A de Groux
Cher ami, je trouve heureusement dans mes papiers cette carte postale qu'il ne me serait pas facile d'acheter et qui sera, peut-être, le dernier mot de Léon Bloy. On meurt enfin, enfin! Il aurait fallu, il faudrait encore peu de chose, pourtant. Depuis un mois je n'ai reçu que vos quelques lignes. Ah! vous ne vous tuez pas.
Vous m'aviez promis une lettre importante très-prochaine. J'étais donc averti qu'il me faudrait attendre un nombre indéterminé de mois. De ce côté pas de surprise... Adieu donc, mon pauvre Henry. Deux jours pour aller, deux jours pour venir. En supposant votre réponse immédiate, ce qu'aucune imploration humaine ou divine n'obtiendrait, il serait encore bien tard. Xe vous hâtez pas. Il est beaucoup plus pressé d'aller déposer votre carte chez le Crétin qui avantage Paris de sa présence depuis qu'il n'a plus la chiasse.
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!). — Impossible d'obtenir une lettre de Paris. Peut-on dire : le cœur enragé? — Oui. — Alors, je vais à l'église, le cœur enragé.
13. — Longue lettre enfin de de Groux. Il a beaucoup de peine à mettre ensemble ses pauvres idées. Il déclare les sacrements « inefficaces » sur son cœur, il se dit « sans amour » et privé de « paix ». En somme, les protestants, dont le contact m'afflige, lui semblent moins odieux que les catholiques, universellement complices de la condamnation de Dreyfus. Quand il entre dans une église, il se voit environné d'une cohue « d'hypocrites assassins », etc. Voilà donc le fruit d'une culture amoureuse de cette àme de peintre pendant des années !
14. — Excursion par un bateau-omnibus à l'île Faenoe, à l'embouchure du fiord. Parcouru le nord de cette ile, chevance magnifique d'un seul personnage, et l'admirable bois de hêtres d'où la mer est aperçue par toutes les éclaircies. Qui ne m'accuserait d'être un envieux? Cette promenade, si capable de m'enivrer, me comble de tristesse et d'amertume. Irrésistiblement mes yeux comptent les morceaux de bois innombrables, branches mortes et souches destinées sans doute
à pourrir sur le sol et qu'aucun pauvre, je pense, n'aurait le droit d'emporter. Du moins cela- se passe ainsi à peu près dans tous les pays d'Europe. Les riches aiment mieux perdre que donner. Beatias est magis perdere... (Conférez S. Paul, Actes des Apôtres, xx, 35.)
Trois sortes d'êtres dont le contact m'est, chaque jour, plus insupportable : les riches, les goujats et les protestants.