PROMENADE FRANCISCAINE
Le Révérend Père Dom Gregorio Frangipani, curé bénédictin de l’église Saint-Pierre, m'a invité à faire avec lui une promenade franciscaine. Il est le digne successeur de ces charitables enfants de saint Benoît, qui ont été les grands bienfaiteurs de saint François et de son Ordre naissant, Ce sont eux, en effet, qui ont cédé au séraphique Père la petite chapelle de Notre-Dame des Anges, restaurée par leur Père saint Benoît, et avec la chapelle la “Portioncule” de terre y attenant. Ce sunt eux aussi qui lui ont fait don de cet ermitage des ‘‘Carceri”’ ou prisons, que nous irons visiter un de ces jours. Dom Frangipani est en même temps un franciscanisant. Les origines franciscaines ont occupé ces années dernières l’esprit et le cœur d'hommes érudits, qui se sont laissés enthousiasmer par la poésie et la beauté de la figure attrayante du Poverello. Le
bles qui ont mis en commun leur perspicacité et leur savoir au service de l'exactitude historique,
Avant de partir pour notre promenade projetée, il faut attendre l'issue des vêpres, et c'est jour de grande fête à Saint-Pierre, étant le jour de la communion solennelle des enfants.
J'assiste volontiers à la cérémonie de l'après-midi : rénovation des promesses du baptême et consécration à la Très Sainte Vierge,
Saint-Pierre est la troisième église que saint François répara à la demande du crucifix miraculeux de Saint-Damien; mais les historiens en parlent à peine, et le séraphique maçon ne dut pas y faire grand’choge. J'ai été particulièrement frappé de l’état brut des pierres qui forment le dôme ou coupole; on dirait que depuis des siècles elles attendent un travail d'équarissement qui ne vient pas. La vieille église a pris aujourd’hui un air de fête; ce n’est pas peu dire, car l’intérieur en parait bien triste,
L2: prédicateur s’anime. Il présente aux petites assisiates un modèle à imiter, en sainte
Claire, leur compatriote illustre entre ‘toutes,
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dans la confiance et l'amour qu’elles doivent avoir envers la Sainte Eucharistie.
Après le Salut, les premiers communiants et communiantes se réunissent dans la cour du monastère et reçoivent un souvenir de première communion et des bonbons. En attendant cette distribution, je suis monté moimême dans la chambre du Père curé, tout embaumée d’une gerbe de lis. Fleurs et parfums s’harmonisent avec la cérémonie du jour.
Enfin, nous partons.
Par la porte Saint-Pierre, nous redesrendons la pente de la colline.
A mi-chemin entre Assise et Notre-Dame des Anges, nous nous arrêtons devant une maison portant une plaque commémorative; c’est ici que se fit arrêter le séraphique mourant, alors qu’on le portait à Sainte-Marie des Any avoir vécu.
ges, où il voulait mourir après De là, il se fit tourner vers Assise pour la bénir une dernière fois avec effusion:
“Soyez bénie du Seigneur, ville fidèle à Dieu ; beaucoup d’âmes seront sauvées en vous et par vous; les serviteurs du Très Haut habiteront en grand nombre dans vos murs, et par-
Mi vos habitants bien des justes seront choisis pour le royaume éternel.”
La plaque de marbre blanc ne laisse plus guére lire son inscription; c’est dommage, mais on POuTTA sans doute y remédier avec le temps.
De cet endroit aussi part l'étroit sentier qui conduit à Saint-Damien, et que suivit le cortège funèbre portant les dépouilles mortelles de saint François à sainte Claire, pour les lui faire vénérer ainsi qu'à ses filles.
Nous longeons le flanc de la Basilique de Notre-Dame des Anges, sans y entrer aujourd'hui, On remarque, adossée à l'église, la grande fontaine qu'y fit construire Come ITT, Duc de Toscane, pour le service des pèlerins. Par vingt-six Cannelles, l’eau coule abondante et fraiche, Nous ne nous désaltérons pas à cette source, le but arrêté de notre promenade étant la fontaine de saint François. Nous +raversons le village de Notre. Dame des Anges.
Jusqu'en 1860, à peine quelques maisons entouraient la basilique : depuis, sans doute à cause de la station du chemin de fer, le village s'est développé et forme une paroisse de nlus de deux mille âmes, dont nos Pères ont la des-
serte,
ns
Le gouvernement a su pourvoir à peu de frais aux établissements municipaux et scolaires: il n’a eu qu'à voler les constructions élevées pour servir d’hôtellerie aux pèlerins. C'a n'a pas été plus coûteux que cela.
Nous traversons ensuite les grandes fermes qui sont la propriété du Prieur de San Pietro. Le Père curé, mon guide d'aujourd'hui, en est donc le seigneur, et il me fait les honneurs de son domaine, Nous rencontrons l’un des fermiers qui s'arrête pour saluer, combien aimablement! son père et son maître. J'ai cru assister à une scène du moyen âge, alors que, autour des monastères, les fermiers vivaient si heureux 3ous la paternelle crosse des abbés, développant, en union de cœur et d'efforts avec les moines, la fécondité de la terre, assainissant les marais, et faisant reculer la forêt,. Un instant, ils s’entretinrent de leurs communes affaires et se quittèrent après force bonjours, non en maître impérieux et serviteur jaloux, mais en vrais et sincères amis. Nous avons dépassé le village de Notre-Dame des Anges, et nous voici à la fontaine de Saint- Francois. Sur le bord du chemin, s'élève une petite chapelle dédiée à notre séraphique Père;
au Coin sud-est, à l'extérieur, un filet d'eau jaillit au milieu de la plaine. La fontaine de Saint- François est une révélation à mon ignorance ; je ne me souviens pas d'en avoir jamais rien lu dans les diverses vies de N. S. Père, Ce serait à la prière du Père que cette source aurait jailli Nous faisons une petite prière à la chapelle, et nous buvons à la fontaine, Dom Frangipani me dit que des miracles ont été obtenus par cette eau. Je ne me contente pas d'en boire, j'en lave mes yeux et mon front comme on le fait à la source miraculeuse de Lourdes,
Sans nous attarder davantage, nous rebroussons chemin, car nous voulons, par un long détour, faire une visite à Rivotorto,
À la place de l'humble cabane que saint François et ses premiers compagnons occupèrent quelque temps, on a élevé une belle église, Toutefois, on a respecté les ruines de la vieille masure, que l’on voit encore à l'entrée de l’église et que l’on visite avec dévotion. Elle se compose de quelques petites pièces, maintenues dans leur état primitif,
Quelques traits édifiants de la vie de saint François se sont déroulés ici et naturellemnt,
ils reviennent à la mémoire du cœur quand on visite cette humble demeure, restée comme le type idéal de la plus étro:1: pauvreté,
C'est ici aue, pour prier, les Frères ayant demandé un livre à leur Père, François, sortant de la cabane, de deux branches fit une croix, la planta et leur dit: Voilà le plus beau et le meilleur livre.
C'est ici qu'un soir, François, alors qu'il était à Assise où il devait prêcher, apparut à ses frères sur un char de feu qui fit le tour de la masure; la lumière qui rayonr ait de lui était si pénétrante, que chacun put voir dans la conscience de ses frères et sentit la sienne se révéler à eux. L'office de saint François fait allusion à ce prodige dans l’antienne du Magnificat des premières vêpres :
Tu nostrae militiae Currus et auriga, Ignea praesentibus, Transfiguratum fratribus
In solari specie, Vexit te quadriga.
“O vous, de notre milice tout à la fois le char et le cocher, un quadrige de feu vous trans-
porte sous la forme d’un soleil aux yeux des frères présents,”
Le réduit était si étroit que, pour assurer à chacun des Frères un: place, François avait dù inscrire sur les poutres le nom de chacun : et pourtant, malgré l'exiguité du local, un jour il prit envie à un paysan d'y venir loger son âne, C'en était trop! Les Frères laissèrent toute la place à l'animal et se retirèrent défitivement à Notre-Dame des Anges, que leur céda volontiers l'Abbé du Mont Soubasto.
condition que Sainte-Marie des
à Anges serait toujours considérée comme la Mère et le Chef de l'Ordre des Mineurs,
Pour la bonne promenade tout: franris- Caine qu'il vient de me procurer, merci à Dom
Gregorio Frangipani.