‹ Mon Oncle AlcideChapitre 10 sur 29 · I : 0 N T RE - M IN E · texte numérisé non relu

I : 0 N T RE - M IN E

« membre du Jockey », selon son expression, étail une conquête qu'une femme n'a pas le droit de refuser. Enfin, s'il faut tout dire, l'infortuné Bachy, élu député six semaines plus tôt, mais invalidé, avait dû retourner dans son département de Sambre-et-Meuse pour le second tour.

Santenay, qui connaissait son affaire, accueillit avec onction l'aveu mystique de l'étoile de ses rêves. Deux jours après, il l'invitait à dîner avec lui riiez Foyot, en lôte à tête, mais « en bons camarades ». Vous voyez ça d'ici. Louise accepta, cela va sans dire. Que peut-on craindre d'un monsieur qui n'a qu'une âme cl rien avec? Mais le malin du jour on le dîner devait avoir lieu, Santenay reçut une lettre anonyme qui assombrit beaucoup sa physionomie déjà un peu froide naturellement.

Tout d'abord le lecteur a besoin de savoir f|ue le comte de Santenay est marié, que sa femme, la superbe Germaine, n'est point une sotte, et qu'un certain baron de Paimpol est admis depuis deux ans dans la maison, avec une intimité dont le reste de l'histoire pourra servir à préciser la naturel

La lettre anonyme était conçue clans les termes suivants :

« Si vous craignez l'esclandre, n'allez pas dîner ce soir chez Foyot comme vous comptiez le faire. Vous êtes file. A bon entendeur, saint. »

— Filé par qui? se demanda Santenay, fort ennuyé de voir surgir un contre-temps dans une affaire qui avait, jusque-là, marché toute seule. Par Bachy ou par Germaine? Bachy a bien d'autres chiens à fouetter en ce moment. Quant à Germaine, voilà deux ans qu'elle ne s'inquiète plus de savoir à quelle heure je rentre, ni même si je rentre. File a tourné à la femme sérieuse. Tout son temps est pris par des visites de charité ou des cours à la Sorbonne. Je ne puis rentrer chez moi sans marcher sur un académicien ou sur Paimpol, qui vit dans la lune. Et cependant les trois lignes de cette lettre ne se sont pas écrites toutes seules. Que le diable emporte les gêneurs! Je crois parbleu bien que je crains L'esclandre! Suffit ; on avisera.

A la suite de ce monologue, Santenay fil sa toilette et se trouva prêt pour déjeuner avec sa femme, qui lui parla tout le temps du dernier voyage du prince d'Orléans.

— Si vous vouliez, ajouta-t-elle, nous dînerions à six heures et demie ce soir. Le prince donne une conférence à la Société de Géographie et votre ami Paimpol offre de m'y conduire

— Faisons mieux, dit le rusé Philippe. Arrangez votre soirée avec ce brave Paimpol. Moi je dînerai au cercle, car j'iii horreur de manger si lot.

Les époux prirent congé l'un de l'autre ; ils semblaient tous deux de fort bonne humeur, et chacun s'en fut à ses petites affaires, enchanté de voir qu'elles se conciliaient si facilement.

Santenay sortit à pied et passa tout d'abord au télégraphe, pour tuber à madame Bachy mu' carte fermée ainsi conçue:

« Le dîner de ce soir est impossible. Nous sommes surveillés, je ne puis deviner par qui. Mais rira bien qui rira le dernier; j'ai mon

plan. Seulement, pour qu'il réussies . il ne fini pas que je m'aventure dans vos parages, aujourd'hui. A demain donc, à l'heure où vous ouvrez ordinairement votre porte à

» Celui qui vous aime et baise, à genoux, vos belles mains,

Pauvre Santenay! en se réveillant il avait bien cru que la période des « amours de l'âme » et des 8 mains baisées à genoux » allait unir ce soir-là. Ce mécompte l'assombrissait. A quarante ans sonnés, les hommes à bonnes fortunes n'aiment pas ce qui leur paraît présager que la veine tourne.

Quoi qu'il en soit, il s'agissait pour le comte de se défendre et aussi de connaître son ennemi. Une idée lui était venue. Sans perdre un instant, il courut chez madame de Contremont, douairière, célèbre à la fin du règne de Louis-Philippe par son esprit, une certaine beauté et quelques aventures un peu fortes. Maintenant ce n'était plus qu'une vieille femme, ridée comme une pomme, maligne comme un singe, toujours folle de toilette, et joignant à

ces qualités L'avantage d'être la tante de Santenay, qu'elle appelait « son neveu à succession », voulant dire par là que si l'un des deux: avait un héritage à espérer de l'autre, ce n'était pas le neveu. La bonne femme était ruinée.

— Chère tante, déclara Philippe en s'asseyant, je vous emmène dîner ce soir.

— J'accepte, mon ami. J'accepte toujours les dîners qu'on m'offre. Mais qu'est-ce qui prend à votre femme (Frire si polie pour moi?

— Il s'agit bien de ma femme! C'est au cabaret que nous dînons, vous et moi; en partie fine, cabinet particulier.

La douairière tressaillit comme un vieux cheval d'armes qui entend la trompette, se dressa dans son fauteuil, donna une lape à son bonnet qui se mit de travers.

— Bon! fit-elle, c'est un pari? Encore seraitil intéressanl de savoir jusqu'où va la gageure.

— Vous seriez effrayée?

— Hélas! non, mon beau monsieur. Abus vous?... Voyons, sérieusement, qu'est-ce que cette plaisanterie?

-* Vene? seulement, Je vous promets un

dîner et une aventure. Le dîner sera bon; quant à l'aventure, j'imagine qu'elle sera drôle et que nous en rirons longtemps.

A sept heures et demie du soir, Santenay montait les marches de l'entresol de Foyol, donnant le bras à un paquet soyeux d'où sortait seulement un pied que Musset baisa un jour, s'il faut en croire la légende. On entra dans le cabinet où flambait un joli feu de bois, la dame défit ses voiles et tira la langue au miroir qui réfléchissait sa pauvre vieille figure, en disant:

— Tout dégénère. Jusqu'aux glaces des cabinets particuliers qui ne sont plus ce qu'elles étaient en 1848. Enfin, Dieu ne m'a pas tout pris. Il me reste un bon estomac. Ça, mon ami, — s'adressant au garçon — quand vous m'aurez assez regardée, vous nous donnerez à manger quelque chose.

Les deux convives ne s'ennuyèrent pas. Dire que Santenay ne regrettait pas la petite madame Bachy, ce serait peut-être aller un peu loin. Mais la douairière avait tant d'esprit! Quand elle eut bien mangé, bien bu, et causé comme la femme de l'invalidé n'aurail pu le

faire assurément, elle jeta sa serviette sur la table, lit faire un quart de conversion à son fauteuil, approcha ses pieds de la cheminée et, s'installant commodément dans une posture où l'on devinait encore la grâce passée, elle dit :

— J'ai fort bien dîné, monsieur; maintenant j'attends l'aventure et je ne Vous en tiens pas quitte.

— En l'attendant, répondit Santenay, écoulez ce qui s'est passé.

Il raconta l'histoire de la lettre anonyme et voulut garder ie silence sur le nom de celle qui devait manger le dîner. Mais sa tante l'interrompit :

— Vous êtes tous les mêmes ! Vous croyez qu'on peut dérober quelque chose aux oreilles et aux yeux de Paris? Mon cher, tout le monde sait que vous faites la cour à cette petite Bachy, et tout le inonde sait bien d'autres choses. D'abord, où est votre femme, ce soir?

— A la Société de géographie, avec Paimpol, soi-disant.

La baronne leva ses épaules, si haut que ses anglaises blanches en furent compromises.

— Toujours Paimpol? Mazettel vous n'êtes pas de la famille d'Othello, vous!

Comme pour éviter à ce pauvre Santenav la peine de répondre une bêtise, un doigt qui semblait solide frappa à ia porte.

— Entrez! cria la baronne.

Aussitôt Ton vit paraître un commissaire de police ceint de son écharpe, qui demanda le chapeau à la main :

— Monsieur le comte de Santenay?

— Le voilà, fit la douairière. Est-ce q on va m'arrêter aussi? De mon temps ça ne se faisait pas.

Elle eut, en voyant la ligure ineffal le de l'homme à l'écharpe, un accès de rire qui dura quelque temps. Quand elle put parler elle dit au magistral :

— .Monsieur, c'est bien de l'honneur que vous me faites, mais vous êtes en retard d'une quarantaine d'années. À ce compte-là, je ne m'étonne plus que les assassins courent les rues. Mais, s'il vous plaisait de fermer la porte? A mon âge les courants d'air sont mortels.

Au lieu de fermer la porte, le commissaire

de police se pencha dehors et dit à un personnage resté invisible :

— Pardon ! madame, il faut que vous m'assistiez, et, s'il y a erreur, comme je le crois... Allons! bon! elle est partie!

Que pouvait faire l'infortuné magistrat, sinon d'offrir ses excuses, de saluer et de filer luimême au plus vite.

— C'est ma femme ! c'est ma femme ! répétait Philippe abasourdi. Mais pourquoi ce guet-apens d'un côté et cet avertissement salutaire de l'autre?

La baronne ne disait rien, mais elle réfléchissait en fixant sur son compagnon désorienta ses petits yeux gris d'acier, d'une pénétration prodigieuse. Tout à coup une lumineuse idée lui vint. Elle prit sa pelisse et sa mantille et, secouant Santenay :

— M. de Paimpol est-il du Club?

— Oui, ma tante.

— Pensez-vous qu'il y est maintenant?

— Probablement, ma tante, car je ne pense pas que Germaine l'ait amené ici.

— Alors, conduisez-moi tout de suite rue Scribe, puis rentrez chez vous et m'y attendez.

Joui* de Dieu! mou ami, j'ai idée que l'aventure est encore plus drôle qu'elle ne vous semble.

Madame de Gontremont, leste comme à quinze ans, tant elle s'amusait, sauta dans un fiacre. Un quart d'heure après, Paimpol mandé par elle, se présentait à la portière du véhicule, sur le trottoir de la rue Scribe.

— Tiens ! fit la douairière ; vous n'êtes donc pas à la Société de géographie 1 Allons! montez. Je vous emmène chez moi. Il se passe de jolies choses, monsieur !

Paimpol, très inquiet, obéit sans même demander de quoi il s'agissait. Quand la baronne le tint tout seul, dans son salon, les portes fermées :

— Savcz-vous ce qui arrive? demanda-t-elle.

— Non, fit-il. Vous semblez toute suffoquée!

— Il y a de quoi! Ah! Seigneur! quel scandale! Qui aurait cru cette petite de Santenay capable d'un coup de tête pareil? Si c'est vous qui le lui avez conseillé, comme je le suppose, c'est une belle idée que vous avez eue !

— Mais je n'ai rien conseillé du tout, prt>

testa Paiinpol avec une énergie suspecte. Four l'amour de Dieu, qu'est-ce qu'il y a?

— Ce n'est pas vous qui avez conseille à votre Dulcinée de divorcer... en votre faveur?

— Madame... j'ai pour la personne dont vous parlez une... affection respectueuse, mais rien de plus.

— Du mystère? avec moi? 'Alors, mon cher, je m'en vais; bonsoir! Débrouillez-vous tous. Ali ! c'est comme ça ! Je viens vous tendre la perche et vous me contez des histoires d'affection respectueuse! Me prenez-vous pour une sotte? Votre servante, que le commissaire de police achève son procès- verbal. D'ailleurs, il est payé pour ça, cet homme !

— Le commissaire ! Un procès-verbal! gémit Paimpol. Santenay s'est fait prendre? L'imbécile! l'idiot ! Voilà une belle histoire!

— Faites donc l'étonné ! Les policiers disent: « Pour trouver qui a fait le coup, cherchez qui en profite. » Eh bien, mon cher, je vous demande qui était intéressé à faire prendre en flagrant délit l'infidèle époux de votre... affection respectueuse. C'est vous. Ne niez pas. Vous vous êtes trahi en parlant trop vite. Mes com-

-!:>l> CONTRE -MINE

pliments! Le divorce n'est pas douteux et, dans dix mois, vous serez unis pour la vie. Tout de même, ce n'est pas d'une correction parfaite ce que vous avez fait. Mais, dame, en amour comme à la guerre, la fin justifie les moyens. Paimpol, absolument exaspéré, courut à la porte, s'assura qu'elle était bien fermée et, revenant à la douairière:

— Madame, dit-il, je sais à qui j'ai affaire. Si votre langue s'en môle, dans deux jours tout Paris croira que j'ai collaboré à une action malpropre. Je vous jure que c'est tout le contraire et j'en donne la preuve. Faites venir Santenav ; demandez-lui s'il n'a pas reçu ce matin une lettre lui disant de se délier. La lettre était de moi. Vous voyez que je suis blanc comme neige.

— Alors madame de Santenay serait seule à vouloir le divorce? Et pourquoi?

Paimpol baissa la tête avec un gros soupir. La douairière, qui n'aurait pas donné sa soirée pour cent francs, continua sans miséricorde:

— C'est comme cela que vous ave/ confiance en moi? A votre volonté! J'ai dans la main de quoi vous mettre à l'aise, mais, puisque vous

ne voulez rien dire, discrétion pour discrétion. Que la justice des hommes suive son cours! La terrible vieille étail déjà deboul ; Paimpol la lil rasseoir presque de force.

— De grâce, écoutez-moi ! Un galant homme doit mourir plutôt que d'avouer certaines choses...

— N'avouez rien, mon brave, si c'est là ce qui vous fait peur. Je connais votre histoire sur le bout du doigt. Depuis deux ans, vous avez pour madame de Santenay une... affection respectueuse. (-'est convenu. Apre- Y

— Vous savez qu'on trouve dans certaines femmes — assez rarement, il est vrai — ce que j'appellerai l'obstination du senliut.

— Don Dieu ! que de paroles pour dire que Germaine est un crampon! Ensuite?

— Ensuite... la personne dont vous parlez m'accorde l'honneur immérité de croire que mes faibles avantages pouvaient assurer son bonheur... mieux que n'ont fait les qualités de son mari ?

— Est-il insupportable avec ses phrases!

Tenez, c'est moi qui vais parler ; vous m'arrêterez si je me trompe. Il y a deux ans que vous êtes du dernier bien avec madame de Santenay, sous prétexte d'arts, de sciences, de littérature, et cœtera. Un beau jour, Germaine, qui est une toquée, vous fait la politesse de vouloir vous épouser. Quant au moyen, c'est bien simple. Elle sait que son mari tourne en ce moment autour de la petite Bachy. Elle ne fait semblant de rien, mais elle file les deux tourtereaux. Très forte, cette Germaine ! L'occasion se présente d'un flagrant délit superbe; c'est le divorce sur table. Voire amie — en cela elle est peu perspicace — vous fait ses confidences. « Enfin nous allons être heureux ! » J'y suis, n'est-ce pas?

— A peu près.

— Mais le beau Paimpol ne se laisse pas épouser si facilement, surtout après deux ans. .. d'affection respectueuse. C'est le cas d'organiser une contre-mine, autrement dit de faire travailler la petite poste. J'y suis toujours?

— De plus en pins, dit Paimpol avec un rire un peu forcé.

— Vous êtes délicieux. Eh bien, cher mon-

i mntu i - m i \ r 223

sieur, ce bon Santenay a reçu la lettre anonyme.

— Morbleu ! on ne s'en douterait pas. Quel besoin avait-il de donner partie gagnée à sa femme? Ainsi donc, il est allé, malgré tout, à ce dîner?

— Oui, chez Foyot, cabinel numéro 7. A neuf heu ics, un alguazil sans pitié forçait les portes «lu sanctuaire. lia reculé, mon cher monsieur, tant ce qu'il a vu était...

— Ah! mon Dieu! tout est perdu! Duel, procès, divorce !

— Divorce, je n'en sais rien, mais j'en doute Quant au duel, bannissez toute crainte. Mon pauvre mari est mort en 45. Les jours de votre ami ne sont pas menacés.

— Votre mari... balbutia Paimpol.

— Eh ! oui. La complice de Santenay, c'était moi. Vous voyez cpi'on avait lu votre lettre.

— Ouf! s'écria l'ami respectueux de la belle Germaine en tombant dans un fauteuil. Quelle peur vous m'avez faite !

— Pauvre madame de Santenay! fit la douairière. Allons, les hommes n'ont pas changé depuis... mon beau temps. Ils veulent bien

•ri i CON T RE - M I N E

qu'on les adore, niais non qu'on les enchaîne.

Ainsi finit l'histoire, dont le dénouement eut le rare mérite de satisfaire tout le monde, sauf Germaine, réduite à chercher un autre cas de divorce, qu'elle aura peine à trouver, car Paimpol veille plus que jamais.

Bachy est réélu ; celte chance lui était bien due, s'il faut en croire les airs de sultan blasé que Santenav prend aujourd'hui, quand il parle à Louise.

D'ailleurs, sa tante la douairière a trouvé une explication magnifique de l'incident Foyot.

— Voyez ce que c'est que la politique! lui a-t-elle dit. Le comité républicain de Sambreet-Meuse, pour faire pièce à son adversaire, avait essayé de mêler votre nom à une esclandre tapageuse. C'est lui qui avait informé Germaine. Voilà où passent les fonds secrets!

— Mais la lettre anonyme ?

— Elle venait du Comité conservateur, qui veillait sur son candidat.

Santenay a ri comme un bossu à l'explication de la douairière et n'a pas gardé rancune à Germaine. Quand il rencontre Bachy

grave, important, affairé, un gros portefeuille sous le bras, il pousse le coude de Paimpol devenu son confident, et lui dit tout bas:

— Les maris nie font toujours rire!

— Et les femmes, donc ! répond le traître.

Vv1

Il y a trois ou quatre ans, peut-être bien cinq, un jeune Breton de bonne mine vint à Paris pour faire connaissance avec la capitale qu'il n'avait jamais vue, et avec le grand monde où il comptait quelques cousins éloignes, qu'il ne connaissait pas. Il achevait de porter le deuil de son père et de sa mère, morts à peu de distance l'un de l'autre; mais son chagrin durait plus que son deuil et il sentait le besoin de se distraire. Vous devinez déjà que ce jeune homme avait bon cœur, une pointe de curiosité, et fort peu d'expérience. D'ailleurs, il ne manquait point d'esprit. Quant à la

« jolie fortune » qui lui valait de grands saluls de son notaire de Vannes, elle eût, à Paris, fait sourire de pitié un concierge.

Le nouveau débarqué commanda des cartes de visite pour la première fois de sa vie, bien qu'il courût sur ses trente ans. Jusque-là, ces petits morceaux de vélin ne lui avaient été nécessaires ni pour chasser le loup, en décembre, dans la forêt de Loudéac, ni pour pécher le saumon dans le Scorff, ni pour courir à Corlay sur sa jument Gâvr1 Innis, ni enfin pour rendre ses devoirs, une fois l'an, à de vieilles tantes qu'il était aussi sûr de trouver chez elles, qu'on est sûr de trouver une carmélite dans son couvent ou un ambassadeur hors de son poste.

Quand il eut ses cartes, sur lesquelles on lisait simplement, sans adjonction titulaire quelconque :

F.IDON DE KERCADO

il en déposa une demi-douzaine chez des personnes dont il avait pris les noms, d'après la liste des alliances de sa famille. Celle-ci date

M(iN SI I rit LE DUC 229

modesltM nent de Louis XIII, niais elle y remonte sans éclipse partielle ni lolale de la généalogie. Dans ces trois siècles, on n'a pas ouï dire qu'aucun de ses membres ait passé quinze jours consécutifs à Paris.

Aussi, ce nom de Kercado, je dois l'avouer, ne disait pas grand'chose à personne, si ce n'est à quelques vieux patriarches du Faubourg, possédant sur le bout du doigt la science héraldique, délaissée aujourd'hui comme improductive, quand elle n'est pas gênante. Le grand monde ne ferma pas ses portes au jeune Breton, mais ce fut tout. Dans plusieurs salons il passa complètement inaperçu. Ailleurs, il fut traité par les douairières d'un air de protection qui n'était pas trop de son goût. Les hommes de sa génération le laissaient de côté, disant qu'on ne pouvait parler de rien avec ce sauvage. Quant aux jeunes femmes, les unes lui firent peur avec leurs allures par trop modernes. Il effraya les autres par sa haute mine froide, non puritaine, mais un peu triste, et par ses grands saluts qui sentaient encore l'escalier du Parlement de Rennes.

Enfin les jeunes filles qu'il eut l'honneur de

faire danser se moquèrent de sa politesse trop grande, de son français dépourvu d'argot, des gants qu'il s'obstinait à porter en toute rencontre et de sa façon arriérée de remorquer ses valseuses à longueur de bras. Aujourd'hui, chacun le sait, la remorque est remplacée par le grappin d'abordage.

Eudon ne mit pas longtemps à se rendre compte de son insuccès. Dans cette occasion il fit voir qu'il avait du sang de Breton dans les veines.

— C'est ainsi que m'accueille la bonne société, se dit-il un soir en rentrant chez lui. Fort bien! j'irai dans l'autre.

Cet émigré d'un nouveau genre lint parole. Un mois après, on l'annonçait dans des salons hérissés de noms si bizarres, que celui de Kercado y semblait harmonieux ou même décoloré. Il était devenu joueur, poseur, et embouché comme une romance de l'Horloge. Il tutoyait des amis auxquels, jadis, il n'eût pas confié, pour la mettre à destination, une enveloppe contenant un louis pour une quête. Enfin, s'il avait eu seulement cent mille livres de rente, il aurait été l'un des quatre ou cinq jeunes favoris du sort dont on parle à Paris.

Mais il s'en fallait des quatre cinquièmes

•2'i'l UONSIEI R LE DUC

environ qu'il fût aussi riche, et du train qu'il y allait, on pouvait prédire qu'il s'en faudrait bientôt du tout au tout. Il connut les ennuis d'argent, d'autant plus terribles pour ce faux mauvais sujet qu'il respectait encore sa parole à l'égal d'un sacrement, et craignait encore les huissiers à l'égal du diable.

Un jour il dut s'avouer qu'il n'avait plus le choix qu'entre le suicide et le mariage. Ses principes religieux ne lui permettaient pas d'hésiter. Il choisit le mariage, mais comme il ne brillait point par l'intrigue, il prit, pour rabattre le gibier, son amé et féal baron Anatole Percepied de la Gauche, un ci-devant jeune homme, riche en expérience, pauvre en illusions, connaissant une moitié de Paris, non la meilleure, et toujours prêt à faire comme s'il connaissait l'autre; en somme, auxiliaire de valeur, qu'il était plus facile de prendre sans un louis dans sa poche que sans une idée dans sa tète.

Aussitôt commença la revue d'appel des héritières. La semaine ne s'était pas passée que l'infortuné Breton avait subi trois entrevues... et autant d'échecs. Il ne put se tenir d'en

exprimer au baron sa surprise indignée.

— Le mal, répondit ce dernier, ne vient pas de la personne qui est, au contraire, pour faire prime sur le marché, mais de ton nom. Il est aussi dur à prononcer que peu décoratif. Les épiciers des deux rives de l'Océan avec qui nous avons affaire ne sont pas séduits par la perspective de voir leur fille s'appeler: Madame Eudon de Kercado. On ne s'appelle pas Eudon, que diable!

— Je voudrais m'appeler Anatole, comme toi ; mais il n'est plus temps.

— Et puis pas de titre!...

— Baron, mon ami, tout le monde n'a pas eu, comme toi, la chance de devoir le jour à l'apothicaire de Louis- Philippe.

— Tu peux te moquer; mais, je te le répète : point de titre, point d'héritière.

— Alors, pourquoi n'as-tu pas l'héritière, toi qui as le lilre?

— Parce que je ne suis que baron. Ah! si le roi nous avait fait seulement marquis!

— Ton père n'aura pas visé assez haut.

— Kercado! ces plaisanteries... Mais patience! La soif et la faim me vengeront de toi.

-2:Vj monsieur le dic

— Hélas! je ne demande qu'à manger el qu'à boire.

— Alors, un titre.

— Je n'en ai point.

— Prends-en un.

— Jeté connais! Tu m'écraserais de ton mépris, et, franchement, ce serait dur.

— En ce cas, achète.

Four être juste, Kercado ne se laissa point persuader du premier coup. Certes j'aurais préféré pour sa gloire qu'il retournât stoïquement habiter ses terres; mais un émule de Succi n'aurait pu vivre là, grâce aux hypothèques et aux ventes, qu'avec des prodiges d'économie. Un jour, lassé, affamé, entortillé loul à la fois, Eudon céda et consentit à être duc. Le baron, lui, voulait qu'on allai jusqu'à la couronne fermée, mais il ne put triompher de son ami, qui, au fond, était modeste.

— Duc, c'est déjà beaucoup, disait-il. Si marquis pouvait suffire !

— Autant rester Kercado. Une femme, aujourd'hui, considère comme une chose très ordinaire d'être duchesse. Toutes les héroïnes des

MONSIEUH LE Dl I 235

romans qu'on lui fait lire le sont. Machin ne veut plus de marquises; tout au plus s'il en emploie pour ses petits adultères de deuxième classe, voire même pour ses rôles sacrifiés de femmes honnêtes.

— Adonc, ma femme sera duchesse. Toutefois j'aimerais que, sous le rapport de ce que tu viens de dire, elle ne fût pas même marquise. Mais, mon ami, que d'argent cela va me coûter!

— Sois tranquille. Tu rentreras dans tes avances.

Je ne m'attarderai point à décrire les moyens à prendre pour devenir duc, de nos jours, aussi bien que marquis ou comte. On trouve à chaque pas des gens qui ont passé par là ou qui sont actuellement en instance. Kercado, qui n'avait pas l'échiné souple et qui était encore imbu de certains préjugés, trouva particulièrement pénibles et répugnante- les démarches dont l'intervention active de son ami ne put entièrement l'affranchir. Enfin, un beau jour, il se réveilla duc, duc de quelque chose d'exotique dont j'ai oublié le nom; mais il était urgent que la future duchesse ne perdîl

point de temps, si elle voulait s'épargner l'obligation douloureuse d'aller chercher son noble époux à l'Hospitalité de nuit, faute de nnilleure résidence.

Toutefois, dans les vingt-quatre heures qui suivirent son élévation, Kercado reconnut la sagesse des conseils pleins d'expérience de son ami. D'abord, avec leur intelligence ordinaire, les fournisseurs parisiens qui n'auraient pas fait crédit d'une paire de gants au gentilhomme français, porteur d'un nom honoré dan- sa province, devinrent confiants, obséquieux, empressés pour cette façon de grand seigneur étranger, sorti, nul n'aurait pu dire d'où. Le nouveau duc, s'il enavaiteu la moindre envie, aurail pu passer la Manche avec la moitié des bijoux de la rue de la Paix dans sa valise. Môme son valet de chambre, qu'il eut la philosophie de garder, redevint respectueux et ne souilla plus mot des arriérés de ses gages.

Au bout d'un mois, Eudon ne pouvait plus suffire aux invitations. Toutes les maîtresses de maison bistrées, jaunes et même noires du nord-ouest de Taris se l'arrachaient pour ellesmêmes, ou lui jetaient intrépidement leurs

BONS] El R LE DUC -■'>'

filles à la tête. Il se laissait faire avec un sourire affable de grand seigneur; mais, averti par des exemples fameux, il partageait avec Anatole le travail difficile des renseignements à prendre.

— Gharge-toi de vérifier les dois, disait-il à son ami. Je garde pour moi l'examen des casiers judiciaires.

— Si tu veux tout avoir, nous n'en finirons pas, répondait le baron.

Le fait est que les choses ne marchaient pas vite. Tantôt Anatole ne trouvait pas assez chez le notaire; tantôt Eudon trouvait trop à la préfecture de police. A ce train-là, monsieur le duc risquait fort d'être le premier et le dernier de sa maison.

Sur ces entrefaites, le hasard vint à son aide.

Un reporter mondain fil, à propos de ce duché tout neuf, quelques mauvaises plaisanteries dans son Courrier de Paris. Kercado, mécontent, provoqua le journaliste, fut blessé, tt eu! six semaines de repos obligatoire pour faire, sur la situation, un retour qui n'était pas >ans amertume.

Sou confident dissipa cette mélancolie en

entrant un jour chez lui avec une corbeille pleine de cartes aux noms barbares, laissées par des visiteurs d'autant plus portés à la sympathie envers le blessé que la plupart risquaient d'avoir à se battre, du jour au lendemain, pour une cause analogue.

— Allons! console-toi, fit Anatole en remuant cette salade. La future duchesse est là-dedans: il ne s'agit que de l'en faire sortir. Et maintenant que tu es guéri, au travail !

La première sortie du convalescent fut pour porter l'expression de sa gratitude au médecin qui l'avait guéri. C'était d'ailleurs tout ce qu'il pouvait lui porter pour l'instant, mais le reste viendrait avec l'héritière, Deo juvante.

Dans le salon d'attente, Eudon ne trouva qu'une façon de dame de compagnie escortant une ravissante petite personne blonde qui, s'il fallait en croire les roses de ses jour-, venait là moins pour acheter de la santé que pour en vendre. L'air simple et bon, beaux yeux pétillants de décision et d'intelligence, taille de nymphe, main de princesse, voilà le

240 MONSIEUR LE DliC

signalement de l'inconnue. Inconnue pour vous, lecteur, mais pas pour le Breton qui reconnut aussitôt mademoiselle Henriette Estivalier, fille d'un notaire des plus considérés de Paris, avec laquelle il s'était rencontré quelquefois dans l'ancien monde — pour parler comme lui — au temps qu'il y allait. C'était une des deux ou trois jeunes filles qui ne s'étaient jamais moquées de Kercado, car elle ne se moquait de personne, el, pour la rareté du fait, il s'était toujours souvenu d'elle avec reconnaissance. Ils se retrouvèrent comme deux anciens amis séparés depuis longtemps, et la rencontre les charma l'un et l'autre. La jeune personne avait fort embelli. Quant à Eudon, il était encore un peu pâle et avait conservé son bras en écharpe, par politesse pour le médecin. La pâleur el Pécharpe d'un côté, de l'autre la main, la taille, les yeux et le reste, voilà nos deux personnages fort désireux de renouer tout à lait connaissance.

Pour commencer, mademoiselle Esl i val ier demanda quel accident avait mis son ex-danseur en si fâcheux état. Le Breton répondit qu'il s'était battu et, du coup, la sensible Henriette

MONSIEUR LL DUC 2 il

se trouva toute tremblante. Elle dit gravement, sans trop laisser voir son émotion :

— Le duel est une chose défendue. Mais, à mon avis, c'est une chose ridicule ou sublime, selon son motif.

Avouez que, pour une tille de notaire, la phrase était assez dégourdie

— Vous parlez comme une héroïne d'autrefois, lit Kudon en s'inclinant. Vous m'absoudrez, alors, car je me suis battu pour laver une insulte faite au nom que je porte.

L'héroïne, peu au courant de l'histoire contemporaine, ignorait que Kercado fût monté eu grade nobiliaire et eût changé de nom. Elle déclara fièrement qu'elle l'approuvait, .le crois qu'au fond, sans s'en rendre coniple, elle l'approuvait surtout de ne s'être point battu pour une femme — une autre femme qu'elle, s'entend.

Alors on se mit à causer de sujets moins belliqueux. Mademoiselle Estivalier raconta que son père était mort depuis deux ans, circonstance que le nouveau duc ignorait. Depuis longtemps le malheureux fréquentait moins le monde des notaires que celui des usuriers,

542 MONSIEUR LE Di I

lesquels ne meurent jamais, ainsi qu'on sait.

Eudon apprit également que son interlocutrice vivait assez retirée du inonde, entre sa dame de compagnie, madame Préval ici présente, et son tuteur, un vieil oncle rhumatisant pour lequel sa nièce venait consulter. Cependant, tous les samedis, on recevait quelques personnes.

Vous jugez bien que, le samedi suivant, le nombre de ces personnes privilégiées s'augmenta d'une unité. Henriette présenta le nouveau venu à son oncle sous le nom de M. de Kercado et, par une sorte de pudeur respectueuse pour sa famille, le nouveau venu jugea convenable de ne point réclamer. Il fut et resta Kercado, se montra ce qu'il était au fond, c'est-à-dire le plus simple des hommes, et plut à tout le monde, à commencer par la jeune maîtresse de maison. Entre nous, il avait pris pour cela quelque peine, s'étant assuré par une enquête sommaire que cette intéressante orpheline possédait un peu plus de deux millions de dot.

La suite se devine. Eudon poussa sa pointe, animé par les deux sentiments les plus forts

MONSIEUR LE l'i I 243

qui existent : l'amour et la faim. Car il aimait Henriette, il l'aimait tout de bon et, de son côté, la jeune fille accueillait Kercado — il avait la coquetterie de vouloir être aimé sous ce nom modeste — avec une faveur qu'il était difficile de mettre uniquement sur le compte de la bonne éducation.

Le jour vint où, le terrain semblant préparé, il devenail opportun de faire faire à la question un pas décisif. Le tuteur paraissait conquis; madame Préval, restée romanesque sous ses cheveux gris, était folle du chevaleresque Breton et ne s'en cachait plus. Henriette s'en cachait davantage, mais il était aisé de voir que le petit Dieu malin n'y perdait pas grand'chose.

Dans la prévision des événements futurs, F.udon avait présenté dans la maison le baron de la Canche, son ambassadeur accrédité. En diplomate de valeur, celui-ci avait fait peau neuve et s'était donné des airs de vieux vidame. Il parlait peu et bien, prenait du tabac et s'endormait volontiers dans son fauteuil après le dîner où il n'avait bu que de l'eau « à cause de ses rhumatismes ».

''ii MONSIEUR LE DUC

Le jour où il porta la parole au nom de son client, il fut magnifique et le tuteur a déclaré depuis avoir vu rarement quelqu'un qui sentît d'aussi loin son gentilhomme. Aux premiers mots qu'il prononça, l'oncle d'Henriette l'interrompit par ces mots :

— Monsieur le baron, je suis (rop franc pour ne pas vous dire que je m'attendais à votre démarche. Quant à ma réponse, il n'était sans doute pas dans vos prévisions de l'avoir aujourd'hui. Elle vous sera donnée avant peu et je me garderai bien de vous la faire pressentir. Ma nièce vient d'être majeure et c'est à elle de décider. Toutefois, je suis heureux de convenir avec vous qu'une seule difficulté matérielle peut être soulevée, mais elle est grave. Nous avons cent bonnes mille livres de renie et...

« Vieux Philistin ! c'est là que je t'attendais, » se dit Anatole en souriant dans sa nio us tache.

Il répondit tout haul :

— Dieu me garde, cher monsieur, de discuter les chiffres des deux fortunes. Mais il esl des avantages de nature à décider une

M0N8IBDH LE DUC 245

jeune femme ayant les goûts naturellement nobles qui distinguent mademoiselle Estivalier. Avec sa modestie — trop grande peut-être — mon ami vous a caché un détail dont d'autres se tussent targués dès le premier jour. Ce grand cœur ne voulait être aimé que pour lui-même !

— Diantre ! monsieur le baron, si vous m'apprenez que votre client dissimule sa richesse, je crois, en effet, que nous pouvons commander les violons.

— L'argent n'est pas tout en ce monde. Que diriez-vous si je vous apprenais que vous serez l'oncle d'une duchesse?

A ces mots, l'ambassadeur tira de sa poche un brevet sur parchemin qui avait tout au moins l'avantage de se pouvoir déchiffrer sans qu'on eût passé par l'École des chartes. Aussi le tuteur eut-il bientôt fait d'arriver à la dernière ligne. Le temps de poser quelques questions et il parut complètement éclairé. Il se leva solennellement ; toute sa contenance était changée.

— Veuillez dire à monsieur le duc, prononça-t-il avec emphase, que j'aurai l'honneur

246 M0NS1ED R LE l> VC

de lui faire parvenir avant peu la réj>onse de ma nièce.

La réponse promise arriva dès le lendemain : Anatole était justement près de son ami quand elle fut remise.

— Ces bons bourgeois n'ont pas traîné en longueur, dit-il. Malepeste ! la future ne veut pas perdre vingt-quatre heures du temps qui lui reste à s'appeler madame la duchesse ici-bas. Allons ! lis.

Voici ce qu'écrivait le tuteur:

« Monsieur le duc,

» Ma nièce et pupille eût accepté, j'ai tout lieu de le croire, l'honneur de porter le nom de Kercado, sous lequel nous avons eu le plaisir de vous recevoir souvent.

» Mais, élevée dans des goûts simples et dans le respect de certains souvenirs auxquels, dans notre famille, on attache un prix exagéré peut-être, la tille de mon frère craint de n'être pas faite pour porter un titre qui la mettrait en butte à des commentaires dont vous avez pu apprécier la malignité.

» En vous communiquant la réponse de ma

pupille, j'ai l'honneur de vous assurer, monsieur le duc... etc.. »

« Monsieur le duc » est mort et enterré ; mais un jeune sergent d'infanterie de marine, qui lui tient de près, se porte aussi bien qu'on peut se porter sous le climat peu salubre du Dahomey. En revanche, la jolie Henriette a mauvaise mine et refuse tous les partis.

Tôt ou tard, nous apprendrons le pourquoi de ces dédains, pourvu que Kercado échappe aux Amazones qui soûl, paraît-il, des femmes fort dangereuses.

Page 1