UN ARRET A FOLIGNO
Il fallait quitter Rome, Rome si remplie des merveilles du Ciel, des souvenirs et des traces des martyrs, Rome tout embaumée du parfum des saints nombreux dont on vénère les restes en tant de sanctuaires. Il n'existe pas d'autre Rome que la Ron.e sainte, et ni les pompeux monuments, ni la royale cour usurpatrice, ni les efforts des sectes n’ont pu diminuer ni ternir la splendeur de Rome. Malgré tout, elle reste la Rome chrétienne.
S'il y avait un dédommagement à ce départ, c'était d’aller à Assise.
De très bon matin, je dis la Sainte Messe à l'autel de Notre-Dame de la Vallée, que l’on vénère dans notre église de St-Antoine. Quelle église, dans la Ville éternelle, qui n'ait quelque Vierge miraculeuse? Ici, c’est une statue de marbre, là, une statue de bois, ailleurs, un ta-
bleau que l’on a surchargé d’une couronne d'or et de pierreries,
Pendant la durée du Chapitre Général, pour le bon ordre nécessaire parmi un si grand nombre de prêtres qui célébraient tous les matins, chacun avait son heure, son autel, et son servant bien déterminés; on ne pouvait choisir à sa dévotion, Ce matin-là l'heure matinale donnait plus de liberté—et d’ailleurs bon nombre de capitulaires étaient déjà partis. Je pus donc à mon gré dire cette dernière messe à Rome à l’autel privilégié de Marie, devant son image vénérée,
Dès la veille, j'avais fait ma visite d’adieux au Rme Père Général en l’invitant à venir nous voir bientôt au Canada, lui demandant pour tous nos Pères et Frères, pour les Clarisses et les Tertiaires du Canada, une bénédiction séraphique,
Je n'avais plus qu'à saluer encore le FE, à.
Père Colomban, le bon frère Noël; le R. P. Emmanuel, Custode, délégué de la Province de St-Bernardin, m'accompagna jusqu’à la gare.
Elle était encombrée plus qu’à l'ordinaire au lendemain de la déclaration de la guerre. On finit tout de même par partir. Je m'éloignais
plutôt triste de la grande Rome. Je n'avais certes pas, il me semble, de reproches à me faire, j'avais de mon mieux employé les moments de loisir que m'avaient laissés les travaux du Chapitre Général, à visiter en pèlerin les pieux SanCtuaires, mais il y en a tant, aue les moments libres de quinze jours de labeur ne m'avaient pas été suffisants pour tout voir à mon aise et j'étais insatiable, A côté des joies intimes, des consolations et des impérissables Souvenirs, j'emportais donc aussi des regrets.
A Foligno nous devions avoir ur\le heure d'arrêt, Il était entendu que j'en profiterais Pour aller jusqu'au Monastère de Sainte-Anne des Soeurs Franciscaines, Pour voir la fameuse main de feu imprimée sur une porte du monastère, par une r« ligieuse sortant du purgatoire,
Ne connaissant pas l'italien et n'ayant Personne pour me guider, j’eus quelques difficultés pour arriver au monastère.
La petite soeur portière, accoutumée sans doute aux pèlerins curieux qui viennent voir ce témoignage de la Justice Divine envers les
âmes qui expient dans le feu du purgatoire
bien vite le but de ma visite, Elle me conduisit devant une porte de bois blanc que l'on a retirée de l'endroit au’elle fermait, pour l'exposer, derrière un grillage de fil de fer, aux regards des visiteurs. Je vis alors cette impression carbonisée d'une petite main qui s’est appliquée sur la porte, y ant des traces comme en laisse le fer rougi.
Et voici, bien abrégée, l’histoire de cette Iuœubre et instructive marque de feu.
Thérèse Marguerite Gesta, née à Bastia en Corse, était entrée au couvent de Sainte-Anne de Foligno, après une promesse faite à la Très Sainte Vierge qui l'avait guérie d’une maladie mortelle. Elle y avait pris le saint habit en 1826. Durant les trente-trois ans qu'elle vécut dans ce monastère, y remplissant toutes les charges, y compris celle d’Abbesse, elle donna l'exemple de toutes les vertus, mais s'appliqua avec prédilection à la sainte pauvreté. Une : lexie foudrovante l’enleva de ce monde, le 4 novembre 1859. Elle laissa après elle une réputation de grande sainteté.
Trois jours après, on commença à entendre de lugubres plaintes, qui semblaient venir de