‹ Mon Oncle AlcideChapitre 8 sur 29 · ALEXANDRE COIFFEUR · texte numérisé non relu

ALEXANDRE COIFFEUR

0 honte! rugit Goudelin, un coiffeur 1 Ah canaille! ta dernière heure est venue!

Déjà, de ses poings et de ses pieds, le colonel ébranlait la devanture, heureusement solide. A l'étage supérieur, à travers les persiennes fermées, une voix féminine se fit entendre :

— Qu'est-ce qu'il y a? que veut-on? Avezvous bientôt fini de faire un bruit pareil?

— Je veux tuer Alexandre! cria l'assaillant. Qu'il descende s'il n'est pas le dernier des lâches! Je lui apprendrai ce que c'est que d'avoir affaire au rolonel Goudelin.

Et les panneaux de chêne subirent un nouvel assaut plus furieux.

Du côté des assiégés, le silence le plus profond régnait. Évidemment, Alexandre n'avait aucune envie de descendre.

— Misérable! hurla Goudelin. Je finirai par

D1.1 ri -ON i. a m:.\ dm: ? 169

l'avoir, quand je devrais meltre le feu à ta baraque.

A cette menace, à travers les persiennes, une exclamation désespérée fendit les airs, bientôt répétée à plusieurs fenêtres du voisinage où des formes confuses commençaient à paraître :

— Au feu!

De loin en loin, l'appel sinistre se propageait dans toute la ville. Déjà quelques bourgeois en pantoufles, en pantalon, en bras de chemise, burlesquement coilï'és d'un casque, entouraient Goudelinqui continuait à asséner sur la devanture d'Alexandre des coups formidables. On reconnut le colonel. On pensa qu'il voulait se frayer un chemin pour combattre l'incendie. Des sapeurs vinrent avec leurs haches; les volets furent brisés; on sortit le mobilier dans la rue, qui fut bientôt jonchée de pots de pommade, de flacons de parfums brisés. Jamais on n'avait senti aussi bon dans la rue des Hautes-Treillles.

Cependant, dans les quartiers voisins, le tambour battait le rappel. Puis, au clocher de Saint-Andoche, le tocsin sonna. Les pompes

étaient arrivées; la foule faisait la chaîne dans l'obscurité. La mise en scène de l'incendie était complète; il n'y manquait que du feu pour l'éclairer; mais, à tout hasard, Ton inondait la maison de la cave au grenier. Serré dans la foule, trempé des pieds à la tête par le jet des lances, incapable de se faire entendre au milieu d'un tumulte inexprimable, le colonel (ioudelin se démenait, gesticulant, rejeté d'un côté de la rue à l'autre, par les mouvements des sauveteurs. Tout le monde admirait son dévouement et son énergie.

— En voilà un brave homme! criait-on.

Soudain une éclaircie se lit dans la cohue.

Le sous-préfet arrivait, en uniforme.

— Eh bien! capitaine, dit-il en s'adressant au chef des pompiers, où en sommes-nous?

— Je crois que nous sommes maîtres du feu, répondit l'officier sans en être bien sûr, car il ne faisait que d'arriver lui-même.

En ce moment, Seineport aperçut le colonel qui commençait à grelotter. La nuit était fraîche et l'on n'avait pas, pour se réchauffer, la ressource des flammes de l'incendie. Se souvenant de l'état de surexcitation où il l'avait

HUIT -UN I. \ III. \ IjIS 1.

vu loul à l'heure, il se demanda si ce n'étail pas Goudelin qui, dans un accès de folie, avait mis le feu à la boutique d'Alexandre, lequel d'ailleurs était introuvable.

Le malheureux, mort de peur, s'était réfugié par les toits dans une maison voisine. Là, frissonnant, enfermé dans un, local inconibrtable, où il respirait des parfums bien différents de ceux que ses fonctions lui avaient rendus familiers, il attendait, dans des transes effroyables, l'issue de ce cauchemar auquel il ne comprenait rien.

Prévenu par Seineport, le commissaire de police de llocheville avait passé son bras sous celui du colonel, et, sous prétexte de lui faire changer de vêtements, il l'avait conduit dans son bureau où l'enquête commença aussitôt. Alexandre, qu'on avait fini par découvrir, fut amené pour donner des explications, car la lettre que lui adressait madame Goudelin, trouvée sur l'ofïicier en retraite, semblait indiquer quelque chose de louche.

— Eh ! mon Dieu ! dit le coiffeur après avoir pris connaissance du billet, ce n'était pas la peine de réveiller toute une ville pour si peu de

chose. Av.mt-hier soir, j'ai coiiïé madame Goudelin pour le bal, et je lui avais loué une nalte fausse. Il faut croire que je l'avais mal fixée, puisque madame l'a perdue en dansant. C'est un malheur qui peut arriver à tout le monde.

Goudelin, très soulagé, lendit la main à l'artiste capillaire.

— Ça vous apprendra à mieux attacher le fourniment, dit-il. Mais que ceci reste entre nous. Sans rancune. Envoyez-moi la note ; je paierai.

Le surlendemain, le colonel paya la note d'Alexandre, qui se montait à 3.0Û8 francs, répartis comme il suit :

Une coiffure pour soirée. 5 fr.

Location de postiches. . . 3 »

Frais d'incendie 3.r>00 »

Total. . . . 3.508 fr.

— Gré nom! grommela-t-il en serrant la facture dans son tiroir, ça coûte cher, tout de même, d'avoir uue femme qui va dans le monde !

— L'appartement me convient, dis-je à la concierge qui présidait à ma visite. Vous m'assurez qu'il est bien sec? C'est toujours désagréable d'essuyer les plâtres.

— S'il est sec, monsieur? Les ouvriers en sont sortis depuis dix-huit mois. Nous avons deux autres personnes qui en ont envie, mais, si monsieur se décide, j'ôle l'écriteau en descendant.

— Eh bien, ôtez-le.

Et je mis quelques louis dans la main de ma future geôlière, qui les empocha d'un air de dédain superbe.

Je m'installai rapidement. Le 30 avril j'étais débarrassé du tapissier, de l'ébéniste, du gazier. Entre temps, hélas! j'avais découvert que la maison était un véritable Stradivarius, tant elle était sonore. Au-dessous de moi vivait un jeune ménage, embelli par la présence de deux enfants de l'âge le plus tendre. L'aîné faisait ses dents et criait du soir au matin. Le cadet, qui venait de naître, vagissait du matin au soir.

— Patience! pensai -je en moi-même, la mortalité des enfants est si grande à Paris!

A l'étage supérieur habitait une dame qui faisait des cours : histoire le matin, géographie l'après-midi. Interrogez-moi sur les fils de Clovis ou sur les villes principales de Sumatra, et vous m'en direz des nouvelles. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps d'aller plus loin que le démembrement de l'empire de Charlemagne, ni d'aborder les États de l'Europe.

Enfin, il y avait, dans la cour, des chevaux, des voitures et des cochers qui poussaient la propreté jusqu'à l'exagération. Quand ces messieurs avaient fini leurs lavages, ils sonnaient de

la trompe dans la cave. Par bonheur, j'ai toujours aimé la trompe. C'est même le seul des goûts de Doua Sol que je sois jamais parvenu à comprendre.

Un matin, juste à l'heure où l'aîné des moutards ne criait plus et où l'autre ne criait pas encore, je fus réveillé par un vacarme abominable; mais, cette fois, le bruit se faisait au mêmeétage, presque à mon oreille. Jecompris que des voisins s'installaient à côté de moi. Cela fut court d'ailleurs. Sans doute, le mobilier n'était pas riche. Huit jours après, la famille arriva.

Je sus bientôt, sans indiscrétion volontaire, qu'elle se composait de trois personnes : le père qui était sourd, — il n'y avait que lui de sourd dans la maison — et caissier dans une grande maison de banque; la mère qui était d'un terre à terre déplorable, et la fdle... Oh! la fille, quelle chipie! La bonne à tout faire s'appelait Irma, au début. Mais on changeait si souvent que tout le calendrier doit y avoir passé à l'heure qu'il est. J'ignorais les véritables noms de ces dames. Les parents, en s'adressant à leur fille, l'appelaient Bébelle.

ITlj MON PERROQUET

Evariste baptisait sa femme : Poulette, dans l'intimité.

Cette intimité n'avait pas de secrets pour moi, car c'était le sanctuaire conjugal qui confinait à ma propre chambre à coucher. Aussi, au bout d'un mois, je connaissais les moindres habitudes de ces gens-là sur le bout du doigt.

C'était ce qu'on est convenu d'appeler un bon ménage et Poulette, si j'en crois certains détails, n'avait pas renoncé complètement au désir d'attirer les attentions de son mari. Je devinai qu'Évariste était chauve, un peu gros et disposé aux congestions, car Poulette lui répétait souvent :

— Ton foulard est encore parti! Tu vas t'enrliuiner dans ces murs tout frais.

D'autre fois elle lui disait, quand il avait été dîner en ville :

— Voyons, Évarisle! je suis sûr que lu es sorti de table à dix heures. Tu sais bien ce que t'a recommandé le médecin.

Mais, ces jours-là, Evariste n'en voulait faire qu'à sa UHe, et Poulette était d'une faiblesse... ! Quant à moi, qui considérais la situation avec

plus de sang-froid, je me sentais inquiet et je pensais en moi-même :

— Un de ces quatre matins, Poulette, ma mie, vous trouverez votre mari froid comme un marbre et raitle comme la justice. Et ce sera votre faute. On n'est pas égoïste à ce point !

A sept heures et demie, Irma — ou une autre — apportait à nies voisins leur café au lait. C'était régulièrement madame qui réveillait monsieur. Alors, excepté les jours où monsieur avait l'esprit tourné à la galanterie (cela ne manquait jamais le dimanche), les époux causaient de leurs affaires, qui n'étaient pas brillantes, je dois le dire. J'ai le regret d'ajouter que c'était Bébelle qui était cause du mal en grande partie. Cette fille-là faisait tout ce qu'elle voulait de sa famille. Coquette en diable, désireuse de paraître, c'est elle qui avait poussé son père à prendre un appartement trop cher pour des gens de leur position. Elle voulait que >a mère eût un jour — le jeudi — et pour obtenir la paix, il fallait se payer un homme d'extra, en habit et cravate blanche. Avec cela du thé, des gâteaux, des fleurs et une certaine toilette. Il est vrai qu'une

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couturière venait à la maison une fois par semaine, et que ces dames mettaient la main aux ciseaux et à l'aiguille.

Et puis cette Bébelle avait des doigts de fée et vous chiffonnait un chapeau comme une ■première de Virot. Seulement, il lui fallait des corsets de chez madame Chalque et des souliers de Perchellet.

— Mon pied et ma taille sont ce que j'ai de mieux, disait-elle. Qu'on me laisse au moins cela !

Ah I si vous aviez entendu cette péronnelle tenir tête à ses parents ! Positivement, elle les « tournait en bourriques » suivant une expression populaire, souvent employée par le malheureux Évariste. Je le savais bien, moi qui entendais les doléances de ces braves gens, à L'heure du café au lait. Aussi n'avaient-ils qu'un désir: caser Bébelle le plus tôt possible. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Deux fois déjà elle avait « raté » un mariage; la première fois c'était la faute de sa dot, ou plutôt de son défaut de dot, à ce que j'avais cru comprendre. Elle devait, paraît-il, le second échec à ses « imprudences ».

C'était toujours Évariste qui mettait sur le tapis ce sujet scabreux ; mais Poulette l'arrêtait en lui disant :

— Que veux-tu, mon ami, ce qui est fait est l'ait !

.le ne pus jamais en savoir davantage. Seulement, quand un père convient que sa fdle a été « imprudente » tout le monde comprend ce que cela veut dire.

Il est temps de vous confier que j'étais célibataire et le suis encore, grâce à Dieu ! Grà<v à Dieu et à mon perroquet. Cet animal composait, en y joignant une vieille bonne, tout le personnel de mon intérieur et, avec la spécialité d'imitation qui constitue le caractère de son espèce, il n'avait pas tardé à s'assimiler et a reproduire les phrases qui, d'un côté de la cloison à l'autre, frappaient le plus souvent son oreille. Au bout d'un mois, il répétait à peu près deux cent cinquante fois par jour ce fragment de dialogue :

— Évariste, peux-tu m'ouvrir?

— C'est toi, Poulette?

Ces deux interrogations se croisaient en effet tous les matins à travers la porte du cabinet

de toilette de mes voisins et c'était fort drôle — les quatre ou cinq premières fois — d'entendre l'oiseau crier, avec le fausset de la dame :

— Évariste? Peux-tu rrC ouvrir?

Tandis qu'il copiait à s'y méprendre le baryton un peu nasillard du mari pour répondre:

— Ccst toi, Poulette?

Notez que je n'étais pour rien dans cette éducation. Elle s'était faite toute seule, mais vous n'auriez pas ôté de la tète de mes voisins qu'il y avait là, de ma part, une espièglerie du plus mauvais goût. Bébelle, surtout, s'en montrait exaspérée, et, quand elle venait le matin dans la chambre de ses parents, elle ne manquait pas de s'écrier : « Sale bête ! » après chaque performance de mon oiseau qui, bien entendu, n'avait pas tardé à dire : Sale bête, avec l'organe de la demoiselle. De telle façon qu'on eût pu croire, en fermant les yeux, que la jeune personne, oubliant toute réserve, s'aventurait dans les pénates d'un célibataire propre au mariage

Un jour, Bébelle, n'y tenant plus, dit à son père :

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— Ce monsieur est un mauvais plaisant, et vous devriez vous plaindre au concierge.

— Je me suis plaint, répondit Evariste. Mais ce maudit oiseau est dans un appartement de la maison voisine. Le concierge n'a rien à y voir.

— Comment >e fait-il, objecta Bébelle, que les murs soient si minces?

Eh ! parbleu! j'avais fait lamême remarque, moi aussi, et les mêmes plaintes. Deux femmes criant du haut de leur voix pour se faire entendre d'un caissier sourd valent bien un perroquet. A mon observation et à mes plaintes on avait répondu que les deux maisons faisaient partie d'un même pâté d'immeubles, construit par une société, d'ailleurs en faillite, comme la plupart de celles de ce genre. Ce n'était pas faute d'avoir économisé sur les murs de refend !

Cependant juin était arrivé. Mes voisins de l'étage supérieur étaients partis pour la campagne. Les chevaux en avaient fait autant, suivis des cochers et de leurs trompes. Bref, la maison devenait un paradis véritable. 11 ne restait plus que les cours de l'étage au-dessus, mon

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perroquet, et mes voisins de l'immeuble contigu.

Il est vrai que ceux-ci n'étaient plus possibles. C'était à en avoir des accès de lièvre chaude; car, excepté de se jeter les meubles à la tète, ces gens-là faisaient tout ce qu'on peut taire dans un intérieur hanté par la Discorde.

Bébellc s'élait mise en tète d'aller « quelque part, comme tout le monde », désir légitime, mais que le défaut d'argent rendait irréalisable, s'il fallait en croire Évariste.

— Je n'ai pas d'argent, répétait-il, pas le sou ! La banque va très mal ; on a réduit mes appointements de dix pour cent, et nous avons des dettes.

Après trois jours de lutte, le malheureux avait fait une concession. Il avait autorisé le Tréport. A ce mot Bébelle lui éclata de rire au nez. Oh! cette chipie! je l'aurais gitlée!

« Le Tréport? Pourquoi pas Bercy? Qui est-ce qui va au Tréport? Elle avait vingt-trois ans et, puisque ses parents ne s'occupaient pas d'elle, il fallait bien qu'elle se mît en devoir de trouver un mari, à elle toute seule. »

— Commence par trouver une dot ! s'écria le père pousse à bout.

— Elle a soixante mille francs, hasarda Poulette, qui passait sa vie, maintenant, enlre l'enclume et le marteau.

Évariste eut un pire navrant à entendre.

— Soixante mille francs! Vous savez bien que c'est mon cautionnement. Si je le retire, je perds ma place. D'ailleurs, le retirer!... Dieu sait si Ton pourrait me le rendre en ce moment. Les affaires vont bien mal.

Je ne veux point rapporter ici la réponse de Bébelle. Positivement, cette fille-là n'avait pas de cœur et lorsque, après une scène à faire prendre l'humanité en grippe, mon perroquet s'écria : Sale bétel je ne pus m'empêcher d'ajouter avec conviction :

— Oh! oui.

Heureusement, l'époque du départ était arrivée pour moi-même. Je laissai Jacquolc aux soins de ma vieille bonne et je me mis en roule, tout réjoui à la pensée que je n'entendrais plus parler de mes voisins pendant quatre ou cinq mois.

Je voyageai d'abord en Suisse, passai trois semailles dans TEngadine, redescendis par Coire et Zurich el gagnai Lucerne. Dans celle ville, ou plulôt sur le beau lac qui lui doit son nom, l'amour m'attendait. Ce fut sur un bateau à vapeur que je la vis pour la première fois. Elle voyageait seule avec sa mère, une femme à l'air distingué, un peu mélancolique, tellement que je la crus veuve d'abord. Mais, dois jours après, — je m'étais arrangé pour loger au même hôtel — j'avais lié connaissance avec ces dames dans l'ascenseur, et bientôt je sus leur nom et leur histoire.

Madame de Monsenpuelle n'était pas veuve. Son mari, retenu par d'importantes affaires, n'avait pu l'accompagner dans une excursion d'un mois que la santé de la jeune fille rendait nécessaire. Quant à celle-ci, elle me plaisait beaucoup; elle me plaisait trop, hélasl C'était bien le type de la jeune fille comme il faut: brune (je ne dis pas de mal des blondes, mais enfin, il n'y a pas à nier que le brun a quelque chose de plus...), brune avec des yeux noirs, profonds, fiers, chastes et tendres. Je l'aurais préférée un peu moins timide, parce que j'ai le défaut de l'être aussi. Timide ou non, sa mère la gardait à vue, comme on garde un trésor, ou plutôt, comme on garde une fille adorée, car elles s'adoraient.

D'ailleurs Isabelle avait une nature de sensitive. Un rien lui rendait les yeux moites et je crus qu'elle allait éclater en sanglots sur une simple observation que lui fit un jour sa mère, au sujet d'une ombrelle oubliée au Righi- Kulm où nous étions montés ensemble. Ce fut même cette ombrelle qui brisa, la glace entre nous, si j'ose m'exprimer ainsi. Le lendemain, dès l'aurore, je reprenais le chenùn du Kulm,

A cinq heures du soir, grâce à mon empressement et au chemin de fer a. crémaillère, mademoiselle de Monsenpuelle était rentrée dans son parasol.

Elle me tendit la main et me dit, de quelle voix !

— Ah I vous êtes bon, vous !

Je baisai cette petite main, et je crois qu'au premier abord la mère et la fille trouvèrent le procédé un peu vif. Mais elles sentaient déjà qu'elles avaient affaire à un homme délicat. Peut-être même mon amour naissant n'était-il pas un mystère pour elles. On dit les femmes si clairvoyantes sous ce rapport!

Nous passâmes quinze jours à Luccrne, nous quittant peu dans la journée. Je pouvais me flatter de connaître Isabelle mieux que je ne l'eusse connue après une cour de deux mois à Paris. Parlez-moi des voyages pour étudier nu caractère!

Elle était fille unique, et l'on voyait facilement que les Monsenpuelle avaient de la forlune et un certain train de maison. Dans la conversation, ces dames laissaient échapper, sans s"en rendre compte, les noms de leurs

modistes, de leurs couturières, des gens qui venaient chez elles, et toul cela m'en apprenait assez. Elles n'avaient pas de voiture et disaient très simplement :

— A Paris, il faut savoir se contenter des remises, quand on n'a pas soixante mille livres de rente.

Pour un futur gendre, une phrase comme celle-là vaut de l'or et, en moi-même, je me considérais, sinon comme un futur gendre, du moins comme un gendre possible.

Il fallut pourtant se quitter. Chaque malin, M. de Monsenpuelle écrivait des pages [tour réclamer sa femme et sa fille. Il ne mangeait plus, ne dormait plus. Ah! la belle chose qu'une famille bien unie! J'avais obtenu de ces dames la faveur de voyager avec elles jusqu'à Dijon.

Là, je pris congé d'elles, car j'allais ouvrir la chasse m iîourgogne. Elles eurent la bouté d<- m'engager à les aller voir; du peste, nous habitions le même quartier.

Ce fut seulement en octobre que je rentrai i'i Paris. J'y arrivai un jeudi à dix heures du matin et, comme c'était précisément le jour

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de madame de Monsenpuelle, d'après ce qu'elle m'avaii dit, je courus, sur le coup de trois heures, à l'adresse qu'elle m'avait donnée. C'était bien ce que je m'étais figuré : maison cossue, escalier bien tenu, appartement au fond de la cour, simple, mais d'une certaine élégance; rien qui sentît le parvenu. Le domestique en habit noir avait bonne mine; enfin, dans tout l'ensemble, pas une note ne détonnait.

Ces dames ne reçurent à bras ouverts. Ma parole d'honneur, je crois qu'Isabelle était encore plus jolie qu'en Suisse, et je vis bien qu'elle ne me trouvai! pas, elle non plus, changé à mon désavantage. Nous causâmes presque intimement, car j'étais le seul visiteur.

En me levant, je dis :

— Combien je regrette, madame, de n'avoir pu faire aujourd'hui la connaissance de M. dû Monsenpuelle!

— A celle heure-ci, il est toujours à sa maison de banque. Mais, au premier jour, il ira vous demander de venir dîner, pour faire connaissance. Pu reste, en attendant que vous.

le connaissiez lui-même, je vais vous montrer son portrail au crayon, par sa fille.

— Oh! maman! lit [sabelle en minaudant, c'est si mauvais !...

— Bah ! monsieur esl un ami, et tu ne le poses pas en artiste.

On ouvrit une porte et l'on m'introduisit dans la pièce voisine qui était manifestement la chambre conjugale. Au mur, le portrait de M. de Monsenpuelle était accroché, mais je ne vous dirai pas s'il était bon ou mauvais, car, au moment où je m'apprêtais à l'examiner, j'entendis, de l'autre côté du mur, une voix glapissante qui criait :

— Evariste! peux-tu m? ouvrir?... C'est toi, Poulette?

J'étais dans la famille de mes voisins, cet enfer! J'étais pincé par Bébelle, ce diable!

Heureusement, j'eus la présence d'esprit de ne pas me trahir el ûs semblant de n'avoir rien entendu.

Inutile de vous dire que je n'ai jamais remis le pied chez les Monsenpuelle. Mais, pour dr> raisons sur lesquelles je n'ai pas besoin de m'étendre, cette quasi-cohabitation était de-

nue pénible à mon amour-propre. Je déménageai au terme suivant, et s'il y a, dans Paris, un perroquet soigné avec une tendre reconnaissance, c'est celui de votre serviteur.

IIISTOIHI- DE REVENANT

Il y a quelques années, le baron de Saint- Anthème était vice-consul de France, dans un grand port des Indes qu'il esl inutile «le désigner plus clairement. Il avait emmené là sa femme et sa mère, une vieille dame acariâtre qui faisait enrager à journée faite sa belle-fille cl même son fils. Il était du moins permis d'espérer que le climat meurtrier des bords du Gange allait rendre à la belle Aymardine le service de rétablir la paix dans son ménage. Il n'en fut rien, hélas 1 Au bout de deux ans, la douairière ne s'en portait que mieux, tandis que le vice-consul tenait une bonne maladie

do cœur. Quant à sa femme, elle dépérissait à vue d'oeil, d'un mal inconnu. D'ailleurs les deux époux s'adoraient, et vous auriez fait le lour des consulats de la République avant île rencontrer un ménage aussi tendre.

Il fallut revenir en France. On prit passage sur un paquebot anglais de la P. and 0.; les deux femmes furent installées dans une cabine, et Sainl-Antlième retint celle d'à coté avec un compatriote, Florimond Questembert, associé d'une grande maison, qui rentrait en France, lui aussi, après fortune faite. C'était le meilleur garçon du monde, un de ces liommes pour qui se dévouer est aussi naturel que, pour un briquet du Poitou, de donner sur la voie d'un lièvre. Célibataire et déjà voisin de la quarantaine, il avait eu bientôt pour les Saint- Anthème un culte véritable. 11 aimait le mari comme un frère, il était amoureux fou de la jeune femme, et il détestait cordialement la belle-mère, qui lui rendait sa haine avec usure.

Donc les quatre inséparables partirent ensemble. D'abord la mer sembla faire du bien au vice-consul et augmenter l'élal de souf-

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france de sa femme. Celle-ci ne quittait plus sa cabine, el l'on se demandait si elle pourrait arriver jusqu'à Naples, où ils devaienl Ions prendre terre. Le moindre bruit inattendu la faisait tressaillir; la moindre émotion la laissai!, pour des heures, sans pouls et sans voix.

— Jamais elle n'arrivera à l'autre bout de la mer Rouge, disait le médecin du bord.

Mais, comme chacun sait, les médecins se trompent quelquefois.

A Aden, où l'on relâcha pour faire du charbon, le vice-consul et son ami descendirent à terre et dînèrent chez le collègue de Sainl- Ànthème. Vers minuit, heure fixée pour le départ, ils regagnèrent le Persic, et se mirent au lit sans déranger personne. Le lendemain, au petit jour, Qucstembert qui ne pouvait dormir, s'aperçut que son compagnon était déjà froid et raide. La rupture d'un anévrisme l'avait tué comme il venait de se mettre au lit.

Seul, à côlé de ce cadavre, dans cette cabine de trois mètres sur deux, Florimond réfléchit à ce qui était à faire. Prévenir la

I ! l 'i 11 1 S T 0 1 n F DE REVENANT

malheureuse veuve, c'était vouloir la luer sur le coup. Il fallait, à tout prix, lui cacher l'événement funeste. Mais, dans les circonstances, était-ce possible? La première chose était <le consulter le capitaine. Questcmbert gagna la dunette, après avoir fermé sa cabine à double tour, et, malgré l'heure matinale, se fit. annoncer chez le marin qu'il mil au courant de la situation.

— C'est bien simple, dit le commandant, flegmatique Anglais qui ne perdait pas la tête pour si peu de chose. Tandis que les passagers dorment encore, nous allons immerger le corps de votre ami, après que le docteur aura constaté le décès.

— Quoi ! s'écria Questcmbert. On va le jeter à l'eau?

— Vous avez voyagé, monsieur, et vous savez que je suis obligé d'en agir ainsi, le défunt serait-il le lord prime minister de Sa

.Majesté.

— Mais sa malheureuse femme...

— Pour le moment, nous pouvons lui dire que son mari a manqué le dépari du bateau à Aden, puisqu'elle ne l'a pas vu hier soir.

Une fois en France, ce sera à vous d'aviser. Maintenant, allons au plus pressé. Il faut que dans une heure tout soit uni. Je vais prévenir le docteur et le maître voilier.

Une heure après, en effet, un paquet de toile grise, de forme singulière, était étendu sur un maldas à la coupée de tribord. C'était le corps du pauvre Saint-Anthème, cousu dans une voile avec cinquante kilogrammes de vieux barreaux de grille de chaudière. Les portes étaient fermées. Il n'y avait là que le capitaine, le docteur, Questembert e1 quatre matelots. On fit stopper l'hélice. Tout le monde se découvrit. Florimond lit tant bien que mal un signe de croix et une prière et, sur un signe de leur chef, les marins laissèrent glisser dans les flots la dépouille humaine qui s'y enfonça avec un « plouf » sinistre. Tout était fini. L'hélice tourna de nouveau et chacun s'en fut à ses affaires, après s'être engagé au secret.

Vers dix heures du matin, Florimond un peu pâle entra chez la veuve de son ami.

— Quelle singulière aventure! dit-il. Figurez-vous que votre mari s'est attardé hier

soir chez son collègue, et que nous sommes partis sans lui. D'ailleurs, vous ne devez avoir aucune inquiétude. Il nous suivra par le prochain paquebot. J'aurai soin de vous jusqu'à Paris.

A Naples, où ils débarquèrent, Florimond prétendit avoir trouvé un télégramme de Saint- Anthème annonçant qu'il arriverait, en effet, avec huit jours de retard. Mais, la semaine écoulée, il fallut bien apprendre à la malheureuse jeune femme qu'elle était veuve. Pour diminuer l'horreur de certains détails, Queslembert imagina ce mensonge : il raconta que le vice-consul, arrivé 1res malade à Naples, avait succombé quelques heures après avoir touché terre. Malheureux Florimond ! égaré par son bon cœur, il n'avail pas prévu tout ce qui allait suivre.

— Je veux avoir son corps, s'écria Aymardine. Je veux qu'il repose dans son parc, à l'endroit qu'il m'a montré si souvent comme le lieu choisi pour sa tombe. Pauvre chéri ! je ne larderai pas à aller le rejoindre.

Le corps de Sai nt- An thème ! les poissons étaient en train de le grignoter par le travers

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de Perim. Questembert, sans dire la vérité, essaya quelques objections. « Le dernier sommeil nVst-il pas également paisible, qu'il soit dormi dans un lieu ou dans un autre? A celle heure, Maxime reposait déjà dans le Gampo- Sanlo de Naples, un lieu de sépulture unique au monde, hérissé de chefs-d'œuvre. Et ce pauvre ami avait toujours tant aimé les arts! »

Mais, à la seule idée de laisser sur une terre étrangère le corps de son bien-aimé, la veuve eut une crise de nerfs qui la conduisit à une syncope, en [tassant par un déluge de larmes. Quand elle reprit ses sens, ce fut pour déclarer qu'elle, allait se mettre en roule, pour rapatrier le cher cadavre.

Il n'y avait pas à balancer. Florimond partit pour Naples, s'en fui à l'hôpital, et acheta, pour une très faible somme, le corps d'un bandit mort à l'infirmerie de la prison au moment de passer en jugement. Après quoi, muni de toutes les constatations nécessaires, il reparti! avec son bandit dûment soudé dans trois cercueils, ainsi que l'exigent les règlements.

A la petite gare voisine de Saint- An thème,

toulc la paroisse attendait, clergé en tête. Bien qu'Aymardine |»ùt à peine se tenir debout, elle élait sur le quai, avec sa mère, et, quand le funèbre colis, couvert des cachets de la douane, fut sorti du wagon, elle se précipita sur la bière, en y collant ses lèvres pâles. C'était un navrant spectacle et, au fond, la conscience de Florimond lui reprochait cette substitution sacrilège. Mais, s'il avait dit la vérité, la pauvre Aymardine en fût morte, ce qui eût été grand dommage, car le crêpe la rendait encore plus jolie.

Le faux baron fut enterré au bout de la pelouse, à l'ombre d'un bouquet de bouleaux. On pouvait voir l'endroit des fenêtres de la chambre de la châtelaine, qui y passait, le front collé aux vitres, tout le temps qu'elle ne passail pas à genoux sur le gazon fraîchement remué. Mais déjà il était question (relever, sur La sépulture, une chapelle funèbre. Ce fut Questembert qui fit les démarches, qui choisit le dessin, débattit les prix, et même avança l'argent, car le transport du bandit et les frais des funérailles, joints aux dépenses du retour des Indes, avaient vidé le

tiroir de la veuve. Quanl à la mère, furieuse du testamenl du défunt, elle avail disparu, brouillée à mort avec la jeune femme.

— Je ne veux que deux places dans le caveau, avait ri î t cette dernière. .1»' dormirai là, tranquille, tout contre mon pauvre Maxime. Et, quand le jour du grand reve.il viendra, ce sera moi que ses yeux apercevront loul (l'abord.

— Ces! ce que nous saurons, répondit tout bas Questembert qui avait son plan et connaissait à fond les veuves, pour en avoir vu brûler plus (Tune aux Indes.

Bientôt Pédicule funèbre commença de sortir de terre. Chaque jour, Aymardinc venait plusieurs fois visiter les travaux. Elle trouvait sur le terrain Florimond, qui avait pris un logement dans le bourg, mais qui mangeait la plupart du temps au château, face à face avec l'inconsolable, en causant « du pauvre Maxime ».

La chapelle finie, ce fut lui qui composa l'épitaphe, — un faux en lettres dorées, — et qui dessina le tort i I à sculpter sur la pierre tombale. Une fois de plus on vil un homme

de la roture porter une couronne ù laquelle il n'avait aucun droit. La cérémonie d'inauguration fut splendide; tous les voisins y étaient, et le curé de la paroisse, sous prétexte d'exhortation, fit une sorte d'oraison funèbre où il racontait les vertus du défunt, lequel, d'ailleurs, ne réclama point.

Un an après, — tout le monde l'a déjà deviné, — Florimond Questembert conduisait à l'autel Aymardine, consolée, guérie, embellie, et toute prèle à faire le bonheur de Florimond comme elle avait fait celui de Maxime, avec l'expérience en plus, et... la particule en moins. Les époux se "marièrent à Paris, par égard pour celui qui était censé reposer à Saint-Anthèmc, et qui avait eu la gracieuseté de faire de sa veuve son héritière. Une délicatesse en vaut une autre.

Après le wedding tour de rigueur, on revint à l'habitation, pilloresquement située aux bords du Loir. Maxime devait avoir eu le temps de s'habituer à sa nouvelle situation.

C'était le soir, une douce et tiède soirée de printemps. Avanl de se livrer au repos, Qucslenibrrl d sa femme, lendii n.enl enlacés,

Minent à la fenêtre respirer la brise embaumée. A deux cents mètres d'eux, une chapelle gothique, éclairée par la lune, marquait une lâche blanche sur le fond sombre de la verdure. Florimond voulut poser ses lèvres sur les tresses de sa femme.

— Oh 1 mon ami, dit celle-ci en le repoussant doucement, pensez à ce pauvre Maxime, qui est si [très !

Florimond ferma la fenêtre, tira les rideaux, et lesouvenir de Maxime fut sacrifié sur l'autel de l'hyménée. Mais, dans la nuit, Aymardine eut un rêve affreux. Elle voyait la porte de la chapelle funèbre tourner lentement sur ses gonds et le vice-consul se montrer sur le seuil, l'air mécontent. Il faut avouer qu'il y avait bien de quoi. La jeune femme poussait des cris terribles dans son cauchemar. Florimond la réveilla et voulut parler d'autre chose, mais en vain. L'imagination de madame Questembert était frappée, et son mari dut aller achever la nuit dans sa chambre.

Dès qu'il fît jour, Aymardine entendit une messe pour le défunt, et Ton crut que la nuit suivante se passerait tranquille; mais il n'en

fut rien. Le cauchemar revint, plus fort que la veille, et Florimond fui encore obligé d'aller dormir seul.

Le lendemain soir, il trouva la chambre de ça femme fermée au verrou.

La situation devenait désagréable; il fallait en sortir. Après le diner, il y eut une explication au cours de laquelle madame déchira qu'elle se sentait la dernière des misérables. Elle comprenait bien, maintenant, que Maxime ne lui pardonnait pas sa trahison. Elle ne pourrait plus supporter que son second mari lui louchât le bout des doigts, à dix pas de la tombe du premier. Bref, elle dit tout ce qu'une créature affolée de terreur peut dire, et je pourrais citer des femmes du meilleur monde qui l'ont bien moins de cérémonies pour un époux vivant, que celle-là n'en faisait pour un mort.

— Mais enfin, demanda Florimond, témoignant quelque agacement pour la première fois de sa vie conjugale, que prétendez-vous? Nous n'allons pas passer le reste de notre vie comme deux étrangers?

— Mon ami, répondit Aymardine, pardonnez-moi mes scrupules insurmontables. Ici, je

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me crois encore la femme de Maxime; je suis chez lui, et le pauvre garçon est là...

Elle montrait la petite chapelle dont les clochetons blanchissaient à travers les arbres.

— 11 est jaloux! coiiliuua-l-elle. Son ombre me poursuit et nie harcèle. Si vous voulez que nous soyons encore' heureux, il ne faut pas que nous restions si [très de lui. Partons, allons vivre ailleurs, sur une terre assez loinlaine pour (|ue la malédiction du mort ne puisse nous y poursuivre.

— Mais, objecta Florimond, nous soi un litres bien ici. Le climat est sain, le pays charmant, nous avons des voisins fort aimables, une chasse excellente. J'ai fait remettre du papier dans toutes les chambres...

— Oui, mais Maxime est là, répéta Aymardine d'un ton solennel. Si nous restons, il me semble que je lui appartiens.

Questembert, [toussé à bout, prit le parti de tout dire. Se voir consigné à la porte de sa femme par un chenapan, dont il avait acheté la carcasse pour quelques baïoquesl... C'était trop fort!

— Écoulez-moi bien, coimnença-t-il, et ne

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prenez pas mal ce que je vais vous dire. Quand ce pauvre garçon nous a quittés si brusquement, vous étiez malade et hors d'état de supporter des émotions. Craignant pour votre vie, je vous ai fait croire qu'il avait rendu le dernier soupir à Naples. Eh bien! pas du tout; il est mort sur le bateau, dans la cabine à cùlé de la vôtre, en quittant Aden.

— Grand Dieu! cria Aymardine, la tète dans ses mains. Mais alors...

— Alors, on lui a fait l'enterrement des marins. Le pauvre homme repose au Tond de la mer Rouge.

— La mer Rouge? l'enterrement des marins? Vous voulez dire qu'on l'a...? Non! celte chose horrible n'a pas été laite! J'ai vu son cercueil descendre sous les dalles de ce caveau. Je l'ai arrosé de mes larmes. Est-ce que je deviens folle, Eloiïmond? Tenez, je frissonne de terreur. Si, du moins, on me prouvait que ce que vous dites est vrai! Mais comment être sûre que ce n'est pas aujourd'hui que vous me trompe/.?

— Voulez-vous voir l'acte de décès de Maxime? 11 est en anglais, rédigé par le capitaine du bateau. Je l'ai signé comme témoin. Croyez-

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moi, chérie, rien ne nous empêche de qous aimer dans l'Europe entière. Si jamais nous descendons la mer Rouge ensemble, je vous promets de vous traiter comme une sœur à partir de Bab-el-Mandeb.

Florimond prit sa femme dans ses bras, la calma de son mieux et, quand elle fut en état de l'entendre, lui raconta toute l'histoire, depuis la mort du pauvre Saint- Anthème jusqu'aux obsèques solennelles du bandit.

— Vous voyez, dit-il eu finissant, qu'il n'y a pas besoin de vendre le château, et que votre fantôme n'est qu'un imposteur. Gardons l'histoire pour nous, afin d'éviter le scandale. Je ferai planter devant la chapelle un rideau d'arbres et tout sera fini.

— Oh! Florimond. Ce caveau... quelle folie 1 Et tout cela pour rien!

— Ce n'était pas rien que d'adoucir les larmes de celle que j'adorais. Tout est bien qui finit bien. Sur ce, vous me permettrez de vous dire qu'il est dix heures, et que voilà deux nuits que je dors dans un fauteuil.

Celte fois, le pauvre Saint-Anthème ne revint pas. Quant au bandit, ce qui se passait en

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