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déjà il se rouler par terre. Mais comment narrer \o défilé lui-même, le défilé des musiciens recueillis et dea messieurs graves <'n amont et en aval, d'une théorie de petites fi lies vêtues de blanc, à l'exception de la coiffure, képis ou casquettes de jokey, rouge et blanche, et chacune portant un petit drapeau national. La cocasserie de cette vision est indicible en toute langue. Il faut se rappeler que ces hérétiques, si désignés pour décrotter la botte allemande, jugent grotesques nos processions du Saint Sacrement.
Excursion à Krybbely, à l'extrémité du fiord de Kolding. De ce point nous voyons exactement devant nous la petite île de Fsenoe et la Fionie. Paysages exquis, si on veut, mais lassants. Il est permis à un Français, à un guelfe surtout, de demander s'il existe au monde un pays aussi complètement et uniformément dénué de grandeur. C'est toujours la même aquarelle. Des échancrures de mer bleue, des hêtres au tronc clair sur des fonds sombres, comme dans les chromos anglais, des moulins à vent et des maisons peintes. Assez, mon Dieu ! Je demande une autre pénitence.
27. — Mon passé, tout mon douloureux passé ! Combien je voudrais pouvoir en effacer le souvenir 1 Si on savait de quel Orient je suis tombé et
par quelle catastrophe!... Époque mystérieuse, peines qui parurent au-dessus des forces d'un homme. Et ces années de déréliction, d'infidélité, d'ignominie, venues après l'Éblouissement ! ! ! Il m'est arrivé — je vois encore le lieu, tout près de Paris, dans un pavillon solitaire — de veiller pendant les nuits d'un hiver très-rude et d'interrompre les premiers chapitres du Désespéré par des gémissements si lugubres, que des voisins en étaient troublés... Dieu qui avait voulu cette épreuve, savait qu'elle serait pour moi l'occasion de tomber, de rouler au fond d'un gouffre. Mais je tombais devant sa Face couverte de sang et je n'ai pas, un jour, cessé de lavoir. C'est ainsi que le Désespéré a pu être écrit. On dit que c'est un livre terrible. Si on savait!... J'ai été abandonné, lâché par une multitude d'amis plus ou moins ignobles, plus ou moins clairvoyants. On voulait bien être avec moi, à condition que cela ne coûtât pas trop, ne dérangeât pas... Puis, abierunt tristes... Il y a le Cœur de Jésus, fuyons par cette porte adorable. Le boulanger, le boucher, le charbonnier, le propriétaire ne nous y suivront pas. Tout s'arrangera, les fantômes s'évanouiront. Depuis dix ans, nous ne vivons pas autrement, ma femme et moi. Ne sommes-nous pas les bohèmes du Saint- Esprit, les vagabonds du Consolateur?
MON' JOURM M 253
— L<> Mont-de-Piété de Copenhague prête que pour trois mois, sans rémission, ei il exigedes intérêts presque aussi forts que le Montde-Piété de Paris pour toute une année. — Les protestants nous «nfoncent, me disait, en 92, on juif parisien.
— Dimanche. Grand 'messe. Vu dans notre
église quelques protestants. A côté de moi, deux femmes venues, sans doute, par curiosité, dont le voisinage me dégoûte, me serre le cœur. Le contact protestant me devient chaque jour plus odieux, me fait un peu plus sentir mon exil, ma rapt i vite. Je serais cent fois mieux au milieu des Juifs, des mahométans ou des idolâtres. Ceux-là, du moins, représentent, chacun à sa manière, une pétition quelconquede l'Absolu. Mais la médiocrité protestante, la laideur, la fadeur, l'insipidité, la moisissure, l'ignorance pédantesque et la sottise empanachée du protestantisme, quelle horrible dégoûtation ! Partout ailleurs, la haine du Beau, du Grand, du Vrai, de l'Absolu ne peuvent être que des pentes. Ici, c'est le gouffre même.
Août
3. — Une personne qui me fut très-chère est morte en Périgord,la semaine dernière. Cette nuit, étant profondément endormi, je suis jeté soudain hors de mon lit par un vacarme à notre porte, comme si quelqu'un de très-pressé demandait qu'on lui ouvrît. Un moment fort indécis et même anxieux, j'écoute battre mon cœur. Mais, remarquant que le sommeil de personne, excepté le mien, n'a été troublé, je comprends que ce bruit a été pou?* moi seul et que lésâmes souffrantes m'appellent. Cela m'est arrivé déjà et j'ai l'obéissance facile.
Eglise presque vide à l'heure de la messe. Il n'y a que nous, les trois religieuses et une demidouzaine de pauvres enfants. Voyant cela, je repense à cette homicide époque des vacances où . les pauvres sont si abandonnés et je vois clairement que le plus abandonné de tous, c'est Notre Seigneur Jésus-Christ.
Suggestion triste et combien profonde! Ne suffirait-il pas de rassembler, de réunir, en faisceau, en gerbe, toutes les misères, toutes les afflictions
mov JOI RM M
des pauvres el toutes leurs souffrances ? <>n aurait l'Histoire de Dieu.
On est embêté par une bonne. Histoire éternelle de ces créatures <!ans Ions les pays du monde. L'erreur moderne est de croire que les individus faits pour servir peuvent être élevés au-dessus de leur niveau par des égards, de la bonté, de la patience. 11 est trop eerlain que, jusqu'à la venue de l'Esprit qui renouvellera la l'ace de la terre, les hommes en général doivent être gouvernés avec le bâton — que ce bâton soit une trique de chef de bande ou une crosse épiscopale.
4. — Pas de lettres, silence universel. Peine très-spéciale. Le Silence règne sur moi dans un magnifique trône de misère.
Salut du Saint Sacrement avec des cantiques allemands chantés par les religieuses au nombre extraordinaire de dix, vu le temps des vacances qui leur permet de se réunir de divers points du Jutland ou de la Fionie et de former une sorte de retraite ici. Tout cela est très-pieux et trèstouchant. 11 ne tient qu'à moi de me croire dans le vieux et pauvre couvent des Augustines de Dulmen .
5. — On m'apprend que le triste de Groux est tellement déséquilibré par la sale affaire Drey-
fus qu'il a fait un tableau horrible : « Zola aux Outrages!!! » De profundis.
Vu une personne sans originalité à qui le seul mot de surnature/ fait horreur. Trois siècles de protestantisme ont affaibli la raison, dans ce pays, au point qu'il est quasi impossible de rencontrer un chrétien capable de concevoir le christianisme s'il n'est pas exclusivement humain.
6. — « L'Amour de Dieu. » Parole qui ne fait rien vibrer ici. L'Amour de Dieu!... Me voici en larmes. Le ciel me préserve de sermonner, mais ne puis-je pas dire, sans ridicule ou sans importunité, qu'il y a une fontaine sur le seuil de tous ceux qui meurent de soif? Pourquoi ces malheureux ne boivent-ils pas ?
Allant à la grand'messe, croisé un luthérien à figure basse et sale qui va au temple tenant d'une main un gros livre à tranches d'or et de l'autre une pipe infecte qu'il fume « devant la Face de de Dieu », sans doute, comme le disait, parlant à moi-même, le professeur Grundtvigien Laurent xMoltesen. Il y a des temples où on fume la pipe. Pourquoi n'y mangerait-on pas aussi? Pourquoi ne s'y soûlerait-on pas? Etc. Toutes les fonctions s'accompliraient devant la Face de Dieu. Ce serait très-beau.
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7. — Une des trois religieuses qui se consument à instruire gratuitement les enfants qu'on veut leur confier nous apprend que la petite chrétienté de Kolding passe pour la inoins fervente. Ce serait l'œuvre d'une famille soi-disant catholique <jui aurait, autrefois, répandu des calomnies atroces contre le curé Storp et contre les sœurs. C'est au point qu'après des années, les pauvres religieiiM> ne peuvent s'occuper des enfants qu'avec des gants parfumés et des égards infinis, sous peine d'encourir des reproches amers, des accusations violentes. Telle est, je ne cesserai de le dire, la plus belle fleur de l'esprit luthérien en Danemark, une susceptibilité diabolique ne permettant pas à un Danois d'excogiter autre chose que le soupçon.
Quant à l'abbé Storp, quoi qu'il fasse, il sera toujours blâmé, et je lui pardonne volontiers le prussianisme dont il m'accable par manque d'éducation et débilité d'esprit, en le voyant payé de la plus ignoble ingratitude par des familles pauvres qu'il a littéralement tirées de la crotte.
Il y a près de notre église une espèce de casino dénommé Alhambra et une sorte de jardin public affublé du nom de Tivoli, comme à Copenhague. Les Danois sont enragés pour ces appellations de leurs bastringues. J'aimerais à voir l'Alcazar de Kejkjavik ou la Folie-Méricourt du Groenland.
8. — Bavardages, potins horribles sur nous. La méchanceté et l'hypocrisie de ces gens donnent une idée de la compagnie des démons.
Au mathématicien :
Vous espérez de moi des conseils, des indications de bonnes lectures au point de vue religieux. C'est un peu difficile, puisque je ne sais rien de votre culture intellectuelle. Votre désir d'une Bible en français me donne à penser que vous ignorez le latin, comme de G roux
C'est un malheur. Le latin est la Langue de Dieu, la langue du commandement et de la prière. C'est avec le fumier de Virgile, d'Horace, d'Ovide et de Cicéron que l'Eglise obtint la fleur merveilleuse, aujourd'hui flétrie, qui s'est nommée la Raison chrétienne. Tl est indiscutable que les peuples, aussi bien que les particuliers, valent à proportion de leur culture latine. Cependant il y a eu des Saints, des Grands de l'Amour qui n'eurent besoin d'aucun engrais. Vous êtes peutêtre de ceux-là.
Mais je suis peu capable de vous indiquer une traduction française de la Bible, n'en ayant jamais fait usage. Les quais sont encombrés de traductions protestantes signées Osterwald qu'il faut écarter comme des ordures. Celle du janséniste Lemaistre de Sacy vaut-elle mieux ? Je n'en sais rien, mais il y a des chances pour qu'elle soit meilleure. Tout est meilleur <\ue les protestants...
Les Confessions de saint Augustin sont assurément
MON JOURNAL itil
un très-bon livre, mais vous vous trompes quand vous dites que le monde profane d'alors n'avait rien pour retenir un tel génie. Vous oubliez J"s lois de la p> pective, ô mathématicien, et vous regardez ce grand comme s'il était immédiatement sous vos yeux, sans tenir compte du recul énorme de quinze les. Vous ne prenez pas garde aux transformations ou translations indicibles que ce millénaire et demi a du produire nécessairement. Pour ce qui est de la séduction du Paganisme, je ne peux rien vous dire, sinon que, n'étant pas humaniste, vous ignorez la Coupe d'or où le Démon fit boire les hommes, quatre mille ans.
Vous cherchez d'autres lectures? Eh! bien, jetez-vous sur les Vies de Saints. Soûlez-vous-en, gavez-vous-en. Avalez surtout ce qui vous paraîtra imbécile. Et vous verrez! Je ne pourrais pas donner un plus sage conseil à mon propre enfant...
Vous me parlez de points obscurs pour vous, « le dogme de l'enfer, l'irrévocabilité de la damnation, la prédestination et la réprobation à concilier avec le libre arbitre ». Tous ces points de foi, aussi tridenlins les uns que les autres, puisqu'ils ont tous été fixés par le concile de Trente, ne sont pas moins obscurs pour moi que pour vous, et j'ose dire qu'ils le sont pour tout h monde. Mais il ne le sont pas plus que n'importe quel axiome de géométrie élémentaire ou de telle autre science qu'il vous plaira. Quand on dit, par exemple, que le « tout est plus grand que la partie », si, dans la
même minute, je pense à l'Eucharistie, je me trouve en face de la plus contestable des évidences. Ainsi de tout. Nous sommes dans les ténèbres et voilà ce que l'orgueil n'accorde pas. La Foi seule est claire et c'est pour cela que l'Orgueil, prince des Ténèbres, la repousse, ayant l'horrible prétention d'être cru lui-même la Lumière. La Foi seule est certaine, qu'avons-nous besoin d'autre chose ?
Vous voudriez comprendre comment la prescience de Dieu peut se concilier avec la liberté humaine. Ah ! pour moi, c'est bien simple. C'est comme si vous me disiez que vous ne comprenez pas comment l'idée du nombre trente peut se concilier avec l'idée du nombre cinq multiplié par le nombre six, ce que je ne comprends pas davantage. Je sais, sans pouvoir le comprendre, que la prescience divine et la liberté humaine n'ont aucun besoin d'être conciliées parce qu'elles sont exactement, absolument, essentiellement et substantiellement la MEME CHOSE...
Vous voudriez comprendre et vous vous croyez ambitieux !
Vous ne voyez pas qu'il vaut mieux savoir que comprendre. Vous avez étudié je ne sais quelles sciences naturelles pour en arriver à l'ignorance totale de ce rudiment de l'unique Science! Autrefois, du temps des Saints, au sublime Treizième Siècle surtout qui fut l'apogée de l'esprit humain, les enfants même n'avaient pas la permission d'ignorer que le rôle unique, infiniment glorieux de la Raison, c'est de croire et que croire
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si savoir, savoir en haut. Le reste découlait de là,
le plus simplemenl <Iu monde. Aussi les plus ordinaires paroles des gens d'alors produisent-elles en nous Péblouissement. quand nous les lisons dans les chroniques.
Aujourd'hui, on s'imagine que la raison consiste à expliquer des théorèmes ou à conditionner dos catalogues. On dit d'un homme qu'il est raisonnable, comme les putains disent d'un client qu'il est sérieux Nous ne pourrions même plus faire de bons esclaves, tant nous sommes devenus imbéciles. Cor Jesu sacratissiniHûi, miserere nobis. Au sujet du conflit apparent des deux libertés, lisez les dernières lignes de la page 248 du Mendiant. Je m'ennuie de toujours écrire les mêmes choses.
Un homme intelligent, un ingénieur, expliquera trèsbien que deux parallèles ne peuvent pas se couper à angle droit. Un pauvre homme incapable de comprendre quoique ce soit et ne faisant usage que de sa raison, saura, sans pouvoir l'expliquer, qu'il en est ainsi et qu'il a fallu, absolument, que les deux parallèles se rencontrassent pour que le monde fût sauvé. On ne démontre que le contingent, et cette démonstration est la besogne des esclaves. Le Nécessaire, c'est-à-dire l'Absolu, c'est-à-dire l'Eblouissement, est indémontrable, et les Amis de Dieu sont assis dans des demeures impossibles à concevoir dont ils n'auront jamais le souci d'étudier l'architecture.
Le voici, le seuil de la Prière. De même que le Miracle
est une restitution de l'Ordre, de même l'harmonie béatifique a pour départ Y humble acceptation des antinomies. « Par ce Verbe éternel qui est le lieu dos esprits et qui rend raisonnables les intelligences, j'ose vous prier, Messieurs,... » disait Ernest Hello.
... Quel secours, pour moi, si vous vouliez faire ce que je vous demande ! Songez qu'ayant, jusqu'à ce jour et depuis environ trente ans, donné à tout le monde ainsi qu'il convient aux mendiants, je me trouve, au plus beau milieu du onzième lustre de ma vie, dans cette situation de n'avoir à peu près jamais rien reçu en retour. Ah ! pardon, j'ai reçu quelques pièces de 20 francs et même, pour tout dire, un certain nombre de billets de banque dont je fis tel ou tel usage. Mais, à l'exception de quelques très-rares malheureux, qui donc m'a fait l'aumône dont j'avais besoin, l'aumône de luimême? En d'autres termes, qui a voulu prier pour moi? confesser ses péchés, faire pénitence, communier pour moi ? pleurer d'amour devant un autel sans art, en se souvenant de moi? comme j'ai fait pour tant d'autres qui m'ont payé d'humiliations et de tortures.
Vous-même qui êtes, pourtant, on le croirait, un homme de bonne volonté, qui donneriez, je le vois bien, jusqu'à votre pain, vous ne savez pas me donner cela, et j'aurais beau vous dire « Je meurs », vous ne me le donneriez pas. Vous m'opposeriez des vues sentimentales , des spéculations de votre esprit ! peut-être quelque misérable histoire, et ma pauvre chair noircirait dans les supplices, — pendant vos admirations...
Il faudrail pouvoir écrire des cris, noter comme la musique les clameurs de l'âme! Comment I j'aurai enduré, d< ux cent quarante >m trois cent mois, tout ce qui peut-être enduré pourquedes misérables à jam inintelligibles, des vendeurs de Dieu, des charcutiers de Jésus-Christ, eussent au moins, sous la terre, un pauvre lit sans malédiction où il leur lut accordé de dormir sansdésespoir... et je n'obtiendrais pas, l'ayant demandé rdument, qu'un infortuné bougre acheté par moi, en saignant, me rémunérât d'un timide effort !
... Au fond, de quoi s'agit-il pour ne pas être un idiot ou un porc? Simplement, de faire quelque chose frand, de mettre de côté toutes les sottises d'une existence plus ou moins longue, de décider qu'on paraîtra ridicule à trois concierges et à un notaire pour entrer en condition dans la Splendeur. Alors, vous saurez ce que c'est que d'être l'ami de Dieu.
V Ami de Dieu! Je suis sur le point de sangloter quand j'y pense. On ne sait plus sur quel billot mettre sa tète, on ne sait plus où on est, on ne sait plus où il faut aller. On voudrait s'arracher le cœur, tant il brûle et on ne peut pas regarder une créature sans trembler d'amour. Onvoudrait se traîner sur les genoux d'église en église, des poissons pourris pendus au cou, comme disait la sublime Angèle. Et quand on sort de ces églises après des heures où on parlé à Dieu, comme un amoureux à une amoureuse, on se voit tel que les pauvres bonshommes si mal dessinés et si mal peints des chemins de croix, marchant et gesticulant avec
piété dans des fonds d'or. Toutes les pensées qu'on ne savait pas, séquestrées jusqu'alors dans les cavernes du cœur, accourent ensemble ainsi que des vierges mutilées, aveugles, affamées, nues et sanglotantes. Ah! certes, en de tels instants, le plus atroce de tous les martyres serait choisi — avec quels transports !...
il. — Pas de lettres. VA urore seulement. Voill
mon unique lien avec la France. Quel sale et ignoble lien, ô mon Dieu ! J'y vois que le Conseil de guerre de Rennes a voté le huis clos pour l'examen du dossier secret de Polichinelle. Faut-il croire au dessein formé de traîner le procès indéfiniment, c'est-à-dire jusqu'à la minute, ordinairement espérée par tous les criminels, d'un coup d'État ou d'un déluge?
12. — À Vallette forcé de refuser l'édition de Je in accuse..., brochure en forme de journal sur le roman de Zola, Fécondité, et devant finir en même temps que le feuilleton de ce porc :
Votre refus m'a fort embêté, cela va sans dire, mais je comprends que vous n'ayez pas pu faire ce que je vous demandais, et j'ai eu si peu d'amertume que vous continuez à être l'un des hommes à qui je pense volontiers, c'est-à-dire avec douceur et affection, dans ma détresse terrible. Mais, tout de même, je crois que ma
brochure pourrait bien être la « torche > que vous dites
et avoir le succès d'une torche.
Verriez- vous un inconvénient à insérer dans le Mercure de septembre la réclame que voici, en vous (lisant que je n'ai pas d'autres ressources que la pitié de mes très-rares amis.
« Mon cher \ ailette, voule/.-vous informer vos lecteurs que LéQn Bloy, provisoirement domicilié à Kol-
din^', Danemark, cherche quelqu'un d'assez poilu pour éditer une brochure de 150 à -200 pages, intitulée : Je m'accuse... Cette sorte de pamphlet. — si on tient absolument à ce mot — où il est surtout parlé de Zola, traite accessoirement de l'Affaire d'une façon trèsimpartiale, c'est-à-dire de manière à calciner tout ce que les sinistres précédents n'auraient pas réduit en cendres. »
On vient nous réclamer 21 couronnes pour les contributions. Salauds!
14. — Impression de Chemin de croix. A la huitième station, quand Jésus parle aux Filles de Jérusalem, j'aperçois un homme horriblement peint qui frappe Jésus d'un coup de bâton sur la tète au moment où il parle à ces créatures en pleurs et, alors, je me vois moi-même en cet homme. Remarqué aussi, à la sixième station, celle de Véronique, le mot extraordinaire tiré du Missel romain : Deus, qui nos ad imaginera titam sanguine pretioso
kenoyas. J'ai pensé quelquefois à écrire un Chemin de Croix.
15. — Cette journée si grande autrefois, si glorieuse encore dans le monde catholique, où l'Église, à peu près comme au dimanche de Pâques, n pas assez de chants joyeux et de luminaires pouïj honorer l'Assomption de Marie ; cette journée quel je vois, que j'entends encore, dans le lointain de mon enfance ; qui commençait par des salves d'artillerie auxquelles succédait immédiatement le carillon sublime de notre vieille cathédrale; qui me semblait toute remplie de fleurs, de parfums, de cris d'allégresse et qui finissait dans les illuminations et les explosions du feu d'artifice ; qu'estelle ici, cette journée magnifique de ma pauvre enfance? Absolument rien. Celebratio translata, dit tranquillement VOrdo. Douloureuse impression d'exil.
Vers le soir, tout devient sombre. Explosion d'une jeune drôlesseà notre service. J'avais exigé que ses parents — brebis, comme elle, du troupeau catholique de Kolding et superfmes crapules — s'abstinssent de venir chez nous. Offense qui ne sera jamais pardonnée. La vierge sale issue de leurs émonctoires nous gratifie d'une scène atroce.
Véronique, restée seuleavec moi, se jette à mon
MON JOUR?) VF.
cou »'t me «lit eo pleurant : — Papa, je voudrais
mourir!
17. — Tout chrétien qui ne regarde pas chaque pauvre comme pouvant être Jésus-Christ doit être tenu pour un protestant.
L8. — J'apprends que Deman, L'éditeur du M endiant ingrat à qui j'avais proposé Je m'accuse...
aussitôt après le refus de Vallette, vient de partir pour l'éternelle villégiature des démons qui sert, chaque année, trois ou quatre mois, dans tous les pays du monde, à désespérer les pauvres.
10. — H y a des chrétiens qui manqueraient la messe dominicale avec une extrême facilité, maiqui se feraient scrupule de secourir efficacement un pauvre, — au point de se donner beaucoup de mal et de vaincre des difficultés presque insurmontables pour en rater l'occasion. J'ai des bienfaiteurs belges qui sont comme ça.
20. — Pour les âmes fortes, il y a très-peu de choses impossibles. Pour les modernes, pour les riches modernes surtout, l'impossible c'est de faire une chose qui gênerait.