‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 51 sur 87 · LES CELLES · texte numérisé non relu

LES CELLES

Après le petit déjeûner tel qu’on le prend en Italie, je pars avec le R. P. Roger, qui veut bien m'accompagner, pour faire un gutre pèlerinage, celui des “Celies”,

Quand saint François prêécha à Cortone, on lui demardla d’y établir un monastère de son Ordre. François lui-même en choisit le site.

Que] ravissant petit nid! C'est vers ces anti. ques cellules ou “Celles”, illustrées par le séjour qu'y fit le Séraphique Patriarche, par le Frère Elie de Cortone, célèbre dans l’histoire franciscaine, ein par le bienheureux Guy de Cortone, que nous dirigeons nos pas eu descendant la montagne par le lacet de chemins et de sentiers qui nous conduisent au te ent près duquel François avait choisi sa so: aude.

Les Celles rappellent un peu les Carceri, mais leur aspect, moins sauvage, est plus gra-

cieux. Àu lieu d': torrent desséché, c’est au

La:

contraire l’eau limpide qui descend de la montagne et coule, de vasque en vasque, sur le rec vif où elle bondit et écume. Le plan du monastère serait difficile à tracer, mais l’aspect en est très pittoresque; c’est un entremélement de petits toits étagés, encadrés de verdure.

Le KR. P. Gardien des Capucins nous y reçoit très cordialement et nous fait les honneurs de cette relique séraphique. Après celle du Très Saint Sacrement, notre première vi:

site est pour la cellule de saint Francois.

C’est une sorte de grotte à laquelle on accède par un petit oratoire; de l’oratoire on monte quelques marches et l’on passe dans la grotte

ar une porte très étroite. Sur l’un des côtés de la petite pièce, il y a une Vierge habituellement enfermée dans une sorte de placard, Avant d’en ouvrir les portes rustiques, on allume deux cierges, comme l’on fait pour des reli. ques.

Nous prions quelques instants dans ce creux du rocher, où, colombe solitaire, François, attiré par le Christ bien-aimé, pria si souvent. Le couvent est un dédale de corridors étroits dont souvent l’un des murs n’est autre que le

roc même de Ja montagne, Les escaliers -. de

A CORTONE 241 vrais casse-cou — sont fréquents. Les cel-

lules, grossièrement crépies, sont bien petites, et à peine éclairées per une fenestrelle. Comme tout est pauvre dans ce couvent, pauvre à ne pouvoir le dire assez. Saint François, le Poverello, doit encore y faire ses délices. Mais, au sein de cette pauvreté, toutes les richesses de la nature.

Nous trouvons les jeunes Frères novices au travail de la lingerie. Le couvent des Celles est la maison du noviciat.

En sortant, nous nous arrêtons sur le pont jeté par dessus le torrent. Nous nous laissons bercer au chant des cascades et au murmure des sources, dont la douce fraicheur nous paraît plus délicieuse en cette chaude journée d'été; nous nous grisons des mille parfums des fleurs des bois.

Sur ce rustique pont, mon compagnon me dit, — et c'est de la poésie toute franciscaine: “Notre frère ie vent et notre sœur l’eau, dans leur pureté ne vivent point ensemble; aussi le premier a fait son séjour au couvent des Franciscains ue Sainte-Marguerite, la seconde est venue résider chez les Capucins au couvent des Celles.” En effet. au couvent de Sainte-Mar-

pm à D DU CR

guerite, l’eau est plus que rare; on la recueille parcimonieusement quand elle veut bien tomber des toits; quant au vent, il y règne en maïtre. Aux Celles, au contraire, notre sœur l’eau se promène comme chez elle: mais dans cet encavement le grand vent se croirait prisonnier, il ne s’y aventure jamais.

Sur les ailes de cette contemplation des beautés de la nature, nos âmes s'élevent vers le Bon Dieu. Nous reprenons notre route en devisant de saint François, de ses pren.ers Compagnons, en parlant de la douce et bonne Providence, de ses délicatesses à l'égard des enfants du Pauvre d'Assise, tout comme devaient le faire le Père lui-même et ses premiers disciples cheminant sur cette route rocaillcuse, entre les Celles et Cortone. Et notre coeur, comme celui des disciples d'Emmaüs, se sentait plein d’ardeur pour cette vie franciscaine qui nous apparaissait, ce matin-là, dans toute la force et la poésie de ses premiers jours.

La chaleur était intense, elle rendait plus Capiteuses les senteurs du thym, du chèvrevrefeuille et de tant d’autres fleurs qui bordaient notre chemin, Nous arrivâmes au cou-

vent à l’heure du diner. Quelle matinée!

| des vers te en iers onne | des > deniers cuse, eur, sen- ‘aine oute

plus VIe bor-

cou-

Le pèlerin ne fait que passer. Avant de partir, j'avais offert au R. Père Gardien un humble petit ouvrage sur sainte Marguerite, qu'un poète avait intitulé: Le Lis refleuri. Un Père auteur m'offrit à son tour un recueil de prières à la sainte Pénitente. J'aurais voulu emporter force vues et photographies pour des conférences futures. On n'a rien. Il fallut aller chercher en ville pour trouver deux cartes postales et une image de la châsse ouverte. J'avais aussi promis une relique de la Sainte. Inutile, bien entendu, de penser à chtenir une parcelle du corps que la mort ellemême, destructrice de tout, a cependant respecté. Je ne pouvais avoir qu’une relique secondaire, une parcelle de quelque objet ayant servi à sainte Marguerite. Devant moi, le K, Père Gardien coupa un tout petit carré d’étoffe de la tunique qui avait recouvert le saint corps pendant de très longues années.

Il fallait partir. Le temps, très variable, de très beau qu’il était le matin, s'était mis à la pluie. Il fallut descendre à la grande place sur les pavés glissants de r'es très escarpées. En attendant le départ de l’autobus, je lis les blasons qui couvrent ia maison communale, La

ne —

machine nous emporte bientôt jusqu’à la gare

de Cortone sans que nous puissions, une der-

nière fois, jouir des splendeurs du panorama. Cortone, adieu !

gare derma.

Frs Mon pèlerinage à

l A lverne

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