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CHATEAU N EUF-DE-CONTES

Seul le silence est grand...

A. de Vigny.

La route conduisant à Châteauneuf enjambe le torrent de Contes au moyen d’une étroite passerelle de fer et, de suite, ascensionne en zig-zags échevelés dans des bois de pins et des bosquets d’oliviers. La pente est rude, les tournants brusques, mais la promenade est charmante, et à chaque lacet la vue se fait plus vaste, les montagnes et les vallées se révélant avec leurs pointes tumultueuses, leui's verdures abondantes, les villages essaimés sur les crêtes, au creux des gorges rocheuses, sur le bord des ruisselets et des torrents .

En face, les maisons de Contes flambent joyeusement sous les rayons du soleil, et la montagne qui les garde porte comme un panache le petit village de Berreles-Alpes, dont la fine silhouette semble découpée à l’emporte-pièce sur le vaste azur du ciel. Au fond de la vallée, après les futaies et les cascades de Bendéjun, au pied du puissant Eérion qui cache Levens et la Vésubie, on découvre Coaraze blotti sur un rocher, lézardant au

1. A 20 lui. de Nice. On y va par le Paillon et Contes. Altitude, 505 mètres.

DOMINIQUE DURANDY

soleil, des vignes et des prairies aimablement étalées devant lui. Et puis, derrière ces pays familiers, les montagnes s’enllent, montent, se pressent, les unes chauves et rebondies, les autres couvertes de forêts épaisses, habillées de pâturages luisants, quelques-unes menaçant le ciel de leurs pointes acérées, d’autres s’emmitoufllant d’hermines neigeuses. Le regard se promène ainsi depuis les hautes falaises grises et mauves de l’Agel et de Peille, jusqu’aux cimes célèbres de l’Aution, de Mille-Fourches, de Peira-Cava, pour s’arrêter sur l’horizon aux pics tourmentés des Alpes derrière lesquelles commencent les plaines immenses du Piémont et de la Lombardie...

L’éblouissement du spectacle n’empêche pas cependant le touriste de savourer les joies fournies par le terroir de Châteauneuf. Les champs de blé se mêlent agréablement aux vignobles et aux olivaies. Les terres sont cultivées avec soin, les fermes dans la campagne font des taches pimpantes dans les verdures épandues. Au fond des courtes gorges où s’enfonce le chemin, des fourrés accueillent des peuples de mignons chanteurs qui s’égosillent pour saluer le passant. La brise trousse galamment les jupes frissonnantes des oliviers et fait vibrer harmonieusement les harpes mystérieuses cachées au cœur des pins consacrés à Pan. L’air est vif, léger, imprégné de senteurs de thym, de serpollel, de romarin, vibrant de tous les chatoiements d’une clarté solaire radieuse. On marche dans le ravissement et l’étape semble courte pour atteindre le village, dont les maisons se révèlent au flanc de la montagne.

Un village ? Quelle hyperbole ! Quelques demeures groupées autour d’une placette ornée de marronniers, pompeusement baptisée : « Place Nationale », sur les

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