CHAPITRE XIII
Magnifique ville bâtie. — Constitution sublime de la composition de mon oncle.
Nous commençâmes par débarquer le bétail, tellement entassé qu'il était menacé d'une sufToeation générale. Je prétendais, moi, qui me mêlais un peu de tout, qu'il fallait parquer nos vaches, nos moutons et nos bœufs. li me semblait qu'ils fumeraient ainsi alternativement les pâturages qui sont dans les vallées; qu'ainsi ils trouveraient dans tous les temps une nourriture abondante; que, les ayant toujours à notre portée, on ferait des élèves, on métamorphoserait à volonté les jeunes taureaux en bœufs, et qu'il serait facile dans tous les temps de choisir les plus gras pour la table de Son Excellence le grand régulateur et celle de
son neveu, qui avait droit de faire bombance, parce que partout les souverains bourrent leur famille d'autant plus aisément que c'est toujours le public qui paye. Mon cher oncle me demanda si je comptais transformer des héros en garçons bouchers. Il m'objecta que la mer formait un parc naturel autour de l'île, et que, sans se donner tant de peines inutiles, quand il aurait besoin d'un bouillon, il prendrait son fusil et jetterait bas le premier animal qui se présenterait. Je répliquai que si une cinquantaine de messieurs avaient envie d'un bouillon le môme jour, et se le procuraient de la même manière, l'île serait dépeuplée en moins d'une décade. Ce raisonnement valait bien mes premières observations; mais les grands hommes tiennent d'autant plus à leurs idées qu'elles doivent être meilleures, et nos bêtes allèrent paître et fumer où bon leur sembla.
A tous seigneurs tous honneurs. Ce que nous avions de charpentiers, de menuisiers et de maçons s'occupa d'abord du palais du grand régulateur. On choisit un endroit riant sur Je bord de la rivière, précisément entre les deux rochers dont on comptait faire deux forteresses, et comme les grands tiennent au chef, les subalternes aux granas, et les petits aux subalternes, chacun choisit autour des jalons qui indiquaient déjà le sanctuaire de la puissance un emplacement plus ou moins près et plus ou moins grand, selon le degré d'élévation ou de faveur du personnage. Un jardinier traça des rues, non de ces vilaines rues droites qui permettent de découvrir d'un bout à l'autre d'une ville; mais de ces jolies petites rues tortueuses, où on ne voit pas à trente pas; où l'œil n'est pas fatigué par l'uniformité régulière des objets
et OÙ on marche deux heures sur soi-même sans jamais s'en apercevoir. A présent qu'on perfectionne tout, j'espère qu'on rebâtira Paris sur le modèle des jardins anglais. Alors les rues Saint-Honoré , de Richelieu , du Cherche-Midi, de la Ghaussée-d'Antin, du Temple et autres offriront chacune cinq ou six culs-de-sac, ce qui sera fort agréable aux rouliers, aux cochers de fiacre, aux piétons qui craignent les cabriolets ; ce qui facilitera. la circulation de l'air et la propreté du sol; ce qui ajoutera à l'obscurité, que les beautés sur le retour aiment tant; à la sûreté de nuit, etc., etc. Si cette idée est adoptée, je demande Je brevet d'invention.
La ville nouvelle fut commencée et finie en quinze jours. Vous jugerez de sa magnificence par la description du palais du grand régulateur, qui dominait sur les autres édifices, comme le Capitole sur Rome. Quatre gros arbres de trente pieds de tronc formaient quatre angles égaux et représentaient autant de colonnes de je ne sais quel ordre. A la naissance des grosses branches, coupées en fourches, étaient appuyées quatre pièces de bois ; sur ces pièces de bois, des perches légères qui traversaient tout l'édifice à six pouces de distance; par-dessus le tout, des feuilles de palmier attachées ensemble avec des lianes ; voilà pour la couverture. Les intervalles d'une colonne à l'autre étaient remplis par de menus branches, proprement récrépies en terre grasse ; voilà pour les murailles. Du côté du midi, une porte faite à coups de hache, voilà pour la sûreté. Nous avions parmi nos Anglais un architecte qui ne manquait pas de goût; je voulais qu'il ornât l'édifice de pilastres, de corniches, de compartiments, de ruls-de-lampe : « Taistoi, me dit mon oncle, qui avait du bon sens.
Je commanderai à ces gens-là, parce que je suis le seul capable de les conduire; mais je ne veux pas qu'il m'accusent d'un vain orgueil que je n"ai [as. »
En conséquence, l'ameublement fut analogue au reste. Au milieu du palais était suspendu le hamac, qu'on montait et descendait à volonté, avec des poulies attachées aux quatre colonnes; sous le hamac, une table grossière et deux bancs; enfin, une armoire assez grande ])our contenir trois chemises bleues, trois mouchoirs de poche, une paire de pistolets, et une livre de tabac haché.
Les magasins publics où on serra les blés, les vins, les sucres, les cafés, les rhums, les viandes salées, le biscuit n'étaient pas tout à fait si recherchés : mais tout y était rangé dans un désordre pittoresque, et à peu près à l'abri de l'humidité.
Le bâtiment nommé le grand sérail fut celui qui demanda le plus de temps, parce que la décence et l'agrément particulier de chacun exigeaient que chacune de ces dames eût une chambre de six pieds de long au moins, sur quatre de large. Or, comme elles étaient deux cent soixante, il fallut faire deux cent soixante cloisons. Heureusement le bâtiment, long de mille quarante pieds, n'en avait que six de profondeur, sans quoi il y aurait eu de quoi faire reculer les architectes les plus opiniâtres du monde policé.
Eclairés par l'expérience, nous ajoutâmes quelques mois plus tard au grand sérail une vaste maison qui fut nommée ï Inattaquable. parce qu'il était défendu aux hommes d'y entrer. Elle servait de retraite aux femmes grosses de huit mois, aux femmes en couche et aux nourrices. Vous voyez qu'on favo-
Êà..
risait la population à Fernandès ainsi qu'ailleurs.
Comme nous n'avions que le nombre de hamacs nécessaire pour nous, maîtres et seigneurs, ces dames eurent la bonté de se faire de jolis petits lits de feuilles de palmier, nssez larges pour recevoir un amateur. Elles se prêtèrent même à cueillir de ces feuilles, autant qu'il en fallait pour les couvertures. Il est vrai qu'elles en furent priées de manière à ne pouvoir refuser et, en reconnaissance de leur docilité et de leur patience, on leur attacha aux pieds des pointes de fer qui leur donnaient la facilité de grimper aux arbres comme des écureuils.
Elles cueillirent tant et tant de ces feuilles, qu'il n'en resta pas une sur les arbres, ni le moindre ombrage dans l'île. Restait cependant à couvrir les cuisines publiques, les maisons communes où on devait manger, celles où on devait prendre 1- café, celles où on devait boire hors les heures de repas, et enfin l'espèce de bagne où on devait renfermer, le soir, les esclaves anglais. Gomme le génie ne connaît pas d'obstacles, on imagina finement de suppléer les feuilles par du gazon, par des voiles, par des chaloupes renversées, ce qui faisait une variété très agréable à l'œil.
On avait fait beaucoup, sans doute; mais l'essentiel était à faire. Notre véritable richesse consistait en dix mille quintaux de poudre, qu'il fallait serrer dans des lieux très secs et qui ne laissassent rien à craindre des fumeurs ni des gargotiers. On fit creuser de vastes magasins dans le roc vif par des esclaves anglais. On leur fit monter ensuite trente pièces de gros calibre sur les deux rochers dont je vous ai parlé. Point
' d'échafaudages, de grues, de chèvres, rien de ce qui facilite Je travail : les bras, rien que les bras des vaincus. Ils e'taient destinés à servir, s'user, mourir, et il y en avait : d'autres à la Grenade, à la Dominique, à Saint-Christophe.
La dernière opération à faire était d'em- I pêcher qu'on ne vînt inopinément nous i rendre visite. Un petit fort sur chaque rive ! de la rivière à son embouchure aurait singu- I lièrement plu à mon oncle ; mais cela deman- I dait du temps, de la capacité, et Thomas était pressé de jouir, et ne savait rien faire. On fixa les deux vaisseaux de Ja Jamaïque sur quatre ancres, aux endroiis qu'on voulait fortifier; on les rasa de leurs mâts et de i leurs après ; on mit les batteries sur les ponts, les corps de garde dessous, et en moins d'une journée de travail on eut deux redoutes qui" pouvaient durer deux ans ; la prévoyance de nos messieurs ne s'étendait pas si loin.
L'inauguration de la ville se fit au bruit i des verres et de toute notre artillerie. Cette ' superbe cité fut nommée Thomassine ; le ro- ' cher du nord, Tlwma^son ; celui du midi, i Thomassard ; le vaisseau de la rive gauche, ' Thomassin, et celui de la rive droite, Thomas seau.
Tant que l'activité avait été soutenue,
dans toutes les classes, par le besoin de se
loger, de pourvoir à la vie animale, au su-
I perflu, à la sûreté générale, l'ordre et fhar-
I monie n'avaient pas été troublés. Le moment
de l'oisiveté était venu, et c'est ce que je
redoutais. Nos gens ne pouvaient toujours
Doire et faire ce qu'ils appelaient Vamour, et
; ils me faisaient trembler quand je les voyais
les bras croisés. Je proposai à mon oncle de
faire des lois courtes, simples et fortes sur-
■l 1 G PIGAULT-LEBRUN
tout Je me rappelai ce que j'avais trouvé de mieux dans Justinien, Cujas et Bartole; jeloignai ce qui me déplut; je fis un petit code qui me parut très clair. J'allai aussitôt le lire à mon onde, qui n'y comprit rien, et les bras me tombèrent quand il me dit qu'il voulait faire lui-même une constitution.
tt Vous, mon oncle, vous ferez une constituiion ! — Parbleu! tout comme un autre. — Je crains qu'elle ne vaille rien. — Eh bien, j'en ferai une seconde. — Qui ne vaudra pas mieux. — J'essayerai d'une troisième. — Qui ne durera pas "^ davantage. — Savez-vous, monsieur mon neveu, que vous êtes un impertinent?— Je suis vrai, mon cher oncle. — Non, je dis, je nai pas d'esprit, c'est le chat. Allez, monsieur, allez tailler vos plumes, et quand j'aurai rêvé deux heures à cela, vous viendrez écrire ce que je vous dicterai. »
lime rappela, en effet, deux heures après. J'entrai dans son palais, je m'assis, je tirai mon écritoire et j'écrivis.
Droits de l'homme.
Chacun ici a le droit de vivre dans l'abondance et sans rien faire.
Du gouvernement
Le général Thomas, étant proclamé grand régulateur, réglera et déréglera tout à volonté.
« Tu vois qu'en quatre traits de plume voilâmes bases posées. —Oh! c'est charmant, mon oncle. — Souvenez-vous, nionsieur, que vous n'êtes que mon secrétaire ;
écrivez sans réflexions, comme Je journal du soir. »
Code civil et criminel.
Comme les hommes n'ont de différends entre eux que parce que l'un veut avoir ce que l'autre possède, personne, ici n'aura rien (mi propre.
Comme les magistrats sont inutiles où il n'y a pas de contestations, il n'y aura pas de magistrats ici.
Comme il ne faut ni prison, ni treôliers, ni procureurs, ni avocats, ni bourreaux, oii il n'y a pas de magistrats, il n'y aura non plus ici, ni bourreaux, ni avocats^'ni procureurs, ni geôliers, ni prisons.
ce Nous voilà débarrassés tout d'un coup de ce qui embarrasse le monde connu, depuis qu'on le connaît. Poursuivez, monsieur. »
Mais, comme il est du devoir d'un législateur é lairé de tout prévoir, et que je prévois tout, si, dans l'ivresse ou de sang-froid on s'injurie, ou on se frappe, les parties iront vider leur querelle, à coups de fusil. dans un coin de l'île, et le grand régulateur nommera quatre témoins, qui veilleront à ce que tout se passe dans les règles.
Si quelqu'un assassine, il sera assassine parle meilletir ami du défunt, et les assassinats ne s'étendront pas plus loin.
ce Voilà, je l'espèrf!, un code civil et crimiminel aussi court et aussi complet que possible, et tel qu'on n'en a point imaginé encore. Passons aux finances.
Des finances.
Comme le grand régulateur n'a aucun re-
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venu assuré, et que des circonstances imprévues peuvent nécessiter dts sacrifices, il sera établi par moi, dans les cas extraordinaires seulement, un impôt unique et volontaire.
« Tu sens bien que si je voulais, j'imposerais, comme un autre, la terre, les maisons, les portes, les fenêtres, les ctieminees, les ânes, les hommes, les femmes, les meubles, les voitures, le blé, la viande, le poisson, leau-de-vie, les choux, le papier, l'industrie, les grands chemins, la (3ensée et tous les objets connus; mais cela fatiguerait les cerveaux de notre bon peuple, qui craindrait toujours d'être en cont^a^ention; et puis il faudrait une nur^e de faiseurs de rôles, de percepteurs, d'exécuteurs, de commis, de sous -commis : la moitié de la colonie serait sans cesse occupée à vider les poches de l'autre. Non, pas de ça, Lisette. Un impôt unique et volontaire. — Voyons, mon oncle, sur quoi vous l'établissez. — Ecris. »
Sur la respiration.
a Sur la respiration? — Ah ! ah! ah! tu ne t'attendais pas à celui-là, hein? C'est un véritable don gratuit que mon impôt, car, enfin, celui qui ne voudra pas respirer ne payera rien.
« — Mais il me semble, mon oncle, que vous êtes déjà en contradiction avec vousmême. — Allons donc! Cela se pourrait, au plus, si j'avais fait dix mille et quelques lois. — Vous dites dans un article que personne n'aura rien en propre, et maintenant vous demandez des sacrifices. — Ah! sacredieu, tu as raison. Il n'est pas aisé d'être législateur, et je suis étonné que tant de gens s'en mêlent. Tâchons d'accoucher d'un petit article supplémentaire que tu savetteras avec le reste le mieux que tu pourras. »
Article supplémentaire.
Le gouvernement s'obligeant à fournir à tous le nécessaire et Je superflu, l'or et les bijoux seront emmagasinés, et chaque lot marqué du nom du propriétaire, qui sera maître de le retirer quand il voudra aller vivre ailleurs.
« L'article est bien, pas vrai? — Ah ! encore incohérent avec l'autre. — Va, vh, nos gens n'y regarderont pas de si près. Voyons main tenant les ariicles réglementaires : ceci exige du développement. »
Des cxpécULions.
Si vous voulez que le grand régulateur vous entretienne, vous nourrisse et vous enivre de vin et damour, il faut lui en faciliter les moyens.
« Vois-tu! je fais aussi des préambules, moi. »
Trois cents hommes seront constamment en course, et seront remplacés, au retour, par trois cents autres.
Ils iront prendre chez les autres ce qui manquera chez nous.
De la force armée.
Il y aura tous les jours cent trente hommes de garde.
Quatre-vingt-dix seront employés à la garde de ma personne et des forts; le reste fera des patrouilles et veillera à ce que nos esclaves ne coupent pas les oreilles ou mieux que cela
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à ceux de nos messieurs qui seront tombés sous les tables et sous les bancs.
A cet effet, chaque homme de garde sera tenu de conserver sa raison, et, pour cela, il ne lui sera alloué qu'une bouteille de vin pour ses vingt-quatre heures.
Mais comme il n'est pas de sacrifice qui qui ne mérite une indemnité, la garde descendante vivra à discrétion pendant les deux jours suivants.
De la rrpartition des esclaves,
tous les travaux publics et domestiques seront à la charge des esclaves.
Le grand régulateur en aura quatre pour son service particulier, l'amiral trois, chaque officier deux. Il en sera attaché un à six soldats ou matelots.
Soixante-dix entretiendront les forts, les armes, déblayeront, arroseront les rues, et, pour se reposer, feront la chasse aux maringouins.
Les quarante restant feront la cuisine, mal d'abord, et bien au bout de quelques jours, parce qu'ils seront battus jusqu'à ce que leurs ragoûts soient mangeables.
Comme il n'est pas de bon gouvernement sans économie, et qu'il faut en même temps que les esclaves vivent pour continuer à servir, il leur sera accordé une demi-livre de biscuit par jour, une heure pour oêcher ou chercher des coquillages, et l'eau de la rivière tant qu'elle en pourra fournir.
tt Ceci me conduit naturellement à traiter de la bonne chère, qui n'est pas l'article le moins important pour moi. »
MON ONCLi: THOMAS 221
De la table.
Le grand régulateur sera servi dans son palais, et comme il doit représenter et traiter souvent ses hauts ofliciers. ses rations solides et liquides ne sont pas fixées.
L'amiral aura par jour trois livres de bœuf, trois livres de porc, la moitié d'un mouton, six livres de pain, douze bouteilles de vin et deux de rhum.
Les capitaines auront moitié de cette ration.
Les autres officiers le tiers.
Les soldats et les matelots auront deux livres de viande, deux livres de pain, deux bouteilles de vin et une demi-bouteille de rhum.
On se rassemblera au son de la cloche dans les maisons indiquées pour les repas, selon le grade de ch;icun, et on sera exact, parce qu'on n'attendra personne.
Les dames mangeront chez elles, parce qu'il est bon qn'on les trouve à toute heure.
Des cafés et estaminets.
Après le dîner, ira prendre le café qui voudra, et autant qu'il en voudra.
Deux fois par décade, il sera délivré pour les estaminets huit pièces de vin de deux cents pots, qui seront bus par les matelots et soldats qui voudront s'amuser honnêtement. Là, ils trouveront des pipes et du tabac, et pourront en emporter ce qu'ils jugeront nécessaire à leur consommation.
Les olTiciers qui ne seront pas de service
pourront s'enivrer tous les jours, dans un estaminet qui ne sera ouvert que pour eux.
Des vêtements.
Quiconque aura son habit usé en ira prendre un neuf au magasin.
Quiconque aura une chemise sale l'iratroquer contre une blanche.
Comme il n'est pas de bon gouvernement qui ne cherche à tout utiliser, les habits et le linge seront faits, raccommodés et blanchis par les nourrices et celles de nos dames dont la société ne se souciera pas.
Dd la population.
Le mariage étant insupportable où il est indissoluble, et ne signifiant rien où le divorce est admis, on ne se mariera pas du tout.
Mais comme il faut des enfants pour perpétuer une colonie, et qu'il est très amusant d'en faire quand on n'en est pas chargé, on en fera tant qu'on pourra, et les mères seules en auront soin, selon la destination que leur a donnée la nature.
La nature les destinant également pour l'homme, ces dames n'en pourront refuser aucun. Mais pour le mantiendes mœurs publiques, et afin d'éviter tout conflit, le premier qui entrera chez une femme accrochera son bonnet en dehors de la porte, ce qui voudra dire à celui qui surviendrait : Passer; à un autre numéro.
La faiblesse paternelle étant contraireaux progrès des enfants, les nôtres se dévelop-
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peront de boiiue iicuic, |jai-cti quaucun ne connaîlra son père.
Aussi, (lès l'âge de dis: ans, les garçons seront mousses ou tambours.
Dès l'âge de huit ans, les filles sauront faire des mines et iouer de 1m prunelle, et à quinze ans on en fera de p'tites mamans.
Ceux qui violeront un des articles de la ■présenti' constitution, librement acceptée, seront déportés surles côtes du Chili, et leur or t^t cnrs bijoux confisqués au profit du grand régulateur.
Après avoir tini de me dicter cette admirable prodnciion. mon oncle, enchanté de lui-même, fit battre la générale, rassembla toute l'armée, me fit hisser en haut d'un palmier pour qu'on m'entendît de plus loin, et m'ordonna de lire à haute et intelligible voix. Je tirai mon cahier de ma poche, je criai h lue-tète, et je ne dus être entendu que de la très faible partie de mon auditoire : Aiirsa habent, et non audlcnt. Aa reste, qu'on ait entendu ou non, qu'on ait compris ou non, la constitution de mou oncle fut reçue à l'unanimité, parce qu'elle convenait à beaucou;), que le mode do gouvernement était iiiiliféreat au plus grand nombre, et que les autres n'auraient rien gagné à dire: Non.
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