À un ami
... Nous avions tellement compté sur vous! Vous n'avez donc pas lu mes dernières lettres ? N'avez-vous pas compris le danger excessif, infernal dont nous sommes actuellement menacés? Ne sentez-vous pas que le silence ou l'inaction de tous ceux qui devraient m'écrire ou agir pour moi est à détraquer l'âme, à faire chavirer toutes les facultés? Dites-vous que notre péril est énorme, qu'il augmente chaque jour et que nous ne pouvons obtenir aucune lumière, aucune explication, aucune espérance de qui que ce soit, de -quelque façon que je l'implore et quel que soit l'ami que j'implore...
Un fait vous fera comprendre l'horrible intensité de notre cas. Nos meubles, en détresse depuis plus de
MON JOURNAL 1 l>
deui mois, ce peuvent pas être s! Il faudrait
plus de 600 francs pour cela seulement.
Or tous nos papiers ou livres rares, tous mes manuscrits, tous les souvenirs impossibles à remplacer do ma vie littéraire ou sentimentale sont dans ces meubles que je croyais revoir au bout de quinze jours...
29. — En attendant l'emménagement à Kolding, impossible sans notre mobilier, il faut plus d'une heure de chemin de fer pour avoir une messe. Et quelle misère! Pas de chants latins. Rien que des cantiques en langue danoise. On oublie qu'on est dans une église catholique et la détresse de l'âme est affreuse.
30. — La jeune bonne danoise qui abjura chez nous, l'année dernière, nous quitte. Je l'accompagne tristement à la gare. Ce départ, qui ressemble à un commencement de catastrophe me déchire et je reviens tout en larmes.
Février