Invention de la Croix et lancement d'or
mon JOURNAL .'Ml
dures sur nos tôt es. Nouvelle idée de la petite salope qui a fait ce joli complot avec L'ivrogne sympathique de La mansarde. Persécution intolérable et folie d'espérer une protection quelconque de la police quand on n'est pas propriétaire, et surtout quand on est Français.
5. — Fête foraine. Baraques et saltimbanques. C'est exactement la même crapule que partout. Je fais le tour de cette foire et je peux me croire dans une banlieue de Paris, Montrouge ou Saint- Denis, avec cette différence que le goujatisme est encore plus horrible, me semble-t-il, en langue danoise. Peut-être aussi le putanat banlieusard est-il surpassé. Les femmes sont épouvantables et le nombre en est infini.
6. — Joergensen, revenu enfin d'Italie, m'apprend qu'on a parlé de moi, à Copenhague, dans une réunion d'étudiants catholiques, l'autre semaine, et que j'ai un ennemi acharné dans un jeune calotin auparavant vicaire à Frédéricia et maintenant secrétaire du Vicaire apostolique. Ce mauvais prêtre, un nommé Gamel, a dit de moi tout le mal possible, mais j'ai été défendu trèsvigoureusement par M. Mogens Ballin, Juif converti qui m'admire et me propage — bien que
protestant, lui aussi, de sa haine, une page d'un de mes livres l'ayant personnellement offensé, parait-il. Situation bizarre. Me voici entre deux ennemis dont l'un m'attaque et l'autre me défend. J'ai vu le premier, deux fois, à Kolding, chez le curé Storp. Il me fut peu sympathique, ce que je me gardai bien de laisser voir. Mais comme il parlait le français très-purement, — j'avais du moins cette illusion en l'entendant à côté de son confrère, — je fis la gaffe de lui demander s'il n'était pas Français d'origine. Ainsi s'expliquerait l'aversion de ce soutanier... Joergensen me conseille de me tenir sur mes gardes. Il est douteux que le chameau soit en état de me nuire. Mais ma détresse d'àme est affreuse. Je sens que le Danemark nous devient décidément très-mauvais et que le comble de la niaiserie serait d'espérer quelque chose des gens de ce pays.