‹ Mon journalChapitre 60 sur 80 · A un mort , sur V Oubli des morti · texte numérisé non relu

A un mort , sur V Oubli des morti

Vous me demandez ce que je pense de <• L'oubli uYs morts » parmi les chrétiens. Les protestants qui ne savent rien et uni ne comprennent rien ont un . I mi «jni leur fait sentir que cet oubli est un moyen sûr de tuer. Je le répète, ils ne savent pourquoi, et toute explication serait inutile. Le dogme de la Communion des Saints ii<- peut entrer, non plus qu'aucun autre, dans ces intelligences murées par Luther. N'importe, ils sont avertis qu'il y a là quelque chose à détruire, exactement comme lorsqu'ils entendent parler de la Sainte Vierge ou des Martyrs.

Le malheur de ma vie m'a forcé de vivre dans le voisinage de ces tristes animaux, et j'ai pu admirer leur flair. Ils ne voient pas où est le Corps, n'étant pas des aigles, mais ils le subodorent infailliblement comme des chiens. Voulez-vous savoir ce qu'il y a de vital, de tout à fait essentiel dans l'Eglise de Jésus-Christ ? Regardez ce que les protestants exècrent. Oh ! à leur insu, car ia Raison chez eux est si morte qu'ils ne peuvent môme plus discerner ce qu'ils aiment de ce qu'ils abhorrent. Ils assassinent l'Eglise avec une sûreté de main irréprochable et une inconscience prodigieuse, comme des instruments poussés à leur perfection.

Pour ce qui est des catholiques, ils savent ce quils font. Les bourreaux de Jésus ne le savaient pas, c'est le témoignage de la Victime elle-même. Les catholiques le savent. Les moins instruits ne peuvent ignorer que la prière pour les morts est, en même temps, d'un profit

incalculable pour les vivants et l'occasion d'une gloire accidentelle pour les élus. Mais que dis-je? et qu'est-ce que cela si l'on vient à considérer que Dieu lui-même a besoin de cette prière? La Toute-Puissance divine, en effet, ne peut rien pour les morts, immédiatement. Il n'y a que les mortels qui aient le pouvoir de secourir les morts. C'est une délégation de la Justice immuable à la Charité militante.

On parle de l'Eglise souffrante sans savoir ce que signifient ces mots étranges. L'Eglise qui souffre, c'est la Troisième Personne delà Trinité ineffable, l'Esprit- Saint lui-même... la Vierge Marie!... en une manière infiniment mystérieuse et qu'il faudrait être plus qu'un Ange pour expliquer.

L'Esprit-Saint est le Gémissant adorable, Celui qui « attend en attendant », le Consolateur qui repose au milieu des morts, sur les ossements des Saints. C'est à lui que vont les prières pour les défunts et son Règne en est avancé d'autant. Quand on ne prie pas pour les défunts, on se rend coupable du crime d'omission le plus énorme. Il arrive alors ceci qui est tout à fait sans nom.

La Mère du Rédempteur a été couronnée en vain et toute la série des fêtes ecclésiastiques est en vain. La Nativité du Sauveur ne regarde pas les morts. La Circoncision et l'Epiphanie ne regardent pas les morts. La Purification, l'Annonciation, la Passion et la Compassion ne regardent pas les morts. Le Vendredi Saint et le Dimanche de Pâques ne regardent pas les morts .

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L'Ascension et la Pentecôte même, ô prodige! d<

gardent pas 1rs morts. La Sainte Trinité et le Saint Sacrement, et la Visitation el l'Assomption, etla Nativité de Marie et l Exaltation de la Croix, et les Vingt- (juatie Dimanches ne regardent pas les morts. L'impaculée Conception non plus ne regarde pas les morts. Enfin le Jour «les Morts ne regarde pas les morts !...

La misère des morts, en un siècle privé de foi, est un arcane de douleur dont la raison est accablée.

Il m'est arrivé, pourquoi ne le dirais-je pas ? d'être réveillé par les morts, tiré de mon lit par les morts — par des morts que je connaissais et par d'autres que je ne connaissais pas. Une pitié terrible me précipitait, me maintenait à genoux, les bras en croix, dans les ténèbres, et, le cœur battant comme une cloche sourde, je criais vers Dieu pour ces âmes...

— Où est, me disaient-elles, saint Pierre qui n'avait ni or ni argent, mais qui donna ce qu'il avait à l'heureux infirme de la Porte splendide? Où sont les Onze autres qui doivent avec lui juger la terre, assis tous ensemble sur douze sièges très-beaux? Où sont les Martyrs et leurs si rapides souffrances qui préfigurèrent nos tourments, comme la joie de l'Eden préfigura — rigoureusement — la Tribulation inconcevable de Jésus- Christ ? Où sont les Confesseurs et les Vierges, où sont les Prêtres et ce flot montant du Sacriùee qui devrait éteindre nos épouvantables feux? Si nous ne sommes pas secourus, où donc est la Joie du Père éternel?

Il me semblait que j'avais beaucoup d'autres choses

à vous dire, mais le sujet est à crever n'importe quel cœur et voici, devant moi, sur la table où je vous écris, l'image de Notre-Dame des Sept Glaives, telle qu'on la voit à La Salette, non plus debout comme au XXXIXe psaume, mais assise sur la pierre et sanglotant.

4. — Je fais des livres qui vivront et qui ne me font pas vivre.

Je viens de passer deux ou trois heures sur un brouillon de carte postale. Affaiblissement incroyable, très-effrayant.

6. — Au moment de partir pour l'église, je suis frappé de paralysie. Le coup est faible et je peux me traîner encore, en m'appuyant sur ma femme, mais sans beaucoup d'équilibre et aussi incapable de former des pensées que de les exprimer.

Maintenant que je suis complètement guéri, je veux dire l'admirable confiance de Jeanne. Elle voyait mon mal, plus grand même qu'il n'était. Elle pouvait penser que le voyage à l'église était dangereux. Il n'a été que difficile, par la grâce de Dieu, mais la courageuse a tout accepté, tout bravé, pour que je ne fusse pas privé de la communion, sachant que c'était le remède unique. 20 décembre suivant.]

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