‹ Mon pèlerinage à Assise, Cortone, l'Alverne [microforme]Chapitre 67 sur 87 · LES RUINES DU CHATEAU D'ORLANDO · texte numérisé non relu

LES RUINES DU CHATEAU D'ORLANDO

Aujourd’hui nous allons faire une longue Promenade, Nous irons aux ruines cien château du comte Orlando C donna l’Alverne à notre Père,

de l’anattani, qui Ce sera encore un pèlerinage au Père Séraphique,

Il fait beau.

Le Père Samuel a pris son gros bâton et nous voilà en route.

En chemin, nous Passons devant une petite

ferme, et le Père s'arrête un instant. pour consoler une pauvre mère en pleurs,

Elle a perdu,

tout récemment, son fils, religieux franciscain. C’est notre mère, comme disait saint François, puisqu'elle nous a donné son fils pour frère !

Le P. Samuel. je le comprends assez, trouve de consolantes paroles, ou fait l'éloge du cher défunt. Je ne puis me mêler à ja conversation, n'ayant pas le don des langues. Je m’en dé-

RS

dommage en caressant une brebis qui est venue, d'elle-même, chercher cette caress2 en m'offrant sa douce tête et son dos laïneux.

L'antique castel des Cattani n'est qu'une ruine. Il n’en reste que deux pans des murailles latérales et la voûte cintrée de la porte méridionale, Ce devait être la porte principale. François a donc passé sous cette voûte qui menace ruine; nous y passons aussi avec une certaine vénération.

Ces ruines sont bien propres à nous inspirer des réflexions.

Au XIllle siècle, c'était un château féodal plein de vie, plein de force, sur son promontoir qui le protégeait de tous les côtés. Il avait affronté victorieusement plus d’un assaut, il devait en affronter encore. C'était la puissance.

Dans la montagne voisine, repaire de voleurs, vient d'arriver un pauvre, nu-pieds, sans aucune ressource; il faut que le château lui fournisse quelques ouvriers pour lui bâtir une humble cabane.

C'était la faiblesse.

Aujourd’hui le château est en ruines. On l’a sapé, et le temps a fait le reste. De toute

çu’une s muporte rincivoûte | avec

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sa grandeur. il

ne reste qu’un lamentable vestige. Où est la puissance ?

Aujourd’hui,

malgré les mille persécutions de l'enfer, 1

‘Alverne est encore peuplé de saints rei.gieux, les monuments s'y sont multipliés, et chaque coin de terre, chaque roche est devenue saintement historique, Où est la faiblesse ?

C’est de là-haut que l'on vient ici. Et n'est pas pour y honorer les élé qui, montées sur les haquenées, Con au poing, faire la chasse, pour y recevoir les chevalier des croisées,

ce gantes dames vont, le fau- Ce n’est pas S hardis revenant non plus que jouvenceaux galants. Quelles traces y ont-ils laissées ?

Nous venons ici parce que Orlando fut le nfaiteur de François, le généreux donate de l’Alverne.

bie ur C'est la grande trace qu’il a laissée, lui, dans l’histoire. S

a mémoire s’est immortalisé

e de la renommée du Pauvre d’Assise stigmatisé.

Dans ces ruines que nous parcour

ons, plutôt tristes de voir

cette gloire effondrée, nous devisons sur cette gracieuse donation d’Orlando. Nous nous rappelons la délicate atten-

tion du bienfaiteur qui se met tout entier à

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la disposition de François et de ses Frères, Il prétend que, près de son opulente demeure, rien ne doit manquer aux pauvres de Jésus- Christ. Ne se contentant pas de s'informer de leurs besoins, il porte souvent des provisions aux Frères pénitents dans les antres de la montagne,

Et quand François lui fait l'honneur de venir lui faire une visite, quelle joie, quelle fête au chäteau! C'est l’envoyé de Dieu qu'on re:

çoit.

Orlando, c'est le modèle et le précurseur de tant d'autres généreux bienfaiteurs qui, dans la suite des âges, se montreront encore et toujours dévoués, fidèles aux enfants de saint François,

Délicat pour ses bienfaiteurs, Francois fut toujours d’une extrême reconnaissance pour son ami le comte Orlando. Nous ne saurions dire toutes les expressions de cette séraphique reconnaissance, mais, au milieu de ces fières et tristes ruines, il en est qui nous re-

viennent à la mémoire, rafraîchies par l’aimable conteur qu'est le Père Samuel.

Avant que de quitter définitivement l’Al-

on gi.

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verne, François va dire un profond merci à

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A L'ALVERNE 345

Orlando, L'Alverne lui est devenu, depuis le 24 septembre, infiniment Fu: cher, et sa reconnaissance pour le Comte a grandi en proportion. Orlando a été informé par les Frères du prodige arrivé,

Quelle dut être l'effusion de ces deux coeurs amis ! 1

François qui, par j'inspiration divine, savait ne devoir plus revenir

à l’Alverne, qui avait fait à ]

a Sainte montagne des adieux si

touchants, dut en faire de non moi tendres

et véhéments à son gracieux bienfaiteur. Du côté d'Orlando, une vénération nouvelle naît dans son coeur pour le Saint que Dieu vient de grandir encore par l'impression des sacrés Stigmates. Il l’a aimé dans la simplicité de sa prédication, dans l'éclat de ses miracles, mais combien plus l'aime-t-il dans la sublimité du crucifiement !

Trois intéressantes reliques : un verre, une écuelle et une serviette, dont François se 8erait servi dans le château du comte Orlando, se conservent dans un beau reliquaire à la sacristie de l’Alverne.

Ces ruines du château des Cattani nous en rappellent d’autres. François, l’humble et le

Pauvre, avait partout des amis, même chez les £rands de ce monde. qui admiraient son détachement et appréciaient la grandeur et la noblesse de ses sentiments. Dailleurs J'rançois avait toujours gardé sa distinction.

Le château, c’est celui de Montaguto: cet autre ami, c’est le seigneur Albert Barbolani.

Au retour de l’Alverne, cheminant à petites journées, le Stigmatisé s'arrêta à Montaguto.

Dans le coeur de l'ami dévoué est né un saint désir. Sa piété s’ingénie. Il a fait Promptement faire un nouvel hab, au Frère François, et. sous prétexte que l'hiver approche, que ses infirmités sont plus grandes, ji] Pr'Oposa au Saint Stigmatisé d'échanger son pauvre habit pour un meillerr, François comprit-il que son ami tenait à s'approprier cette bure qui avait vu la clarté du Séraphin, qui avait été déchirée par le rayon mystique qu’'a- Vait fait la plaie à son coeur? En douter, il nous semble, serait méconnaître l'esprit perspicace de François. Dans son humilité et sa reconnaissance, il se prêta à la sainte ruse de son ami,

Cette pauvre bure devint le trésor du féo-

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dal donjon. Le seigneur fit envelopper cette ique, si précieuse à ses Yeux, dans une riche étoffe de soie brodée d’ or, et la plaça dans la chapelle domestique du château, Durant trois siècles ses desce ndants gardèrent soigneusement ce pauvre habit Comme leur plus cher héritage,

En 1502, la ville d’Arezzo s'étant révoltée contre la république florentine, ;. seigneur

» Montaguto. François, fut mis à la tête d’un Corps d'armée pour aller châtier les rebelles. mais lui, au lieu de combattre les Arétins, passa de leur côté et fit avec eux cause commune, Le Gouvernement florentin voulut châtier le transfuge : il s'empara de ses terres et lit raser le château de Montaguto.

Le saint habit du Séraphique Père fut transporté à Florence dans l’église du couvent de Saint-Sauveur. chez les F ranciscains. Cette translation donna lieu à de grandes solennités, dans lesquelles la noblesse, la magistrature et le peuple rivalisèrent de zèle pour honorer le Patriarche des Pauvres. Plus tard. en i571, les Observants ayant obtenu un couvent dans l’intérieur de la ville, ils y transportèent l’insigne relique, C’est là, au couvent de Tous les

Saints, Ognisanti, qu'en 1913, le 12 août, on en fit ia reconnaissance, et que, de nouveau, on déploya le vénérable habit, en présen*e du Vicaire Général de Florence et du Rme Père Pacifique Monza, Ministre Général de l'Ordre, et de Mgr Razzioli. C'est au couvent de Tous les Saints que j’eus le bonheur de la vénérer, dans son reliquaire qui fut déposé dans mes bras.

Un second témoignage de la reconnaissance de saint François pour la famille du comte Barbolani, témoignage salutaire mais un peu Jugubre, celui-là, c'est le privilège dei lumini ou des lumières.

Quand quelque membre de la famille devait être bientôt appelé, par notre soeur la mort, à comparaitre au tribunal du juste Juge, de mystérieuses lumières apparaissaient audessus du château.

Charitablement averti, chacun se demandait: est-ce moi? suis-je prêt? Céleste avertissement qui faisait, à la prière de François, une exception bien appréciable au redoutable imprévu dont le Maitre de la vie a fait la règle générale: “Soyez prêts, parce que vous ne

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savez ni je jour ni l'heure où le Fils l'Homme viendra.”

de Du haut des ruines du château d'Orlardo Caitani, nous promenons notre pensée, notre regard. Notre pensée, vers ce lointain de l’histoire tont rempli de François, notre regard, vers le ivintain des horizons qui nous semblent encore parler äe lui. De Montaguto, le Séra.

phique Père passe à Anghiari, où il fait dresser une Croix, car la croix plus que jamais est sa vie. C'est durant ce trajet de l’Alverne à Assise que le Frère Léon vit une croix l'or précéder le Saint et refléter les dé

ces de l’arc-en-ciel.

licates nuan-

Voyez là-bas: une imbécile maison mouerne, avec son toit rouge, est venue se brauer Tout près des ruines du château. Elle est un nonsens. Mais taisons-nous. et soyons contents qu’il n'y ait que celle-là.

Nous ne pouvons quitter la petite agglomcration qui forme le hameau de Chiusi sans "oir sa petite chapelle. Ce sont nos Pères de l’Alverne qui la desservent. mais il n’en est point de résident. La clef de la chapelle est déposée chez un bon vieux ménage. L'homme

est absent, ; aille aux champs, nous le ren-

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25 MON PELERINAGE contrerons au retour, La bonne vieille est assise au coin d’un petit feu qui se meurt, autour d'elle une poule et ses petits poussins.

Vision de paix!

Vision des anges qui s'en vont près des ruines qui croulent !

Vision de la vie qui se renouvelle, perpétuant le passé et préparant... quel avenir?

gne, et de là, contempler le qui se déroulait autour de Jui, e £neur, qui est admirable dans les altitudes,

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