CHAPITRE XI
Qui vous apprendra ce que c'est que lord Seymour et Fanwj Thompson.
Pendant que l'aimable Fanny arraugeait uns valise à mon oncle, que milord cherchait de l'encre et du papier pour écrire au banquier Fector, que le vieux domestique était allé retenir à la voiture du lendemain une place pour le prétendu Jefftis, Thomas cherchait comment il s'acquitterait un jour envers ses hôtes. Tout grossier qu'il était, il sentait que la reconnaissance est un besoin impérieux, et il lui semblait dur de renoncer à le satisl'.iire. Il sentait bien qu'il ne pouvait pas grand'chose por.r un lord; mais il pensait que la faible offrande est d'un
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grand prix pour celui dont el)e acquitte un bienfait. Eh! qui sait d'ailleurs ce que peuvent amener le hasard, les circonstances! On nommerait plus d'uu seigneur qui s'est trouvé heureuxdavoir un va et reconnaissant.
Mon oncle jugea qae, pour profiter d'un moment favorable s'il s'en présentait jamais, 11 fallait savoir d'abord le nom de ces amis de la France. Il crut nécessaire aussi d'être un peu au courant de leurs affaires. Il hasarda donc quelques questions, non pa?
avec cet air grivois qu'il mettait à tout, mais avec ce ton pénétré, insinuant gui semble dire : Ce n'est pas la curiosité qui me guide, c'est l'intérêt que vous m'inspirez.
Milord aimait beaucoup cette manière d'interroger. Il était bieu aise aussi de dissiper les doutes qu'avait pu concevoir mon oncle sur le compte de Fanny. Il voulait cependant écrire sa lettre sans être interrompu. Il entra dans son cabinet; il en rapporta un cahier manuscrit et le donna à lire au questionneur. <t Qu'est-ce que c'est que ça? dit mon oncle. Encore un esprit? Mademoiselle ou madame vous dira que je n'ai pas de commerce avec eux. » Fanny r.t, parla à l'oreille de milord et reporta le cahier. Après avoir fermé la petite valise, elle appela mon oncle à l'extrémité de la chambre, et pour ne pas déranger milord, elle lui raconta bien bas ce que vous allez lire, non pas précisément comme je l'ai rédigé : chacun conte à sa manière. Fanny parla comme elle voulut, et moi, j'écris comme il me plaît.
MiJord Seymour, le père, était un seigneur très riche, très con-idéré à la cour, et, par conséquent, très infatué de sa personne.^ Il prétendait descendre d'AIzonde, reine d'Ecosse, quoique lEcosse n'eût jamais eu de reine qui s'appelât AIzonde; mais cette des-
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cendance était b'en aussi sûre que celle dR la maison de Lévi en France, qui se préteadait issue, en droite ligne, de la vierge Marie, qui était en effe', dit-on, de la tribu de Lévi. IleurensoMifU'. les comtesses et la marquise de Lévi n.-, prétendirent jamnis être, vierges en relevant de couches, car il eût fallu les en croire. An reste, comme les Sey- .mour et les Levi nienHient un grand train et tenaient bonne table, personne ne leur contesta l'existence (CAl^onde ni de Marie et moins encore leur parenté avec ces deux dames.
Le vieux Seymonr, général, ex gouverneur de la Jamaïque, \ife-roi d'Irlande, décoré de l'ordre de la Jarretière, propriétaire de i^ept ou huit terres et de cinq ou six châteaux, ne pouvait décemment marier son fils qu'à nne princesse du sang d'Angleterre, de France, d'Espagne ou même du Monornotapa. Le pays n'y faisait rien, pourvu qu'il pût dire à la cour: Mon tils est allié à telle couronne.
Le jeune Scymonr, beiu comme un ange, tendre comme lAmour, et moins perfide que lui, ne se prévalait ni de sa fortune ni de sa naissance. Il parhit aux femmes d'ellesmêmes, aux hommes de ce qui flattait leur goût, et il était accueilli, fêté, reche ché. C'était k çiui l'aurait.
Au milieu des plaisir? qui l'entourair-nt, dos empressements qu'on lui marquait, Peymour soupirait quelquefois. Il lui manquait quelque chose, ou pi i tôt il lui restait Quelque chose de trop; c'était son cœ -r, faroean bien pesant pour un ji.'une homme de seize ans, qui ne sait pis encore qu'il n'est pas beau pour lui st^.nl. Il devenait préoccupé, rêveur mélnncoli.pip. Quelques dames an nez retroussé, à l'œil agaçant, de celles qui
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aiment à former les jeunes gens, et qui épient le moment indiqué par la nature, voulurent rendre Seymour à la gaieté; mais Seymour voulait un cœur en échange du sien, et depuis loni-temps ces dames n'en avaient plus d'antres à prêter que celui du chevalier de Bon (fiers.
Seymour promenait sa rêverie dans les Tuesde Londres. Il était à pied et seul pour être dispensé de parler ou de répondre. Il se irouva sans s'en douter contre les marches de l'église Saint-PmL qu'il ne voyait pas, éjnoiqu'on l'aperçoive de deux lieues à la ronde. 11 se heurta contre le premier degré, tit un faux pas, se foula un pied, jeta un faible cri, et s'assit pour laisser à la douleur \v temps de se d-ssiper.
Ce faible cri fit lever la tête à Fanny Thompson, qui travaillait sur un banc, à la porte du magasm de sou père. Ses yeux se portèrent sur Seymour, ceux de Seymour sur Fanny, et ils disaient chacun de leur côté : Qu'elle est jolie! Qu'il e?t bien!
Un je; ne hornme intéressant intéresse da- Tantage quand il souffre. Fanny n'avait que quinze ans ; elle ne connaissait pas le monde; elle ne connaissait pas même son eceur. Elle céda sans réflexion à l'impulsion secrète qui la guidait. Elle se leva, s'approcha de Seymour. les yeux baissés, et rouge et fraîche comme le bouton de rose qui commence à s'ouvri;-, elle proposa au beau jeune homme de venir se reposer sur son Jûkanc, où il serait mieux que sur la pierre. Elle avança son bras mignon en faisant une petite révérence. Seymour s'appuya sur ce bras légèrement de" peur de le" fatiguer; mais bien assez pour le sentir. Le premier effet du toucher lut pour tous deux celui du eonp électrique. Fanny leva les yeux, mais
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elle les baissa aussitôt : ceux de Seymour ïa brûlaient. « De grâce, l:ti dit-elle, soutenoEmoi a votre tour; je me sens près de défaillir, et pourtmt je croi^ que. je suis bien aise,* lis traversèrent en silence la petite pia<5« qui sert de parvis à Saint- Paul, et ils s'âsslrent sur le banc sans s regarder De légers soupirs, que l'innocence ne pensait m& a étouffer, leur faisaient dire bien bas • ic SUIS auprès d'elle. H est encore là.
Le père Thompson avnit allumé sa pipe de, longueur, et se disposait a expectorer pendant une demi-heure en regardant les pav sants du seuil de sa porte. Il voit Seymour a cote do sa fille, et demande ce au'il veut Seymour embarrassé se tait. Fanny pread la parole : les femmes dans tous les cas conservent une sorte de présence d'esprit Fanny ne savait pas mentir; mais ce n'est pas un crime d'ajouter à la vérité. Elle peint 1 accident de Seymour avec le^ couleurs les plus fortes Thompson, plein de bonne foi et de franchise, lui croit lu pied démis, et 1 engage a entrer. On ne refuse guère ce quon désire. Seymour, qui a eu ie temps de se remettre, seconde la ruse innocente de banny.ll boite très bas,soidenu s-ir l'éf.aule
i^a!^^ Ki^^^^v; ?f""y ^^^^ y l'<^"se'' '-^vancesa main blanchetlc; celle de Sevmour la rencontre; elles se pressent, et ' l'incarnat du plais;r les embellit tous les deux.
On passe dans i'arrière-h,,u:ique. Le bon père déchausse le jeune homme, pendant rue Panny inibibe des rompresses d'eaude-vie camphrée. Thompson po^e r.ppareiL et fait prendre un crdi.-.! au birssé : ia blessure ctMit au cœur, et les cordi-.ux ni les compresses ne peuvent rien à c^. mal-là. of T?ll i"''^ et après le pansement. S.^ymour ot Ininny, qui ne savaient pus feindra, se re-
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gardaient si const-^mment, et avec tant d'ivresse, q Lie le pèreTh'>mp«on s'en aperçut. Gomme le père d'une .jolie fille est toujours soupconneux.il deman la au jeune homme à qui il avait eu le bonheur de rendre service. Au nom de Seymour, il fronça le sourcil, et envoya chercher un carrosse de place. Il aida 'le blessé à y monte;-, et il lui dit en lui serrant la main : <« Ma fille ne peut être votre femme; elle n>?t pis faite pour être votre maîtresse. N'oubliez p:is que j'ai exercé l'hospitalité envers vous. .\ lieu. j>
Eh pourqu i ne serait-eH'" pas ma femme? se disait Seymour en roulant. — Pourquoi ne serait-il pas mon njnri? pensait Fanny lorsqu'il s'éloigna, a Ma îill^ lui dit Thompson, vous pouvez faire le honheur d'un honnête bourgeois. Songez qu'une lille sans réputation ne convient à personne. — Le bonheur d'un honnèt ' bourgeois-, reprit Fanny d'un ton timide : pour<iu..i pas aussi celui d'un lord? — Vous le fr-nez un moment, il vous tromperait ensuite. Oubliez-le, je le veux. X Fille de quinze ans ne croit pas qu'un beau jeune homme puis^^e être trompeur, et Fanny ne crut pas un mot de ce que lui disait son père.
Elle ne dormit pas de la nuit. Seymour ne ferma pas l'œil, et il< se levèrent avec l'éclat de la rosée que brit antent les premiers feux du jour : ptn-ers de bonlieur valent mieux que le sommeil. -, • x
Le matin, Sêvmour passa devant baint- Paul. L' banc e;ait à la porte, mais Fanny n'y était pas : son père le lui avait défendu. La défense lui paraissait injuste; mais elle était resi'ectueuse et soumise. Du fond de sa boutique, où elle travaillait sans voir son ouvrage, elle aperçut S ymour; elle soupira, ei ne se permit rien de |)lus.
Seymour passe, repasse; chaque fois il obtient un soupir, mais Fanny reste snr sa chaise. L'amour veut l'en arracher, mais la piété filiale ly retient. Seymour brûle de lui parler : il a tant de choses à lui dire! Il faut au moins un prétexte pour entrer, et il en trouve bientôt un. Il était tout simple de remercier le père Thompson des attentions de la veille, et Seymour traverse le parvis en tremblant. Il fait deux pas, il s'arrête; il recule, il avance; le cœur lui bit avec force; il est beau comme le désir. Fanny, qui n'a pas perdu un mouvement, s'embellit de même sans s'en douter. Elle n'a pas quitté sa chaise, mais elle sourit en voyant son amant à ses pieds.
Le père Thompson était sorti. Seymour pouvait tout dire, et il ne trouvait pas un mot : c'est qu'il n'en est pas qui peigne l'amour, et l'amant qui cherche à le détinir sacrifie à l'esjDrit, aux dépens de son cœur. Leurs doigts étaient entre acés; Fanny, penchée avec intérêt vers Seymour, respirait son haleine brûlante; ses lèvres rosées attendaient le baiser; son œil humide annonçait sa défaite. Sa position, un fichu innocent et pertide qui trahit sa confiance, tout ajoutait à livresse de Seymour : sa tête se perdait... « Laissez-moi fuir, dit-il, en dégageant sa main ; vous n'êtes pas en sûreté.» Il se tourne pour s'éloigner, le père Thompson est devant lui; c'est la foudre. Seymour est à ses genoux, il les mouille de ses larmes, et Fanny interdite ne comprend rien à ce qui se passe.
Le père Thompson relève Seymour et le console. « Ma fille vous aime, lui dit-il, c'est un malheur. Je ne lui en ferai pas de reproches : vous êtes un honnête homme, et cela me rassure. Cependant je vous conjure
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de ne plus revenir ici. Promettez-le moi par cette probité à qui. j'ai dû une fois l'honneur de ma fille. — Ne plus reveair ! ne plus revenir! répéla t Seymour. — Elle est perdue si elle vous revoit. Grâce pour Fanny, grâce pour son vieux pète. Et Tdompson^i à son tour, embrassait les genoux, du jeune lord. — Je ne reviendrai pas, je le jure par l'honneur. Il m'en coûLeia sans doute; mais je conserverai votre estime. » Il dit, et disparaît.
Deux jours s écoulent... Qu'ils sont longs les jours de douleur 1 Plus de gaieté pour Fanny, plus de repos pour Seymour. Incapable de manquer à sa parole, il cherche à accorder son amour et son honneur.
Tantôt il vouliir, s'ouvrir à son père et lui demander son aveu; tantôt il se proposait de fléchir la sévénlé de Thompson, et de l'engager à recevoir ses visites jusqu'au temps où il serait maître de lui; mais avec un peu de réflexion il sentait le danger du premier parti et la sjlidité des raisoos que lui opposerait !e père d; Fanny. Cependant il ne pouvait vivre sans elle. « Elle m'est nécessaire, disait-il, comme l'air que je respire, et j'ai promis!... J'ai promis de ne pas retourner chez elle; je ne me suis point engagé à ne plus la revoir, à ne pas lui écrire. >■• Et le voilà à son s^/:réLaire, brûlant le papier, fermant sa lettie, et ne sachant comment la fiire parvenir.
Il sentait que sa grande jeunesse empêcherait les domesliqu.is de la maison d'entrer dans cette imrigae. Le vieux Dick l'avait elevô et l'aimut tendrement; mais par cela même Dick lui semblait à craindre, et si son aLtciche;iient le rendait indiscret, l'honnête Thomp.-:0Q devenait l'objet de lindignalion d'une fanihle puissante. Cependant
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on n'écrit point pour n'être pas lu; on n'écrit point sans compter un peu sur une réponse, et li est dur de renoncer à cet espoir-là.
Gomment faire? Seymour n'en sait rien ; mais il sort et marctie au hasard. Il trouve un commissionnaire, il le cliarge de sa lettre; il court après lui, il la repiend : il craint que Thompson ne soit dans sa boutique. Il se dépite, il soupire, il marche toujours, et insensiblement il approche de Saint-Paul ; il y entre par la porte opposée au bienheureux parvis; il est auprès d'elle, et dôjà il est moins malheureux; mais cela ne suffit pas. La lettre est encore dans sa r-oche.
Si Fanny l'avait, on la supposerait occupée à la lire, à y répondre; elle la bcuserait peutêtre. On ne s'en flatte pas, mais on caresse cette idée.
Un vieux ministre traverse la nef; son vêtement annonce une extrême médiocrité.
Seymour l'aborde avec conhance. Pourquoi ne duLite-t-on jamais de la condescendance du pauvre; c'est parce qu'on sent qu'il a besoin de tout le monde, et que l'homme nécessiteux est rarement délicat.
L'imagination va rapidement, et surtout en amour. Les désirs du jeune homme se bornaient d'abord à faire rendre sa lettre. L'habit du ministre fait naître un dessein plus vaste. La religion, toujours sévère, peut ici favoriser l'amour.
Seymour vivait à la cour, il avait l'esprit avancé, et il mit dans ses propositions la décence qui pouvait seule les rendre supportables à un homme de cet état. « J'aime une fille charmante, lui dit-il ; mon père ivre d'or et de grandeurs, me la refusera. Je ne proposerai point à Thompson un mariage secret, il s'en offenserait, il le doit; mais il est père, et il pardonnera à l'époux de sa filJe.
J'attends devons nn service qui n'est point incompntible avec l'exacte délicatesse : assurez à Fanny mon rang et ma fortune, à tous deux le honiieur. et comptez sur la reconnaissance de Seymour. »
 ce nom. le bon ministre effrayé représente au .jeune homme les inconvénients d'une union disproportionnée, secrète et méconnue nar la loi; le dégoût qui pouvait la suivre; l'étit hnmili mt où Fanny serait réduite si son époux l'abandonnait; les regrets au"il éprouverait lui-même si sa condescendance n'avait servi qu'à faire une infortunée. Il engagea Seymour à se vaincre, et il l'assura que bientôt une inclination nouvelle et plus convenable lui fer;^it oublier Fanny.
Seymour était plein d'honneur; il ne put souffrir qu'on le rrût capable de trahir ses serments. Il ?e déf ndit avec l'éloquence du sentiment, et il persunda avec la facilité que donne l'éloquence. Une bourse de cent pièces acheva de lever les scrupules; le mariage fut arrêté. Il ne manquait que le consentement de Fanny.
Pouvait-e'le'rien refusera Seymour? Pouvait-elle rien opposer aux raisonnements d'un ministre des autels? Celui-ci la voyait tous les jours, et n'était pas suspect à Thompson. Il servait Seymour avec chaleur, et il ne fallait plus qu'indiquer le moment qui devait l'unir à Fanny.
Un jour, à cinq heures du mat'n, elle se dérobé de la maison paternelle. Elle ne pense point qu'elle manque à son père, et peut-être à flle-méme; elle ne voit que Seymour, il est tout pour elle: elle lui doit une nouvelle vie.
Fanny se glisse dans le temple; son amant l'attendait à l'autel. Deux pauvres entendent le serment. Jamais on ne le prononça avec
autant divresse, ni avec un respect plus religieux.
La cérémonie terminée, Seymoup présente ia main à son épouse; il la conduit à un carrosse de louage qui attendait derrière Saint- Paul. Ils sortent de la ville, et descendent à une simple auberge de village. Uue chambre modeste, un repas frugal, point de parents, d'amis, l'amour tient lieu de tout cela; il fait seul les frais de cette, délicieuse journée.
Dans un de ces momeols d intervalle, où le cœur aime à se reposer, et où iijouit dans le recueillement, l'heureuse Fanny prononce le nom de son père. Aussitôt Seymour écrit. Sa lettre est respectueuse, est soumise; elle doit désarmer U vieillard.
La voiture qui les a amenés repart pour Londres en diligence. Le cocher arrêtée cent pas du magasin de Thompson; il se présente au bon père, et lui remeL la lettre.
Thompson avait passé une partie de la .journée dans les plus vives inquiétudes. 11 avait été chez tous ceux où il croyait pouvoir trouver Fanny, et il n'avait parlé d'elle à personne : un mot inconsidéré pouvait nuire à sa réputation. Il se rappel i Seymour ; il crut SI fille deshonorée, et rentra la mort dans l'âme.
La lettre du jeune homme mit un terme à ses inquiétudes, et ne calma point sa douleur. Il sentait que l'élat de sa fille dépendait uniquement d'un jeune homme de seize ans, et sait-on à cet âge ce qu'on fera le lendemain? L'idée de Fanny abandonnée et perdue lui arrachait des larmes, il pleurait en montant eu carrosse; il pleurait encore en entrant dans la chambre où étaient les Jeunes époux.
« Je ne vous ferai point de reproches, leur dit-il; le mal est sans remède, et les pleurs,
que je verse sur vous, démentiraient la sévérité que je voudrais en vain affecter. Puisse Fanny ne pas pleurer à son tour son excessive facilité! PuissitZ-vous, milord. ne janiais oublier que vous vous êtes chargé du bonheur de sa vie! Venez, naes enfants, que votre père vous bénisse, et que Dieu vous bénisse ai"ec lui! »
On seiitretiiit avec assez de calme, et on convint des mesures à prendre pour cacher ce mariage à tout le monde, et surtout au vieux lord Soymour. Thompson obtint avec peine du jeune homme impétueux, ardent, que jamais il n'approcherait de chez lui. Pour le dédommager de ces privations, i: lui promit de lui amener si Jeune épouse h la camjDagne les jours de dimanches et de fêtes; il lui permit de lui écrire tous les Jours; mais il fut encore arrêté que Fanny ne répondrait jamais, de peur que ses lettres ne tombassent entre des mains à redo ter.
La nuit approchait. Seymour ne pouvait la passer hors de l'hôtel, sans donner sur sa conduite des soupçons qu'on chercherait à éclaircir, et peut-être avec trop de succès. Il fallut sacrifier une partie de son bonheur pour en assurer la durée.
Mais le dimaPxche suivant, Seymour se lève avec lauroe; il monte son meilleur cheval, il court, il vole; il est à Hamptoncourt, et les maisons ne sont pas encore ouvertes. Fanny, de son côté, se donne à peine le temps de s'habiller. En se laçant, elle va de sa chambre à celle de son père; elle le presse, ede passe sa cravate, elle lui présente sa perruque; elle attache son petit chapeau de paille, elle le noue sous son petit menion avec un ruban moins frais qu'elle; elle rentre c'nez son père; il n'est pas prêt enooro, et un a:e=t!^ d'impatience,
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et la plus jolie petite mine... Thompson la voit dans son miroir; il sourit, il se hâte; il prend son chapeau et sa canne. On part, on arrive; Seymour e-t à la portière, il reçoit Fanny dans ses bras.
Le père Thompson était de trop. Il avait été jeune, et il s'en souvint. Ordinairement occupé de son commerce, il jngea à propos, ce jour-là, de sériger en politique pour aller lire les journaux; en fleuriste déterminé pour visiter les jardins. Il sortait à chaque instant, restait dehors Hcs heures entières, et rentrait toujours trop tôt au gré des jeunes époux. Lajo Tnée s'écoula avec rapidité : le temps vole pour les amants heureux. Ah! pensait le bon Thompson en revenant à la ville, si cette ivresse pouvait toujours durer!
Cependant milord Seymour s'occupait sérieusement de l'avancement de son fils. Milord Ghatham, son parent, premier ministre. et dispensateur des grâces, avait reconnu dans le jeune homme une probité sévère, un jugement sain, un esprit solide et capable d'application, et il le destinait à la première place de la magistrature. Le grand chancelier commençait à vieillir; il devait dans quelques années ne désirer que le repos. Il avait une fille unique, qui n'était pas belle, qui n'était pas née sur le trône, mais qui avait un million de revenus, et milord Ctiatham £ivait engagé son parent à se relâcher de ses prétentions, et à consentir que son fils devînt simplement un des plus éminents et des i)lus riches seigneurs des trois royaumes. Il était indispensable, pour l'exécution de ce plan, que Seymour étudiât le droit public. Son père lui confia ses projets, lui annonça qu'il passerait deux ans à l'université d'Oxford, et lui fit préparer un train con-
forme à son rang et à sa fortune. Seymour apprenait à clissimuler.il parut entrer dans les vues de son père, et il refusa seulement cette suite de va ets qui seraient autant d'espions de ses démarches: l'amour n'aime pas les témoins. Il ne voulut que le vieux Dick, et il (itob-erver à son père que l'éclat s'accorde mal avec l'étude. Il déclara que son Intention était de loger et de vivre avec les autres pensionnaires, pour suivre les cours avec plus de fa niité. Confondu dans la foule, il était sûr de n'être pas remarqué, et c'était ce qu'il voulait.
Il parla à Thompson et à sa fille de la place distinguée où on se proposait de l'élever. Il se tut sur le mariage qui devait lalui assurer pour leur épargner de vaines inquiétudes, et il arrangea ainsi ses petits plans de bonheur.
Panny avait une tante à Harford ; cette tante etnit infirme, et il était assez naturel qu'elle désirât avoir sa nièce auprès d'elle. Thompson aimait sa fille ; mais elle était l'unique héritière de sa tante, et il était tout simple que Thompson sacrifiât sa satisfaction personnelle aux intérêts de Fanny. On persuada aux amis • t aux voisins qu'elle partait pour Harlord, et on lui faisait des habits d'homme, pour suivre son époux à Oxford. Thompson avait fortement combattu ce projet, qui avait aussi ses dangers ; mais il était çlus dangereux peut-être de séparer de sa hlle, pour un terme aussi long, un jeune homme qui avait les passions vives, et qui trouverait à Oxford des objets et des plaisirs nouveaux. Le bon Thompson céda. Sa fille partit pour Harford; elle passa quelques jours auprès de sa tante, et repartit, sous l'extérieur du plus joli garçon des trois royaumes, pour s'aller réunir à ce qu'elle aimait uniquement.
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ïe"SfarTarors'',r^e-|;rSalc'lt"r;'nt.'fevou« ^*^/?e"-^p^r^ojeVîoï Îh TÔfer" les hauts cris .■.
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î?snny et à Seymour. Mon oncle, toujours opiniâtre, n'en voulait pas démordre. Les jeunes gens eurent beaucoup de peine à lui feire entendre que cette violence les perdrait sans retour, et il ne se rendit que lorsqce Fanny lui eut fait observer qu'un adversaire de soixante ans n'était pas digne de lui.
Pour reconnaître sa docilité, on le chargea d'une lettre pour Thompson. On lui rappela verbalement mille détails, dont il aurait à lei rendre compte. Thomas protesta qu'il «mbrasserait le brave homme de toute son àme, et que s'il oublait une partie de ce qu'il Tenait d'entendre, il y substituerait des choses de son cru qui ne seraient pas sans mé-