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hardi , un lête-à-tète avec le substitut du roi , les marques de considération qu'il en recevoit , l'embarrassèrent cependant jusqu'à nn certain point. Le ministre le fixa , et sembloit l'inviter à parler. Thomas perdît contenance , et ne sonna mot ; il ne sa\oil par oii commencer : son air gauche et. neuf confirme monseigneur dans l'opinion qu'il avoil d'rbord conçue de mon cmle. Il crut devoir mettre à son aise un homme étranger aux usages , et habitué à vivre avec des nègres : il fit donc le premier pas. « À qui . monsieur , ai-je l'hon- » neur de parler ? — Au marquis de la » Thomassière. — Au marquis ?... — I)e
» la Thomassiere , je vous dis. Je ne
» connois point votre maison. — Hôtel » Grande-Batelière. — Plaît-il , monsieur ? » — Eles-vous sourd , monseigneur ? —
» Non , monsieur , et — Je vous ai dit
» mon nom et ma demeure ; voilà qui est » fini. — Savez- vous à qui vous parlez? — • « Comment ! n'êtes-vous pas le ministre » de la marine ? — Vous paroissez l'ou- » blier. — Je ne vous entends pas , mou- » seigneur. — Tant pis pour vous , mou- » sieur. Au fait : que voulez-vous ? — Un » vaisseau de cent canons. — A comman- » der ? — Parbleu ! — Monsieur est donc » dans la marine ? — Oh , que de ques- » lions » I Et mon oncle , qui s'est parfai-
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ièment remis , raconte son évasion cPlarmouth , et les hauts faits que vous avez lus. Le ministre , qui dès le commencement de la narration voit à quel homme il a affaire , prend tout à coup un air troid et distrait, écoute à peine le narrateur, et joue avec son épagneul. « Savez - vous , » monseigneur , qu'un homme comme moi » mérite votre attention , et que lorsqu'il » vous parle , vous pourriez laisser votre » chien de côté ? — Savcz-vous , mon ami , » que l'argent que vous avez gagné est » fort au-dessus de ce que vous pou\iez » prétendre , que vous n'avez rien à at- » tendre du roi , qu'il ne vous convient » pas de déranger ses ministres pour leur » débiter des fadaises , et que je vous con- » seille de vous retirer doucement , tres- » doucement , si vous voulez que j'oublie » votre impertinence. — Si vous voulez » que j'oublie la vôtre , je vous conseille , » moi.... — Faquin , taisez-vous , et sortez. » — Ni l'un, ni l'autre. — Ah, c'est trop » fort ». Le ministre appelle , et fait mettre mon oncle dehors par dix ou douze valets qui ne lui donnent pas le lems de se reconnoître , qui le portent dans sa. voiture t, et qui le consignent à la porte.
« Hé bien , disoit Thomas , en retour- » nani chez lui , ce chien de Vernier ne » m a-t-U pas prédit lout ce qui m' arrive ?
( io3 ) » C'est un homme d'une grande capacité » que Vernier , et , ma foi , c'est lui seul » qu'il fbiu croire. Au diable le ministre , » mon marquisat , et ma royauté : je vais » me foire bourgeois , c'est plus facile », Avec mon oncle , une résolution prise étoit aussitôt exécutée. Il congédie son valet et Je remise , il envoie chercher un fripier et un bijoutier, il leur vend mille écus ce qui lui a coûté dix mille francs , il paie son hôte , fait venir un fiacre , y porte quatorze mille francs qui lui restent , et va orner chez le beau-frère , avec qui il vouloit à toute force se raccommoder.
Vernier comptoit un peu sur cette visite : il avoit oublié la manière dure avec laquelle Thomas l'avoit éconduit ; il le reçut avec cordialité , et applaudit sincèrement aux résolutions sensées qu'il avoit prises. Vous pensez bien que l'orgueil l>iesse ne permit pas à mon oncle de raconter exactement ce qui s'étoit passé chez Je ministre : bien des gens , plus modestes q^e mon onde , ne convlendroient pas qu on les ait mis à la porte. Thomas dit vaguement qu'on avoit rejeté sa demande que ce refus le dégoûloit tout-à-fait des grandeurs , et devenu docile par sa disgrâce il se prêta aveuglément à tout ce que voulut Vernier. II consentit à prendre des leçons de lecture et d'écriture ; il
promit qu'il iroit en apprentissage chez un maître bonnetier voisin , et on convint qu'on arrêieroil dans l'après-dîner un loçement convenable et en bon air , c'e>t-àcliie , très-é!cvé , ou on vivrcit ensemble , et qu'on paieroit en commun. Rien de tout cela n'étoit du goût de mon oncle , comme vou> pouvez le croire : il lui venoit mille objections à l'esprit ; mais humilié de la scène du malin , et presque converti à la raison , il se contenloit de soupirer , il se taisoit, et Vtrnicr et sa femme se regardoient d'un air qui vouloit dire : Enfin nous en ferons quelque chose.
Le logement choisi , Vernier y mit aussitôt les ouvriers : il ne vouloit pas qu'il fût beau, mais il falloit qu'il fût propre , il lalloit sur-tout ne pas perdre de teins avec un homme comme Thomas , qui a ebaque instant pouvoit lui échapper. Il recommanda donc la plus grande diligence, et pendant qu'on se mit en devoir de le Satisfaire , il mena mon oncle à sa boutictue des'lnnocens , et lui donna une première leçon. Thomas , qui ne se soucic-it pas d'apprendre , et qui n'osoit pas le dire, se promeltoit de dégoûter son maître, en marquant une inaptitude qu'il n'avoit pas. Le maître, qui le devinoil , et qui vouloit qu'il apprît , opposoit à l'obstination de Thomas une persévérance deses-
( io5 ) pérante Ils passèrent deux heures à batailler ainsi , et l'écolier , après avoir b;ni!é soixante el quelques fois , prèlexta la nécessité d'aller prendre à l'hôtel son linge et deux habits iort propres quil s'étoit réserves , afin , disoit-il , de ne plus retourner là , et d'être tout-à-fait à ses études. Vernier le laissa partir , bien certain qu'il reviendroit cette fois. 11 avoit confié son argent à sa sœur , et Thomas , comme un autre , ne pouvoit rien faire sans ceia. 11 fïnissoit ses paquets , lorsqu'il reçut une visite qu'il n'attcndoit pas , et qui ne l'inquiéta gaëres , quoiqu'elle fût faite pour l'alarmer. Quelle éloit cette visite ? C'est ce que je ne vous dirai qu'au chapitre suivant , parce que celui-ci me paroît assez long.