‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 50 sur 87 · PRIONS · texte numérisé non relu

PRIONS

O Dieu, qui avez miséricordieusement rappelé votre servante Marguerite du chemin de la perdition à celui du salut, usez envers nous de la même miséricorde afin que, n'ayant pas rougi de la suivre d’abord dans son égarement, nous nous glorififons de la suivre avec ardeur dans sa pénitence Par Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il

Le prêtre encense les saintes reliques et se retire pendant que le nuage d’encens enveloppe l'autel.

Alors on dégage la table de la planche qui la couvre, et l’on dispose tout ce qui est nécessaire pour la sainte messe.

Pendant que, de la sacristie, je me rends à l'autel pour y célébrer le saint sacrifice, un homme assez âgé m'arrête et me prie d’avoir une intention toute spéciale pour son fils qui

est au front des armées d'Italie. Je le promets et je tiens parole.

Pèlerin, il m'est permis de dire la messe votive de la Sainte, Durant cette messe, dont les paroles liturgiques sont d’une application si touchante à l’humble pénitente favorisée de Notre Seigneur, combien de fois ai-je porté mes regards vers celle qui avait été l’objet des pardons et des confidences de Jésus! Elle semblait m'écouter, m'entendre, me comprendre. Et il me semblait, à moi, lui renouveler une de ses extases, en faisant descendre de nouveau auprès d'elle, à ma voix de prêtre, le même divin Consolateur qui, si souvent, l'avait visitée pour consoler ses larmes, pour exaucer ses désirs, pour lui révéler l'amour de son Sacré Coeur. Elle est là, Marguerite, Il est là, Jésus. Et je suis le témoin et l’instrument de cette nouvelle rencontre.

Le R. P. Théophile me succéda à l'autel.

Lu; aussi était pèlerin de sainte Marguerite.

Les deux messes terminées, on replaca sur l'autel la table de bois et l'on m'invita À mon-

.. ter tout près de la châsse pour contempler la Sainte à ma dévotion. Je montai et m'agee nouillai là même où Jésus-Hostie venait de + *, La

descendre et se donner à moi; je pus alors contempler de près celle que j'étais venu voir de si loin, Pas longuement cependant, la foule ayant envahi le sanctuaire, et les premiers arrivés étant déjà à genoux sur les marches de l'autel, Voici donc ce corps miraculeusement préservé de la corruption du tombeau après six cent dix-huit ans!

Marguerite mourut à cinquante ans. L’aspect de sa figure qui, tout d’abord, semble indiquer un âge plus avancé, nous dit l’austérité de sa pénitence, la violence de ses macérations. Le nez est fortement arqué, les lèvres jointes; les mains, très fines, reposent sur un coussin, les pieds sont nus. Sa robe, que l'on a dû changer dans le cours des siècles, est actuellement de couleur gris cendré, à larges carreaux blancs et noirs, assez pareille à celle qu'elle portait de son vivant. En ce moment, toute cette vie merveilleuse passe devant mes regards, comme dans une rapide vision. C’est bien là celle qui, privée de sa mère, se laissa entrainer dans un criminel amour, mais que la miséricorde de Dieu convertit soudainement d'un coup de sa puissante grâce. C'est là la fille séduite, mais pénitente, que son

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père rejeta hors de la maison paternelle À l'instigation de la marâtre. C'est bien elle qu'une vcix mystérieuse dirigea vers Cortone et vers les enfants de saint François, qui devaient prendre la conduite de son âme, Et je pense aussi à l'enfant né de son péché, dont l'histoire ne nous a pas même conservé le nom, que sa mère élève dans 1a plus grande austérité, et qui, jeune encore, devient Fran- Ciscain, dans ce même couvent de Cortone. Je pense aux excès de pénitence, d'humilité, qui attiraient à Marguerite Ja compassion de Dieu. Je pense à ces nombreuses faveurs du Ciel dont fut comblée la pauvrette que Notre Seigneur daigna un jour appeler sa fille, Je pense à toutes les oeuvres de zèle et de charité de la Sainte et je lui demande de bénir les œuvres placées sous son patronage. Je pense à cette sublime réhabilitation qui la place au rang des Vierges, et je lui demande de m'obtenir la contrition et le pardon de mes péchés. Je lui recommande ceux ou celles qui se réclament de sa protection. J’activai l'intensité de mes intentions à ce moment qui dura, le ne sais combien longtemps, mais qui me parut bien court.

J'arrétai un long regard sur ce visage que j'avais tant désiré voir, que je vois, mais que je ne reverrai plus! J’appliquai mes lèvres au verre de la châsse et, dans un long baiser à ces reliques sacrées, m'efforçai de faire passer tout mon coeur,

Je redescendis à regret.

Apres moi, comme pour la sainte mes. ; monta mon compagnon de voyage; quelques privilégiés lui succédèrent: les autres restàrent au pied de l'autel, dont ils avaient envahi les marches.

Ma visite et ma prière terminées, on remit les précieuses reliques au secret, Avec les mémes cérémonies et les mêmes chants, on fit tomber le voile devant l'antique image de Jésus Crucifié, et l'on se rendit au maitre-autel. Le prêtre encensa les restes vénérés du “Lis refleuri” ; il monta sur l'autel et, à genoux, ce nouveau essuya la grande vitre du reliquaire : puis il tira les deux rideaux de soie qui nous voilèrent la si douce vision. Les employés de la municipalité, à leur tour, achevèrent la fermeture de la châsse, Autant l'ouverture en avait été joyeuse, autant la fermeture en paraissait triste: on eût dit que l’on fermait de

nouveau un cercueil! Un à un, les divers parements furent replacés, on enfonça les tiges de fer, les grosses clefs grincèrent. Chacun se retira. Mais dire le bonheur des instants que je venais de vivre serait difficile.

Le

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