‹ Mon paysChapitre 35 sur 45 · CHATEAUNEUF-DE-CONTES · texte numérisé non relu

CHATEAUNEUF-DE-CONTES

rieuse encore, rougissante et flamboyante quand les soleils couchants l'inondent de leurs pourpres sanglantes et l’incendient de leurs gerbes de feux.

En approchant de ce mort abandonné, toute la tristesse des vieilles choses délaissées, des déchéances imméritées et définitives, vous poigne et vous angoisse. Pour aller aux « ruines », le sentier se fait difficile et capricieux. Des chèvres en raffoleraient. Les hommes sont plus exigeants. Mais, qu’importent les misères du chemin. A mesure qu’on approche de la ville abandonnée, la vue se révèle à chaque instant plus grandiose, le panorama s’élargit, le regard ébloui s’en va jusqu’aux horizons les plus lointains, du rivage de Nice bordé d’azur aux dentelures pittoresques de l’Estérel, des harmonieuses collines de Falicon et du Macaron aux falaises puissantes de Vence et de Saint-Jeannet, et, par delà les vallées lumineuses, aux cimes neigeuses du Mounier et des Alpes...

Au milieu de ces merveilles accumulées par une nature prodigue de séductions et de sourires, les « ruines » semblent plus tristes encore. Tout s’affaisse. Tout est mort. Quelques portes subsistent encore, derrière lesquelles commence le champ de désolation. Des tours décapitées, des restants de murs au travers desquels on aperçoit des lambeaux de ciel, des voûtes crevées, des amas de décombres, des buissons de ronces, des lierres suçant les pierres, des vestiges de maisons, quelques créneaux au sommet d’un donjon lézardé, et çà et là poussant miraculeusement à travers les débris, quelques cerisiers, des noyers, des cyprès aussi gardant ce vaste cimetière... C’est tout ce qui x’este de l’antique Châteauneuf !

Et, devant ce néant des choses, cette chute terri- Mon Pays. — II. 13

DOMINIQUE DURANDY

fîante d’une cité longtemps prospère, on ne peut songer sans ironie au nombre considérable de notables niçois et piémontais entre lesquels la gracieuse munificence des souverains de Savoie avait partagé les droits seigneuriaux de Ghâteauneuf. Ils furent légion. La bonté du monarque était inépuisable et ces largesses peu coûteuses lui servaient à récompenser le loyalisme et le dévouement des bourgeois du Royaume et du Comté. La République, disons-le, a remplacé ce facile moyen de gouvernement par des libéralités beaucoup moins relevées.

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