lO février 1827) « La traduction de Vico a bien cliangé mes idées à ce sujet, » Cette traduction commencée
50 aviil. — Je reviens à mon idée d'un discours pour la distribution des prix qui aurait pour Uire r Histoire universelle^
9 février. — Une fluxion de poitrine prise le 3 novembre a arrêté, par ses suites, tous mes travaux jusqu'à ce jour. Yico terminé le 6 décembre, n'a pu être mis en vente que le 8 mars.
Le 0 février je reçois ma nomination à V École -préparatoire (Ecole normale).
Dans ces temps d'inaction forcée, je lis énormément. Ma traduction m'avait donné l'idée d'écrire un livre sous ce titre : La lettre et VEsprit (certum et verum, Vico). L'Euthypbron de Platon m'a reporté vers ce projet.
Ce texte, banal en apparence, n'a été approfondi par personne, mieux que par Yico, pour la jurisprudence, et par Kant, pour la religion. L'une est tout esprit, l'autie toute forme.
Mais le sujet est encore intact pour l'histoire de la philosophie, pour celle de Fai't?? etc. Ni l'un ni l'autre de ces deux grands hommes, n'a parle 28 juin 18'24, reprise en août 1826, fut achevée dans cette même année, le 5 octobre, et. l'Introduction, le 0 décembre.
1. C'est en germe, ïlntro'lintlon à l'histoire universelle écrite après les journées de Juillet.
couru toute T histoire de toutes les rétbnues, celle de Socrate, de Jésus-Christ, Mahomet, Luther et Descartes. On y démontrerait cette vérité })ara-
doxale (La suite manque.)
'2(S mai. — Conuuencé le Précis dliisloive moderne (jui s'achève le 15 novembre.
10 mars. — Je prends des notes pour faire une Encyclopédie des chants populaires. Les chants que j'ai si longtemps entendus la nuit dans mou faubourg', ont dès lors éveillé en moi l'idée de faire ce livre. Il faudrait y introduire quelque ordre systématique. (Voir Ilerder : Voix du peuple dans les chants.)
15 avril. — Terminé la seconde partie du Précis moderne.
Vers le milieu de l'été, je me suis arrêté à l'idée d'une histoire du xvi^ siècle. Je lis les Niebelungen. Muller, von der Hagen.
Je me prépare à mon voyage en Allemagne où j'irai surtout chercher des livres.
Novembre 10. — La traduction de Luther commencée.
En décembre^ Luther m'apparait moins comme
1. Le 45 avril IS'iT, M. Miclielet quitta la rue de la Roquette, qu'il habitait depuis 1818, pour aller habiter la rue de l'Arbalète.
novateur que comme réformateur. C'est un retour à l'identification contre la liberté.
Je voudrais noter le progrès de mes idées depuis mon retour d'Allemagne (18 septembre IS'JS).
Mon voyage a été une préparation bibliographique et vague. A vrai dire, c'était surtout des livres que j'allais me procurer. Au retour, pour me reposer, je me jetai dans des lectures françaises.
D'octobre au 9 décembre, je lus Ulmann, Yolsunga Saga, Mittermeier, Neander.
Du 9 décembre jusqu'au l'"" mars, rien que Luther, dans l'idée qu'il fallait prendre le sujet au cœur même, et d'abord marquer le but. Surtout les Tischreden extraits presque en entier.
Puis ce furent les Meistersdnger, Hans Sachs, Murner, Brand peu féconds. Gœthe interrompu. Un regard jeté sur la philosophie du x\f siècle m'y fit trouver moins d'originalité que je ne croyais.
Cette année (janvier 18'29) ce qui me frappe, c'est le caractère de la race. Identification au point de départ et au but, de l'Inde à l'Allemagne.
Février. — Visite à M. Cousin et M. de Gérando. Dans ce même mois, conception du plan de la méthode. Lu Fichte et Schelling. Conception de
celle lutte dans la race germanique, dans l'àme de Luther, dans la Réforme.
1" mars. -^ Le but commence à m'apparaître par Luther. 11 faut le chercher encore dans Calvin, ZAvingle, Érasme et Cardan. Cela fait, on pourra reprendre la préparation avec plus de précision. (Voir Gans, Raumer, etc.). Dans les jours gras, tout en causant avec M. Villemain de mes travaux, je conçois l'idée d'un cours de deux années qui se diviserait ainsi :
Première année, treizième siècle et ses antécédents ;
Deuxième année, quatorzième et quinzième siècles.
Le drame de la dissolution commence vers Innocent IV et Frédéric II, pour fmir au traité de Westphalie; des iNiebelungen à Shakespeare, de Dante à Luther, Calvin, Montaigne. Cette méthode est trop difficile. La marche ethnogTciphique vaut mieux pour moi, en la combinant avec la marche chronologique.
Première année : L'Allemagne, l'Italie et l'Église, surtout au treizième siècle : Principe d'unité;
Deuxième année : Le reste de l'Europe aux qua torzième et quinzième siècles. Principe de dissolution.
ÙÎ6 JOURNAL
Du 1" aw 12 mars, je fais des recherches hiographiques sur les philosophes du moyen âge.
Le 45 mars y je sens la nécessité d'une méthode suivie et je prends Crevier comme histoire extérieure de la scolastique. Projet d'écrire quelques morceaux détachés qui exerceraient le style :
1" Sur les ordres monastiques; "2'' sur les écoles: 5° sur le manichéisme.
Il ne faudrait pas divaguer, mais insister sur les temps qui précèdent immédiatement le seizième siècle.
19 mars. — Noté l'opposition entre Abeilard et Luther. Aheîlard est plutôt analogue à Érasme. Peut-être y a-t-ii du Jean-Jacques Rousseau. Vie touchante à rappeler, non seulement à propos des questions scolastiques, mais aussi des localités où il a vécu dans son existence errante- A l'époque d'Abeilard, saint Bernard, le champion de l'autorité, est l'homme du siècle. Au seizième siècle, le novateur Luther est l'homme du temps.
26 mars. — Commencé le tableau de la dernière Hiérarchie pontificale (droit canon, littérature, art), forme extérieure de l'Église.
Vient ensuite la Question de la grâce (forme intérieure).
Puis, la question des localités et des races, re-
vêtues chacune de leur langue, liltéralure, pliilosopliie, droit. En dernier lieu, viendrait la question des grandes Individualités qui représentent (vers 1500) les races et les idées.
Du 27 au 51 mars, maladie, sangsues, repos. Je lis Bœhme, Crevier, Geissler et projette une suite de lectures historiques : 1'' Y Histoire d'Allemagne; '2'' d'Italie; 5" d'Espagne et de France. Etude à faire par province pour la question des races. Il faudrait consulter, en outre, les naturalistes allemands.
Pour la question des doctrines, lire saint Augustin, saint Thomas, Luther, Calvin.
8 avril. — Saint Augustin est le point de départ: Civitas Dei. L'idée est l'église vivante, organisée seulement par l'esprit. Saint Thomas est le point central : l'église arrêtée dans des formes d'École; — un livre scientifique : Summa theologica. Joignez-y les Décrétâtes.
Luther est le terme. Point de grand ouvrage. La force, très une de son esprit, se disperse. On sent l'époque de dissolution.
Pâques. — Interruption du travail.
20 avril. — Je réduis mon sujet à la vie de Luther. Ce que doit être une biographie.
7 mai. — J'ai pensé trop fortement tons ces temps-ci, de là des manx de tète. Pour me reposer et me distraire, je prends un abonnement dans un cabinet de lecture et parcours la Revue française, Yidocq, Thieis, Guy Mannering. — Dès que je suis mieux, je reprends la question des races qui m'a toujours préoccupé. Ampère me prèle Léo; culte d'Odin en Allemagne.
10 mai. — Je commence à écrire la préface de Luther^ puis sa naissance et l'éducation. Je suis arrêté à la question de l'identilication de la grâce, ce qui me force à revenir à la lecture de Lutber.
20 mai. — Je me décide à ajourner mon livre. Il faut savoir davantage pour toucher à cette question épineuse de la grâce qui est presque tout dans le réformateur.
o juin. — Je prends un secrétaire (Toussenel). Idée d'une traduction des Grands monuments épiques; d'une traduction de la Vie des philosophes italiens au seizième siècle.
D'une traduction de Raunier.