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La Tour Bellanda a été restaurée au xixe siècle

LE CHATEAU

posée dans sa partie supérieure, et que les artilleurs des casernes urbaines utilisent pour leurs exercices compliqués.

Carie « Château » n’est point définitivement désaffecté. Il ne s’est pas entièrement affranchi de ses disciplines anciennes. Les guerriers le possèdent toujours, ils sont propriétaires de cet illustre défunt, et pour affirmer publiquement leurs droits, ils ont installé des canons, des fascines, des plates-formes sur lesquelles s’exercent, en pleine lumière, dans la radieuse clarté d’un paysage rutilant, les jeunes recrues destinées à s’instruire dans l’art de la balistique. Mais le « civil » a réclamé et obtenu sa part dans l’usage du « Château » . Les Niçois ont la jouissance de cette propriété d’autrui, ils peuvent s’y comporter comme chez eux, aménager, embellir, saccager aussi, se prélasser dans les chemins et sous les futaies autant qu’il leur plaît, s’arrêter à tous les points de vue, y conduire leurs familles et leurs chiens, y casser au besoin la croûte et s’endormir ensuite paisiblement le ventre au soleil.

La Municipalité défend jalousement les « privilèges » de ses administrés et son ambition serait de pousser dehors tout doucement les militaires encombrants pour « municipaliser » définitivement le « Château ». En attendant, pour bien affirmer sa résolution d’envahissement, elle a installé à demeure un poste de gardes champêtres, logé quelques animaux qui réalisent un embryon de jardin zoologique, constitué des pépinières municipales et construit des « ritirata » . En même temps, elle continue à recevoir dans les cimetières du « Château » les morts de la cité dont les familles recherchent cette sépulture de luxe, et à la porte de la nécropole elle a placé un gardien galonné qui accompagne céré-

DOMINIQUE DURANDY

monieusement les visiteurs désireux de contempler la tombe de Gambetta ou la sépulture d’Anita Garibaldi. Il n est pas jusqu’au « Giapacan »* qui n’ait réussi à loger au « Château », près des semis édilitaires, son officine détestable !...

Malgré la rivalité des convoitises municipales et des résistances militaires, le « Château » demeure la promenade favorite des Niçois et la première étape des pèlerinages pittoresques offerts à la dévotion des hivernants. Depuis qu’on l’a décôuronné des maçonneries guerrières dont il s’empanachait autrefois, il s’est mis à verdoyer abondamment, prenant des allures de forêt, avec des carrefours, des sentiers de traverse, des allées finissant en cul-de-sac, des fourrés propices aux galants et aux jeunes malandrins. En même temps, des édiles soucieux de lui témoigner quelque tendresse, ont orné sa croupe d’une terrasse sur laquelle des marchands de « cougourdons » étalent avec nonchalance leurs menus objets, barbouillés de colorations violentes, et d’où l’on jouit d’une admirable vue sur la cité, les montagnes des environs et jusqu’aux Alpes lointaines. Le « Château », de la sorte, joue un peu le rôle de belvédère que remplissent, si complaisamment, Fiesole à Florence, Fourvière à Lyon ou Montmartre à Paris.

C’est de là qu’on possède le mieux, presque jusqu’à la toucher et la serrer dans ses bras, la séduisante ville dont le corps souple ondule gracieusement au pied de la colline. C’est de cette terrasse balayée par les vents, toute rutilante des feux allumés par le soleil, qu’on découvre le mieux les mystères des rues grouillantes de la vieille ville et les somptuosités de la ville neuve.

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