‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 25 sur 87 · CITOYEN D’ASSISE · texte numérisé non relu

CITOYEN D’ASSISE

Nous vivons tous d’'illusion.

Après m'être nourri de celle d’avoir été l'hôte de la maison paternelle de saint François, je me créai celle d’être un citoyen d’Assise.

En temps de guerre, les précautions à prendre contre les espions, trop nombreux hélas, obligent les étrangers de passage dans une ville à se rapporter aux autorités locaies. Je me fis un devoir de remplir cette formalité. Je me présentai donc à l'Hôtel de Ville.

Il s'ouvre sur la Grand’place.

Ce n’est qu’à pas comptés que je circule dans la maison du Municipe. François avait dû y venir souvent aux assemblées populaires quand ii s'agissait des intérêts de la ville, ou quand il fallait s'organiser pour répondre aux provocations de Pérouse.

Je me rappelais cependant, avec encore

92 MON PELERINAGE plus de satisfaction, la mission de paix que vinrent remplir les compagnons de François, retenu à Notre-Dame des Anges par la maladie.

Un différend s'était élevé entre les Grands et les Mineurs d'Assise, l’Evêque et les échevins, et personne ne voulait céder. François, l'homme de la paix, souffrait de cette discus-

sion communale, et sachant que les adversai-

res étaient réunis à la maison du Municipe, il envoya quelques-uns de ses compagnons avec une proposition de paix à lui. De la part de François, ils entonnèrent le Cantique des Créatures, auquel le séraphique poète venait d’ajouter une strophe de circonstance :

Soyez loué, Seigneur, pour ceux qui pardonnent par

amour pour vous, Et supportent les peines et les tribulations:

Heureux ceux qui persévèrent dans la paix, Par vous, Très Haut, ils seront couronnés

Ce fut la parfaite réconciliation.

Dans la grande salle où l’on me reçoit, je vois les portraits des grands hommes de la cité; François s’y trouve au premier rang et Claire elle-même y a sa place.

Je décline mes nom, prénoms, âge et fonc-

Det be + 4

A ASSISE 92 tion; le nom du père et de la mère, celui des lieu de naissance, lieu de résidence passagère et lieu de domicile ordinaire, Je donne ma signature et l'officier la sienne, il appose sur mon papier le sceau de la Ville d'Assise,

Faute de mieux, de ce papier qui me déclare étranger et pèlerin, je me fais un titre de gloire comme si c'était une lettre m'octroyant le titre honorifique de citoyen d'Assise. Et je le garde toujours précieusement comme un diplôme.

En sortant de l'Hôtel de Ville, j'essaye de pénétrer à Sainte-Marie de la Minerve. J'en trouve la porte fermée, En vain, depuis, j'ai essayé plusieurs fois, je n'ai jamais trouvé la porte ouverte, Je m'arrête à considérer quelques instants les vieilles inscriptions que l'on a rangées, comme dans un musée lapidaire, sous le péristyle de la Minerve formé de hautes colonnes canelées. Mais je m'arréte surtout devant le souvenir qui n’est gravé nulle part mieux que dans un cœur franciscain.

C'est devant cette église, autrefois temple

païen dédié à Minerve, maintenant dédiée à

la Très Sainte Vierge, qu'un homme, prophétiquement inspiré, étendit son manteau sous les pas du jeune François, annonçant qu'il deviendrait un grand prince. Et le jeune homme, flatté de la prédiction, marcha avec plus de fierté sur cet honorifique tapis.

Prince, il devait l’être au royaume de la pauvreté, de l’humilité et de la souffrance.

Citoyen d'Assise, j'aime à en parcourir les rues, les interrogeant sur le seul objet qui m'intéresse: François. Il avait passé avant moi dans ces rues et ces carrefours. Il y était passé, gai jeune homme, chantant et “ambadant avec ses compagnons; il y était passé en ce mémorable soir de fête, fête des adieux au monde, alors qu'il était resté comme pétrifié au milieu de la rue, pensant à celle qu'il prendrait pour femme, et si riche, et si belle, qu'aucune autre épouse ne pouvait lui être comparée; dans son amoureuse extase, il entrevoyait sa Dame Pauvreté. Ces rues d'Assise, il les avait parcourues en mendiant volontaire, tendant de porte en porte une écuelle que l’on remplissait de

restes disparates et répugnants à sa nature

délicate, et dont il faisait cependant ses dé-

lices, victorieux de lui-même.

Dans ces rues, il rencontrait son père qui le maudissait après l'avoir tant aimé; et, dans ces mêmes rues, il allait chercher la bénédiction d'un pauvre mendiant comme lui, pour que cette bénédiction contrebalancât la malédiction paternelle.

En parcourant ces rues, je passe devant la maison de Bernard de Quintavalle, Je n'ose y entrer, car elle st occupée tout comme les autres. Ce n’est pas un palais, comme on a pu nous le faire croire parce que Bernard avait des biens qu’il put donner aux pauvres; c'est une maison bien simple, bien ordinaire, m£'s quel doux souvenir s’y rattache. C’est la maison du premier compagnon de saint F.ançois.

Bernard, comme d’autres, intrigué du changement qui s’est opéré dans la conduite de François, veut l’étudier de “rès. Il l’invite un soir à se retirer chez lui. François accepte facilement ces invitations depuis que la maison paternelle lui est interdite. La nuit venue, Bernard fait mine de dormir et

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