Ronsard — Ode : A Madame Marguerite
vers Occhiali une dame d’honneur, Marie deGondy, qui, se faisant passer pour sa souveraine, reçut à sa place et sans autres dommages, le baiser du pirate.
Quelque temps après, d’ailleurs, Occhiali fut pris à son tour. On ne lui tint compte ni de sa modération chevaleresque, ni de la tromperie dont on avait usé à son égard. Il eut les honneurs de la potence ducale.
Revenons à la Vierge de M. Gai.
Cet hommage à Marie devait faire de la pointe de Saint-Hospice une sorte de N.-D.-de-la-Garde, favorable aux navigateurs du cru.
Quel mobile poussait ainsi le généreux croyant?
La gardienne chargée de recevoir les visiteurs insinue que ce lut la réalisation d’un vœu pour échapper à un naufrage imminent, ou encore pour avoir des enfants issus d’un mariage récent. Mes souvenirs me portent à croire que M. Gai promit bourgeoisement ce riche cadeau au cours d’une maladie grave...
Quoi qu il en soit, la Madone, fondue par « Tranquillo Galbusieri », n’a pas été installée sur la tour comme le voulait le donateur. Celle-ci était-elle trop fatiguée pour la porter impunément ? Ou bien, les autorisations nécessaires furent-elles lentes à venir ?...• Je ne sais trop. M. Gai est mort et la Vierge est toujours au pied de la tour qu elle n’a pu gravir. Badigeonnée de jaune, les chairs un peu rosées, le visage paisible et doux, elle languit derrière un léger treillis qui garde, autour d’elle, un minuscule jardinet d’agaves et de plantes grasses.
Sans doute, malgré les vicissitudes rencontrées jusqu’ici, elle veille sur ce pays que Saint-Hospice fait mine de bouder un peu. Ses yeux chargés de tendresse regardent l’onde mouvante étalée devant elle, sur
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laquelle dansent, pareils à des bouchons, les barques des pêcheurs de Saint-Jean. Et, s’il lui agrée de tourner la tête, ses yeux rencontrent un des plus admirables panoramas de notre Midi aux clairs paysages et aux radieuses apparitions.
Vers la douce Italie, le rivage de Bordighera, bleuté, vaporeux, perdu dans un lointain de brumes légères, semble le seuil de quelque pays de mystère et de poésie.
Puis, ce sont les collines de Vintimille, les sombres futaies du Cap-Martin, le rocher de Monaco pimpant et lumineux, et ces adorables montagnes en falaises, pétries de vert, de gris, d'ocre et de pourpre, qui portent sur leurs flancs robustes Eze la sarrasine, la romaine Turbie, les ruines d Olivula, et, pelotonnés à leur pied, Cap-d’Ail, la merd’Eze, Beaulieu.., tièdes et voluptueuses oasis propices aux amours souriantes et aux tendres rêveries.
Saint-Jean enfin, tout près, fermant le cycle de ces beautés entrevues, dans un cadre charmant d’olivaies, de roses, d’orangers et de cactus, bourg de pêcheurs placé au bord de l’eau, comme Saint-Tropez et Saint- Malo, pour produire des marins, couvant d'un œil attendri son petit port rempli d’esquifs aux claires peintures, dans lesquels s’entassent les filets, les nasses, les lignes et les lièges, où se prendront les rascasses agressives, les tendres girelles, les langoustes aux dures carapaces, les congres souples comme des couleuvres...
Saint-Jean, singulièrement grossi depuis quelques années, ayant les plus jolies villas qu’on puisse imaginer, où s’abritent d’illustres personnages1, desservi,
1. On se rappelle que le roi des Belles, Léopold, possédait au Cap-Ferrat, sur le territoire delà commune de Saint-Jean, une
DOMINIQUE DURANDY
à l’égal d'une petite ville, par le tramway, le téléphone et le télégraphe, élevant pour entretenir ses parterres odorants une population laborieuse de jardiniers habiles, reunis en phalange puissante, quelque peu rivale de celle des pêcheurs, les anciens maîtres du pays, longtemps les seuls habitants de ce coin de rivage...
Mais les pêcheurs ne baissent pas pavillon. Ils luttent pour leur bon renom et l’honneur des traditions locales. Les bouillabaises qu’ils récoltent au long des rochers de Saint-Hospice et du Cap-Ferrat sont savoureuses, appréciées des vrais g'ourmets, aussi fameuses que celles de Marseille ou de Toulon.
Si le grand Flaubert avait daigné venir jusque là, au lieu de s’arrêter dans l’antique Phocée, nul doute qu’il n’eût écrit, comme il le fit là-bas : « Saint-Jean ! sa mer bleue! Je me bourre de bouillabaise... »
Braves pêcheurs ! Chers marins de notre Méditerranée aux félines caresses !
Parfois le métier ne va pas sans périls. La mer est une tombe immense, accueillante à ceux qui l’approchent et la bravent... Et je me souviens de ce petit « col bleu » de 1 Iéna que nous avons accompagné jusqu’au cimetière du village, après la terrible explosion du cuirassé. Des fleurs ! Des paroles émues ! Des sanglots dans la foule, et la grande rumeur de la mer voisine berçant le dernier sommeil de 1 enfant tombé pour le service de l’État.
A évoquer cette journée ensoleillée, où la joie de vivre flottait dans l’air léger, tout vibrant des subbelle propriété qui appartient toujours au domaine royal belge. Maurice Rouvier était aussi un familier de Saint-Jean. Le bronze qui se dresse sur la place du bourg est de Claude Vignon, sa femme.
SAINT-JEAN-SAINT-HOSPICE
tiles senteurs montant des jardins embaumés, mon cœur encore se serre d’angoisse et palpite d’émotion attendrie.
Je l’ai revu, le joli cimetière... les tombes blanches s’alignent au long des allées minuscules; deux cyprès, « piliers de la nuit », montent la garde, la tête raidie dans l’azur du ciel.
On pense aux vers mélancoliques de Catulle Mendès :
Avec ses croix de roc, de bois fruste et de fer,
Sur le cap qui s’allonge au loin, fin de la terre,
Le cimetière en fleur descend vers le mystère De la resplendissante et ténébreuse mer...
Les fleurs se massent en frais bouquets autour des marbres rutilants. Les fleurs sont partout, obstinées, envahissantes, fraternelles... Et c’est la revanche des jardiniers de les faire ainsi pousser autour de toutes les tombes, de celles des terriens comme de celles des gens de mer, sans distinction de métier ou d origine, pour qu’enfin, réconciliés dans la mort, les uns et les autres reposent, côte à côte, dans la joie des parfums familiers, pendant qu’au pied de la falaise le flot perfide murmure sa séduisante chanson.