‹ Mon oncle Thomas (volume 3)Chapitre 4 sur 7 · Tome IL Q · texte numérisé non relu

Tome IL Q

Seymour promenoit sa rêverie dans les rues de Londres : il étoit à pied et seul , pour être dispensé de parler ou de répondre. 11 se trouva , sans s'en douter, contre les marches de l'église de Saiut-Faul, qu'il ne voyoit pas , quoiqu'on l'apperçoive de deux lieues à la ruade. Il se heurta contre le premier degré , fit un faux pas , se foula un pied, jeta un foible cri, et s'assit pour laisser à la douleur le tems de se dissiper. Ce foible cri lit lever la tête à Fanny Thompson , qui travailluit sur un banc à la porte du magasin de son père j ses yeux se portèrent sur Sevniour , ceux de Sejmour sur Fanny , et ils di^oient chacun de leur côté : Qu'elle est jolie ! Qu'il est bien !

Un jeune homme intéressant, intéresse davantage quand il souliie. Fanny n'avoit que quinze ans , elle ne connoissoit pas le monde, elle ne connoissoit pas même son cœur ; elle céda sans rcflexiun à l'impulsion secrète qui la guidoit. Elle se leva, s'approcha de Se>Mnour les yeux baissée , et louge et fraîche comme le bouton de rose qui commence à s'ouviir , elle proposa au beau jeune homme de venir se reposer sur son banc , où il seroit mieux que sur la pierre. Elle avança son bras mignon, en faisant une petite révérence ; ôeymoui' s'appuya sua ce bras légéremeat.

^ 75 ) de peur de le fatiguer , mais bien assez pour le sentir. Le premier effet du touclier iut pour tous deux celui du coup électrique. Fannj leva les yeux , mais elle les baissa aussi-tôt ; ceux de Seymour la brùloient. «De grâce, lui dit-elle, soutcnez- » moi à votre tour : je me sens prête à » déraillii', et pourtant je crois que jô » suis bien-aise. »

Ils traversèrent en silence la petit© place qui sert de parvis à Saint-Paul , et ils s'assirent sur le banc , sans se parler, sans se regarder. De légers soupirs que l'innocence ne pensoit pas à étouffer, leur f.iisoient dire bien bas : Je suis auprès d'elle. Il est encore là.

Le père Thompson avoit allumé sa pipo de longueur , et se disposoit à expectorer pendant une demi-heure, en regardant les passans du seuil de sa porte. Il voit Seymour à côté de sa fdle , et demande ca qu'il veut. Seymour embarrassé se tait j Fannv prend la parole : les femmes dans tous les cas conservent une sorte de présence d'esprit : Fauny ne savoit pas mentir, mais ce n'est pas un crime d'ajouter à la vérité. Elle peint l'accident de Sevmour avec les couleurs les plus fortes ; Thompson , plein de bonne foi et de franchise , lui croit le pied démis , et l'engage à entrer. Ou ne refuse guères ce qu'on désire 5

Sevmour , qui a eu le tems de se remettre , se( oade la ruse imiucenle de Fanii y : 51 hohe très-bas, seulenu sur l'épaule (in bon père. F.iiiny , sans y penser, avance sa main blan. hette , celle de Scjuiour la renrontre ; elles se pressent, et l'incarnat du plaisir les embellit tous les deux.

On passe dans l'arrièie boutique ; le bon père déchausse le jeune liomme, pendant que Fanny imbibe des compresses d'eau-de-vie camphrée. Thompson pose l'appareil , et fait prendre un cordial au blessé : la blessure étuit au cœur , et les cordiaux ni les compresses ne peuvent xien à ce mal-là.

Pendant et après le pansement , Seyïriour et Fanny , qui ne savoient pas feindre, se regardoient si constamment, et avec tant d'ivresse , que le père Thompson s'en apperçut. Comme le père d'une Jolie fille est toujours soupçonneux : il demanda au jeune homme , à qui il avoit eu le bonheur de rendre service. Au nom de Sey mour , il fronça le sourcil , et envoya chercher un carrosse de place. Il aida le blessé à v monter , et lui dit en lui serrant la main : « Ma fille ne peut » être votre femme y elle n'est pas faite "» pour être votre mailresse : n'oubliez V pas que j'ai exercé l'iiospitalité envers » vous. Adieu.

» Hé , pourquoi ne seroit-elle pas ma V femme , disoit Sevmour en roulant ?

» Pourquoi ne seroit-il pas mon mari , ï> pensoit Fannj h^isqu'il s'éloigna ? Ma » iille , lui dit Thompson , vous pouvez » faire le bonheur d'un honnête bour- 5> gcois : songez qu'une fille sans réputa- »> tion ne convient à personne. Le bon- » heur d'un honnête bourgeois ! reprit » Fsnnj d'un ton timide ; ])ourquoi pas » aussi celui d'un lord ? — Vous le feiiez » un moment , il vous tromperoit en- » suite : oubliez-le, je le veux. » Fille de quinze ans ne croit pas qu'un beau jeune homme puisse être un trompeur, et Fann y no crut pas un mot de ce que lui disoit son père.

Elle ne dormit pas de la nuit , Se^ymour ne ferma pas l'œil , et ils se levèrent avec l'éclat de la rosée , que brillantent les premiers feux du jour : pensers du bonlieur valent mieux que le sommeil.

Le matin, Seymour passa devant Saint- Paul j le banc étoit à la porte , mais Fanny n'y étoit pas ; son père le lui avoit défenilu : la défense lui paroissoit injuste, mais elle étoit resy)ectueuse et soumise. Du fond de sa boutique , où elle travailloit sans voir son ouvrage , elle apparent Sejmour ; elle soupira, et ne se permit rien de plus.

( 7^ ) Sevmour passe , repasse ; cliaque fuis il

obtitMit un soupir, mais Faiinv reste sur sa chciise : l'amour veut l'en arracher , mais la piété filiale l'y relient. Seymour trûle (le lui parler : il a tant de choses à lui dire I II fuut au moins un prétexte })our entrer , et il en trouve bientôt un. 11 étoit tout simple de remercier le père Thompson des attentions de la veille, et Sejmour traverse le parvis en tremblant; Il lait deux pas , il s'arrête , il reculo , il fivauce , le cœur lui bat avec force : il est beau comme. le désir. Fannj , qui n'a pas perdu un mouvement, s'embellit de même sans s'en douter : elle n'a pas quitté sa chaise , mais elle sourit en vojant soa amant à ses pieds. *

Le père Thompson étoit sorti : Seymour pouvoit tout dire , et il ne trouvoit pas un mot. C'est qu'il n'en est pas qui peipjne l'amour , et l'amant qui cherche à le définir sacrifie à l'esprit , aux dépe>i3 de son cœur. Leurs doigts étoient entrelacés 5 Fanny, penchée avec intérêt vers Sejmour , respiroit son haleine brûlante, ses lèvres rosées attendoient le baiser , son œil humide annonçoit sa défaite. Sa position , un ficlm innocent et perfide qui tralnt sa confiance , tout ajoutoit à l'ivresse de Seymour; sa tête se perdoit...., « Laissez-uiui fuir , dit-il eu dégageant ssi

( 7P ) r main , vous n'êtes pas en sûreté. >> Il se

Icurue pour s'éloigner, le père 'J'Iiomp-

soii est devant lui : c'est la foudre. Sey--

Jtiour est à ses genoux , il les mouille de

ics iarnies , et Fannj interdite ne coin-

])rend rien à ce qui se passe.

Le père Thompson relève Seymour et ie console. Il Ma fille vous aime , lui dit- > il, c'est un malheur ; je ne lui en ferai » pas de reproches : vous ètea un hunuéte >^ homme, et cela me rassure. Cependant >• je vous conjure de ne plus revenir ici : » promettez-le-moi par celte probité à >" qui j'ai dû une fois l'honneur de m£| >^ tille. — Ne plus revenii' ! ne plus reve- >^ nir ! répétoit Seymour. — Elle est per- >j due si elle vous revoit. Grâce pour >' Fanny , grâce pour son vieux père. >r i.t Thompson à son tour erahiassoit lesi.cnoux du jeune lord. — « Je ne revien- ••> di- li pas , je le jure par l'honneur. Il ;> m'en coûtera sans doute , mais je cou- >^ serverai votre estime. » 11 dit , et disparoît.

Deux jours s'écoulent.... Qu'ils sont le ;igs les jours de douleur ! Plus de gaîté j)our Fanny , plus de repos pour Seyr.iour. Incapable de manquer à sa parole , il cherche à accoixier son amour et son honneur.

Tantôt il vouloit s'ouvrir à son père ,

et luî demander son aveu ; tantôt il se proposoitde fléchir la sévérité de Thompson , et de l'engager à recevoir ses visites jusqu'au tems où il seroit maître de lui ; mais avec un peu de réflexion , il sentoit le danger du premier parti , et la solidité des raisons que lui opposeroit le père de Fanny. Cependant il ne pou voit vivre sans elle. « Elle m'est nécessaire , disoit-il , » comme l'air que je respire , et j'ai pro- » mis.... j'ai promis de ne pas retourner »> cliez elle : je ne me suis point engagé à » ne plus la revoir, à ne pas lui écrire. » Et le voilà à son seciétaire , brûlant le papier, fermant sa lettre, et ne sachant comment la faire parvenir.

Il sentoit que sa grande jeunesse empêcheroit les domestiques de la maison d'entrer dans cette intrigue. Le vieux Dick l'avoit élevé, et l'aimoit tendiement; mais par cela même Ditk lui sembloit à craindre , et si son attachement le rendoit indiscret , riionnete Thompson devenoit l'objet de l'indignation d'une famille puissante. Cependant on n'écrit point pour n'être pas lu ; on n'écrit point sans compter un peu sur une réponse , et il est dur de renoncer à cet espoir-là.

Comment faire .' Scjmour n'en sait rien ; mais il sort , et marche au hasard j il trouve uu commissionnaire , il le charge

. C 8i ) de sa lettre ; il court après lui , il la reprend : il craint que Thompson ne soit dans sa boutique. Il se dépite, il soupire, il mar< lie toujours , et inseniiblernent il approche de Saint-Panl ; il y entre par la porte apposée au liienhenreux parvis ; il est auprès d'elle, et déjà il est moins malheureux ; mais cela ne suffit pas : la lettre est encore dans sa poche.

vSi Faiiny l'avoit , on la supposeroît occupée à la lire, à y répondre ; elle la baiseroit peut-être j on ne s'en flatte pas , mais on caresse cette idée.

Vn vieux ministre traverse la nef; son vêlement annonce une extrême médiocrité : Sejmour l'aborde avec contiance.

Pourquoi ne douto-ton jamais de la condescendance du pauvre ' C'est parce qu'on sent qu'il a besoin de tout le monde , et que l'homme nécessiteux est rarement délicat.

L'imagination va rapidement , et surtout en amonr. Les désirs du jeune homme se bornoient d'abord à faire rendre sa lettre ; l'habit du ministre fait naître un dessein plus vaste : la religion toujours sévère peut ici favoriser l'amour.

vSevmour vivoit à la cour, il avoit l'esprit avancé , et il mit dans ses propositions la décence qui pouvcit seule les rendre supportables à un homme de cet

état. « J'aime une fille charmante , lui « dit-il, mou père, ivre d'or et de e;raii- » deiirs, me la refusera : je ne prop<tscrai »> point à Thompson un mariage secret , » il s'en otfenseroit , il le doit ; mais il » est pêie , et il pardonnera à l'époux de »> sa fille. J'.ittends de vous un service qui •» n'est point incompatible avec l'exacte » délicatesse : assurez à Fanny mon rang »> et ma fortune , à tous deux le bonheur, » et comptez sur la rsconnoissance de » Seymour. >^

A ce nom , le bon ministre effrayé , représente an jeune homme les inconvéniens d'une union disproportionnée , secrète et méconnue par la loi ; le dégoût qui pouvoit la suivre, l'état humiliant où Fannj soroit réduite si son époux l'aban- «lonnoit ; les regrets qu'il éprouveroit luimême , si sa condescendance n'avoit servi qu'à faire une infortunée. Il engagea Seyniour à se vaincre , et il l'assura que bientôt une inclination nouvelle et plus convenable lui feroit oublier Fanny.

Seymour éloit plein d'honneur ; il ne put souffrir qu'on le crût capable de trahir ses sermens : il se défendit avec l'éloquence du sentiment , et il persuada avec la facilité que donne l'éloquence. Une Louise de cent pièces aciieva de lever les scrupules j le mariage lut arrêté : il ne

manquoit que le consentement de Fanny,

Pouvoil-elle rien refuser à Se) niuur , pouvoit-elle rien opposer aux raisonnemeus d'un ministre des autels ? Celui-ci ]a vojoit tous les jours , et n'étoit pas suspect à Thompson j il servoit Seymour avec chaleur, et il ne falloit plus qu'indiquer le moment qui devoit l'unir à Fannj.

Un jour, à cinq heures du mnlin , elle se dérobe de la maison paternelle. Klle ne pense point qu'elle mamiue à son pèie, et peut-être à elle-même ; elle ne voit que Sejmour, il est tout pour elle: elle lui donne une nouvelle vie.

Fann y se glisse dans le temple ; son amant l'attendoit à l'autel ; deux pauvres entendent le serment : jamais on ne 1© prononça avec autant d'ivresse, ni avec un respect plus religieux.

La cérémonie terminée , Se vmour présente la main à son épouse j il la conduit à un carrosse de louage qui attendoit derrière Saint-Paul : ils sortent de la ville» et descendent à une simple auberge de village. Une chambre modeste, un repas frugal, point de parens , d'amis, l'amour tient lieu de tout cela ; il fait seul les liais de cette délicieuse journée.

Dans un de ces momens d'intervalle OÙ le cœur aime à s© reposer, et où il

j«uit dans le recueillement , l'heureusô Fanny prononce le nom de sou père :

aussi-tot Sejmour éciit. Sa lettre est respectueuse et soumise j elle doit désarmer le vieillard.

La voiture qui les a amenés , repart pour Londres en diligence. Le cocher arrête à cent pas du magasin de l'hompson j il se présente au bon père, et lui remet la lettre. |

Thompson avoit passé une partie de j ]a journée dans les plus vives inquiétu- } des. Il avoit été chez tous ceux où il \ croj'oit pouvoir trouver Funnj , et il *' n'avoit pai lé d'elle à personne : un mot inconsiùéié pouvait nuire à sa réputation. Il se rappela 8ejmour ; il crut sa jfille déshonorée , et rentra la mort dans l'ame.

La lettre du jeune homme mit un terme à ses inquiétudes , et ne calma point sa douleur. Il sentoit que l'état de sa fille dé[jendoit uniquement d'un jeune homme de seize ans, et sait-on à cet âge ce qu'on i fera le lendemain .'

L'idée de Fanny abandonnée et perdue, lui arraclioit des larmes. Il pleuroit en montant en carrosse j il pleuroit encore en entrant dans la chambre où étoient les jeunes époux.

* Je ne vous ferai point de reproches ,

» leur dit-il ; le mal est sans remède, et n les pleurs que je verse sur vous démen- » tiroient la sévérité que je voudrois en » vain afterter. Puisse Fannj ne pas » pleuier à son tour sou excessive faci- V lité ! Puissiez-vous , milord , ne jamais » oublier que vous vous êtes cliari;;é du y bonheur de sa vie ! \'enez, mes enfans, » que votre père vous bénisse , et que » Dieu vous bénisse avec lui. »

On s'entretint avec assez de calme , et on convint des mesures à prendre pour cacher ce mariage à tout le monde , et sur-tout au vieux lord Seymour. Thompson obtint avec peine du jeune homme , impétueux , ardent , que jamais il n'approcheroit de cliez lui. Pour le dédoin- Itia^er de ces privations , il lui promit de lui amener sa jeune épouse à la campagne , les jours de dimanches et de fêtes 5 il lui permit de lui écrire tous les jours j mais il fut encore arrêté que Panny ne répondroit jamais , de peur que ses lettres ne tombassent entre des mains à redouter.

La nuit approchoit. Seymour ne pouvoit la passer hors de l'hôlul , sans donner sur sa conduite des soupçons qu'on chercheroit à éclaircir, et peut-être avec trop de succès. Il falluî sacrifier une par? Tome IL H

( 86) tie de son boiilieur , pour en assurer la durée.

Mais le dimanche suivant , Seymour se lève avec l'uurore ; il monte son meilleur cheval , il court , il vole ; il est à Hamptoncourt , et les maisons ne sont pas encore ouvertes. Fannj , de son côté, se donne à peine le tems de s'habiller. En se laçaiit elle va de sa chambre à celle de son père , elle le presse , elle passe sa cravate , elle lui présente sa perruque ; elle revient, elle attache sou petit chapeau de paille, et le noue sous le menton avec un ruban moins trais cju'elle j elle rentre chez son père ; il n'est pas prêt encore , et un geste d'impatience , et la

plus jolie petite mine Thompson la

voit dans son miroir, il sourit, il se liâte, il prend son chapeau et sa canne , on part , on arrive; Sejmour est à la portière; il reçoit Fanny dans ses bras.

Le père Thompson étoit de trop. Il avoit été jeune , et il s'en souvint. Ordinairement occupé de son commerce , il jugea à propos ce jour-là de s'ériger en politique pour aller lire les journaux, en fleuriste déterminé pour viiiter les jardins. 11 sortwit à chaque instant, restoit dehors des heures entières , et rentroit toujours trop tôt au gré des jeunes époux. La journée s'écoula avec rapidité : 1«

tems vole pour los amans heureux. Ah ,' pensoit le boii Thompaou en revenant à la ville, si celte ivresbo pouvoil toujours durer !

Cependant milord Seymour s'orcupoit sérieuseruenr de l'avani enient de son tils. Milord Chatam , son parent , premier ministre et dispensateur des i^races , avoit reconnu dans le jeune homme une probité sévère, un jugement sain, un esprit ^solide et capable d'application , et il le destiaoit à lu première place de la magistrature. Le grand chancelier commençoit à vieillir: il devoit dans quelques années ne désirer que le repos. Il avoit une fille iinique qui n'étoit pas belle , qui n'éloit pas née sur le trône , mais qui avoit un million de revenu , et milord Chatam avoit engagé son parent à se relâcher de ses prétentions , et à consentir que son fils devint simplement un des plus éminens et des plus riches seigneurs des trois royaume.

11 étoit indispensable, pour l'exécution de ce plan , que Sejmour étudiât le droit public. Son père lui confia ses projets, lui annonça qu'il passeroit deux ans à l'université d'Oxford , et lui fit préparer un train conforme à son rang et à sa fortune. Seymour apprenoit à dissimuler.

Il parut entrer dans les vues de son pèie ,

(S8) et il refusa seulomcnt cette suite de valets , qui seroient autant d'espions >ie ses démarches : l'amour n'uinie pas les témoins. Il ne voulut que le vieux Dick, et il observa à son père que l'éclat s'a- corde mal avec l'étude. Il dcclara que son intention étoit de loger et de vivre avec les autres pensionnaires , pour suivre les cours avec plus de facilité. Confondu dans la foule, il étoit sûr de n'être pas remarqué , et c'étoit ce qu'il vuuloit.

Il parla à Thompson et à sa fille de la place distinguée où on se proposoit de l'élever , il se tut sur le mariage qui devoit la lui assurer, pour leur épargner de vaines inquiétudes , et il arrangea ainsi ses petits plans de bonheur.

Fanny avoit une tante à Harford; cette tante étoit infirme , et il étoit assez naturel qu'elle désirât avoir sa nièce auprès d'elle. Thompson aimoit sa fille ; mais elle étoit l'unique héritière de sa tante , et il étoit tout simple que Thompson sacrifiât sa satisfaction personnelle aux intérêts de Fanny. On persuada aux amis et aux voisins qu'elle partoit pour Harford , et on lui faisait des habits d'homme , pour suivre son époux à Oxford.

Thompson avoit fortement combattu ce projet, qui avoit aussi ses dangers. Mais il étoit plus dangereux peut-être de se-

parer de sa fille , pour «n ternie aussi long , un jeune liomnie qui avoil les passions vives , et qui Irouveroit à Oxford des objets et des pl.iisirs nouveaux. I^e bon Thompson céda; sa fille partit pour Harlurdj elle passa quelques jours auprès de sa tante , et repartit, sous l'extérieur du plus joli garçon des trois royaumes , pour s'aller réunir à ce qu'elle aimoit uniquement.

Sejmour ra"oit annoncée à Dick.

comine un pauvre gentilhomme avec qui il étoit lié dès l'enla nce , qui vouloit étudier pour obleiiir un béiiétice , et qui venoit recevoir de lui les secours que ses parens ne pouvoient lui donner. En conséquence on s'ctoit logé un peu grandement, et ou s'étoit fourni de ce qui peut rendre la retraite agvt-able à deux jeunes gens qui veulent éviter la dissipation et les plaisirs Jjrujans.

Cependant le vieux Dick ne fut pas long-tems dupe de celte prétendue amitié. Des mots écb.appés , des caresses imprudentes , presque toujours un lit commun; tout cela éveille le soupçon. Dick observa , épia , il surprit Fanny à demi-nue, et Seymour ne trouva d'autre mojen de la rétablir dans l'estime du vieillard, que de le mettre dans sa conllde ice.

Dick tenoit à ses devoirs autant qu'il

C 90 ) aimoit son jeune maître. Il balança entre l'intérêt qu'il lui inspiroit , et ce qu'il devoit au vieux lord. Il pensa enfin que Sejmour étoit incapable de trahir celle à qui il avoit donné le titre d'épouse j il jugea qu'un aveu de cette nature brouilleroit le père et le fih , sans rien changer à la situation des affaires ; il se tut , et. attendit tout du tems.

Voilà où en étoit ce couple si jeune , si tendre , si intéressant , lorsque mon oni'le Pli obtint plus qu'il n'auroit osé espérer.

« Corhleu ! dit Thomas quand ladj ï) Sçymour eut cesse de parler, je savois » bien que je vous serois bon à quelque »> chose. Je dois passer par Londres , j'i- » rai voir milord vSeynmur , je lui dirai » que sa bru est digne d'une couronne, » que je veux qu'il approuve son maria- » ge ; et s'il est récdhilrant, je vous dé- » bryrasse de ce père-là. »

Ce projet fou ht jeté»- les hauts cris à Fannv et à Seymnur. Mon oncle toujours opiniâtre , n'en voulu:! pas démordre ; les jeunes gens eurent beaucoup de peine à lui f.^ire entendre «jue cette violence les perdroit sans retour, et il ne se rendit que lorsque Fanny lui eut fait observer qu'un adversaire de soixante ans u'étoit pas digne de lui.

Pour reconnoUre sa docilité , on I© chargea d'une lettre pour Thompson; on lui rappela ^•e^^)alenleilt mille détails dont il auroit à lui rendre compte. Thomas protesta qu'il emhrasseroil le brave homme de toute son ame , et que , s'il oublioit une partie de ce qu'il veiioit d'entendre , il j substitueroit des choses de sou cru, qui ne seroient pas sans mérite.

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