LE VEN S
ont poussé au pied du donjon abattu, des arbres ont surgi sur ce sol libéré de l’emprise féodale, offrant leurs ombrages aux promeneurs, pour lesquels le Touring- Glub a fait installer des bancs de repos. La « Colline » est ainsi devenue une sorte de belvédère et de promenade publique, ensoleillée l’hiver, bien éventée durant l’été, où chacun peut librement s’ébrouer en compagnie des vaches et des ânes du village.
Les touristes poussent volontiers jusqu’aux bordsde cette oasis, afin d’admirer le paysage. Ils sont récompensés de leur peine. Au pied de la montagne, au fond d’un gouffre béant, la Vésubie fait bruisser ses eaux scintillantes. Bonson, sur la crête d’où il domine le Var, sourit de toutes ses maisons ensoleillées. Le puissant massif du Cheiron tacheté de neiges emplit l’horizon vers l’ouest. Tout près, des montagnes montent en pointes hardies, s'arrondissent en croupes harmonieuses, le mont Vial découpe sur l'azur du ciel ses dentelures audacieuses, le Férion dresse sa masse pesante et nue masquant le territoire de Coaraze et la vallée de Contes, les hameaux du Cros d’Utelle surgissent dans des fourrures d’oliviers gris. Par delà les gorges de Duranus, les Alpes étalent jusqu’au fond des vallées leurs manteaux d’hermine... Le spectacle est grandiose, à la fois sauvage et poignant.
Un chemin carrossable — l’avenue de Rivoli — permet aux touristes d’accéder jusqu’à cette « colline » pittoresque. C’est une attention aimable. Cependant, les « organisateurs » la tiennent pour insuffisante. Ils ambitionnent de faire monter jusqu’au village — un jour jusqu’à la Colline peut-être — le tramway départemental déjà essoufflé de la course de Nice au pied du pays. Pourquoi pas jusqu’à la lune? Jules Verne a fait
DOMINIQUE DURANDV
des discipies. Ils y réussiront n’en doutons pas, la politique dynamite facilement les résistances. A moins que « ceux du bas » ne s’insurgent. Le terminus leur appartient. Ils ne se laisseront probablement pas dépouiller sans protester. Toute une agglomération nouvelle a poussé autour de la gare, avec des restaurants, des buvettes, voire même un joli petit hôtel Beauséjour qui, pour mieux justifier son nom, propose à ses clients une visite aux « Gorges de V Enfer ». Si c< leur» tramway s’évade jusqu’à Levens-Haut... adieu veau, vache, cochon.