‹ Mon journalChapitre 55 sur 80 · A un mathématicien · texte numérisé non relu

A un mathématicien

Vos lettres ne m'apprennent rien, sinon la banqueroute de votre raison. Eh quoi! mon cher, vous

Boutez de L'Église parce qu'il y a des prêtres ou des fidèles indignes dorfl vous ne pouvez, d'ailleurs, Bavoir le compte. En d'autres termes, vous doutez des mathématiques parce que vous connûtes un professeur ou trois cent soixante-dix-sept professeurs d'algèbre ou de trigonométrie qui étaient des porcs. Vraiment, c'est trop bête, souffrez que je vous le dise avec amour comme je l'ai tant dit à de Groux, trop garno, trop table d'hôte, trop, commis-voyageur en pétroles ou en peaux de vache. Tout est pardonnable, excusable, supportable, mais il ne faut pas être médiocre. Ça, c'est impossible. Vous ne connaissez pas, dites-vous, « de prêtre qui aurait pu obtenir votre obéissance ». Pourquoi me dire cela, à moi, mon cher ami? Je ne suis pas un voisin de café, ni un employé de bureau, ni un sergot, ni un concierge, ni même un de ces profonds cordonniers dont la sagesse étonne. Je pense que vous n'avez pu écrire ces mots sans un peu de honte. J'ai connu des prêtres qui étaient d'admirables hommes, j'en connais encore et j'en connaîtrai d'autres qui n'ont en vue que la Gloire de Dieu, le Salut des Ames, l'Evangélisation des Pauvres. On est tombé si bas que ces mots sont devenus grotesques, mais je n'ai pas peur de les écrire...

Les objections sentimentales n'ont aucune valeur. A-t-on, oui ou non, le devoir d'obéir à Dieu et à l'Eglise? Tout est là. De ce point de vue très-simple le prêtre n'est plus qu'un instrument surnaturel, un générateur d" Infini, et il faut être un âne pourvoir autre

chose, car tout cela se passe et doit se passer dant V Absolu. Depuis plus de trente ans, j'entends des messes dites par des prêtres inconnus de moi et je me confesse à d'autres dont j'ignore s'ils sont des saints ou des assassins. Suis-je donc leur juge et quel sot ne serais-je pas si je prétendais m'enquérir? Il me suffit de savoir que l'Eglise est divine, qu'elle ne peut être que divine et que les Sacrements administrés par un mauvais prêtre ont exactement la même efficace qu'administrés par un saint.

N'est-ce pas à pleurer, mon cher ami ? Je suis ici chez des chameaux, livré aux tourments, et il me faut vous écrire, à vous catholique, ces choses rudimentaires qu'un hérétique instruit n'a pas le droit d'ignorer, c'est désolant...

Voici une remarque très-simple et qui doit, je pense, frapper votre esprit, car elle a quelque chose de mathématique. Le monde protestant qui m'environne est incontestablement laid, médiocre, dénué d'absolu autant que possible. Quel est le caractère propre de ce monde-là? C'est l'exclusion du surnaturel, c'est le Surnaturel exclu du Christianisme, c'est-à-dire l'idée la plus illogique et la plus déraisonnable qui ait jamais pu entrer dans la tête humaine. Conséquence, le mépris du Sacerdoce, l'avilissement de la fonction sacerdotale en dehors de quoi le surnaturel ne peut être manifesté. Sans le pouvoir de consacrer, de lier et de délier, le Christianisme s'évanouit pour faire place, dans les étables de Luther et de Calvin, à un

Mn\ JOt UN M.

rationalisme abject, certainement inférieur à l'athéisme. Le prêtre catholique a une telle investiture que, s'il est indigne, la sublimité de son Ordre éclate d'autant. Voici un prêtre criminel, passible, si on veut, de la plus ample damnation, et qui, cependant, a le pouvoir de transsubstantier !... Comment ne pas sentir cette Beauté infinie?

Revenant de la messe, je trouve Jésus dans notre maison. Madeleine s'est réveillée en prononçant son nom, en disant qu'il était à la porte et qu'il fallait lui ouvrir. C'est la Douleur...

7. — A un géographe. Récit préalable de nos aventures jusqu'à l'installation à Kolding, puis :

... Alors commencèrent les estimables rapsodies d'une existence de prophète catholique sorti naguère du Chat noir et forcé de vivre sans un sou dans un pays protestant épris de laideur, fanatique d'imbécillité et crapuleusement hostile. Je crois superflu de vous dire que je suis en guerre avec les trois quarts de cette population dont ] ignore la langue, ce qui est déjà suffisamment rigolo, et que le quatrième quart ne me nourrit pas du tout. Comment ai-je pu subsister jusqu'à ce jour ? Mystère. Il est vrai qu'on est plein de dettes, ce qui est un autre mystère. Je ne comprendrai jamais que nous ayons pu trouver un crédit quelconque chez ces mufles jutlandais. L'échéance va être mignonne. Si je parlais le danois avec une facilité

$40 MON JOUKXAL

éblouissante, je tenterais une révolution politique, d'ailleurs inutile avec un monarque reproducteur dont l'éloge n'est plus à faire. — Ah! nous nous en souviendrons de cette planète ! me disait Villiers de l'Isle- Adam, étant tous deux, les pieds dans la crotte froide, un certain soir où il semblait que nous aurions pu livrer nos droits d'aînesse pour un bon dîner devant un bon feu.

Pourquoi vous remercierais-je de vos démarches, mon vieil ami? Qu'ajouteraient mes actions de grâces à votre manière d'être d'individu qui ne pense comme moi sur l'ombre d'aucun point et qui, cependant, m'aime comme il peut, avec le tronçon de cœur que lui a laissé la géographie.

8. — Tiens ! tiens ! voilà les gens de Y Aurore qui commencent à démonétiser leur Dreyfus. Quel article à faire sur ce « martyr » : Le piano de Clémenceau !

— Vous suivre ! me dit quelqu'un. Personne ne l'a voulu jusqu'à cette heure, et c'est pourquoi tout le monde vous a lâché. — Si, pourtant, Bloy était avec Dieu ! Si Dieu était avec Bloy ! Voilà ce qui épouvante.

9. — Etonnante stupidité des protestants qui ne peuvent pas comprendre la différence dee Ordres religieux et qui croient par exemple, comme

dos plus savants cordonniers, qu'être franciscain ou chartreux, c'est une manière d'être jésuite ou camaldule. L'ignorance hautaine de ces hérétiques et leur mépris des notions exactes en matière de religion sont incroyables, insondable el wns remède. Il faudrait la puissance de Dieu pour surmonter l'orgueil de ces insectes. Humainement, toutefois, j'imagine que la peur les materait fort bien et que tout protestant menacé du gril <>n seulement d'une confiscation bénigne deviendrait catholique subito. Ce n'est pas l'avis du curé Storp, mais je me fiche tellement de ce qu'il pense!

10. — ... Si tu veux, faisons un rêve... Catastrophe immédiate, si complète qu'il n'y aurait pas à y revenir. Tel bienfaiteur jeune encore, mais raisonnable et sans promptitude, resterait avec son argent et ses espérances. Moi je serais bientôt enterré. 0 la belle jambe ! — quand je serais, un peu avant de mourir, errant et sans pain, à 400 lieues de Paris, avec ma femme et mes enfants, — de me savoir passionnément admiré en diverses parties du globe. Je recevrais, peut-être alors, dans les chemins ou dans les champs, des lettres belges ou françaises me nommant « cher maître » et me demandant de la copie.

Il faut subir les inconvénients de son état.

Quand on a de l'argent, c'est pour le donner en pleurant d'amour, à moins que ce ne soit en grinçant des dents. Un jeune homme de mes amis a dit ce mot effrayant qu'il n'était pas né pour être pauvre, ayant eu la chance presque incroyable de venir au monde après son père. Moi j'ai eu le guignon de naître avant le mien. On ne fait pas sa destinée, affirment avec raison MM. les Bour-

11. — A un Sicilien qui prétend faire une étude sur d'Aurevilly et me demande des documents :

Cher Monsieur, votre carte, après avoir couru longtemps après moi, m'arrive enfin, en Danemark, où je suis actuellement domicilié. Mon embarras est grand. Je suis, ici, livré à la misère, ce qui mettra fin, je n'en doute pas une minute, à votre estime pour moi. Je suis privé de tout document sur Barbey d'Aurevilly, que j'ai, en effet, beaucoup connu. Outre le Brelan iïexcommv.niés, vous pourriez consulter utilement le Mendiant ingrat. Ce dernier livre, je pense, vous dégoûtera. Vous êtes Italien et même Sicilien, c'est-à-dire plein de haine pour tout ce qui est français, pour tout ce qui n'est pas la servitude ou la plus lâche impiété. Je termine en sollicitant avidement votre mépris et s'il est possible, vos injures. Elles me consoleront de quelques éloges.

Ï2. — Les villégiatures. Ces! universel, d'une tristesse extrême. L'abandon des pauvres par tous !es riches, sans exception. Si j'avais Le malheur

de devenir un riche, je ne consentirais janiai- & (n'éloigner dans cette saison. Je tiendrais à rester

au milieu des pauvres, estimant ne pouvoir faire autrement sans infamie, sachant ce que je sais. Je ne voyagerais que pendant ce qu'on appelle la mauvaise saison, inexactement, puisqu'alors les mufles rentrent, les redoutables mufles d'or, et qu'ainsi on ne les rencontre plus par les chemins.

16. — A propos du Sacrifice perpétuel sur notre globe où une messe est toujours célébrée quelque part, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit : — C'est, sans doute, ce qui fait tourner la terre, me dit quelqu'un. Parole d'une simplicité angélique.

Un de nos voisins, voiturier abject, fait baptiser son enfant qui paraît sur le point de mourir. Le baptême luthérien est valable. C'est tout ce qui reste à ces peuples. L'Église ne devrait-elle pas ordonner des prières publiques pour demander la mort, aussitôt après le baptême, des petits enfants des hérétiques voués autrement à une existence d'imbécillité et d'impiété?

17. — Excursion à Skamlingsbanke et à Ghristiansfeld. Quelques sous étant venus, on décida hier de s'amuser. Aujourd'hui donc, avec beaucoup de fatigue et par une chaleur excessive, on fait le voyage de Skamlingsbanke dans un char à bancs dénué de faste. Ce lieu, qui attire un grand nombre de visiteurs, passe pour le point le plus élevé du Danemark et d'où Ton découvre des étendues immenses. Assertion un peu trop lyrique. La carte spéciale que j'ai sous les yeux, indiquant le périmètre, c'est-à-dire ce qui peut être viu Udsigten, de Skamlingsbanke, est absolument illusoire. Les bois cachent plus de la moitié des pays à voir et, même quand le temps est clair, le reste, à l'exception de quelques écuries ou waterclosets du voisinage, est à peu près indistinct. Il est vrai qu'on peut se soûler sous l'œil de Christian IX dont le buste ne chôme pas. Donc station au restaurant et mangeai lie triste.

Visité la fameuse colonne commémorât ive des héros danois, victimes de l'Allemagne en 64 ou à une autre époque. Cette colonne a étéT paraît-il, canonnée par les Allemands, et ainsi s'expliquent les brèches ou dentelures qui donnent de loin à ce monument l'aspect d'un inconcevable tire-bouchon dressé vers le ciel.

Paysage comme il s'en trouve quatre-vingt-dix

mille en Danemark. I )»-\ a ni nous la mer Lille Belt) cl la Fionie, 6 une portée de canon; des champs, des arbres el surtoui l'absence de Dieu. Une seule joie, l'orage. Tonnerre, Foudre, carreaux luisants d'un déluge tombant sur Kolding à l'horizon. A quelque distance, une ferme incendiée du ciel. Accident banal dans ois campagnes aux toits de chaume. Je renais à L'espérance. Vers quatre heures, il faut s'arracher de ce paradis médiocre et courir vers Christiansfeld en Prusse, car nous sommes à la frontière du Slesvig. Oh! la sensation de se trouver en Allemagne, ne fût-ce qu'une heure ! Et qu'est-ce que cela auprès de la sensation d'être chez les Hernhutes ou disciples de Jean Hus, à Christiansfeld même !

Ces Hernhutes ont, en cet endroit, une sorte de ivent de femmes, Schwesternhaus, et il y vient des curieux en assez grand nombre.

Nous savions que, pour être bienvenu dans cette maison, il faut acheter quelque chose à la boutique annexée, espèce de bazar sulpicien du protestantisme le plus acariâtre, le plus répugnant, le plus morose. Ayant donc acquis deux ou trois bibelots peu précieux, une gueuse nous introduit. J'ai ■senti rarement une oppression aussi forte, une aussi pesante présence de l'Abhorré. Je demande naturellement un abrégé de la doctrine religieuse

de ce garno, an catéchisme de ce diocèse du Puant. Mais je ne l'obtiens pas tout de suite. Il faut que Jeanne dise que je suis un journaliste parisien, affirmation mensongère productrice d'éblouissement. Alors tout change. Plusieurs vieilles à physionomies obsolètes, cafardes et ligamenteuses, 'se précipitent pour me procurer une brochure allemande rare, paraît-il, autant que fétide.

Presque rien à mentionner, sinon que la renardière de ces parpaillotes, grouillant là au nombre de quatre-vingts, est extérieurement semblable à toutes les maisons de même sorte, imitations basses et hideuses des communautés catholiques. A peine remarqué-je la cuisine aux cafetières innombrables où des filles épluchent des carrelets ou des limandes, et les deux chapelles, e'est-a-dire deux vastes pièces garnies de bancs peints à la céruse dont la blancheur ajoutée à celle des rideaux et des murs produit un effet de brouillard étrange, obsédant et contraire autant qu'il se peut à tout recueillement humain ou divin.

La première de ces deux salles, ou plutôt celle qui nous fut montrée d'abord est avantagée d'une copie de la Transfiguration qui est bien ce que j'ai jamais vu de plus atroce. L'espèce de table de nuit située au-dessous de cette croûte et der-

MON JOUHN \

rière laquelle pérore, j'imagine, le prédicateur, est couverte d'une nappe où se lisent, — brodés par des doigts Ignorants, on veut !•■ croire, de toute pratique libidineuse — en l'abjecl patois U le m and, les premiers mots du psaume XCIV, par lequel commence traditionnellement l'Officedivin. Cette prostitution nous est révélée avec respect et tremblement, un tapis impénétrable cachant d'ordinaire la nappe aux yeux des profanes. L'autre prétendue chapelle n'a pas davantage sollicité notre enthousiasme. Je subodorais, d'ailleurs une hypocrisie si insalubre, si malpropre, si gluante à l'âme que le cœur me manquait et que j'avais honte de me voir là avec Jeanne et notre pauvre Véronique.

Les habitantes horribles ignorent le français. mais le ton de quelques-unes de mes remarques inquiète visiblement notre conductrice, et c'est à la fois comique et bizarre de se demander ce qui adviendrait de nous chez ces vieilles si elles comprenaient.

La visite s'est terminée, bien entendu, par une escale devant un tronc, au-dessus duquel semble flotter, comme la fumée agréable d'un holocauste, une de ces émollientes gravures de propagande évangélique dont s'étonne assurément le royaume des cieux. Un contemporain de Rmê ou du Der-

nier des Abeneerages en redingote, annonçant on ne sait quoi, les deux bras au ciel, à des guerriers iroquois assis devant le feu du conseil et l'écoutant avec l'étonnement le plus légitime.

Inutile de dire que, bravant tous les opprobres, nous nous abstenons de verser la moindre obole, l'horreur d'une offrande au diable, entre les mains d'un petit nègre agenouillé sur le tronc, étant, d'ailleurs, trop maladroitement rappelée par une réduction en plâtre ou graisse de brebis de la Jeanne d'Arc de Ghapu, réduction et œuvre dont je n'entreprendrai pas d'estimer l'ignominie. Nous sortons enfin de ce mauvais lieu, vraisemblablement chargés de mépris.

Mais nous avons encore à visiter le cimetière Hernhute — hommes et femmes, celle fois — et cela, vraiment, dépasse tout.

Quelques cents pas. Une grille et je ne sais quelle banale inscription allemande, tirée naturellement de la Bible. En pareil cas, il est mieux de ne rien citer. Quand les hérétiques prennent dans ce qu'ils croient leurs mains ou qu'ils touchent de l'extrémité de ce qu'ils croient leur langue la Parole vivante, cette Parole tombe morte instantanément.

La grille franchie, voici le damier de l'enfer. De longue^ et multiples rangées de dalles sur un sol

MON JOl I

noir <|iii Bemble nivelé ô la broyeuse automobile, sans herbes nifleurs, avec le visible souci de tuer tout ce qui pourrail être vivanl autour des charognes. Dortoir piaculaire, platitude épouvantable de l'abîme, sous des arbres sombres. Quelles nuits doivent avoir lieu eu ce cimetière ! Quels fantômes sur ces sépulcres !

Au fond de l'allée principale, une baraque en planches, que des voyageurs, plusieurs fois, ont dû prendre pour un pissoir, si j'en crois l'odeur, et où se lisent de salopes exclamations germaniques. C'est là que viennent se recueillir les Ames liernhutes.

20. — Réponse généralisée et synthétisée de divers penseurs qui ont des plumes au derrière et qui les dégainent contre moi de temps en temps : — Ah! pardon, j'ai dit que vous étiez un grand écrivain, un homme de génie même, et je le dis encore. Mais je ne vous ai demandé ni vos conseils, ni vos réprimandes. Je ne suis pas de la crotte de chien, moi : j'exisle. moi, plus que vous, peut-être, je suis quelqu'un, moi. et je me fous de vous, etc.. etc. C'est ainsi que j'ai perdu, hélas! les phis précieuses relations.

A un mathématicien déjà mentionné, qui ne dégaine pas [qui ne dégainera pas, mais qui doit s'esquiver un jour par la tangente! :

Il n'y a qu'une action, c'est l'Obéissance, qui est la marque des hommes supérieurs, des vrais hommes, 'la sublime, et sainte, et salutaire, et virginale, et miraculeuse, et primitive Obéissance qui est tout uniment la dénomination théologique du Paradis terrestre perdu... Allez donc trouver un pauvre prêtre, celui que je vous ai déjà désigné ou n'importe quel autre, mais un Prêtre, ô enfant, c'est-à-dire un homme bon ou mauvais, mais revêtu du caractère sacerdotal, ayant dès lors le pouvoir même de Dieu pour donner la paix à votre âme qui est un empire dont vous ne savez pas la grandeur. — Mon père, ayez pitié de moi, lavez-moi, purifiez-moi, déliez-moi ! — et puis, la douceur des cieux, les yeux en larmes, le cœur battant, le cœur brûlant, la joie dont il semble qu'on va mourir... Ah ! si vous saviez, si vous pouviez entrevoir une seule fois î La voilà l'Activité! Savez-vous que la messe, le Sacrifice de la Messe est l'acte unique d'obéissance, l'Acte essentiel, à ce point que lorsqu'il s'accomplit, tous les peuples, dans un périmètre de dix mille lieues, ont l'air de se tenir là, les deux bras coupés, les jambes paralysées, le tronc inerte, la voix morte...

23. — Bouchers danois. J'ai déjà parlé de ces mufles insolents, voleurs et inexprimablement étrangers à leur profession. J'ai mentionné ce fait remarquable, ce trait de mœurs barbares : les bouchers de ce pays ne sachant ni découper, ni parer la viande, ni même, semble-t-il, distinguer

MON J01 RM M -*j1

tes différents morceaux, el portant à leurs clients, comme à des bêtes féroces, sur des espèces de grandes truelles en bois, des quartiers saignants

que rien ne protège, en été, contre le soleil et les mouches. Un boucher danois ne trouverait pas à gagner sa vie à Paris, comme» balayeur dans un abattoir. Hier matin, Jeanne commandait un gigot, désignant très-exactement le morceau. Nous devions en vivre aujourd'hui. Ce matin, un autre morceau, naturellement, nous fui servi, et Jeanne le refusa. Le voyou, forcé de le reprendre, répondit que, n'ayant pas autre chose à nous donner, nous pouvions crever de faim si cela nous plaisait... ce qui implique nécessairement, pour ce goujat, le droit de choisir à la place de ses clients et de les servir comme il lui convient. Peut-être aussi est-ce un simple trait de l'hospitalité danoise à l'égard d'une famille française qu'on devine pauvre. Je pense avec amertume aux triques sans nombre qui poussent dans les bois du Danemark et qui, autrefois, sans doute, servaient à quelque chose. Au fait, cette histoire imbécile de boucher ne semble-t-elle pas une sorte d'apologue rétrospectif du Luthéranisme qui sert en etïet ses tristes clients comme des animaux en cage, depuis trois siècles, et qui choisit pour eux, à son gré, les plus horribles lambeaux?

À ce propos, je tiens à signaler, comme une remarque des plus importantes, l'effrayant et universel ombrage de ces protestants qu'il est à peu près impossible, quoi qu'on fasse, de ne pas offenser un jour ou l'autre. Le comble de la déraison serait de croire qu'on peut dire avec bonhomie à quelqu'un, comme cela se fait en France : Mon ami, que vous êtes bête ! et rire ensemble de bon cœur aussitôt après. Ici le cas est grave. Il n'en faut pas plus pour qu'une ville soit informée de votre exécrable caractère, de votre insolence inouïe et du danger excessif de votre fréquentation. Cette manière d'être paraît une chose nationale comme le Danebrog.

Il y a un trésor non moins difficile à trouver que la « femme forte » des Proverbes, c'est un Danois humble et bon enfant, eût-il même abjuré le protestantisme . Songez à l'état d'une pauvre âme dont les ancêtres, pendant 350 ans, ont rejeté comme des ordures, en même temps que les six commandements de l'Église, les 4e, 5e, 6e et 7e du Seigneur Dieu. Que Notre-Dame de la Merci ait pitié de ce misérable peuple!

25. — Spectacle extraordinaire dans la rue. Défilé, musique en tête, d'une « Société des frères d'armes du Danemark. * Cette dénomination est

Page 1