‹ Mon oncle Thomas (volume 3)Chapitre 6 sur 7 · CHAPITRE VJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJ

Cid paraîtra incroyable , et qui l'est moins que la surprise de Crémone.

's rit , on c])ante , on boit en prison comme ailleurs , quand on a de l'argent. Le gousset de mon oncle étoit passablement founii i il faisoit régulièrement ses

( '°7 ) . . . ^ quatre repas , et comme il aimoit la société , il régaloit de tems en teins trois ou quatre amis qu'il avoit choisis parmi ca qu'il y avoit de plus brave et de plus crapuleux daii^ l'espèce de bagne où il étoit renfermé.

Avec les dispositions heureuses qu'il avoit reçues de la nature , ces messieurs lui firent faire du chemin en peu de tems. Ce fut d'eux qu'il apprit que la morala est inutile , la relij^ion un préjugé , la probité une duperie. La conséquence da cette première donnée est que les hommes n'ont rien en propre, que la terra est à tous , et que tous ont un droit égal à ce qu'elle produit. Malheureusement il lie pouvoit mettre en pratique à Yarmuutlx ces principes sublimes i mais ils germoient diiiis son ame j ils y fructiliuient , et il u'altendùit que le moment qui le rendroit à lui-même , pour sortir tout à fait de la classe conmiune.

Cependant on ne va pas très-loin avec sept à huit guinées , quand on vit bien et qu'on se permet de traiter. Mon oncle , qui u'avoit jamais possédé un pareil trésor , l'avoit cru inépuisable , et , comma il est dur de renoncer à un certain bienêtre , il prit de l'humeur quand il fut à sa dernière couronne. Il devint bri.tal et querelleur quand il se vit l'éduit au paia.

, , ( 'o8 ) eux fèves et à l'eau du roi Georges. MaÎB il avoit pris sur ses camaratles uii ascendant qu'il avoit dû d'abord à sa petite opulence , et qu'avoient augmente et soutenu une figure mai tiale , un caractère énei gique , et un espiit capable de conceptions hardies. Ses compagnons de malheur avoient pris insensiblement l'habitude de lui céder en tout; ils lui pardonnoient ses brusqueries , et ils étoient disposés à suivre l'impulsion qu'il plairoit à Thomas de leur donner. Il étoit chef de parti sans le savoir , et sans autre droit qvie celui

Quii/i esprit vaste et Jerme en sss desseins ,

A. sur i'esprit grossier des vulgaires humains.

Il soupiroit pour sa liberté , sans avoir imaginé encore que la force ou l'adresse pût la lui renore. Dea murs élevés , des p ) les solides , des gtoiif rs actifs , et une garde militaiie ne lui perti:cltoient pas de se livrer à un eapuir chimérique ; sou ima^inai-ion mèine ne s'j etoit jamais' arrêtée , et pendant cinq à six mois , il avoit trcni]-é l'ennui qu'amène l'oisiveté , en apprenai.t a trer dus armes , d'un maître à qui il vuseignoit à jouer du flageolet.,

Tt , , ( '09 )

Un événement, très-l'oibleen lui-même, amena une étrange révolution dans les prisons d'Yarmouth : les guiclictiers avoient apporté la pitance du jour , et le roi Georges, ou le geôlier en cl)ef avoit jugé à propos de retrancher la livie de beurre qui aissaisonnoit ordinairement trois boisseaux de fèves dures et noires. Un prisonnier se permit quelques observations assez fortes , auxquelles l'homme de garde qui accompagnoit la chaudière , répondit par un coup de bourrade qui jeta le raisonneur à la renverse : c'étoit justement un des clienapans que mon oa-# cle avoit pris en aiïection.

« Sacredieu ! s'écria-l-il en français ^ il u faut que nous sojions bien bètes pour » nous laisser traiter ainsi par une ving- » taine d'hommes , parce qu'ils ont des » fusils. Prenoas les t lefs de ces marauds- » là , sortons , la garde fera feu , mais » elle n'en tuera que vi.igt j les autres » prendront fusils et cartouches , et se- » ront hors la ville avant que la garnison M ait le tems de se mettre sous les armes; I» on gagnera le bord de la mer , on s© » jeteradans cinq à 'iv bateaux pê heurs, » et on fera voile pour la France. Allons , » amis , à moi j » et il prend au collet le soldat qui a terrassé son camarade , et il ,le désarme , et les autres fouillent les gui- TQme IL K.

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cTietiers , et les clefs sont enlevées , et les portes ouvertes.

Mon oncle, en sa qualité de clief, sort le premier, les autres se précipitent après lui , lu gaide se range à la hâte, les Irauçais essuient la décharge , dix-huit tombent, Thomas n'est pas touché. 11 s'arme, il charge en marchant , ses compagnons l'imitent, et les voilà sortis de l'enceinte, ayant vingt coups prêts à tirer.

Ils marchent précipitamment , mais en Bon ordre. Ils ne connoissent pas la ville , et au détour d'une rue ils tombent sur ua poste de trente hommes qui avoient eu le tems de se mettre en défense. En un instant la baïonnette a décidé l'affaire ; les anglais sont culbutés , l'un d'eux est pris, Tfiomas le force à lui servir de guide , et lui ordonne de le conduire vers la mer.

Le soldat troublé, ou capable d'une ruse de guerre , obéit ; mais il fait sortir les français par la porte du port , et les met sous une redoute qui en défend l'entrée. Thomas furieux , lui casse les reins d'un coup de fusil , et au même instant la fcatterie du fort tiie à cartouches, et jette trente à quarante de ces braves sur le pavé. La générale bat dans la ville , déjà les compagnies se forment et marclient, Thomas va être pris entie deux feux, il n'espëre pas de quartier i un prodige seul

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