LE SAINT-DAMIEN DE SAINT FRANÇOIS
Il était déjà un peu tard quand j’arrivai à Saint-Damien. Mon erreur, en me menant dans une mauvaise direction, ne m'avait pas avancé non plus que mes hésitations continuelles, les informations demandées et les mille méandres que faisait ce sentier hors les murs.
Je me trouvais enfin devant Saint-Damien.
On n'entre pas ici comme dans une vulgaire maison.
Je m'arrête contemplatif.
J'ai devant moi une des plus vénérables reliques franciscaines.
La petite place a été dégagée en 1909 du mur qui la masquait et qui ne donnait accès que par une large porte. Sur cette petite place, en cette même année du Vilme centenaire de la fondation du Second Ordre, on a élevé une statue de notre Mère sainte Claire.
Prenant tout le fond, se dresse l’humble fa-
livise en deux parties, celle de la chapelle proprement dite, et celle qui formait autrefois la demeure
du Chapelain, aujourd’hui transformée en ora
Un petit péristyle roman précède l’église.
Au-dessus, une humble rosace qui donne le jour à l'intérieur de l'édifice, à gauche, en haut, une porte fenétre, fermée par un panneau plein, par laquelle, disait-on, sainte Claire avait présenté l’ostensoir aux Sarrasins, Une peinture entourait cette fenêtre; elle représentait le fait historique. La critique moderne, s'appuyant sur les documents de l’époque, nous racontant autrement le prodige, a fait disparaitre, à l’occasion des restaurations de l’année Jubilaire, cette peinture. Le mur gratté ne montre plus que les pierres comme sur tout le reste. Au sommet du pignon, dans un ovale de fer blanc, on voit les armes de Lord Ripon, noble et riche Anglais qui a sauvé de l’outrage et ue l’ignominie cette sainte maison dont la rapacité du gouvernement maconnique d'Italie s'était emparée pour la livrer sans vergogne à qui eût voulu lui donner une poignée
d'or, sans s'occuper de ce qu’elle serait devenue.
msi.
Que lui importait à lui le passé béni de cette demeure sacrée! Le riche catholique anglais
a acheté ce bijou de pauvreté, et loin d'en faire
un curieux hôtel de touriste, comme l’eût voulu
et l’espérait l’infernale rage, il l’a pieusement
confié à ses gardiens naturels, les enfants de
saint François. Le blason du Lord est posé là-haut comme uni protection, Au-dessus de lui, invisibles, François et Claire veillent, proteu( Î béni sent e g } 16 iteu1] et sa famille lout humble « l'aspect de cett
n O1 Mais combien riche est » d = venirs, combien glorieuse dans à passé!
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Au ten e saint Fran 3, la chapelle était délabre 18 être abandonnée, toutefois, p elle avait un Chapelaiï Converti à 1e e h me v venait prier H r trouvait la A ir F1OÏTIITIC x vera prit Le 11 }ÿ rOUVAaIr 14 1: ] 51 à] ha: ur «A ar nlue ïihr solitude qu ii cherchait pour aonneï 1S 11nre cours à ses larmes et a ses cris d'amour.
Hors les murs, sur ur chemin peu fréquenté, ce petit sanctuaire blotti ainsi qu’un nid solitaire, semblait lui donner la garantie de ia discrétion. Il y fut cependant quelque-
fois trahi. Un passant entendant crier et
pleurer, entra dans le sanctuaire de Saint- Damien, et y trouva François pleurant au pied du cruciflix antique qui se vénérait audessus du maître-autel. C'est là encore qu'Ange, son frère, qui épiait probablement sa conduite, le trouvant, un jour d'hiver, tout grelottant de froid, envoya un de ses compagnons demander à François s’il voudrait bien lui vendre une once de sa sueur. François de répondre: ‘Je l’ai déjà toute vendue à meilleur acheteur que toi.”
C'est devant ce même crucifix que Françcois, priant, entendit distinctement la voix du Maitre lui dire par trois fois: “Va, François, et répare ma maison qui, comme tu le vois, tombe en ruines.” Et François, sans comprendre encore toute la portée, ni de la céleste demande, ni de son humble réponse, dit en tremblant: ‘‘Volontiers, Seigneur, volontiers.”
Il se mit à l'oeuvre et quêtant par la ville les pierres et le mortier nécessaires, il promettait en retour les récompenses à la charité: “Qui me donnera une pierre aura une récompense, qui m'en donnera deux en aura deux.”
Du haut de ces murs qu’il répare, il invite les passants à l'aider, prophétisant la des-
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tinée future de cette maison: ‘Aidez-moi, car bientôt vivront ici de saintes âmes qui illustreront notre cité et la terre entière de leur sainteté.”
Il voudrait faire plus vite et mieux. Aussi, no” content, pour obéir à Dieu, d'empioyer ses forces et son temps, il y emploie les biens de son père. Dans sa juvénile ardeur, il va à la boutique du marchand drapier son père, prend quelques pièces de drap, monte à cheval, et s’en va vendre à Foligno marchandise et monture. Il revient offrir le prix de sa vente au prêtre qui garde Saint-Damien. Mais celui-ci, qui a accepté son travail de manoeuvre, refuse son argent. François le jette dans l’embrasure d’une petite fenêtre où 3ernardone, furieux de la conduite extravagante de son fils, pourra le retrouver.
Plus tard, quand la prédiction sera réalisée, quand Saint-Damien sera devenu la première maison des Pauvres Dares, que Claire et ses filles le rempliront de leurs douces vertus, François y viendra de temps à autre avec une circonspection aûmirable, porter à ses filles Spirituelles le pain de la parole divine et la flamme de son amour brûlant pour Jésus. Il
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l'a favorisé dans un sublime ravissement d'amour
(‘est toute une vision qui se déroule Chère et sainte demeure! Que béni soit le Ciel aui vous a conservée dans toute voire
il nous semble
rimitive pauvrete Hwntrons,
aue nous aurons une chance d'y rencontrer
encore le Séraphique Patriarche. Sera-ce sur | 1 L 11 l 1 ? Ty A A Aa? * n «€
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( u pied du crucifix, pleurant encore et
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vant le grand crucifix qui le surmontait : “Nous nt adnvrnne A É à Gaint Chaiononur Te: a.
vou aauorons, oO res paint elgneur Jesus Christ, ici et dans toutes les églises qui sont ans le monde entier, et nous vous bénissons
d'avoir racheté le monde par votre sainte
L'église de Saint-Damien est toute netite elle ne mesure que 4 mètres de large sur 25 et 64 centimètres, sans compter l’abside. Sa
voute romane a peu d’élévation. La seule ou-
rnvréksyv 1% |? vlnss , « " an 3 v verture qui l éclaire est la rosace du fond. Ses
P 92 MON PELERINAGE murs sont noircis par le temps; elle est si nGire
que l’on pourrait croire qu’elle n’a point connu de chaux depuis le temps où saint François la restaura.
C’est le T. R. P. Bonaventure Marrani, ex- Procureur Général de l'Ordre et Provincial actuel de la Province Séraphique de Sainte- Claire, qui me reçoit. Nous nous étions rencontrés à Rome au Chapitre Général. Le Très Révérend Père parle parfaitement le francais, ce qui sera un bienfait pour moi.
Quel rêve aue cette réalité! Me trouver là, dans ce couvent de Saint-Damien si rempli des nieux souvenirs des origines franciscaines, témoin de tant de prodiges, sanctuaire de tant de sainteté. Sans pouvoir dire tout ce qui se presse dans mon coeur, je vais et viens sous ces humbles petits cloitres, en attendant l'heure de la réfection du soir.
La cloche en donne le signal et la commusauté se rend dans l'antique réfectoire, le même qu’occupaient sainte Claire et ses filles, le même dans toute sa simplicité et dans sa pauvreté.
[1 est voûté d’un arc surbaissé légèrement.
Tout autour règnent les tables, les mêmes
qui servaient à la glorieuse Mère et à sa communauté: elles sont bien un peu vermoulues, ainsi que les bancs, mais précisément ces morsures du temps témoignent de leur antiquité.
Les bords de quelques-unes ont été consolidés, elles n’en sont pas moins les mêmes. Leur disposition tout autour du réfectoire nous prouve que l’on a conservé dans nos couverts cette manière de se placer, tout à la fois si simple, si religieuse et si commode. Qu'il est édifiant de trouver ainsi partout à neu près les mêmes usages. On ne se sent paint dépaysé, mais au contraire on a conscience vraiment d'être de la famille en quelque point de l'univers où l’on rencontre des enfants de saint François, des Pères du même Orére.
Pour le bénédicité et les grâces, les religieux se rangent devant les tables ; les mêmes prières, sur le même rythme, me feraient croire un instant que je n’ai fait que de changer de couvent dans notre Province. Je prends place près du T. R. Père Provincial, et mon esprit plus encore que mon corps prennent leur ncurriture dans cet humbie réfectoire si plein de souvenirs historiques. Que de miracles se sont
ici opérés! Ici, entre les mains de la sœur
et par la veritu de Claire. our l'ordre de 1a
charitable Mère, on avait tout donné aux nau-
un tout petit morceau pour chacune; mais le
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insisté, il avait ordonne, et l’humble Claire
vait dû obéir. Récompense tout à la fois et
tionne. D'une partie de ces pains on fit
la repas, mais on a eu Soin d'en garder quel-
ques-uns comme témoins irrécusables du miracle
voit encore le petit gui-
chet communiquant entre la chapelle et le re-
ot
foctoire des religieuses. (C'est par là que les
L' ; 1:,1 : 4h Et: s Touvra at + } navit " Ÿ: asjont \aaap | | 111 jideles CAalILawIes faisalent passer IC&I: à Éric — st te dima rt à it
mônes, qui allaient ainsi tout droit au réfectoire. Claire avait sa place juste sous ce gul-
chet au bout de la table latérale, C'est dans
cette embrasure qu'eut lieu le miracle de la multiplication de l’huï'le. On avait m là l'huilière vide, que le irére queteur devait
prendre pour la faire remplir par la charité ;
mais auand il vint pour l'emporter, il la trouva il 1 { r'€ [M1 { uichet est provide tic { piace ) r satisfau ion la pi e curiosité des dames Comme le monastère est actuellement oc- 1! n plus par les Clarisses, mais par les Frèr: \ineurs. les femmes n’ont aucun acces
dans le monastère, et si ce n’était le bienheureux guichet, elles ne sauraient voir le réfectoire de sainte Claire. De la chapelle, ce guichet s'ouvre et par lui les pieuses pèlerines ont la perspective du célèbre réfectoire, elles ont
sous les yeux la place qu'ocrupait la sainte
Fondatrice.
Ici, sans doute, saints étaient les repas pris par ces pauvres volontaires qui, après avoir tout auitté, ne vivaient plus que de la charité
publique, et qu’il fallait encore leur apporter,
ee. ee Ée le L rtint lin sn tite tte me mé
tout comme on nourrit les petits oiseaux en cage. Mais, saints surtout, les jeûnes pratiqués par ces admirables filles. Jeûnes tout puissants, à qui rien ne résistait, ni la fureur de la vengeance, ni la force des armes.
Vital d'Aversa assiégeait Assise, bien résolu à la faire tomber en son pouvoir. Depuis de longs mois déjà, il en faisait le siège. A Gaint-Damien les sœurs prierent et jeünèrent, et la panique s’emparant des assiégeants, Assise fut encore une fois délivrée.
Ce réfectoire et les scènes qui s’y passèrent ont tenté bien souvent poètes et peintres. Ces voûtes noircies, ces pavés usés, ces tables vermoulues ont un charme. Quand, par les fenêtres, entre le clair rayon de soleil, son éclat fait un si vif contraste avec le noir des murs, que l’on a un Rembrandt vivant sous les yeux.
Si l’on se sert encore des tabies et des bancs, on a ménagé la vieille porte. Elle est là, portant, mais elle n'y est que comme une relique, appertie à ses gonds. Une autre plus jeune fait la véritable fonction, emplit son cadre, va et vient selon les besoins. Les jeunes qui viennent en aide aux vieux sont un ravis-
sant spectacle.
Pendant les huit jours de mon pèlerinage, je prendrai mes repas en ce réfectoire où Claire prit les siens pendant quarante-deux ans,
PARU UE | à