‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 16 sur 87 · LE SAINT CRUCIFIX · texte numérisé non relu

LE SAINT CRUCIFIX

En emportant avec elles l'antique crucifix byzantin qui avait parlé à saint François, les Clarisses avaient enlevé à Saint-Damien un précieux trésor. Il semblait que la vieille église ne pouvait rester sans une image miraculeuse de Jésus Crucifié.

En 1637, le frère Innocent de Palerme, moine artiste sans doute, taillait en un bloc de bois un crucifix qu’il aurait voulu faire aussi expressif que possible. Il aurait bien fait tout le reste du corps, mais il était arrêté devant le problème de la douloureuse expression à donner à la figure de la divine Victime du Calvaire.

En vain il s’en faisait dans son imagination et dans son coeur une représentation idéale, quand il en venait à vouloir la tra-

duire dans le bois, son ciseau se refusait, re-

vêche, à réaliser sa pensée. Comme d’au-

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b ° ( il pleurait et l 1 Î NT V 1 L C1 1 1 1 | 11 i | I iiit EH! t ‘ ii | | n h mi on ES 2, etiet aans ( ie saint-DAantié au { iCi iu fr re in )CerTt on qui «à aon , ite la petite chapelle lat alo nÔtÉ , l'énitre dont il garnit le f | rale au Ci de l'eépitre, Gont 11 garnit ie ion. On ne l'appelle que le Saint Cruciix J'ai nu le contempler de près. Pour moi,

on a levé le voile qui le couvre habituellement et j'ai pu le regarder à mon ais( j] a vraiment trois expressions diverses; selon qu'on ie regarde de gauche, de face ou le droite, on voit le Christ souffrant, le Christ mourant, le Christ mort. La photographie elle-même, selon qu'elle est prise de face ou de côté, révèle cette différence bien marquée, à tel point que l'on peut se demander si c'es vraiment le même crucifix. Et certes, ces expressions sont loin d'être vulgaires; il y à dans ce bois une divine douleur que rarement encontre même dans les oeuvres des meil-

leurs maîtres. Une autre particularité remar-

auable firme la croyance à son origine niraculeuse. Le bois dont est sculpté le « YPS

lu Christ n'a pas été epargne par les vers; n en voit les ravages: des vermiculatures nombreuses labourent les flancs, la poitrine, les ‘paules, mais il est à remarquer que pas une

iaûre ne ge voit sur cette vénérable tête de : LI

Le Saint Crucifix est en grande vénération à Saint-Damien. Dans les temps ca surtout, on vient demander à ce Jésus si souffrant, aide, protection et cessation des maux. En plusieurs circonstances on l’a même transporté solennellement dans la Cathédrale d’Assise, pour que les fidèles, trop à l'étroit dans la vieille petite église, pussent le vénérer, le prier plus facilement. Dans sa petite chapelle où il reste habituellement, les fidèles parfois demandent des prières particulières.

On fait alors une “fonction” au Saint Crucifix.

Ce soir précisément, il y a une ‘‘fonction”’.

Je ne suis plus l'étranger que l'on doit accompagner et suivre partout. J'ai pris les

erres de la maison et je puis aller tout seul.

Je suis seul, en effet, dans le petit choeur des

religieux derrière l'autel, Dans c& minuscule coin de monde, je fais revivre dans ma pensée tout ce qui s'est passé ici au temps où mon Père vivait, et quels délicieux souvenirs, quand arrive au chœur le jeune frère chargé d’avertir les fidèles d’alentour et de sonner l'exercice qui va avoir lieu. Saint-Damien est doté d’un humble carillon de trois cloches; à les entendre, je les devine un peu plus grosses que celle de sainte Ciaire, mais sûrement elles n’approchent pas de la ‘“Savoyarde” de Montmartre! Le petit frère est seul pour tirer les trois cordes. Plus les cloches sont petites, plus vite elles ont fait leur évolution, alors... j'avoue que j'ai été soudainement distrait des souvenirs d'antan, en voyant la gymnastique fort habile du sonneur. De ia simple méditation, j'étais passé à la contemplation. Et je l’ai encore dans l’oreille le grand soupir lassé qu’il poussa en s'épongeant lorsqu'il eut fini: Bfruuu...u!

Un quart d'heure près, la communauté se rendait à l'autel du Crucifix et je la suivais fidèlement. Le célébrant en chape, précédé des acoiytes et du thuriféraire, s’agenouilla

au pied de l'autel. 1 riceau était tiré, tous

sf

A ASSISE 65 les cierges étaient allumés. On chanta hym-

lé

nes et orai à l’étendard glorieux de la

Croix, de la Croix sur laquelle la Vie en mou- ‘ant donna la vie au monde mort, On chanta hymnes et oraisons au glorieux Crucifié de l’Alverne, ce gonfalonnier de la Croix, cet amant du Christ. Une blanche et abondante nuée d’encens monta vers le Christ vénéré, et à travers ce nuage odorant il me sembla que ce bois prenait vie, que le sang coulait encore de ses plaies, et que de l'épaule droite surtout il s'épandait comme une nappe sur la poitrine, Longtemps j'aurais voulu avoir cette illusion, mais en vein je regardais et regardais encore, je ne voyais que le bois vermiculé. Le rêve s'était évanoui comme tout rêve, il avait été rapide comme un songe heureux que l’on essaye inutilement de retenir ou de faire renaître, Mais c'est déjà et toujours une vision, encore plus réelle, que cette figure de Christ où l’on voit s'unir la sublime majesté et l'abandon résigné, la douleur forte et l'abattement du spasme, l'humanité anéantie et la divinité triomphante!

Cette idéale expression a bien pu faire

naitre, à elle seule, la légende de son origine an-

— Amnernts

et

gélique. Le fait est que Notre Seigneur doit aimer son image de Saint-Damien, puisqu'il accorde en abondance grâces et faveurs merveilleuses à ceux qui viennent devant lui méditer ses souffrances et son amour. François, notre Père, doit aussi aimer voir le S.int Crucifix vénéré à Saint-Damien, là où lui-même venait avec gémissements et larmes prier le Dieu Crucifié d'avoir pitié de sa faiblesse, d'animer son courage et de lui révéler la voie nouvelle qu'il devait suivre.

O Crux, Ave!

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