Au retour de la messe, que dis-je? pen
dant la communion même, entendu les exécrables cloches du temple protestant. J'ai parlé de cette chaudronnerie affreuse, tout à fait sans nom, qui contente la piété des luthériens, et par laquelle ils prétendent solenniser des fêtes inexplicablement conservées dans des almanachs de néant. En ce moment, j'ai sous les yeux le calendrier luthérien. C'est stupéfiant de niaiserie, de bassesse et d'ignorance. En général, il n'y a qu'un mot à dire aux protestants : Vous êtes hideux !
23. — Notre curé, homme fort à l'aise, a un bateau à voiles sur le fiord, et il m'invite à une promenade eu Fionie. La distance est faible et on arrive bientôt malgré un vent peu favorable. Visité le célèbre parc d'Hindsgavl, ancien domaine royal d'un Christian et propriété magnifique d'un seigneur qui avale chaque matin le Petit Belt. Sensation toujours pénible pour moi d'une richesse exorbitante.
Visité à l'un des confins du parc la petite ville de Middelfart, assez semblable, avec ses petites maisons peintes, à un jouet d'enfant. Décor exquis, assez fréquent en Danemark et qui ferait beaucoup pardonner. Mais c'est tout. On a bientôt fait d'admirer tout ce qui est admirable, la mer, les bois de hêtres et les maisons peintes. D'une extré-
mité à L'autre «lu royaume, inutile de chercher autre chose. Rien du passé, nulle trace des temps catholiques, la griffe de Luther a tout gratté, tout effacé, tout avili.
Navigation de retour extrêmement pénible avec un vent contraire. Il faut louvoyer trois heures. Eulin je rentre dans « ma petite France », épuisé de fatigue et même d'ennui, content tout de môme d'avoir accompli cette expédition, mais combien heureux de revoir mon gîte et d'embrasser les miens ! Je suis d'ailleurs, un peu moins capable, chaque jour, de jouir de ce qui plaît aux autres individus de mon espèce.
24. — Un de ceux sur qui je comptais m'écrit pour me féliciter de Yamêlioralion de mon sort! Voilà un garçon tranquille, désormais. Nous sommes à la veille de manquer de tout...
Temps froid, pluie noire et affreuse. Je suis étouffé de tristesse et de dégoût dans ce chenil d'apostats que le soleil semble regarder avec humeur, quand le souffle vagabond, qui est l'image du Saint-Esprit, ne courbe pas tous ses arbres vers le sol en lui crachant l'écume des mers.
25. — Nous pensons aux lépreux de Molokaï, ayant lu depuis peu l'admirable Vie du P. Damien,
leur missionnaire. Que deviennent ces malheureux, depuis dix ans qu'ils ont perdu leur apôtre, et quels ont pu être ses successeurs ? Sans doute une telle mission exige le sacrifice préalable de la vie et l'acceptation d'une épouvantable mort. Mais la médiocrité sacerdotale est une telle pente que, même dans ces terribles emplois, des médiocres peuvent être rencontrés, et nous avons le témoignage de saint Paul qu'il est possible de livrer son corps aux flammes sans avoir la charité. Bonne réponse à faire aux protestants, aux calvinistes surtout, qui parlent tant de leurs martyrs. A propos de la Vie du P. Damien, Jeanne me faisait remarquer que ces récits ont une force surnaturelle si grande que tout est remis en sa place instantanément. Aussitôt qu'intervient la Lèpre, par exemple, Dieu et l'homme sont aperçus à leurs plans et on sait tout à coup ce que vaut la prétendue vie de ce monde.