CHAPITRE IV Ce que fait mon oncle chez M™« V ambassadrice
Nous n'étions pas encore attaqués de l'anglomanie; il ne fut donc pas question de faire de mon oncle un jockey. Un habit habillé complet, bleu de ciel, bordé d'un galon dardent, dans lequel serpente, en losange, un liséré ponceau ; le derrière des cheveux renfermé dans une bourse: le toupet et les faces papillotes, crêpés, pommadés, poudrés; le chapeau à plumet là-dessus, et Thomas se pavane dans la cour, en attendant l'heure de se placer derrière madame, la serviette sur le bras.
» Il est charmant! il est charmant! dit M™« la duchesse en entrant dans la salle à manger. Je ne veux pas qu'il serve à table; je le réserve pour mon petit appartement. » Et mon oncle est installé dans une espèce de boudoir, où il bâille et s'ennuie magnifiquement entre une perruche et un sapajou. 11 s'échappait par l'escalier dérobé quand il en trouvait l'occasion; il allait faire un tour à l'office et de là polissonner dans la rue. Mais si une souveraine de deux lieues carrées d'Allemagne entrait chez M"^* l'ambassadrice, on le rappelait aussitôt ; on le faisait marcher, tourner par devant, par derrière, à droite, à gauche; parler, chanter; il fallait que la princesse admirât son esprit et ses grâces; puis on le laissait là pour jouer avec la perruche; on retournait à lui, on lui donnait quelques tapes sur la joue, on roulait sa tête dans ses deux mains; on le quittait encore, et on allait agacerie sapajou; on
se replantait devant lui, on lui relevait le menton, on lui faisait ouvrir la bouche, et de l'autre extrémité du boudoir on s'exerçait à lui jeter des gimblettes, des pastilles, des dragées; on riait aux éclats quand on avait atteint le but; on le renvoyait quand on avait assez ri, on le souffletait quand on avait de l'humeur. C'était charmant.
L'habit galonné, les gimblettes et les soufflets déplurent bientôt à mon oncle. II n'était à son aise qu'à l'ofhce ou chez Julie. Il mangeait d'un côté, il batifolait de l'autre, et il eût été l'enfant du monde le plus heureux, si on eût borné ses devoirs à ces deux articles; mais c'était un petit animal de plus qu'on avait mis dans sa ménagerie, et il fallait qu'il rivalisât de gentillesse avec la perruche et le sapajou.
Il fallait d'abord aussi qu'il fût aimable avec M. l'évèque ; mais après deux ou trois visites d'un jeune mousquetaire, madame trouvait très plaisant qu'il détachât la croix d'or de l'éminentissime, et qu'il la passât au cou du sapajou, ou bien qu'il jetât sa calotte par la fenêtre. Le successeur de saint Pierre jugea bientôt, aux espiègleries du valet, des dispositions de la maîtresse; il la quitta, et fut exercer l'apostolat ailleurs. C'est ce qu'elle demandait.
Au mousquetaire succéda un président; à celui-ci deux gardes du corps ; à ceux-là un génovéfain, et de temps à autre M. l'ambassadeur, par goût pour la variété.
Tant d'affaires occupèrent tous les moments de madame, et mon oncle fut considérablement négligé. On le relégua bientôt avec le sapajou et la perruche, dont on était aussi dégoûté, comme on se dégoûta depuis du président, des gardes du corps et du génovéfain. Madame avait les goûts très vifs. Ils
changeaient continuellement dobjets, et elle appelait cela jouir de la vie.
Elle avait un fils unique qu'elle voyait un moment tous les jours, et qu'elle abandonnait, le reste du temps, à un gouverneur très élégant, qui faisait sa cour aux femmes de chambre, et qui apprenait 'à son élève qu'il était le fils d'un grand d'Espagne de la première classe.
M. l'ambassadeur se mêlait quelquefois de ses affaires. Il s'avisa un jour d'interroger monsieur son fils et fut assez étonné de voir qu'à neuf ans il ne sût pas lire. Il (ordonna à Dugnès de mettre mon oncle Thomas à l'école, et il lui semblait infaillible que les progrès d'un roturier ne '.manqueraient pas d'inspirer beaucoup d'émulation à un jeune duc.
Dugnès conduisit donc mon oncle chez un pédagogue renommé et les usages locaux lui inspirèrent d'abord un violent dégoût. Il était persuadé de l'inutilité de la science; il ne concevait pas qu'il dût rester assis quand il voulait être debout, immobile lorsqu'il voulait se servir de ses pieds ou de ses mains; il n'entendait pas davantage qu'il fallût avoir le nez collé sur du blanc et du noir, quand il avait envie de voir voler les mouches; qu'on le fît matin et soir parler à Dieu qui ne lui répondait jamais ; enfin, qu'il ne pût pas même évacuer le surplus de sa boisson sans une permission expresse du maître d'école. Dès le second jour il envoya le pédant au diable, déchira son syllabaire, et fit des niches à tous ses camarades. Le troisième jour il s'alla promener aux Invalides, se lia intimement avec des décrotteurs de son âge, et passait h iouer à la chique le temps qu'il devait être à Técole. Le maître, par égard pour M. l'ambassadeur, n'osa se
permettre la petite correction, ni même la remontrance. Il autorisa mon oncle à faire toutes ses volontés, et ne fut exact qu'apercevoir ses honoraires.
Thomas n'avait plus de vœux à former, et il menait en effet un genre de vie tout à fait satisfaisant, bien vêtu, bien nourri, et rien à faire que de jouer à la chique ou à la fossette. Comme il n'est pas de bonheur durable, un désagrément inattendu troubla bientôt ses plaisirs. Il se livrait avec ses camarades aux accès d'une joie bruyante, lorsqu'on le tira fortement par loreUle. Il prit une sellette qu'il allait jeter à la tête de l'assailiant... 0 stupéfaction! ô terreur! c'est M. Riboulard.
« Ah! ah! vous voilà donc, mon drôle.
Tudieu! comme il est brave! Le joli habit à dégalonner! Allons, qu'on marche avec moi.» Et Toreille restait prise comme dans un étau. Mon oncle, un peu déniaisé par l'habitude du grand monde, lui fit lâcher prise par la vertu de quelques coups de pied dans les os des jambes, et lui dit succinctement : « J'appartiens à M"^^ l'ambassadrice d'Espagne; respectez-moi, ou jevous ferai pendre.»
Mon grand-pére croyait déjà voir le galon dans le creuset; il croyait, d'ailleurs, que ses droits sur le fils de sa femme valaient bien ceux d'une ambassadrice. Il ne tint compte des menaces de mon oncle. Il courut après lui, l'attrapa, le mit sous son bras comme un sac de nuit qu'on porte à la diligence, et rentra chez lui.
Mon oncle, en s'éloignant, criait à ses camarades : « Courez à l'hôtel! Demandez M. Dugnès; dites-lui que Riboulard m'enlève. » Et ses camarades, qu'il bourrait de massepains et de confitures sèches, firent à l'instant sa commission.
Cependant, mon oncle et Riboiilard arrivent, l'un portant l'autre, à la rue des Prêtres. Le petit, déposé au bas de l'escalier étroit, sale et obscur, conapara le sort dont il jouissait à celui qui lui était probablement réservé au galetas. Il regimba, il se défendit; mais Riboulard, qui n'était plus contenu par les passants, toujours disposés à donner raison au plus faible, Riboulard prit le fourreau de sa rouillarde, et commença à faire le beau-père. Il chassait mon oncle devant lui; s'il s'arrêtait une seconde, les coups lui pleuvaient sur les épaules, sur les reins, sur les gras de jambe, et c'est de cette manière amicale qu'il fut rendu à ses pénates, ou, si vous l'aimez mieux, réintégré dans son ancienne habitation.
Comme tout délit entraîne punition, ainsi que le prononcent les codes criminels de tous les peuples, Riboulard s'érigea en président, conseiller, rapporteur, greffier et exécuteur des hautes œuvres. Rosalie, ma sensible grand'mère, était à confesse, Hélas! elle eût contenu l'inflexible Riboulard; elle eût défendu le sang innocent... Mais la sentence est prononcée. Dans un instant mon oncle est réduit à l'état où il était quand M™« sa mère le déposa dans le plat au fromage, et il est attaché à une colonne du lit, et Riboulard le fustige avec son ceinturon, jusqu'à ce qu'il soit fatigué de trapper, parce que, disait-il avec beaucoup de sagacité, en motivant son arrêt, parce qu'il est affreux, lorsqu'on sort de parents honnêtes, de les déshonorer en se faisant laquais. '< Corbleu! j'étais page, » répliquait mon oncle en grinçant des dents à chaque coup.
Et la douleur provoque certaine évacuation qui dore la banderole de cuir, et dont les
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éclaboussures bouchent l'œil unique que conservait Riboulard.
Pour qu'il ne restât plus de traces de la servitude de mon onrle, il lui jeta une vieille culotte dont le petit devait faire le plus grand cas, parce que c'était le drap de Sa Majesté, qu'il avait été porté par un brave militaire, et il sortit le paquet de mon oncle à la main, pour aller vendre le galon à un juif, et le reste à la friperie.
Thomas, llagellé et resté lié à son pilier, maudit quelque temps Riboulard en pleurant; mais, comme on ne peut pas toujours maudire et pleurer, il s'apaisa et jugea très sainement que ce qu'il avait de mieux à faire était de se soustraire à une seconde et peut-être à une troisième fustigation. 11 s'agita dans tous les sens pour se dépêtrer de sa corde; mais Riboulard savait faire des nœuds. Il avait longtemps serré les pouces aux filous et autres gens du même acabit, qu'on entassait dans des fiacres pour les enterrer à la Conciergerie et au Ghâtelet.
Nécessité est mère de l'industrie. Quand mon oncle fut convaincu que ses mains, faibles encore, ne pouvaient lui rendre la liberté, il se servit de ses dents, dont fort heureusement Riboulard n'avait pu le priver. Il mâcha la corde, et la coupa brin à brin. Au bout d'une demi-heure de travail, il se trouva maître de commencer son second voyage aérien, car le vieux sergent ayant soigneusement fermé la porte, il ne restait d'issue que la croisée, et de chemin que les toits.
Mon oncle connaissait parfaitement celui qui menait au grenier des ramoneurs. C'était même, lors de sa première excursion, le seul endroit accessible qu'il eût trouvé en route. Mais comment oser retourner là, après
avoir enlevé le costume complet dun de ces messieurs? Si du moins il n'eût pas dédaigné de le renvoyer après avoir endossé la livrée; s'il avait de quoi le payer en cas de difficulté... Une réflexion en amena une autre. Mon oncle pensa qu'il pouvait très légitimement s'approprier une petite part des biens de la communauté. Gomme on aime beaucoup à gagner sans travail, cette idée lui rit singulièrement, et sans perdre le temps à calculer le plus ou le moins de droits qu'il avait à la masse, il prit la hallebarde du sergent et travailla si bien de la pointe, qu'il fit sauter un panneau de l'armoire qui recelait le magot.
Tout était dans cette armoire, la seule qu'il y eût dans la mansarde, et l'imagination de mon oncle agit sur toutes les parties du mobilier à la fois. Il jugea qu'un habillenient complet de M. Riboulard lui ferait mieux qu'une simple culotte percée au derrière. En conséquence il s'affubla de ce qu'il avait de meilleur et de plus beau. La chemise à manchettes festonnées, la culotte neuve, la veste pareille qui lui tombait aux genoux; Ihabit qui n'avait encore passé qu'une revue et qui descendait aux talons; le chapeau bordé d'argent, une poignée d'écus dans chaque poche, et voilà mon oncle sur le toit, se félicitant intérieurement du désespoir qu'éprouverait Riboulard, et se croyant bien vengé de tous les mauvais traitements qu'il en avait reçus.
On tient à ce qu'on a, sans s'embarrasser beaucoup des moyens par lesquels on a acquis. Mon oncle sentait de la répugnance à aller faire restitution chez la vieille. Il ne fallait qu'un raisonnement bon ou mauvais, pour le faire retourner d'un autre côté, et vous pensez bien qu'il s'en présenta aussitôt. Mon oncle s'observa qu'on pourrait ne pas
se contenter de la valeur de ce qu'il avait pris; qu'on pourrait le maltraiter, et peutêtre le dépouiller. Il n'en fallut pas davantage. La vieille demeurait à gauche, il prit adroite.
Après avoir mis cinq à six maisons entre Riboulard et lui, son premier soin fut de s'asseoir, de mettre son chapeau bordé sur ses genoux, et de compter ses espèces : on est bien aise de savoir ce qu'on a. a Trentedeux écus de six francs ! combien ça fait il ? se demandait mon oncle Ma foi, Je n'en sais rien, se répondit-il, mais avec trente-deux écus de six francs, je dois vivre trente-deux mois. Dans trente-deux mois, je serai grand garçon et je rosserai Riboulard, si je le rencontre. C'est dit. Allons, marchons. «
Après avoir marché quelque temps, il trouve une petite fenêtre ouvert, il entre sans façon : la richesse donne de la confiance.il regarde, résolu à pousser, tout d'une haleine, un compliment assez bien arrangé ; personne encore dans cette chambre. D'assez beau linge empilé d'un côté ; de l'autre, un grand panier d'osier ; du feu au fond, et des surplis qui finissent de sécher dessus et autour; un rechaud avec du charbon allumé, et des fers à repasser qui chauffent. A ce dernier article, mon oncle, qui, ainsi que bien d'autres, devinait ce qu'il voyait, conclut qu'il était ohez une repasseuse.
U eût volontiers gagné la rue à l'instant même; mais la repasseuse, aussi prudente que Riboulard, avait aussi fermé sa porte. Mon oncle, qui n'était pas fâché de voir venir et de connaître un peu le caractère de la dame avant que de se manifester à elle, m.on oncle ôta le feu du fond du panier, et s'y inséra tout entier, après avoir fait une visite au garde-manger, préliminaire auquel il ne manquait jamais.
Il s'était à peine mis en cage, qu'il entendit quelque bruit. Il finit de rétablir les surplis dans leur premier état, et il se ménagea un petit jour, pour voir à quelle espèce de femme il allait avoir affaire.
Elle rentra en chantant, et c'était d'un bon augure : les personnes gaies sont rarement méchantes. Elle s'approcha, elle parut jolie à mon oncle. Il ne savait pas encore quelle différencetréelle existe entre une femme laide et une jolie; mais les grâces plaisent à tous les yeux et à tous les âges, et la repasseuse plut tellement à mon oncle, qu'il ouvrit la bouche pour lui dire: Mademoiselle... et puis quelque chose encore, lorsqu'on frappa doucement à la porte ; mon oncle ravala son discours.
C'étaient deux cordeliers dela'plus riche encolure. « Mademoiselle Louison, dit le premier d'un ton papelard, nos aubes sont-elles prêtes?— Hé ! entre donc, dit le second d'un air déterminé ; ne vois-tu pas qu'elle est seule? » Ce second prit la repasseuse, l'embrassa avec une sorte d'affection, et cependant il avait dans son regard ardent et dans sa figure enluminée quelque chose qui fit peur à mon oncle et qui le détermina à garder son poste et le silence. Il s'en applaudit bientôt, car le moine, sans la moindre explication, prit Louison par le bras, la poussa brusquement vers une alcôve, et la renversa sous lui. « Oh ! le vilain homme, disait mon oncle en lui-même ! battre une aussi jolie fille î il me tuerait donc, moi. » Et il se tint coi. Pendant ce temps-là, l'autre père tirait de dessous son manteau une brioche, deux bouteilles de via, et étendait une serviette sur la table. Louison revint toute chiffonnée, toute rouge, et elle sourit au moine. « Tiens, disait mon oncle à part lui, elle aime à être
battue; c'est singulier, ça! Et le père qui avait arrangé la collation battit Louison a son tour, et tous trois se mirent a table. Ma foi disait mon oncle, c'est une drôle de tille aue cette Louison, elle n'a pas de rancune. S'ils m'en avaient fait autant , je ne boirais pas avec eux. Ah ! peut-être n'ose-t-elle pas Faire autrement, de peur d'être battue plus fort. Je remarquerai l'allée en sortant. Si je retourne à l'hôtel, ce qui n'est pas sur, puisnue ie me vois à la tête de trente-deux ecus ■dQ six francs ; si j'y retourne, je conterai cela à M. l'ambassadeur, et il iera justice de ces coquins-là... qui... que... ». Ici, mon oncle, pour qui la collation n'avait rien de bien recréatif, puisqu'il n'y participait pas, mon oncle bâilla deux fois, et s^endormit sous son
^^n^à jamais pu me dire si Louison fut battue encore après la collation. Il la présumé depuis, et moi aussi; mais comme on ne doit pas risquer de calomnier un ordre aussi respectable que celui des cordeliers, nous nous garderons bien de donner nos présomptions pour des réalités. . ,
Quoi qu'il en soit, mon oncle, qui n a pas d'idées très suivies quand il dort, ne pensa plus où il était. Il s'étendit tout à coup comme il eût fait dans son lit, et il se réveilla en se sentant rouler par la chambre lui et son panier. Louison, que ce bruit, inusité chez elle, éveilla aussi, demanda d'une voix trem; blante qui était là? Vous jugez de cet expose qu'il était alors nuit close. , .
Mon oncle, l'imagination toujours pleine de deux pères battant Louison avec une sçrte de fureur, ne sachant pas s'ils étaient retires ou non, craignant d'être battu à son tour, ne répondit rien à cette première interpellation. ■a lui sembla qu'une seconde voix la répétait
^6 PIGAULT-LEBRUX
hM^^^Ï^^^^.-P^'î''^ ^® la Chambre, et il se v^}\ ^® ^^l'tir de son panier. Il chercha l'alcôve, décidé à se tapir sous le lit ; il y arrivait, U se croyait en sûreté, au moins nour le moment, lorsque sa main porta su? ^une jambe nue Cette jambe se retire aussitôt et celui ou celle à qui elle appartient pousse un cri lamentable. Mon oncle, épouvanté 4 retire aussi, et s'enfuit jusqu'à la mur^ifll opposée. C'est de là qu'il écoute, qu'il cher-
u^-tJ^'^T -^^^ ténèbres qui l'environnent: Il n entend ni ne voit rien.
Le propriétaire de la jambe, rassuré par un lon^ silence, se hasarde à iller prendre le briquet et des allumettes, sur un coin de la cheminée près de laquelle mon onde étJi? sans le savoir. Les deux adversaires se troulu vi?.^i^ M^^' ^^ '.^ soufflent leur haleine au Msage. Mon oncle, que cette approximation glace jusqu'à la moelle des os veut se sauver, et porte les bras en avant de peur de se casser la tête. 11 frappe, d'un coup sec et lP.''Si?" ^7^""i' ^^ P^^^^t d'allumettes! rJâ nVX^^''^^ï ^-^^^ "^^^^s de celui ou de celle quil veut éviter. L'autre, qui sent échapper ce qu'il croit bien tenir, est de nou-
nfn? ?n'f ^^ f'^y^"^' jette un second c?i plus fort que le premier, se met aussi à iZT.^''' ^r'eet lui, iu en? se renconho«f ' ! accrochent ; ils trébuchent, ils tom- -aSche ^'^'^^' ^"""^ ^ '^''°^^^' et l'autre à
ar^ ^^ ' I^^.^ ^'eu, mon Dieu, prononça enfin une troisième voix, à ce que ?rut mon oncle, ma voisine m'avait bien dit que si ie vivais avec des prêtres, le diable ne manquemnn^^^-'^^ V^^ rendre visite... Ah ! monJDieu, VU^rcrPtV-'- ^^ ^°"^ de la très sainte anfff^niW^ conjure esprit malin: réponds, que veux-tu de moi? - Que tu m'ouv?es les
portes, reprend mon oncle, déjà habile à saisir les circonstances. — Oh ! i3ien volontiers, réplique ia timorée Louison. Et Ja porte s'ouvre en effet, et mon oncle décampe à petit bruit. Il s'attache à la rampe, il dégringole l'escalier plutôt qu'il ne le descend, cherche le pêne de la porte de la rue, le trouve, le tire, et respire en liberté sur le pavé du roi.
Si mon oncle avait eu un peu plus d'usage, il aurait senti que des cordeliers qui ont battu une repasseuse toute une après dînée, ne sont pas fâchés d'aller se reposer chez eux; que la règle d'ailleurs leur enjoint de rentrer à sept heures : enfin il eût profité de l'occasion, et il n'est personne en sa place qui ne se fût empressé de battre Louison qui en valait bien la peine. Mais loin d'avoir de semblables pensées, il se félicitait d'être sorti de là sain et sauf; il ne se doutait môme cas que les trois voix qu'il avait entendues étaient toujours celles de Louison, qui changeait de place et d'intonation, selon que la peur agissait plus ou moins sur elle.
Mon oncle, enchanté donc d'être dans la rue, tourna ses pas vers le Pont-Neuf, qu'il connaissait comme sa mère. Il se proposait de passer le reste de la nuit sous la Samaritaine, et d'aviser là à la manière de dépenser agréablement son argent ; sauf ensuite à retourner servir M. l'ambassadeur, ou tel autre seigneur à qui sa petite figure conviendrait.
Il allait monter le trottoir, lorsqu'une patrouille du guet à pied passa près de lui. Le caporal qui la commandait examina sa mine hétéroclite à la lueur du réverbère, et ne concevant pas qu'on pût être fagoté ainsi sans quelques raisons extraordinaires qu'il pouvait être important à la police de pénétrer, il arrêta mon oncle de par le roi;
il le somma de lui déclarer où il avait pris le costume complet d'un sergent de son corps et pourquoi 11 osait le porter. Mon oncle raconta les faits avec ingénuité, et comme un caporal ne doit jamais rire sous les armes celui-ci garda un sérieux imperturbable et prononça qu'il fallait conduire le petit bonhomme chez M. l'ambassadeur, s'assurer de la véracité des faits par lui allégués, et qu à 1 égard de l'argent et des habiti pris à Riboulard. comme il n'avait eu la hallebarde que par un passe-droit fait à lui caporal, tout cela deviendrait ce qu'il plairait au ciel et a mon oncle.
Le caporal et sa patrouille se présentèrent respectueusement à la porte de M. le duc II était minuit ou environ, et l'officier du ^uet crçyait n'avoir affaire qu'au suisse : il eût ete au desespoir de déranger monseigneur Mais on célébrait à l'hôtel la naissance d'une infante, et tout y était dans la joie ei le tumulte. Dugnès, qui allait et venait pour donner des ordres, traversait la cour quand la patrouille se présenta. 11 reconnut mon oncle, lui ht recommencer son récit, et le jugea propre à divertir un moment l'honorable assemblée. En conséquence, il envoya 1 olhcier et ses gens, qui ne demandaient pas mieux, se restaurer à la cuisine ; il prit Thomas par la main , et le livra à M. l'ambassadeur.
Celui-ci, qui aimait à rire aux dépens des autres, surtout quand il avait bien soupe, tait faire à mon oncle le tour de la table. Les dames et les seigneurs se tournent aussitôt pour considérer le petit animal qu'on leur présente, et un prince décide qu'il ressemble parfaitement à ces chiens habillés qu'on fait danser dans les carrefours.
Il fallut que mon oncle racantât, pour la
troisième fois, à haute et intelligible voix, ce qui lui était arrivé pendant cette journée. Entre autres incidents, l'histoire de Louison battue par deux cordeliers parut délicieuse à la plupart des dames. Trois ou quatre d'entre elles demandèrent le nom du très digne père qui l'avait si brutalement saisie par le bras, et se pincèrent les lèvres quand mon oncle déclara qu'il ne l'avait pas ouï nommer, mais que c'était un terrible batteur. Les ris redoublèrent quand mon oncle supplia, à genoux, l'ambassadeur de venger cette pauvre Louison, et de faire punir les deux moines. « Parbleu, dit l'ambassadeur au lieutenant de police, qui était du nombre de ses convives, vous devriez porter cette cause à votre audience ; cela serait réjouissant. — Si cela peut amuser Votre Excellence, elle en aura Je passe-temps. Je supposerai seulement, par égard pour le clergé, que ces deux drôles se sont masqués en cordeliers, sans tenir en rien à cet ordre respectable, et je vous réponds que leurs supérieurs ne les réclameront pas. » On parla ensuite modes, politique et spectacle tout à la. fois. Un petit-maître raconta l'anecdote scandaleuse du jour, à demi-voix, mais de manière à être entendu de tout le monde. Mon oncle, qu'on laissait à l'écart, puisqu'il n'avait plus rien à raconter, retourna trouver l'ami Dugnès. Celui-ci le mit à même de deux ou trois plats d'entre-mets, qu'il vida avec beaucoup de dextérité; puis il l'envoya coucher, et il lui dit de faire ce qu'il voudrait des habits du sergent, et de ce qui était dans les poches. Cette conclusion flatta singulièrement mon oncle, et l'aida à dormir d'un bon somme. Fais-en autant, très cher lecteur, pour peu que ce livre a de vertu soporative : il sera au moins bon à quelque chose.