‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 43 sur 87 · LES ROSES · texte numérisé non relu

LES ROSES

Peut-on parler de la Portioncule sans que s'épanouissent à nos yeux ces roses blanches et rouges que François répandit au pied de l’autel de Marie, et qu’il apporta toutes fraîches, en plein hiver, aux pieds du Pape, comme un témoignage authentique de la concession de l’indulgence que Notre Seigneur et la Vierge iui avaient accordée? C’est une guirlande de roses qui court dans toute cette histoire de la Portioncule. Elles fleurirent du temps de saint François, elles fleurissent encore de nos jours.

Toujours assoiffé de souffrances pour la conversion des pécheurs, une nuit qu’il était en but à une tentation, François, pour vaincre le tentateur autant que pour mérite: les grâces qui convertissent, se dépouilla de ses vêtements et, sans pitié pour son propre corps, se roula dans un buisson d’épines qui croissaient à l’aise non loin de sa cellule, Le démon qui lui conseil-

lait de modérer ses veilles et ses pénitences, fut vaincu. Il s'enfuit et soudain le bois s’illumine d’une ciarté céleste. Les épines ont disparu pour faire place à des roses fraîchement écloses, et les feuilles restent tachées du sang généreux du pénitent. Les anges entourent le sublime dépouillé, le revêtent d'un habit blanc, et l’avertissent que le Seigneur l'attend dans le bienaimé sanctuaire. En traversant le nouveau champ de roses, François en cueille des gerbes blanches et rouges, pour les offrir à son divin Maitre,

Il s’avance, entre deux rangées d’anges, sur un tapis d’une rare beauté. déployé sous ses pieds par leurs célestes mains. Aussi appellet-on encore “le chemin des Anges” la voie qui conduit au roser miraculeux. En hommage de reconnaissance et d'amour il jette avee grâce, au pied Gu trône divin, les fleurs qu'il a cueilies. Puis, voulant faire confirmer l’indulgence et en fixer le jour, Francois se rend à Rome, apportant au Pape, humble présent, les roses miraculeuses de son nouveau jardin. Leur fraicheur témoigna de la véracité du miracle ct la Pape confirma Ji

la] rence accordée par LI

Christ.

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On peut bien penser que depuis lors on a entretenu avec soin le buisson que les Italiens

malgré le miracle qui en a supprimé les épines,

appellent encore le

spineto”, Des rejetons nouveaux surgissent, pour remplacer les vieilles tiges, mais les épines ne reparaissent point, et les feuilles portent toujours des taches rougeûtres, de grandeur variée, et si naturelles que l'on se demande si ce n’est pas là le sang dont les empourpra Francois en cette nuit de pénitence. Au printemps le buisson fleurit, On cueille religieusement ces roses, qui seront données aux bienfaiteurs du Sanctuaire.

Si, lors de la construction de la grande Basilique, bien des détails des humbles aménagements primitifs disparurent, on eut soin de préserver le buisson sans épine. Il forme un petit jardin, soigneusement entouré d’un cloître et de grilles, à travers lesquelles on peut le voir. Je lai trouvé trop sévèrement entouré à mon gré. Non content de le regarder, j'aurais voulu y pénétrer, Mes instances furent vaines, et la

clef du jardin introuvable.

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Sur l'emplacement de la cellule qu'habitait saint rrançois sur le pourtour de la Portioncule, on a bâti la chapelle des roses. Le sanctuaire de cette chapelle est à deux étages ; endessous on a respecté l'emplacement de la cellule occupée par le Saint. A travers la grille qui en ferme la porte on voit une statue de saint François, qui semble faire revivre dans cette solitude le privilégié de Jésus et de Marie.

C'est cette cellule qu'occupait saint Francois pendant le fameux chapître des nattes, si célèbre dans les annales de l'Ordre, et qui réunit dans la vallée plus de 5,000 religieux, qui logeaient sous des tentes et dormaient sur des nattes. C'est là qu'il reçut la visite de notre Père saint Dorninique, Que d’autres événements encore se passèrent à la Portioncule, alors que François habitait cette humble cellule, Saint Bonaventure fit élever au-dessus d'elle un oratoire.

On y accède par un escalier latéral ext4rieur ; il est habituellement fermé par une forte grille qui le sépare du reste de la chapelle, bien que son élévation n’en permette pas l'accès de ce côté,

C’est assurément à cette protection cons-

Le

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‘ante qu'est due la conservation dans toute le ur fraicheur des belles fresques dont l’oratoire est orné. On me permet d'y monter et je puis les admirer, Remarquables surtout sont les deux saintes Claire et Elisabeth.

La nef fut ajoutée par saint Bernardin de Sienne. Les fresques de la voûte sont de Pinturicchio, celles des longpans, de Tibère d’As.sise. Ces dernières, qui retracent les divers épisodes de la concession de l’indulgence, de sa confirmation par le Pape et de sa publication par les évêques, ont eu b >aucoup à souffrir de l'indiscrète manie qu'ont les pèlerins d’écrire partout leur nom. Le bas des peintures est à la portée de leurs mordants stylets, je dis bien: de leurs Stylets, car plusieurs, non contents de tracer leur nom au vulgaire crayon, l'ont gravé de la pointe de leur canif,

Je gémis, devant le Père sacriste qui m’accompagne, de ce vandalisme, hélas, irréparable. En effet, effacer ces noms, ce serait simplement faire de la place à d'autres, et surtout ce serait toucher à l’œuvre des maîtres,

De la chapelle des roses nous retournons à la sacristie par le corridor nouvellement construit et que l’on a orné d’une belle statue de

saint François, On a aussi, dans un jardinet, replanté un figuier, pour rappeler celui où venait se poser la cigale qui chantait avec saint Francois un duo de louanges au Seigneur.

En passant p:r la chapelle de Saint-Charles-Borromée, nous nous arrêtons devant la large planche qui servait de lit à saint François, et sur laquelle on a peint le Saint. A la sacristie on nous fait voir d'autres trésors d'art, surtout Christ du Pérugin, richement encadré en des moulures artistement fouilkées.

Les pèlerins s'arrêtent à la sacristie pour se procurer quelques souvenirs de la Portioncule et en particulier des feuilles du rosier de saint François.

Des feuilles du rosier! J'aurais voulu une rose, et la cueillir moi-même au Spineto. Mais pas plus qu'on ne m'avait permis de mettre le pied dans le jardinet, on ne me permet de mettre la main sur la rose convoitée. Ah! que n’était-il 1à le bon Père Bernardin Ibald, Jui qui a tant travaillé pour sa chère Portioncule et qui travaille encore pour elle, Il était à ce moment en Amérique, y sollicitant les aumônes pour la construetion si nécessaire du pé-

ui

ristyle de la Basilique, dont la façade est menacée si on ne la soutient fortement. Il espérait pouvoir faire exécuter cet important travail pour le VIle centenaire de la concession de l'indulgence en 1916, mais hélas, la guerre a brisé ou tout au moins retardé ses projets. S'il avait été là, il n'aurait pas hésité, lui, à donner une rose et la plus belle, à son Provincial. Je n’eus du Père sacriste que des théories sur la rareté des roses et des considérations sur les éminentes qualifications qu'il faut posséder pour en obtenir une!

Plus libéral, le Père Théophile Mengani, qui se tenait près de l'armoire où l’on conserve les roses, s’empara de plusieurs de ces fleurs et nous les donna à la stupéfaction du Père sgacriste, qui n’osa les reprendre de nos mains. On dit que, lorsqu'on transplante le rosier, les épines repoussent. YŸ avait-il des épines à cette chère petite rose? Ce que je sais, c’est que je l’'emportai avec une satisfaction d'autant plus vive que je l’avais ravie, si honnêtement, il est vrai!

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