‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 52 sur 87 · PREMIERE ETAPE · texte numérisé non relu

PREMIERE ETAPE

Nous étions partis de Cortone à la pluie.

Le R. P. Théophile, qui m'avait été donné pour compagnon, devait me conduire jusqu’à l’Alverne. Nous partions trois de Cortone: le P.

Théophile, le Fr. Dominique, du couvent de Florence, et votre humble pèlerin.

La gare d’Arezzo devait être le lieu de la dispersion. Le Fr. Dominique prenait le chemin de la ville des Fleurs, pendant que nous prenions celui de Bibbiena. Mon compagnon allait et venait, allant aux informations, rendues nécessaires par suite de la désorganisation des trains depuis la mobilisation, rencontrant ici un ami à qui il serre la main, là, un autre avec qui il fait un petit bout de causette. Je me tiens sur le quai, démêlant de l'oeil l’écheveau mélé de cette gare pleine de monde. Tantôt le Père me donne une information sur notre train, tantôt il me présente un de ses amis, et

je vois combien est populaire le Père Théophile, le Gardien de Monte ’aolo, sanctuaire de saint Antoine de Padoue.

Une présentation particulièrement intéressante fut celle du curé de Bibbiena. Monsieur le curé parle parfaitement le français, et il retourne à sa paroisse. Le R. P. Théophile estime donc qu’il est désormais inutile pour lui d’aller plus loin pour me mettre sur ma route en s'écartant de la sienne, Monsieur le curé me conduira lui-même à Bibbiena, qui est la station du chemin de fer la plus proche de La Verna. Je ne saurais être entre meilleures mains. Je précipite mes adieux émus et reconnaissants au bon Père Théophile, car le train qu’il doit prendre est sur le point de partir.

Un salut de la main, à travers les voies ferrées qu’il traverse, et pendant ce temps-là... le train part sans le prendre! Il revient résigné, et devra attendre un nouveau départ.

Quand notre train arrive, enfin, ce n’est pas une petite affaire de trouver deux places voisines pour monsieur le curé et moi. Le train est bondé. Ce sont surtout des jeunes gens se rendant au poste où les appelle la mobilisa-

>hile,

saint

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tion; ce sont aussi des soldats, puis les voyageurs accumulés par la rareté des services réguliers. Tout de même, dans un wagon de troisième classe, vraie boite à compression, nous trouvons une petite place, où, en se serrant bien, on peut tenir trois sur un banc à deux. Cette fois, ce sont les définitifs et sympathiques adieux à mon Père Théophile, que je ne reverrai probablement plus.

Le train part. Pendant le trajet il se vasse une de ces scènes disgracieuses auxquelles on peut s'attendre, au milieu de jeunes recrues qui cherchent à se griser et qui se croient tout permis parce qu’elles vont être soldats. Les jeunes gens chantent. Soudain, ils entonrent une chanson qui, paraît-il, n’est pas très convenable, n'est même pas convenable du tout.

Monsieur le curé qui, jusqu'ici, avait causé très paisiblement avec moi, se lève. Quelles vertes apostrophes à l'adresse de ces étourdis! Il ne se contente pas de leur rappeler la loi divine, il leur rappelle encore la loi civile. Le plus hardi veut répondre, mais il a à qui parler : “N'y a-t-il pas assez de chants patriotiques pour exprimer votre enthousiasme et pour dou-

ner libre essor à votre ardeur juvénile et guerrière ?”’

On essaie une réplique.

Le curé y répond par des coups de foudre!

Rongeant son frein, le libertin fredonne le Magnificat comme une moquerie, mais personne ne lui fait écho. C’est bientôt le calme plat.

Petit incident qui me parut topique dans cette Italie où l’on met de l'enthousiasme en tout, dans le bien comme dans le mal, où l’insulte coudoie la louange, la haute vertu le vice abject, où tout chante l’ignoble comme le beau!

À la station voisine de Bibbiena, nous avons une agréable surprise. Le R. P. Sabatino, vicaire du couvent de cette ville, est venu jusque là à ma rencontre. On voit qu’un ami, un père, un ancien compagnon de noviciat, un supérieur, a préparé très délicatement les voies, pour me faciliter le voyage.

C'était déjà le T. R. P. Colomban qui m’avait procuré mon guide vers Cortone; il a aussi annoncé mon arrivée à Bibbiena, qui est le poste avancé vers l’Alverne.

A la gare, un modèle de vicaire vient audevant de son curé. Nous prenons place tous

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les quatre dans une voiture qr: le vicaire a retenue d'avance, et dans la der 1-obscurité du soir nous faisons route, en devisant, Le vicaire, apprenant que je viens du Canada, me dit avec une particulière satisfaction, qu'il est en correspondance avec un professeur de l'Université Laval, à Montréal, et qu'il fait avec lui échange de cartes postales.

La voiture nous dépose devant la porte du couvent de San Lorenzo, et continue pour amener ces messieurs à la cure.

Bibbiena est une toute petite ville, L'église conventuelle est en même temps paroissiale.

Je suis très heureux de voir de près une de ces petites communautés où le nombre ne permet pas toute la majesté de la rigoureuse régularité, où tous les éléments disponibles sont utilisés au service de l’autel et à l’activité de la ferveur.

Ici comme à Cortone, on fait un triduum solennel pour la paix, alors que l'Italie vient à peine d’entrer en guerre.

L'autel de la chapelle franciscaine est ornée de fleurs et de lumières; on va donner la bénédiction du T. S. Sacrement.

Je vois encore l’enfant de chœur grimpant

sur l'autel pour allumer les cieges de l’illumination; j'entends encore surtout le chant populaire, où les enfants poussèrent si fortement les notes aigües d’un cantique au Sacré Cœur, que l’air en a été gravé dans ma mén oire, et si vivement, que je me demande si, en certains endroits, la membrane pr n'a pas été perforée !

Après le Salut un groupe se réunit à l'autel de la Très Sainte Vierge, où les chants recommencerent avec une nouvelle ardeur.

Le couvent est assez vaste et, comme tant d’autres, il rappelle par ses proportions des jours meilleurs.

Il vient de perdre son Gardien. Le T. R. P.

Michaelangelo a été nommé Définiteur Général par le récent Chapitre, et les religieux, avec grâce, peut-être même avec un peu de flatterie, prédisent au Vicaire que le Définitoire Prn-

vincial, qui doit se rassembler le jendem: iin, le

nommera leur Gardien. Il est si aimable, «i avenant, si poli, si charitable: toutes qualités

qui siéent si parfaitement à un Gardien de couvent, que je n'hésite pas à joindre mes prophéties à celles de la petite communauté. L’é-

vènement devait nous donner raison.

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Le lendemain je dois Partir pour l’Alverne. Le voiturier qui doit m'y conduire est un ami de la communauté, il a son frère chez les Franciscains. Cette circonstance lui procure la préférence des religieux quand il faut conduire un pèlerin à l’Alverne.

Le départ est fixé à 6 heures.

Nous aurons onze kilomètres à faire par de rudes montées.

IT

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