‹ Mon Oncle AlcideChapitre 9 sur 29 · UN REVENANT · texte numérisé non relu

UN REVENANT

face de lui ne le regardait en aucune façon. D'ailleurs il ne comprenait pas le français. Bref, la maison de campagne cessa d'être hantée, si ce n'est par un tout petit fantôme blanc et rose qui s'y lit voir quelques mois après. Mais celui-là ne ressemblait point à Maxime.

Un an plus tard, la baronne douairière de Saint-Anthème mourait. Une phrase aigre-douce de son testament manifestait le désir qu'on l'inhumât dans la chapelle funèbre, « la plaee qu'on y avait réservée pour une autre personne devant, selon toute apparence, rester non moins vide que eelle que son propre lils avait occupée • la us le eœur d'une ingrate ».

Informé de ce vœu suprême, Florimond s'empressa d'y déférer avec une joie cruelle. Et comme Aymardine protestait :

— Non, répondit-il, pas de pitié! Que eette mégère; aille tenir compagnie à ee bandit ! Ça lui apprendra, une fois pour toutes, à dire des choses désagréables. Ainsi Unissent toutes les belles-mères qui lui ressemblent!

Amenl

Vers la lin de novembre 1885, le beau comte de Santenay, fortement quadragénaire, mais remarquablement conservé, et connaissant sur le bout du doigt toutes les théories «le la séduction, s'avisa que la petite madame Bachy étail une blonde assez appétissante el suffisamment habillée, pour qu'un membre du Jockey- Club pût l'afficher sans déchoir. Avant étudié sommairement la nature de la dame, ses points loris el s<s points faibles, Santenay jugea qu'il fallait employer dans la circonstance un procédé connu des amateurs, lequel peut se formuler ainsi : « Je vous aime d'un amour qui

ne finira qu'avec ma vie. Mais no vous y trompez pas; la seule chose que je vous demande,

c'est le don de votre cœur. Quant au reste, je n'y songe même pas; c'est mon Ame qui aime la vôtre. >■>

Avec certaines femmes,|plus nombreuses qiù m ne croit, c'est ainsi qu'il faut s'y prendre.

Pendant un mois, Santcnay développa ce thème, soit par la parole qu'il maniait un peu lourdement, soit par la plume qu'il conduisait mieux, d'autant qu'il rédigeait ses épîtres amoureuses à la bibliothèque du Club et qu'à l'occasion un ami, informé de !a situation entre deux bouffées de cigare, l'aidait en passant d'une critique ou d'un conseil. Joignez à cela des fleurs pour cinq ou six Louis, plusieurs visites dans lesquelles Santcnay faisait de la haute philosophie en regardant le bout de ses bottines, c'est tout ce qu'il fallut pour amener la pauvre Louise à déclarer, un certain soir, que son âme rendait à celle de Santcnay politesse pour politesse. Elle ne savail pas très bien elle-même à quoi ces belles paroles rengageaient, mais elle avait de l'imagination et, en sa qualité de bourgeoise, considérait qu'un

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