LES CELLULES DE SAINT FRANÇOIS
Un instant figurons-nous l’Alverne tel qu'il était du temps de saint François. L'imagination n'a pas un grand effort à faire pour cela. En dehors des constructions, fort nombreuses, il est vrai, accumulées et enchevêéchées selon les besoins du moment, sans plan d'ensemble, d’ailleurs impossible à dresser, ce sont encore les déchirures violentes des masses, les précipices sans fond, les grottes solitaires ménagées dans les infractuosités des rochers. Ces caprices violents de la nature avaient plu à saint François. Il put constater, en arrivant à l’Alverne, que les Frères qu'il y avaient envoyés en explorateurs, avant d'accepter l'offre si généreuse de son ami Orlando, ne l'avaient point trompé. A n’en pas douter, ils connaissaient les goûts de leur Père, lorsqu'ils lui avaient affirmé que la montagne était tout à fait propre à la contemplation.
Avec le bois de l’abondante foret, les serviteurs du comte bienfaiteur avaient construit une cabane aux Frères; François, lui, s'était choisi, pour cacher ses mortifications autant que ses extases, une de ces cachettes naturelles que les bouleversements granitiques lui offraient.
1 en fit sa cellule.
Vénérable et sainte cellule!
Là, François, plongé dans une solitude plus profonde, livré à es mortifications plus grandes, eut du Seigner de saintes et réconfortantes visions et de non moins réconfortantes promesses.
Allons la visiter!
Elle est aujourd’hui transformée en chapelle dédiée à sainte Marie Madeleine.
La pierre de l'autel de cette chapelle est une étrange pierre.
Une inscription, gravée sur une plaque de marbre qui forme le gradin supérieur, nous dit ce qu'elle est:
“Table sur laquelle le Christ s’assit et révéla à François beaucoup de choses, lui concéda de grandes grâces, et s’entretint plusieurs fois familièrement avec lui.”
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C'est en effet sur cette pierre, qui servait tout à la fois de table et d'oreiller au Pauvre François, que Notre Seigneur Jui apparut souvent
Un ur que, inquiet sur l'avenir de son Ordre, qu'il avait vu prodigieusement grandir, mais au sein duquel il percevait déjà le germe de décadence que porte avec elle, partout, l'humanité, il s'était écrié, révélant à son Dieu toute l’amertune dont son âme était abreuvée: “O Seigneur, qu'adviendra-t-il après ma mort, de cette Religion que votre bonté a confiée à un pauvre pécheur tel que moi? qui le réconfortera? qui l'encouragera? qui prie-a pour elle ?”
Jésus lui apparaît et, s'asseyant familièrement sur la pierre, de sa véridique bouche lui fait les quatre promesses suivantes:
I—-Les amis sincères de ses Frères et de l'Ordre, encore qu'ils fussent grands pécheurs, se Cconvertiront et termineront heureusement leurs jours.
II—-Les persécuteurs injustes de son Ordre seront manifestement punis et ne vivront pas longtemps, à moins qu'ils ne s’amendent.
III — Aucun Frère ne pourra demeurer en
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sa Religion, vivant mal et en état de péché mortel, mais, ou il en sortira, ou, découvert et sa faute manifestée, il restera plein de confusion.
IV—L'Ordre subsistera jusqu'à la fin du monde.
Une cinquième révélation lui fut faite qu'il ne voulut point faire connaître.
Le Frère Léon, venant lui apporter quelque nourriture, François, exubérant de joie, lui dit:
‘Chère petite Brebis du Bon Dieu, lave cette pierre, d'abord avec de l’eau, puis avec du vin, de l’huile, du lait et, enfin, verse-y dv baume.”
Frère Léon, tout accoutumé qu'il est aux exaltations extatiques de son Père, semble abasourdi par l’'énumération qu'il vient d'entendre. Surtout, comment se procurer du baume en cette lointaine solitude?
“Si je t'ai dit de la laver avec du baume, c’est que Jésus-Christ est venu s’y asseoir!” lui dit François.
Quelle belle pensée d’avoir fait de cette pierre une pierre d’autel. Le Christ Jésus
vient encore s’y asseoir.
péché Juvert