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V. Hugo — Les Rayons et les Ombres. Préface

Les maisons de Châteauneuf-de-Grasse s’épanouissent, au seuil du terroir de Grasse, sur les plus hautes pentes d’un mamelon couvert de bosquets d’oliviers, glorieuses comme un panache, rutilantes sous les | clartés d’un ciel généreux, attrayantes et jolies comme une gerbe de fleurs aux couleurs vives, serLies dans une collerette de frondaisons mouvantes. Les heureux habitants du village ont ainsi toutes les joies d’un ensoleillement magnifique, comme en connaissent les tièdes espaliers, et d’une vue superbe qui s’étend depuis les douces montagnes de Nice jusqu’aux masses boisées de l’Estérel. C’est un nid charmant, bien fait pour séduire et retenir, un de ces pays de notre Provence parfumée, auxquels il semble que les soucis et les chagrins doivent être épargnés et s’évanouir en fumée, tellement

1 . A 32 kil. de Nice et 5 de Grasse, sur la route de Grasse au pont du Loup. On y va de Nice par Villeneuve-Loubet et le Rouret.

DOMINIQUE DURANDY

l’air y estléger, la nature souriante, le panorama grandiose, la campagne prospère et pépiante de chants d’oiseaux.

Les hommes qui ont la charge d’administrer ce bourg favorisé, se sont employés à le faire aimable, propret et accueillant. Le pays est ruisselant de fontaines, les rues sont bien tenues et il n’y a pas moins de cinq placettes adroitement semées dans l’agglomération. La plus grande, celle où les voitures s’arrêtent, en venant de la route de Grasse à Nice, porte le nom prometteur de : Place des Bosquets. Des ormeaux et des platanes y répandent une ombre agréable. Un grand lavoir public, les Ecoles, la Poste en occupent majestueusement les bords, et le « Château » la considère sans arrogance, pardessus le mur ourlé de lierres abondants qui clôt sévèrement le « parc » où jaillissent des ormeaux séculaires et quelques cyprès noirs.

Le Château !... Il est bien vieux, flétri, sa façade rustique est ridée, ses fenêtres semblent branlantes. Derrière ses hautes clôtures qui rappellent les couvents et les prisons, il est triste, languissant, avec des silences de chapelle close, de demeure abandonnée. Cependant, il a, malgré les fatigues de l’âge, cet air de distinction et de respectabilité, ce parfum délicat, conservés par les vieilles choses du passé, les meubles de famille, les tentures fanées, les lambris croulants, les appartements d’apparat vidés des seigneurs et des belles dames d’autrefois. Quelle fut l'histoire de cette résidence féodale? On ne sait trop et nul ne paraît s’en préoccuper. Les propriétaires actuels, les marquis du Rouret, l’ont achetée, je crois, au cours du siècle dernier. Les archives départementales parlent, en elfet, au xvme siècle, de la noble famille des Puget « seigneurs, barons de

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