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VILLÉGIATURE D’HIVER DES COMTES DE DEUIL

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C’est pour moi une douleur de voir périr la plus humble pierre d'un vieux monument.

A. France — Pierre Nozière.

Lorsque les Grimaldi de Beuil Prouvaient trop pénible le séjour dans leurs châteaux haut perchés de Thierry et de Beuil, ils venaient résider à Villars, où la nature plus riante, le climat plus doux, l’abondance des eaux, la richesse des vergers, le voisinage des chemins sillonnant la vallée du Var, leur étaient un attrait séduisant.

Ils possédaient au sommet du village une vaste demeure fortifiée, d’aspect monumental, avec des jardins et des terrasses, des salles de réception, des appartements commodes et bien ensoleillés, une chapelle au fond de laquelle resplendissait un grand retable d’une peinture remarquable, des galeries ornées de fresques, des plafonds lambrissés de bois apparents, un mobilier somptueux dont s’émerveillaient les hôtes de passage.

Des fenêtres de ce château confortable, les maîtres du logis jouissaient d’une vue agréable. Par-delà les

. A 49 kil. de Nice, sur la route de Nice à Pug;et-Thénier3.

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maisons du pays, assemblées au pied du castel, les fertiles campagnes de Villars montraient les claires verdures des prairies, les tonnelles et les pergolas vêtues de vignes, les bois d’oliviers dont les masses grises semblaient monter à l’assaut des pentes rocailleuses qui gardent le village vers le Nord, les plantations abondantes d’arbres fruitiers disposés en longues files sur les gradins descendant jusqu’à la petite rivière Lespagnol, se risquant même jusqu’aux galets du Var. Vision reposante, fraîche et lumineuse, bien faite pour donner de la joie aux nobles maîtres du pays lorsque les soucis de la politique et de l’intrigue, les angoisses des conspirations, le tracas des révoltes leur laissaient le loisir de savourer les charmes d’une si plaisante villégiature.

Ces instants consacrés à la rêverie et à la musardise devaient être bien rares, car les Grimaldi de Beuil s’affirmaient terriblement inquiets et intrigants. L’histoire locale est toute secouée de leurs agitations belliqueuses, de leurs rébellions sanglantes, des aventures dramatiques ! survenues dans le mystère de leurs châteaux sans cesse assiégés, brûlés, démolis ou démantelés. En 1412, le duc de Savoie, voulant détruire le repaire où se tramaient tant de séditions funestes, rasa sans pitié le château de Villars dont les Grimaldi étaient si justement fiers. Mais ces seigneurs indomptables le reconstruisirent avec plus de luxe, de confort, de provocante magnificence qu’auparavant . lisse plurent alors à y convier leurs amis et leurs partisans de Nice, à recevoir des ambassadeurs du roy de France et du Parlement d’Aix avec lesquels ils conspiraient contre le duc de Savoie, à tenir une sorte de cour où se donnaient des fêtes retentissantes et des banquets fastueux.

DOMINIQUE DUHANDY

C’est au château de Viliars qu'en 1617 l’indomptable et infortuné Annibal Grimaldi prépara les clauses du traité qui le devait mettre sous la protection de Louis XIII en le soustrayant à la poursuite dangereuse de Charles-Emmanuel. Quelle satisfaction pour lui de lire les missives officielles expédiées de Paris, dans lesquelles le Roy de France l’appelait: « Nostre très cher et bien aymé Annibal de Grimaldi, baron et souverain seigneur de Beuil, de la vallée de Massoins... ». Et quel orgueilleux ravissement en recevant de la Cour royale l’assurance d’une suzeraineté dont il escomptait les avantages précieux : « Nous avons dit et déclaré, proclamait Louis XIII, et par cestuy nostre édict perpétuel et irrévocable, disons el déclarons que nous avons pris, mis et receu, prenons, mettons et recevons, en nostre protection, et de nos successeurs Roys, et Couronne de France, dès maintenant et à perpétuité, le d i et sieur Baron de Beuil, avec sa femme, famille et ses descendants et successeurs, biens, terres, seigneuries, villes et places fortes... Promettons en foy et parole de Roy de les maintenir et les conserver de tous nos pouvoirs et moyens sous nostre dicte protection et de nos dicts successeurs en tous leurs dicts biens, droits de souveraineté, dignités, honneurs, prérogatives et privilèges quelconques et les garder et défendre de toutes injures, oppressions et actes d’hostilité envers tous et contre tous, sans nul excepter. » Après cette inféodation flatteuse, Annibal Grimaldi, désireux de mieux river son sort à celui du royaume de France afin d’éloigner à jamais tout retour offensif du duc de Savoie, maria sa fille Marguerite à Charles de Grusso, comte de Bar, « maréchal de camps et armées du Roy », ennemi juré de Charles-Emmanuel contre lequel il avait défendu la place d’Antibes.

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Pour donner à celte union, d’une importance politique significative, tout le retentissement désirable, le Comte de Beuil fit célébrer la noce à Villars en grande pompe. Le château des Grimaldi retentit de bruits de fêtes, et durant plusieurs jours les réjouissances se succédèrent sans interruption. Plusieurs personnalités niçoises avaient été priées d’assister à la cérémonie. Elles trouvèrent à Villars un envoyé du Gouverneur de Provence, des représentants du Parlement d’Aix, des seigneurs provençaux, et furent comblés d’attentions et de gâteries. Lorsqu’après de longues et joyeuses bombances, elles gagnèrent Nice, elles firent le récit de ces merveilleuses journées et racontèrent que leur hôte avait elfacé des murailles du château l’écusson de Savoie pour y substituer l'impertinente devise qui affirmait son indépendance et sa souveraineté : « Io son conte di Boglio che faccio quel che voglio *. » C’était en 1618. . .

Quelques années plus tard, en 1621, le roy de France, oublieux du « chiffon de papier » où il avait apposé solennellement sa signature, se réconciliait avec le duc de Savoie, promettant à ce dernier de le laisser impunément châtier, comme il l’entendrait, la traîtrise d’Annibal Grimaldi.

Celui-ci, réfugié à Tourretles-Revest, fut bientôt pris par les soldats du Duc et étranglé misérablement par des esclaves turcs. Alors, le château de Villars fut donné en récompense au marquis de Dogliani, et plus jamais, en dépit des réclamations des Grimaldi dépouillés, il ne revint à ses légitimes propriétaires. Il passa de la sorte entre des mains diverses, subit des mutilations

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