‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 41 sur 87 · NOTRE-DAME DES ANGES · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DES ANGES

À peine a-t-on franchi les grandes portes que l’on à de la Basilique un coup d'oeil ravissant, Ses vastes proportions, l'élégance de son style, en font un beau vaisseau. Sa splendeur passe des yeux au cœur et le dilate.

Elle mesure 127 mètres de long sur 64 de large et 87 sous la coupole. Elle a trois nefs et compte plus de vingt chapelles dont l'autel est consacré. Les confessionnaux y sont aussi très nombreux, pour la commodité des pèlerins qui y affluent aux jours du grand Pardon.

Mais ce qui frappe plus encore que la majesté et la grandeur de la Basilique, c’est l’humble petitesse de la chapelle de la Portioncule. Entre les pilastres, sous le grand dôme, comme sous un dais monumental, elle paraît être vraiment ce que saint François l’a appelée: “La porte de la vie éternelle, Haec est porta vitae ne-

ternae.” Je m'approche avec respect, mon coeur sent que c’est ici un lieu béni et sacré entre tous ou mieux, comme s'exprime saint François luimême: ‘“Hic locus sanctus est. Ce lieu est saint.”

Je m’approche, mais il ne m'est pas encore permis d'entrer.

A cette heure du jour où les églises sont plus désertes, on ferme la Portioncule par une grille de fer. Cette barrière se continue aux deux coins de la petite chapelle jusqu'aux pilastres, divisant ainsi la Basilique en deux, et met hors d’accès la partie la plus mportante: le sanctuaire, le choeur et les sacristies.

Je m'agenouiile cependant sur ce seuil qu'ont foulé de pieuses générations, et à travers les barreaux j'envoie ma pensée, mon coeur, 8t ma prière....

Après ce premier salut, et en attendant de pouvoir pénétrer dans l’antique chapelle, je la contemple à mon aise.

Elle fut construite au milieu d’une forêt, dans le centre de cette belle vallée de l’'Ombrie, par quatre ermites venus de Jérusalem et qui

y déposèrent une relique du tombeau de la

Sainte Vierge. De là son nom primitif: Notre- Dame de la Vallée de Josaphat.

Au sixième siècle, elle devint la propriété du Patriarche de la vie cénobitique en Occident, saint Benoît. Il la fit restaurer et, dans un esprit prophétique, fit ouvrir, dans son côté et dans sa façade, de grandes portes, dont les dimensions sont hors de proportion avec l’exiguité de l'édifice. Dieu l'inspirait, Il semblait entrevoir les foules qui se presseraient un jour sous ces béantes portes. Plusieurs fois déjà, on avait entendu, dans ce sanctuaire de Marie, les anges chanter les louanges de leur Reine. La piété reconnaissante modifia, avec le temps, le nom du sanctuaire et l’appela: Sainte-Marie des Anges.

La chapelle était encore la propriété des fils de saint Benoît quand François, qui la chérissait, la demanda à l'abbé du Mont-Soubasio L'abbé n’était pas sans connaître les incidents de la conversion de François et la vie fervente de ses premiers compagnons. Confiant dans l’avenir de l'Ordre naissant, qui venait donner un nouveau lustre et un nouvel élan à la vie monastique, une nouvelle forme à l’apostolat, il la céda volontiers, mais à la condition for-

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melle et prophétique qu’elle serait: “Caputf et Mater,” la “Tête et la Mère” du nouvel Ordre.

En reconnaissance de ce don libéral, chaque année Francois envoyait aux Bénédictins un panier de petits poissons, quand on pou rait en prendre à la rivière. En retour il recevait, en signe de bienveillance, un bidon d’huile d'olive. Ce gracieux et tout fraternel échange est représenté dans l’une des fresques de la coupole. Je:

Quand François eut obtenu du Ciel, pour cette petite chapelle, le riche trésor de son indulgence, elle devint, elle est encore, un centre tout-puissant de surnaturelle attraction.

On en a orné la façade de marbres et de peintures. Frédéric Overbeck y a peint, avec la précision qui le caractérise, la concession de l’Indulgence. La bordure de la fresque est due à Steinlé. Sur le centre de la porte on lit les paroles de la concession faite par Notre Seigneur à la demande instante de Francois :

“Petitionem tuam, Francisce, admitto : J'accor-

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de ta demande, ô François.” Un peu au-dessous on lit ce que l’on pourrait bien prendre pour le cri ému de la reconnaissance du séra-

phique Père: “C'est ici la porte de la vie éter-

nelle.” Sur le pignon de la petite chapelle, dans une niche en forme de tourelle gothique, une Vierge assise tient le Divin Enfant sur ses genoux. C’est là que plusieurs fois Marie et Jésus apparurent aux pèlerins, venus en foule, pour les encourager et les bénir. L’affluence des pèlerins s’est élevée parfois à plus de 200,000,

Aux deux angles du toit se tient un Ange portant, d’une main, une banderole où flottent en textes variés les louanges de cette chère petite chapelle, de l’autre, un lis épanoui. Le premier texte est tiré de la Légende majeure de saint Bonaventure. Il nous dit: “La Portioncule, église Mère et Chef de tout l'Ordre miniritique, où le Patriarche saint François jeta les premiers fondements de son Ordre.” Le second est tiré de Wadding, le célèbre annaliste de l'Ordre; il se lit: “C’est ici la Portioncule, où, par l’intercession de la B. V. Marie, Jésus- Christ, de sa propre bouche, concéda à François d'Assise l’Indulgence plénière et perpétuelle.”

Quoique la grille soit fermée et que pour le moment nous ne puissions faire le tour de l’édicule, pour n’avoir pas à y revenir, complétonsen la description.

Sur le plan latéral de la petite chapelle, an cherchant, on trouve la très modeste pierre tumulaire que fit poser saint François à son compagnon, Frère Pierre de Catane, qui repose près de la chère Portioncule. Après sa mort, le saint homme ne tarda pas à faire des miracles, et les foules venaient à son tombeau. La Portioncule n'avait pas alors toutes les constructions qui garantissent la clôture. Les cabanes des Frères, la petite infirmerie environnaient la chapelle, le tout entouré d’une haie. Ce concours de peuple parut nuisible à la tranquillité de la communauté. François donc, s’adressant au saint mort, lui dit: “Frère Pierre, vous m'avez toujours obéi dar: votre vie mortelle, je vous demande encore de m'obéir; je vous défends désormais de faire des miracles.” Pierre de Catane obéit, et depuis ne fit plus de prodiges.

A ce même pan de mur était autrefois adossé un autel où l’on disait la messe en faveur des pèlerins trop nombreux pour contenir dans la si petite chapelle, alors que la Basilique n'était pas encore bâtie.

On l'en a dégagé depuis, mais on en voit

encore les traces.

Au-dessus de la porte latérale, se trouve encadrée cette sentence de saint Bonaventure: “C’est ici l'endroit où l'Ordre des Frères Mineurs fut institué par saint François, sous l'inspiration divine.”

Pour si petite qu’elle soit, la Portioncule a une abside, percée à son tour d’une large ouverture qui donne accès dans le sanctuaire. Sur le pignon on voit un fragment du crucifiement du Pérugin; à chaque coin, deux Anges font pendant à ceux de la façade; enfin, le dominant, une statue de saint François.

Si, du seuil de cette chère Portioncule où Je ne puis encore entrer, je lève les yeux vers la grandiose coupole, ne dirait-on pas que le Ciel lui-même veut envelopper et protéger de son ombre le pieux sanctuaire de Marie?

Quatre peintures ornent les quarts de voûte qui soutiennent la coupole. Elles se ranportent à l’histoire du béni sanctuaire. Outre ia concession faite par les Bénédictins à notre Père, ces peintures représentent la vocation de saint François, la prise d’habit de sainte Claire, enfin saint Bonaventure écrivant la vie du saint Fondateur.

En attendant que s'ouvrent toutes les por-

tes, je fais le tour de l’imposante enceinte, ie m'arrète à toutes les chapelles, aux unes plus qu'aux autres, et j'ai certes de quoi employer mes pieux loisirs. Nombreuses sont ces chapelles, et chacune contient des peintures qui m'intéressent,

J'ai à peine fini cette tournée que l'on vient m'inviter à entrer au couvent, Je présente mes hommages au Très Révérend Père Provincial, au R. P. Gardien. Dans ces vastes corridors, on m'assigne la cellule que je dois occuper. Mon sac de voyage y est dijà rendu, le cher mendiant a été fidèle. Mais à la téméraire tentative qui m'a valu la joie parfaite, pas une allusion.

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